thumb|ΙΑΩ, transcription en grec du Tétragramme, dans le manuscrit de la Septante de Qumrân 4Q120 du

Yahvé (de l'hébreu ), aussi écrit dans les publications Yahweh, YHWH ou Yhwh (la prononciation exacte du nom dans l'Antiquité est incertaine et débattue), est une divinité sémitique du sud-Levant. Liée, dans les écrits traditionnels comme dans l'épigraphie et l'archéologie, à l'Israël antique, elle y est présentée comme sa divinité titulaire, d'Israël à Juda, et son sanctuaire principal est le temple construit par Salomon. C'est une divinité aux origines obscures, qui n'est pas attestée aux époques antérieures dans les religions du Levant méridional (« cananéennes »). Ses caractéristiques et son culte ne se distingueraient originellement pas des religions avoisinantes, mais développent avec le temps des caractéristiques uniques pour devenir le Dieu unique des monothéismes.

Étymologie

Prononciation Le nom du Dieu d'Israël apparaît dans l'épigraphie de l'Israël antique et dans la Bible hébraïque où il figure plus de . Ce nom s'écrivant avec les quatre lettres hébraïques yod/he/waw/he , il est aussi appelé le « Tétragramme ». Comme l'hébreu biblique a une écriture principalement consonantique, la prononciation précise du tétragramme est inconnue. Louis F. Hartman et S. David Sperling déduisent de son usage dans lettres de Lakish écrites peu avant la destruction de Jérusalem en 586 av. J.-C. qu'il était régulièrement prononcé au moins jusqu'au .Les lettres de Lakish commencent par des formules telles que « Ton serviteur Hôshayahu a écrit pour informer mon seigneur Yaôsh. Que Yahvé fasse entendre à mon seigneur de bonnes nouvelles [...] » .. Depuis la période achéménide, les Juifs ont pris l'habitude de ne pas prononcer son nom et de le remplacer dans la liturgie par des expressions telles qu'Adonaï, en hébreu , c'est-à-dire « le Seigneur ». Lors de la traduction en grec de la Bible hébraïque dans la version de la Septante, YHWH est rendu par Κύριος (Kyrios, « Seigneur »). Lors de l'édition du texte massorétique de la Bible hébraïque vers le , les massorètes ont ajouté des signes diacritiques au texte hébraïque pour en assurer une lecture correcte. Ils ont alors vocalisé YHWH avec les voyelles du mot Adonaï, pour indiquer au lecteur de lire « le Seigneur ». yhwh est ainsi vocalisé ĕ-ō-ā (le ḥaṭef pataḥ [ă] vocalisant la lettre aleph d'Adonaï devient un simple shewa [ĕ] lorsqu'il vocalise le yod de yhwh). Dans la Mishna, il est généralement écrit . Le fait d'éviter de prononcer ce qui est considéré comme le nom propre de Dieu est généralement expliqué comme une marque de respect, pour ne pas le limiter ou le galvauder« Ne déshonorez point mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d'Israël », Lév. 22:32 et Talmud, traité Sanhedrin 90a, sur hevratpinto.org.. Selon la tradition rabbinique, le judaïsme avait adopté à l'époque de Siméon le Juste l'interdiction de transcrire ou de prononcer le nom divin. Selon Maïmonide, seuls les prêtres le prononçaient lors de certains rituels.

Le nom Yahvé/Yahweh correspond à une prononciation moderne souvent proposée. La prononciation précise a fait l'objet de nombreuses conjectures. Les spécialistes supposent souvent deux vocalisations possibles pour yhwh : Yahweh ou Yahôh. Dans le premier cas, la troisième lettre du tétragramme, le vav, garde sa valeur de consonne ([w]), alors que dans le deuxième cas, le vav n'est qu'une mater lectionis servant à marquer un o long, dont l'allongement est précisé par le he final..

La transcription Yahvé/Yahweh est une convention basée sur des textes grecs tardifs. Elle a été obtenue en intercalant les deux voyelles « a » et « e » pour donner une forme prononçable aux quatre consonnes du tétragramme YHWH. Il est en effet rendu par chez Diodore de SicileDiodore de Sicile, Bibliothèque historique (1.94.2) : « chez les Juifs, Moïse disait avoir reçu les lois du Dieu appelé Iao ». ().. Elle peut être corroborée par des témoignages de Pères de l'Église., comme Épiphane de Salamine qui cite Iabe comme un des noms de Dieu et prononce Yahvé sous sa forme brève (Yah)Epiphanius, Panarion, I, iii, 40, in P.G., XLI, col. 685. ou Clément d'Alexandrie qui donne JaveClément d'Alexandrie, Stromata V, 6:34–35.. On trouve chez Clément d'Alexandrie ()Stromates 5.6.34.5. et par chez Épiphane de Salamine () et Théodoret de Cyr (). Dans les noms théophores apparaissant dans la Bible hébraïque, le texte massorétique le vocalise -yāhû, ce qui appuie le choix de cette vocalisation. Des formes abrégées sont également utilisées, notamment lorsqu'il apparaît comme élément théophore dans des noms propres. En début de noms, on trouve les formes yĕhô et yô, à la fin yāhû et yāh. Certaines de ces formes traduisent une origine géographique : Yo/Yaw est plus utilisé dans le royaume d'Israël au nord, alors qu'au sud, dans le royaume de Juda, c'est plutôt la forme Yah qui est employée.. La forme Yahôh se base sur Irénée de LyonIrénée de Lyon, Adv. Haereses, I,4,2. (), qui rappelle que les Gnostiques prononcent (contraction de Iao et Sabaoth selon Thomas Römer) et que d'autres hérétiques prononcent . Origène d'Alexandrie () parle de la forme Iaō, en l'attribuant aux Gnostiques. Dans les documents araméens des Juifs d'Éléphantine en Haute-Égypte, le nom divin est écrit yhw ou yhh. Sa prononciation est donc approximativement Yehô ou Yahô, plutôt que Yahu. Un fragment du Lévitique en grec découvert à Qumrân4QpapLXXLev. rend le tétragramme par Iaō...

La forme Yahweh est généralement utilisée dans les publications scientifiques.. Compte tenu des incertitudes, des chercheurs n'emploient que les seules consonnes et transcrivent simplement Yhwh ou YHWH. En 2008, la Congrégation pour le culte divin a déclaré que dans la liturgie catholique il faut maintenir la tradition de ne pas prononcer le nom de Dieu sous la forme du tétragramme YHWH mais le rendre toujours comme « Seigneur » ou comme « Dieu ».. La forme hybride Jehovah résulte du mélange entre les consonnes de YHWH et les voyelles du mot « Adonaï » (Seigneur) par lequel on remplaçait le tétragramme dans la lecture à haute voix.. Elle apparaît chez des érudits chrétiens du Moyen Âge. Le plus ancien document identifiable contenant cette forme hybride (dans l'orthographe Iehoua) est le Pugio Fidei, écrit vers 1270 par Raimundus Marti : « Et quod est nomen meum ? יהוה Iehoua, sive Adonay, quia Dominus es omnium » (« Et quel est mon nom ? יהוה Adonaï, car tu es le Seigneur de tous »)..

Signification Comme pour sa prononciation, l'étymologie du nom de Yahvé est discutée. Le nom Yahweh (« yhwh ») est généralement compris comme une forme verbale présentant la lettre préformante yod (« y »). Cette forme correspond à la conjugaison d'un verbe à la troisième personne du singulier de l'aspect inaccompli. Le thème verbal « hwh » peut être rapproché de la racine sémitique hyy/hwy, qui signifie « être ». C'est d'ailleurs ainsi qu'un passage du livre de l'Exode le comprend puisque le nom (à la troisième personne) est mis en parallèle avec « je serai » (à la première personne).. Il s'agit là d'une explication traditionnelle du nom de Yahvé, ou d'une interprétation propre du rédacteur biblique. Grammaticalement, la forme yhwh peut être soit une forme simple (qal), soit une forme causative (hiphil). L'identification de la forme verbale est rendue difficile par la méconnaissance de la vocalisation du nom yhwh. Si on retient la forme simple, Yahvé est « celui qui est », « celui qui se révèle ». À la forme causative, la signification serait plutôt « celui qui fait être », c'est-à-dire « celui qui crée ». Si la forme causative devait être retenue, ce serait la seule occurrence dans la Bible hébraïque de ce verbe à cette forme.

Pour certains chercheurs : voir les travaux de William Foxwell Albright (1948), Frank Moore Cross (1973), Johannes C. De Moor (1990) ou encore Meindert Drijska (1996)., Yahvé serait une abréviation ou dérive d'une épithète du dieu El. Il peut s'agir de l'abréviation d'un nom de dieu, par exemple Yahweh-El (« puisse El être présent »), reconstruction basée sur le modèle du nom yʿqb ʾl (« puisse El le suivre ») attesté à Mari. Il peut aussi s'agir de l'abréviation d'une formule liturgique, par exemple yahwe sabaʾot (« celui qui crée les armées [célestes] ») ou El-Yahweh (« El qui se révèle lui-même »). Cette dernière proposition est une formule analogue à celle qu'on trouve dans le Psaume 118 (117).. Selon cette suggestion, Yahvé était à l'origine une épithète de El avant de devenir une divinité distincte. La tradition israélite aurait abrégé la formule originelle pour ne garder que la forme verbale caractérisant l'activité du dieu. L'emploi d'un nom verbal pour désigner une divinité est un usage qui n'est pas propre aux Israélites. Il est attesté à Mari et chez les Arabes préislamiques..

Yahvé étant vraisemblablement une divinité issue du panthéon sud-sémitique, on peut chercher un lien avec la racine arabe hwy (« détruire », à l'origine, Yahvé serait un dieu destructeur) ou des parallèles dans des divinités arabes préislamiques dont le nom se construit à partir d'une conjugaison à préformantes de verbes du type Yaǵūt (« il aide »), Ya‘ūq (« il protège »).. Dans ce contexte, on peut aussi proposer une étymologie qui fait un parallèle avec l'arabe. Elle rapproche Yahvé de la racine hwy qui signifie notamment « tomber » ou « souffler ». À la forme causative, Yahvé serait « l'aigle, le vautour » dans la Bible Segond, Exode 19:4 dans la Bible du Rabbinat. ou celui « qui tombe » sur sa proie., ou encore « celui qui fait tomber la pluie » ou les « éclairs », ou « celui qui fait souffler le vent ». Cette étymologie tend à considérer Yahvé comme un dieu de l'orage. Il présenterait donc un caractère proche du dieu cananéen Baal, dont le nom est à l'origine une épithète pour le dieu de l'orage Adad.. L'explication de Julius Wellhausen. sur une divinité du type dieu de l'orage est, en l'état actuel des connaissances, l'explication la plus satisfaisante bien qu'elle ne soit pas exempte, elle aussi, de problèmes.. Des noms divins construits avec une conjugaison à préformante sont en effet, dans le monde sémitique ancien, plutôt rares et s'appliquent aux dieux mineurs. De plus, ces parallèles en conjugaison à préformante se trouvent généralement en forme apocopée.

Épithètes

Origines Origines géographiques L'origine de Yahvé a fait l'objet de nombreux débats. Son nom ne figure dans aucun texte antérieur à 1200 av. J.-C. même s'il a pu parfois être proposé d'identifier son nom sur des tablettes cunéiformes de l'âge du bronze à Ougarit, en Mésopotamie ou à Ebla. Ces interprétations restent discutées. À Ebla (2400-2250 av. J.-C.), l'élément Ya apparaît dans des noms propres mais il est peu vraisemblable qu'il s'agisse d'une forme abrégée de Yahvé. Aucune divinité nommée Ya n'est connue par ailleurs à Ebla. Il existe d'autres tentatives pour interpréter des noms comme possédant un élément se rapportant à Yahvé à Mari, Alalakh ou Ougarit mais ces propositions ne semblent pas satisfaisantes.. À Ougarit (1200 av. J.-C.), un passage du Cycle de Baal fait apparaître le nom Yw. Il est parfois proposé d'y voir une forme abrégée de Yahvé..

En dépit des propositions précédentes, Yahvé semble absent des sources épigraphiques ouest-sémitiques. Son nom ne figure sur aucun texte cunéiforme. Il ne fait pas partie des divinités communes à la zone syro-palestinienne. Son culte n'est attesté qu'en Israël à partir de l'âge du fer. En dehors de Canaan, rien n'indique que son culte ait été répandu. Seul un texte se rapportant à la région Hamath atteste son culte dans le nord de la Syrie au Un dirigeant nommé Azri-Yau, équivalent au nom biblique , y fait partie d'une coalition araméenne face à Teglath-Phalasar III., mais cette présence de Yahvé en Syrie semble être un cas isolé..