La phonologie du sanskrit est particulièrement bien connue, grâce notamment à Pāṇini et ses commentateurs, qui ont pratiqué une description phonologique puis phonétique détaillée de la langue, et d'autre part au respect religieux de la prononciation des textes sacrés, ainsi qu'aux écritures utilisées pour les noterdans le texte, le sanskrit (en italique) et sa phonologie (entre barres obliques) sont écrits dans la transcription des langues indiennes (en italique), tandis que la phonétique l'est en alphabet phonétique international (API, entre crochets). Les tableaux utilisent aussi l'API pour la phonologie, afin de résumer en même temps la réalisation approchée des phonèmes..

Importance religieuse La phonologie du sanskrit est particulièrement bien connue, grâce, notamment, à Pāṇini et ses commentateurs, qui ont pratiqué une description phonologique puis phonétique détaillée de la langue (il est notable que la description des phonèmes qu'en propose Pāṇini dans son Aṣṭādhyāyī est purement phonologique ; il ne s'intéresse pas à la phonétique articulatoire, discipline traitée cependant dans d'autres textes, surtout religieux), et, d'autre part, au respect religieux de la prononciation des textes sacrés, ainsi qu'aux écritures utilisées pour les noter : la culture indienne est avant tout orale ; le son y possède donc une valeur importante aux yeux des Indiens, et les textes religieux ne font pas exception ; la formule efficace, premier sens de brahman, qui en vient ensuite à désigner le Principe suprême de l'hindouisme, ne peut l'être que correctement prononcée. Nombre de textes religieux expliquent l'importance d'une prononciation exacte et les conséquences fâcheuses qu'une erreur de diction peut entraîner dans la récitation d'un mantra, d'une formule. De même, prononcer correctement une formule, c'est être certain qu'elle fonctionnera : un être animé de mauvaises intentions (comme un démon) peut donc obtenir des pouvoirs magiques au moyen des formules efficaces. C'est pour cette raison que l'enseignement des quatre Veda, purement oral, se fait de manière systématique par l'apprentissage de phrases entières puis syllabe par syllabe puis par inversions de syllabes selon un ensemble de permutations de plus en plus complexe ; en outre, l'apprentissage des Veda est resté longtemps ésotérique et réservé à la caste des brāhmaṇa (brahmanes) ; ils ne pouvaient être récités que devant d'autres brāhmaṇa ou des kṣatriya, membres de la deuxième caste, celle des guerriers-aristocrates. De sorte, déjà avant l'étude phonologique de Pāṇini, les prêtres étudiaient de près la phonétique de la langue sacrée ; l'étude des textes révélés (ceux que l'on désigne par le vocable de smṛti, « révélation ») se faisait selon six approches ou vedāṅga, « membres des Veda », parmi lesquelles l'approche phonétique, ou śikṣā, a donné naissance à une importante littérature analytique, que l'on désigne sous le nom de Prātiśākhya. (À titre indicatif, les autres approches sont : la métrique, chandas, la grammaire, vyākaraṇa, l'étymologie, nirukta, les cérémonies, kalpa, et l'astronomie, jyotiṣa.)

Il est aussi notable qu'un dieu, Śiva, soit censé être le créateur des phonèmes sanskrits et que s'est aussi développée une mystique du phonème, attribuant à chacun d'entre eux un sens profond ainsi qu'un pouvoir précis ; c'est sur cette mystique que les mantra reposent. De fait, une telle importance donnée aux sons de la langue sacrée a grandement influencé l'écriture : bien que longtemps réticents à noter leurs textes sacrés, les Indiens ont créé plusieurs semi-syllabaires, tous héritiers d'un même modèle, la brāhmī, notant les textes avec une très grande précision.

Phonologie et phonétique Caractéristiques principales de la phonologie sanskrite Voyelles Les voyelles pures de l'indo-européen (c'est-à-dire *e et *o) sont globalement affectées par un phénomène de neutralisation : alors que la quantité vocalique (voyelles brèves ~ longues) est conservée, les timbres *e et *o sont confondus en /a/ (sans doute réalisé [ä] ou [ɐ]). Les diphtongues à premier élément bref sont monophtonguées (*ei et *oi donnent /ai/ puis /eː/ tandis que *eu et *ou aboutissent à /au/ puis /oː/). Les diphtongues à premier élément long deviennent des diphtongues simples : *ēi et *ōi donnent /ai/, *ēu et *ōu deviennent /au/. Le sanskrit a cependant gardé les liquides vocalisées de l'indo-européen, c'est-à-dire *r et *l voyelles, restés /ṛ/ et /ḷ/. Enfin, l'opposition entre les deux phonèmes indo-européens *r et *l est neutralisée au profit de /r/ seul.

Les voyelles portent le nom de varṇa, akṣara ou svara.

Type Voyelles simplessamānākṣara Type Diphtongues brèveshrasva longuesdīrgha faussessandhyakṣara vraiessamāhāravarṇa vélaireskaṇṭhya a ~ [ɐ] ou [ä] ā ~ [ɐ̙ː] palatalestālavya i /i/ ī /iː/ palato-vélaireskaṇṭhatālavya e /eː/ ai /ɐ̙ ʲ/ labialesoṣṭhya u /u/ ū /uː/ palato-labialeskaṇṭhoṣṭhya o /oː/ au /ɐ̙ ʷ/ rétroflexesmūrdhanya ṛ /ɻ̩/ ṝ /ɻ̩ː/ dentalesdantya ḷ /l̩/

Chaque paire donne la transcription traditionnelle (explicitée dans l'article devanâgarî) et celle en alphabet phonétique international. Les points d'articulation indiqués sont ceux que la grammaire traditionnelle attribue aux voyelles, qui sont mises en relation avec les consonnes. Les termes sont donnés à titre indicatif : ils peuvent varier d'un auteur à l'autre.

Remarques De toutes ces voyelles, seul /ə/ et sa variante longue sont considérées comme de vrais phonèmes vocaliques ; /e/, /ai/, /o/ et /au/ sont les « diphtongues » (voir 2) ; i, u, ṛ, ḷ et leur variante longue sont la forme vocalique des consonnes /y/, /v/, /r/ et /l/, dites « sonnantes » (consonnes pouvant jouer le rôle de voyelles ou de consonnes selon l'environnement ; l'on dit aussi, de manière moins rigoureuse, « semi-voyelles »), devant une autre consonne ou en fin de mot. La grammaire traditionnelle considère que /e/ et /o/ sont des diphtongues. Ce n'est vrai qu'historiquement (en effet, les textes hittites citant quelques termes indo-aryens nous ont transmis un terme aika, « un », avec diphtongue passé à eka en sanskrit) ou phonologiquement ; dans les faits, ces phonèmes sont réalisés comme des monophtongues longues, issues respectivement de /ai/ et /au/ ; de même, si /ai/ et /au/ sont issues de /āi/ et /āu/, elles sont prononcées comme des diphtongues à premier élément brefs. /ṛ/ et /ḷ/ (qui peuvent aussi être longs) étaient à l'origine prononcés réellement comme un /r/ et un /l/ voyelles, à l'instar de leur équivalent anglais bottle = [bɒtl̩] ou encore croate črn = [tʃr̩n]. De nos jours, la prononciation la plus courante est /ri/ et /li/ avec un /i/ très bref, soit [rĭ] et [lĭ] ; cette prononciation, est d'ailleurs confirmée par certains manuscrits, dans lesquels /ri/ ou /li/ remplacent / ṛ/ et /ḷ/. De ces deux voyelles, seul /ṛ/ est courant, /ḷ/ n'étant attesté que dans le radical kḷp- « convenir » ; /ṝ/ est très rare (il ne se rencontre que par volonté de symétrie rationnelle dans la flexion nominale). /ḹ/ n'est pas attesté, mais est parfois listé par les grammairiens par souci de symétrie. Toutes les voyelles peuvent être nasalisées, que cette nasalisation soit complète ou non ; on utilise en théorie en sanskrit deux symboles différents pour marquer ces deux types de nasalisations, transcrits par ṃ subséquent (anusvāra, « après la voyelle » ; ce symbole note aussi une consonne nasale ; voir plus bas) pour la nasalisation incomplète (c'est-à-dire une voyelle nasalisée et suivie d'une nasale, comme parfois dans la prononciation méridionale du français, où long peut valoir [lɔ̃ŋ] et année être réalisé [ɑ̃ne]) et par m̐ subséquent (anunāsika, « avec le nez ») pour la nasalisation complète (comme en français dans la prononciation parisienne, où long vaut [lɔ̃]). Dans la pratique ces deux types de nasalisations sont fréquemment confondus, ce qui tend à montrer que la distinction est artificielle, et l'on transcrit la plupart du temps la nasalisation au moyen de l'anusvāra. Le symbole de l'anusvāra servant aussi à indiquer la présence d'une consonne nasale devant une autre consonne, l'on considère qu'il ne marque la nasalisation des voyelles que devant les sonnantes /l/, /r/, /v/ et /y/ ainsi que devant les fricatives (/s/, /ś/, /ṣ/ et /h/). Ailleurs, il représente une consonne nasale pleine dont le point d'articulation correspond à la consonne suivante : ainsi, aṃr ou iṃs valent respectivement [ãŋr] et [ĩŋs] tandis que aṃb et iṃd sont réalisés [amb] et [ind] (voir à devanāgarī pour les détails sur la notation au moyen de l'anusvāra). En fin de mot, l'anusvāra représente simplement un /m/ ; finalement, saṃskṛtaṃ se lit [sãŋskr̩tam] ou, plus communément [sãŋskrĭtam]. Le sanskrit tel que prononcé par les Indiens est souvent influencé par leur propre langue maternelle. Ainsi, un locuteur d'hindi aura tendance à centraliser les /a/ brefs comme des [ɐ] tandis qu'un locuteur de bangali les rendra comme des [ɔ]. De même, les oppositions de quantité du sanskrit sont parfois réalisée par les locuteurs de langues néo-indiennes comme des oppositions de qualité (voyelles longues tendues, voyelles brèves lâches, comme en anglais, allemand ou néerlandais ; ainsi, en hindî, /ī/ est réalisé [i] et /i/ vaut [ɪ] ; de même : /ū/ ~ [u] = [u] ~ [ʊ]). Certaines descriptions phonétiques anciennes, cependant, expliquent clairement que /a/ était bel et bien réalisé comme une voyelle neutre [ǝ] ou [ɐ], ce qui est conforté par l'origine du phonème sanskrit /a/ : il provient en effet de la neutralisation des voyelles de l'indo-européen *e et *o. Il est aussi vraisemblable qu'en sanskrit, tel que prononcé autrefois, les oppositions de quantité ne concernaient que la quantité ; à cet égard, il faut savoir que le terme pour « voyelle simple », brève ou longue, est samānākṣara, soit « phonème homogène », qu'il faut comprendre : « phonème ne changeant pas de timbre », par opposition aux diphtongues, sandhyakṣara, « phonème de liaison » (vraies et fausses diphtongues peuvent d'ailleurs être désignées par ce seul terme), c'est-à-dire : « phonème faisant intervenir un second timbre lié au premier ». Il est probable qu'il faille comprendre aussi que les voyelles brèves et longues sont samānākṣara parce que le timbre reste identique quelle que soit la quantité. En conclusion, de toutes les voyelles, seuls les phonèmes /ə/ et /ā/ semblent, dès l'Antiquité, avoir connu une opposition de quantité et de qualité : /a/ ~ /ā/ = [ɐ] ~ [ɒː].

Consonnes Le sanskrit a intégralement conservé les consonnes aspirées sonores de l'indo-européen et a enrichi le stock disponible par de nouveaux ordres, comme les rétroflexes, les sourdes aspirées et d'autres fricatives que le s indo-européen. Celles-ci peuvent provenir, entre autres possibilités, des anciennes occlusives palatales indo-européennes, le sanskrit étant une langue satem. D'autre part, c'est probablement au contact de l'adstrat dravidien qu'un ordre complet de rétroflexes est apparu dans le système phonologique.

Globalement, le sanskrit possède un système complet de 25 plosives, à savoir cinq modes d'articulation (une paire d'orales sourdes et une paire d'orales sonores différent par l'aspiration, une nasale) pour chacun des cinq points d'articulation (vélaire, palatal, rétroflexe, dental, bilabial). Il possède un jeu incomplet de trois fricatives dévoisées (palatale, rétroflexe, alvéolaire) auquel s'ajoute une fricative glottale voisée. Il existe également quatre continues autres que fricatives et deux consonnes homoorganiques.