Le bataillon scolaire est une institution organisée dans le cadre de l'école publique en France à partir de 1882. Elle a pour but d'initier les élèves dès le jeune âge à la pratique militaire.
L'expérience ne dure que dix ans et prend fin en 1892.
Prémices
Dès la création des lycées par Napoléon Ier en 1802, les exercices militaires étaient intégrés à l'enseignement, faisant office d'éducation physique. De nombreuses écoles s'inspirent de ce modèle pour organiser un entrainement militaire adapté aux enfants, entre 1880 et 1882 des initiatives voient le jour dans les grandes villes.
Mais dès avant cela, aussitôt après la défaite de 1870, des collèges organisent des formations militaires pour les jeunes garçons à partir de 16 ans, dès le début de 1871, et se poursuivent au long de la décennie. Certains enseignants organisent des formations pour les garçons du primaire.
Ancien communard, Aristide Rey est un des premiers qui formalise l'instruction militaire à l'école en s'inspirant du modèle initié en Suisse par Pestalozzi à l'époque napoléonienne. Dès , il saisit le Conseil municipal du V arrondissement de Paris pour organiser les enfants des écoles communales de garçons en bataillons armés afin de leur inculquer l'esprit républicain et de combattre l'esprit de caste des armées permanentes. Sa proposition est approuvée le suivant, un premier bataillon puis d'autres se forment rapidement. D'autres initiatives en province voient le jour mais le cadre légal manque.
Historique et définition dans les textes officiels
vignette|redresse=1.5|Albert Bettannier, La tache noire, 1887. En plus de l'instruction morale et civique (qui remplace les cours d'éducation morale et religieuse), la loi de 1882 met en place (et ). Sur le tableau, on remarque l'Alsace-Moselle en noir, l'uniforme de l'élève, celui du bataillon scolaire de son école, la croix du Mérite scolaire de l'élève-modèle, le tambour à côté du bureau du maître, ainsi que les fusils d'instruction au râtelier.
La défaite de 1871 reste très présente dans les esprits, les lois Jules Ferry sur l'école primaire sont votées en 1881-1882 sous la République, elles rendent l'école gratuite. Dans les programmes, un esprit de revanche est entretenu par des leçons de morale et un patriotisme exacerbéLes instructions ministérielles de 1881 et 1887 prévoient pour les enfants de 9 à 11 ans du cours moyen un enseignement moral évoquant les devoirs envers la Patrie.
Le , dans son Discours aux instituteurs, Paul Bert écrit :
Le , une loi votée à l’unanimité par l'Assemblée nationale et le Sénat rend obligatoire l'enseignement de la gymnastique et des exercices militaires dans les écoles primaires..
Lors de son congrès de 1881 la Ligue de l’enseignement de Jean Macé soutient la démarche et Paul Bert, ministre de l'Instruction publique, instaure l'obligation de la gymnastique et des exercices militaires dans les écoles primaires de garçons par la loi du . Alors que le service militaire coûte cher à la NationSa durée est de 5 ans, par tirage au sort, en sont dispensés les soutiens de famille, le clergé et les enseignants., l'idée que sa durée soit réduite, si les garçons sont déjà initiés à l'école, est une des raisons qui fait plier le Ministère de l'Instruction Publique jusque-là réticent aux bataillons scolaires. Le ministre de la guerre, le général Farre, explique en 1881 : .
En 1882, le ministre de l'Instruction publique crée les bataillons scolaires par décret du . Un arrêté du précise leur constitution dans les communes..
Développement, organisation et contenu vignette|Des élèves s'exercent à l'école Pellerin de Beauvais vers 1890. vignette|Dans une école en région parisienne vers 1885. vignette|Une brochure à l'usage des élèves publiée vers 1885. Comme le précise le décret du : Décret du 6 juillet 1882 relatif à l'instruction militaire et à la création de bataillons scolaires dans les établissements d'instruction primaire ou secondaire.
Les activités d'instruction militaire se déroulent le jeudi ou le dimanche, sous la direction d'un instructeur militaire et en accord avec le directeur de l'école. Par manque de moyens, c'est fréquemment un instituteur qui joue le rôle d'instructeur militaire mais sa compétence est limitée puisque lui-même a été souvent exempté du service militaire.
Des accessoires sont distribués et achetés pour l'équipement des enfants : uniformes et fusils en bois. Chaque bataillon est constitué de la réunion de 5 compagnies de 50 enfants, recrutés dans plusieurs écoles. Un drapeau est attribué par le ministre de la guerre à chaque bataillon, c'est l'école qui est la mieux notée aux exercices qui en a la garde. Les exercices de tir à balles réelles sont encadrés pour les élèves ayant atteint 14 ans.
Des sont fabriqués, spécialement pour les enfants (taille et poids adaptés, mais présentant toutes les caractéristiques de manipulation d'une arme véritable, sans pouvoir recevoir une cartouche)..
Adaptés des modèles règlementaires 1874 ou 1874 M. 80, ces fusils scolaires sont fabriqués à 50000 exemplaires entre 1880 et 1881.
Des modèles spécifiques capables de tirer, basés sur les armes de guerre, mais simplifiés, sont créés pour l'entraînement. Certains préaux sont aménagés en pas de tir.
Des théories militaires sont imprimées pour fournir aux enseignants les instructions nécessaires.
D'autres activités sont l'apprentissage de chants patriotiques et la formation aux défilés. Les bataillons scolaires participent au défilé militaire du 14 juillet.
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La population accueille ces exercices avec bienveillance. En 1886, année où on enregistre les effectifs les plus élevés, 146 bataillons sont constitués, 49 départements sur 87 ont un ou plusieurs bataillons, sont incorporés dans ces bataillonsSite Le temps des instituteurs. En 1883, Pierre Joseph Jeanningros, général d'infanterie à la retraite, est nommé inspecteur général des bataillons scolaires. Il quitte cette fonction officielle en 1889.
Oppositions Les milieux catholiques ne soutiennent pas l’activité des bataillons scolaires, arguant qu'ils retiennent les enfants le dimanche et rendent plus difficile leur instruction religieuse. Ils n’acceptent pas la concurrence que leur font les bataillons scolaires auprès de la jeunesse.
L'armée est, elle aussi, malgré son implication, de plus en plus réticente, s'inquiétant du délai qui sépare le bataillon scolaire du service militaire et évaluant l'instruction donnée par des cadres souvent inexpérimentés d'un niveau laissant à désirer. vignette|Jehan de Bouteiller, ancien militaire et élu municipal à Paris, il milite pour les bataillons scolaires. Portrait-charge par Henri Demare pour Les Hommes d'aujourd'hui, 1881.
Les opposants au dispositif soulignent qu’il s'agit .
Disparition et postérité
À partir des années 1890, l'engouement semble passé, les critiques se font de plus en plus virulentes au sein du corps enseignant et les dépenses engendrées par les bataillons grèvent le budget des communes. L'activité des bataillons scolaires cesse progressivement entre 1890 et 1893.
Blondel, rapport au conseil municipal de Paris au nom de la commission d’éducation militaire.
De nombreux bataillons scolaires se muent alors en associations qui renforcent l'Union des sociétés de gymnastique de France (USGF). alors que l'entrainement au tir perdure et profite aux différentes associations de tir qui se sont constituées durant ces années. À partir de quatorze ans, les enfants des bataillons scolaires peuvent s'exercer au tir réel, un arrêté de abaisse l'âge des exercices de tir à dix ans et les encadre dans les programmes scolaires ; en 1896 est organisé le premier championnat national de tir scolaire.
Dans la culture
Une série d’assiettes décorées représentant des scènes de bataillon scolaire est produite vers 1885Collection du Musée national de l'éducation (Rouen) assiette 1Collection du Musée national de l'éducation (Rouen) assiette 2Collection du Musée national de l'éducation (Rouen) assiette 3. Notes et références Notes
Références
Annexes
Bibliographie
Albert Bourzac, "Les bataillons scolaires en France : Naissance, développement, disparition." in P. Arnaud dir., Les Athlètes de la République : gymnastique, sport et idéologie républicaine (1870-1914), Toulouse, Privat, 1987. .
Liens externes L'aventure des bataillons scolaires sur le site Bataillons scolaires.fr, étude très complète. Article sur les bataillons scolaires site Le temps des instituteurs.fr.
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