Cansignorio della ScalaCansignorio est la cinquième occurrence canine dans l'onomastique familiale, après les deux Cangrande (le Grand Chien) et les deux Mastino (mâtin, chien de garde et de défense qui ne lâche jamais prise)., ( – .) est un homme politique italien du , membre de la dynastie scaligère.

Fils de Mastino II, il hérite des seigneuries de Vérone et de Vicence à la mort de son père, en même temps que ses frères Cangrande II et Paolo Alboino. Cansignorio étant alors un enfant et Paolo Alboino un bambin, Cangrande prend les rênes du pouvoir et en écarte ses frères. Cansignorio l'assassine, de sa propre main, le , et prend le contrôle de Vérone et de ses possessions. Ses seize années de pouvoir laissent à Vérone de nombreux monuments, mais la ville continue le déclin entamé à la génération précédente.

Accession au pouvoir Le frère aîné de Cansignorio, Cangrande II, se comporte, vis-à-vis de sa famille comme un véritable tyran domestique. Le , alors qu'il se rend chez une maîtresse, Cansignorio, après s'être querellé avec lui à propos d'un cheval, le tire à bas de sa monture et le tue de sa propre main. Terrifié par son propre geste, Cansignorio se réfugie à Padoue. Mais le peuple, soulagé par la mort de Cangrande, réclame l'assassin à cor et à cri. Il revient à Vérone le pour y être proclamé, avec son frère cadet Paolo Alboino, co-seigneur de Vérone à vie. Pour la première fois dans l'histoire de la cité, il est même décidé que leurs descendants hériteront du titre.. En 1365, après avoir découvert un complot tramé contre sa vie, Cansignorio fait jeter en prison Paolo Alboino.

Politique extérieure Cansignorio doit composer avec la réduction territoriale imposée à la cité par les errements de la génération précédente. Limités aux territoires de Vérone et de Vicence, ses domaines sont entourés de puissances expansionnistes : Venise à l'est et les Visconti, qui contrôlent le Milanais à l'ouest. Cansignorio mène une politique velléitaire et inconstante : en , il s'allie à Bologne contre les Visconti, avec lesquels il signe rapidement une paix séparée. Il se range ensuite à leurs côtésLe chef de la maison Visconti, Barnabé, est le beau-frère de Cansignorio. Il a en effet épousé Beatrice della Scala, surnommée Regina (la Reine), et à qui sera dédié le Teatro della Scala de Milan. dans la lutte qui les oppose au pape Urbain V, pour les abandonner en rase campagne après quelques mois..

Politique intérieure Le passage aux affaires de Cansignorio est marqué par une série de calamités : une disette qui dure de 1369 à 1371 ; deux tremblements de terre en 1373, suivi par un épisode de pestilence qui décime la population des villes ; un hiver exceptionnel (1373) qui annihile les récoltes de l'année suivante..

Il gouverne Vérone d'une manière relativement modérée, n'augmente pas les impôts et enrichit la ville de nombreuses constructions qui donnent du travail à la populationLe chroniqueur Torello Saraina raconte qu'il avait coutume de dire : « Bâtir est une manière agréable de s'appauvrir » (« Un dolce impoverire »).. Il fait agrandir et décorer son palais et il y ajoute un jardin. En 1364, il fait terminer le Palazzo del Capitano. En 1368, il fait réaliser un aqueduc qui amène en ville, depuis les collines d'Avesa, l'eau du torrent Lorì. À cette occasion, il érige, sur la Piazza delle Erbe, la fontaine de Madonna Verona. En 1370, sur la même place, il fait construire la première tour à horloge d'Italie (la tour du Gardello ou torre delle Ore). En 1373, il fait rebâtir en pierre le ponte Navi. Dans les autres possessions de Vérone, il fait fortifier les châteaux de Soave, Sirmione, Marostica et Malcesine, construit un pont à Vicence, où il fait édifier une église et un couvent pour les Carmélites. Il fait draguer le Bacchiglione envasé en aval de Longare..

Relations avec le clergé Très pieux, Cansignorio entend la messe chaque jour et voue un culte particulier à saint Antoine de Padoue. En vertu d'un accord particulier avec la papauté, et en échange d'un droit annuel de 10 à , il collecte pour celle-ci les revenus de l'Église à Vérone et dans ses possessions, charge à lui d'entretenir un prêtre par paroisse. Après son décès, une enquête sera menée sur ces activités très lucratives. Les autorités, s'apercevant que les religieux qui lui ont donné l'extrême-onction ne l'ont pas absout du péché de simonie, procéderont à une cérémonie sur son sarcophage pour remédier, à tout hasard, à cet oubli...

Mariage, descendance et succession Après avoir longtemps fait une cour assidue à sa belle-sœur Élisabeth de Bavière., et l'avoir même retenue prisonnière pour la faire céder. Elle refusera toujours de se plier aux volontés de l'assassin de son époux., Cansignorio épouse, le , Agnès de Durazzo, deuxième fille de Charles de Durazzo (de la Maison d'Anjou) et de Marie de Calabre, sœur puînée de Jeanne de Durazzo et aînée de Marguerite de Durazzo, reine consorte de Charles III de Naples.. Leur mariage reste sans enfant.

Cansignorio a par ailleurs trois autres enfants connus, tous illégitimes. Sa fille Lucia della Scalla épouse en premières noces le condottiere Cortesia da Serego, puis Bernardino da Polenta, membre de la famille qui domine Ravenne. Ses deux fils illégitimes, Bartolomeo et Antonio, vont lui succéder à la tête de Vérone. Tombé gravement malade en 1375, Cansignorio, sentant sa fin prochaine, fait en effet assassiner son frère Paolo Alboino (qu'il tient enfermé dans la forteresse de Peschiera depuis 1365), afin de favoriser ses bâtardsDans son testament, il les décrit comme « filios suos legitimos et naturales » et les proclame « Veronæ et Vicentiæ Domini Generales ».. Leur légitimation est entérinée par une dispense pontificale du . Le peuple exprime des réticences à la nouveauté que représente l'arrivée au pouvoir d'enfants illégitimes, mais une fois prouvée la mort de Paolo Alboino, leur accession à la seigneurie, à Vérone comme à Vicence, se fait sans objection majeure..

Quelques jours avant son décès, Cansignorio fait baisser les impôts et libérer les prisonniers, qui sont escortés à l'église pour prier à son rétablissement. Il meurt le . Sa tombe fait partie du groupe architectural gothique des tombeaux des Scaligeri à l'extérieur de l'église Santa Maria Antica de Vérone..

Généalogie Dates de naissance et de décès entre parenthèses. ʘ : dates pendant lesquelles ils exercent le pouvoir à Vérone. Encadrement pointillé : enfants illégitimes.

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie

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