Pierre Mathieu Bourdon est un industriel et homme politique français né le (9 frimaire an VIII) à Elbeuf (Seine-Maritime) et mort le à ElbeufArchives départementales de la Seine-Maritime, 3E 00999, registre des décès de 1878, acte ..

Biographie Issu d’une très ancienne famille de drapiers elbeuviens, il est le enfant d’une fratrie de six et le seul fils de Pierre Marie Mathieu Bourdon (1769-1859) et de Marie Anne Henriette Louvet (1771-1851). Il épouse le à Martot (Eure)Archives départementales de l'Eure, 8 Mi 2719, registre des naissances, mariages, et décès, période 1821-1862. À cette époque, Mathieu Bourdon demeurait rue Saint-Jean à Elbeuf et ses parents dans une maison de campagne à Igoville (Eure). Élisabeth Modeste Quesné (née à Elbeuf) habitait avec ses parents retirés pour leur part à Martot. Élisabeth Modeste Quesné (1805-1883). Le couple aura cinq enfants entre 1834 et 1843 Francis Concato et Pierre Largesse, La Chambre et la Fabrique. Histoire de la Chambre de commerce d’Elbeuf de 1861 à 1914, 2001, p. 298.. Comme beaucoup de notables de l’époque, il fréquente les cercles maçonniques et appartient, au moins de 1822 à 1826, à la loge maçonnique Les amis réunis de Pont-de-l’Arche (Eure), laquelle, avec 58 frères, fut l’une des loges éphémères les plus fréquentées de Normandie entre 1815 et 1830.

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du Base Léonore, dossier LH/325/72 (et non en 1864 comme le mentionne Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , )..

Comme quasiment tous les membres de sa famille, il est d’abord négociant et fabricant de draps, au moins de 1820 à 1836. Mais il devient surtout directeur-gérant de la Compagnie elbeuvienne d’éclairage par le gaz. L’usine à gaz d’Elbeuf, autorisée le , est établie rue du Neubourg, au moyen de 225 actions de 1 000 frs (nombre porté à 275 en 1842). Alors qu’il occupe les fonctions de maire, le Conseil municipal décide en 1841 de confier à sa société l’éclairage public de la ville. Équipée de 33 cornues (dont 6 en terre, les autres en fonte), elle produit à partir de la distillation du charbon de gaz en 1852, alimentant 3 500 becs (foyers particuliers, boutiques, manufactures, réverbère, ainsi que la salle de spectacle et la mairie) et fournit aussi 4 000 hl de coke et 200 barriques de goudron en sous-produitsDescription très complète dans L. Petit, Histoire de la ville d’Elbeuf, de Caudebec, d’Orival, de Saint-Aubin et des autres communes du canton, 1856, .. En 1856, toujours en tant que directeur de la compagnie du gaz, il reçoit l’autorisation de construire un gazomètre, puis un en 1860Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, , p. 399.. Mais il reste surtout attaché à la défense de l’industrie textile de la ville (que ce soit à la Chambre consultative puis de commerce, au conseil municipal ou à l’Assemblée nationale) cherchant à obtenir des droits protecteurs sur les draps de laine, des commandes de draps militaires ou une ligne de chemin de fer desservant Elbeuf. En 1858, il demeurait rue Bourdon à Elbeuf. Il est par ailleurs l’un des membres fondateurs de la Société industrielle d'Elbeuf en 1859. Mais son rôle fut surtout prépondérant à la Chambre consultative, puis à Chambre de commerce d'Elbeuf.

À la Chambre consultative et à la Chambre de commerce « Président-né » de la Chambre consultative des Arts et Manufactures d’Elbeuf (composée de 12 membres), en tant que maire, de à , il en est élu membre le . Puis il en devient cette fois le nouveau président élu, du à 1861. C’est lui qui demande, et obtient, sa conversion en Chambre de commerce. Lorsque celle-ci est transformé en Chambre de commerce par décret du , il fait partie des nouveaux membres élus le , il en est désigné président lors de la première séance le Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, p. 521 et 524.. Mais le , la Chambre devant statutairement renouveler 3 membres sortants (dont lui-même), il n’arrive – à la surprise générale – qu’en position, est n’est donc pas réélu. Il a été en fait victime d’une cabale, peut-être à cause d’une réponse formulée en 1863 par la Chambre de commerce à des négociants en gros qui protestaient contre les livraisons par petits métrages. Les acheteurs parisiens auraient soufflé à ceux des fabricants elbeuviens qui ne vendaient que par pièces entières de donner une leçon à la Chambre, en la personne de son président. De fait, une lettre à l’en-tête de la Société Industrielle, rappelant ces faits, aurait circulé au Cercle des commerçants peu avant l’élection, accusant la Chambre et son président d’avoir répondu à la pétition sans en informer au préalable l’ensemble des fabricantsHenri Saint-Denis, , t. X, p. 585-589.. Néanmoins à nouveau réélu membre de la Chambre de commerce, à l’occasion d’une augmentation de son effectif le , il ne se représente pas en Francis Concato et Pierre Largesse, La Chambre et la Fabrique…, .. Il reçoit du préfet, en tant que président de la Chambre consultative des arts et manufactures d’Elbeuf et président du comité cantonal chargé de préparer l’Exposition (32 exposants elbeuviens y participèrent), la Grande médaille d’honneur décernée à la ville d’Elbeuf pour la qualité de ses étoffes, lors de l’Exposition universelle de Paris en 1855. À titre personnel, en tant que président du comité cantonal, il se voit également décerner par la Commission impériale de l’Exposition une médaille d’argentL. Petit, , p. 218, 240, 245 et 264-269.. En tant que président de la Chambre de commerce, il fait à nouveau partie d’une commission chargée de préparer l’Exposition universelle de 1867. Il intervient en 1857 pour obtenir un embranchement de voie ferrée de Tourville à Serquigny, avec « débarcadère dans l’intérieur de la ville d’Elbeuf ». Il avait dû se faire des ennemis dans le milieu consulaire. On nota ainsi lors de ses obsèques en 1878, l’absence remarquée des membres du Bureau de la Chambre de commerceFrancis Concato et Pierre Largesse, La Chambre et la Fabrique…, p. 298..

Fonctions municipales Conseiller municipal à partir de 1834, il remplit d’abord les fonctions de secrétaire. Puis il est nommé le maire intérimaire à compter du (en sa qualité de premier inscrit au tableau), après la démission du maire Pierre Nicolas Désiré Lefort-Henry. Par la suite, il est confirmé officiellement maire titulaire par une ordonnance royale du . Il est nommé maire une seconde fois par une ordonnance royale du , puis une fois par une nouvelle ordonnance, le . Il occupe cette fonction jusqu’en 1848. C’est lui qui fait adopter par la ville en 1843 la ruche comme armoiries et pour devise la phrase attribuée à Bonaparte lors de sa visite en 1802 : « Elbeuf est une véritable ruche, tout le monde y travaille ». La première véritable salle de spectacle de la ville, construite en 1818, rue de la Barrière, lui appartenait. Il n’avait pas hésité d’ailleurs, au temps de sa jeunesse, à jouer sur scène, alors qu’il en était déjà le directeur. Il y fit de grands travaux d’embellissement. Elle fut rachetée par la ville en 1838 et comptait 1 100 à 1 200 placesL. Petit, , p. 149.. Durant son passage à la mairie, il fait aboutir plusieurs projets importants : création d’un service de pompes funèbres, éclairage des rues par le gaz (mais il est vrai qu’il combine ici intérêts privés et intérêts publics), aménagement d’un véritable théâtre municipal. En 1847, il se prononce aussi pour la construction d’une école primaire supérieure de garçonsHenri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. X, p. 54.. En tant que maire il préside la Commission administrative de l’Hôpital-Hospice d’Elbeuf, le Bureau de bienfaisance et d’autres institutions charitables. Cependant, il s’oppose (à la Chambre consultative des Arts et manufactures) au projet de loi limitant le travail des enfants (finalement voté le ) ; après ce vote, la commission chargée d’en contrôler localement l’application (dont il a fait nommer les membres), s’avère totalement inefficaceFrancis Concato, Pierre Largesse, La Chambre et la Fabrique…, p. 298.. Il faut noter aussi que sa proposition de constructions de logements ouvriers n’aboutira pas. Il obtient, en 1845, 5 000 frs de dommages et intérêts pour propos diffamatoires à la suite de plusieurs articles critiquant sa gestion municipale parus dans Le Censeur normand, dont le gérant est condamnéLe Constitutionnel, 7 août 1845..

Durant son mandat, il doit faire face à des événements très graves, émeutes ouvrières de 1846 et agitation de la période révolutionnaire en 1848.

Une grave émeute survient à Elbeuf, en , lorsque le fabricant Félix Aroux (un patron pourtant très progressiste qui écrira une brochure en faveur du socialisme) fait installer dans son usine une machine « à déglouteronner les laines », opération jusque-là manuelle, confiée à de vieilles femmes. Une foule de plusieurs milliers d’ouvriers attaque la fabrique, défendue difficilement par les autorités et la garde nationale locales. Seule l’arrivée de 400 hommes de troupe accourus de Rouen permet finalement de rétablir l’ordre. Mathieu Bourdon (blessé à la tête par plusieurs jets de pierres) fait afficher en ville un appel aux ouvriers () sur le thème : « On vous trompe en vous faisant sortir de vos habitudes d’ordre, de travail et de sagesse (…) Les machines ne sont pas hostiles à l’ouvrier, car, sans les machines, vous le savez tous, il n’y aurait pas d’industrie à Elbeuf, et maîtres et ouvriers ne pourraient exister ». La presse régionale et même nationale rendit compte de façon très détaillée de ces évènementsLong article du Mémorial de Rouen, 24 mai 1846, repris par la Gazette nationale ou le Moniteur universel, 25 mai 1846, p. 2-3, le Journal de Toulouse (27-28 mai 1846). Voir aussi la Gazette des Tribunaux, 29 octobre 1846, ou le Journal des débats politiques et littéraires, 29 octobre 1846 également.. Il reçut quelque temps plus tard une lettre de félicitations (en date du ) du ministre de l’Intérieur, le comte Duchâtel, pour sa conduite durant les émeutes L. Petit, Histoire de la ville d’Elbeuf, .. Lorsque la nouvelle de l’insurrection des Trois Glorieuses est connue à Elbeuf, il préside brièvement en la « Commission municipale provisoire » qui gère la ville en ces moments de crise, puis quitte ses fonctions de maire le . Par la suite, il est élu à nouveau conseiller municipal en , puis régulièrement jusqu’en 1865En 1854, il préside par exemple une commission, formée au sein du Conseil municipal, chargée d’obtenir du gouvernement une fourniture de drap de troupe L. Petit, , p. 239. et enfin de 1870 à 1874. Il se présente aux élections pour le Conseil général en , « soutenu par les monarchistes, les bonapartistes et les cléricaux »Henri Saint-Denis, Histoire d’Elbeuf, t. XI, p. 342., mais obtient peu de voix et retire finalement sa candidature entre les deux tours.

Activités parlementaires Durant la Deuxième République, il est élu à l’Assemblée nationale législative du au .