La crue de la Somme en est une crue qui s'est déroulée dans le courant de l'année 2001 dans le département français de la Somme.

Ces inondations, d'une ampleur exceptionnelle, sont dues, pour l'essentiel, à une remontée de la nappe phréatique.. Celle-ci aurait contribué jusqu'à 80 % du débit du fleuve.

Les crues de la Somme sont des crues de nappe, les débits restant relativement modestes.. Il s'agit d'inondations lentes ou de plaine.. La durée du phénomène et sa gravité, avec de nombreux dommages sur les infrastructures, ont laissé de profonds traumatismes psychologiques pour les sinistrés..

Chronologie des faits

Du mois de à la fin du mois de , des lâchures d'eau sont réalisées du canal du Nord dans celui de la Somme, par l'écluse de Sormont, et dans la Somme naturelle, par l'ouverture progressive du déversoir d'Épénancourt (situé à Épénancourt).

Le , les habitants et animaux de Fontaine-sur-Somme sont évacués..

S'agissant du canal de Saint-Quentin, les prises d'eau de la rigole de l'Oise et du Noirrieu à Vadencourt sont fermées dès le début de l'hiver. En revanche, l'admission de la rigole dans le canal reste ouverte afin de permettre l'évacuation des eaux de la nappe phréatique.

De la fin du mois de mars au , face au débordement des étangs de la Haute-Somme et aux afflux d'eau en provenance de l'Ingon, de la Beine et de l'Allemagne, le service de la navigation de la Seine maintient les biefs au plus haut afin qu'ils servent de réservoirs. Pour éviter que les ouvrages cèdent, il effectue toutefois des lâchures d'eau à l'écluse de Sormont et ouvre au maximum le déversoir d'Épénancourt.

L'excédent d'eau du canal de Saint-Quentin, en provenance notamment de l'étang d'Isle, est, quant à lui, été évacué vers les bassins de l'Escaut et de l'Oise, l'écluse de Saint-Simon restant fermée. Toutefois, un volume de est restitué de l'étang d'Isle à la Somme, à l'amont de l'écluse de Fontaine-lès-Clercs.

À partir du , l'évolution favorable des crues sur le bassin de l'Oise permet de renforcer les dispositifs visant à alléger la pression subie par celui de la Somme.

L'évacuation de l'excédent d'eau du canal de Saint-Quentin vers les bassins de l'Escaut et de l'Oise se poursuit ; il est mis fin aux restitutions des apports de l'étang d'Isle à la Somme.

Le service de la navigation de la Seine interrompt les déversements à l'écluse de Sormont, ferme le déversoir d'Épénancourt et assure le renvoi du trop plein d'eau du canal du Nord, pour partie vers le bassin de la Sensée, pour partie vers celui de l'Oise, grâce au renforcement des pompages permanents (pompes de service des écluses) par des pompes mobiles.

Au cours du 2001, foyers sont inondés et 500 foyers sont évacués..

Contexte géographique et climatique

En France, les inondations sont la première cause de catastrophe naturelle..

Le débit moyen de la Somme est de , le débit d'étiage de et le débit de crue (habituel) de . En temps normal, le canal maritime aurait pu évacuer l'eau, mais il n'est pas ouvert en permanence car fermé aux heures de haute mer. De ce fait, si la crue est plus importante, le canal ne peut évacuer toute l'eau.

Les pluies plus abondantes, au ruissellement plus rapide, entraînant le gonflement des eaux d'une rivière qui ne peut s'évacuer à la mer par un conduit datant de deux siècles, avec des maisons construites dans les zones à risques.

Les pluies, en ces mois de mars et avril, ont été particulièrement importantes.

L'aménagement rural, entrepris à partir des années 1960, et la mise en culture de surfaces immenses, avec l'élimination des haies et fossés susceptibles de retenir les eaux de ruissellement, a certainement joué un rôle important. Ces aménagements, aggravés par les méthodes modernes de cultures qui entraînent une imperméabilisation des sols par tassement et une diminution de la matière organique (humus) qui joue un rôle de régulateur hydrique, ont favorisé le ruissellement rapide.

L'urbanisation des zones inondables explique en partie l'importance des dégâts. La très grande majorité des maisons inondées sont récentes ; elles ont été construites depuis 1960 et surtout depuis la loi de décentralisation de 1982 qui a donné aux Maires le pouvoir de délivrer les permis de construire. Alors, l'assèchement des zones humides, le remblaiement de certaines zones inondables, a rendu la vallée de la Somme vulnérable aux inondations.

Gestion des inondations

Lorsque le débit dépasse à Hangest-sur-Somme et à Abbeville, la subdivision de la navigation de la direction départementale de l'équipement arrête la navigation, alerte les autorités compétentes, ouvre la plupart des ouvrages hydrauliques afin de faciliter l'écoulement de l'eau et s'efforce de protéger les zones de débordement.

En fin de crue, des batardeaux sont installés aux écluses précédemment ouvertes à courant libre pour permettre le retour à un fonctionnement normal de ces ouvrages. Puis des plongeurs assurent le nettoyage des chambres des portes des écluses avant la réouverture à la navigation.

À Saint-Valery-sur-Somme, les capacités d'évacuation des écluses sont utilisées au maximum en période de crue. L'ouvrage amont reste ouvert en permanence, sauf en cas d'incident sur l'ouvrage aval pour la fermeture des portes ou de la vanne. Les portes de la passe navigable et la vanne de la passe hydraulique ne sont fermées que pendant les périodes où cela est indispensable, c'est-à-dire quelques heures autour de la haute mer, en marée de vives-eaux et avec un niveau élevé dans le canal. Il n'est pas nécessaire de fermer les portes au cours du cycle de marée pour des coefficients inférieurs à 85. Enfin, les portes de flot du contre-fossé fonctionnent normalement.

Toutes ces consignes ont, semble-t-il, été correctement appliquées lors des inondations du printemps 2001.

Le , une cellule de crise est installée à la préfecture d'Amiens..

L'armée au secours des populations À partir du , des unités du génie sont intervenues pour renforcer les 70 gendarmes du groupement de la Somme assuraient jusque-là les opérations de sécurisation. À partir de la mi-avril, 225 gendarmes relevant d'autres groupements ont également été mobilisés pour accomplir des tâches comparables.

Les moyens militaires ont été coordonnés par le général Gaubert, chef d'état major de la zone de défense de Lille, en liaison avec le délégué militaire départemental de la Somme. Au cœur de la crise, 260 hommes agissaient jusqu'à 15 heures par jour, 7 jours sur 7, avec relève d'unités toutes les deux semaines. Le nombre de militaires ayant participé aux opérations pendant la durée de l'inondation a dépassé les hommes/jour. Le génie en renfort de la police nationale, participa aux opérations de sécurisation des zones inondées, à Abbeville et à Amiens : prévention du pillage, contrôle de la circulation etc. Ils ont placé sacs de sable le long des cours d'eau, destinés à servir de digues.

Les militaires ont aussi participé aux différentes formes d'aide à la population : ravitaillement, transport de personnes, portage de meubles et autres actions de proximité.

L'impréparation des collectivités locales Les inondations de la Somme en 2001, comme l'explosion de l'usine AZF de Toulouse, en 2001 et les tempêtes de 1999 sont des événements qui ont montré que les communes n'étaient pas toutes préparées à affronter ce type de crise..

Solidarité Des réseaux de solidarité ont été en place et des dons en nature et en argent de venir en aide aux victimes. Le journal quotidien régional Courrier picard lance un appel et réuni qu’il verse à l’Association des maires de la Somme (AMS).

Les dons reçus par la ville d’Amiens sont aussi reversés à l’AMS. Cette dernière enregistre ainsi de la part d’autres collectivités territoriales de toute la France.

En revanche, le maire d'Abbeville, Joël Hart déclare le : .

Le même jour, Le Courrier picard titre : Lors d’un entretien avec le préfet Daniel Cadoux, en , déclare : . Le rapport d’enquête de l’Assemblée nationale française mentionne cette gestion des dons : .

Face au manque de transparence, les associations de sinistrés, dont la plupart ont adhéré à la FASS (fédération des associations des sinistrés de la Somme), réclamèrent des explications aux élus. En effet, les dons reçus par l’AMS ont servi pour un petit quart à payer rapidement franchises d’assurance aux particuliers. Un autre gros quart a constitué une réserve pour financer les travaux d’équipement dans les communes sinistrées, alors que l’État et le Conseil général de la Somme y pourvoyaient déjà.

Il restait une grosse moitié dont la destination n’était pas précisée encore en , soit un an et demi après les inondations. L’Association des maires de la Somme (AMS) a fini par distribuer le solde aux communes le . Le Courrier picard rapporte () que . Le même jour Joël Hart affirme que , et il ne cache pas en avoir « ras-le-bol » des sinistrés.

Or si l’on compare la carte de la localisation des sinistrés et la carte de la ventilation des dons par l’Association des maires de la Somme (AMS), on note de curieuses distorsions. Par exemple à Fontaine-sur-Somme, 473 habitants, a eu 144 maisons inondées dont 74 évacuées, soit 134 personnes (28,3 % de la population); le chèque de l’AMS s’élève pour cette commune à . Abbeville, habitants, a eu personnes évacuées (4 % de la population) pour 730 maisons inondées, et a reçu . Montdidier, habitants, Roye, habitants, sans aucun sinistré, ont perçu respectivement et .

En fait le parti pris par l’AMS était de distribuer les dons aux maires, car ceux-ci étaient plus proches de leurs administrés et mieux à même de connaître leurs besoins. Mais l’usage des aides reçues était laissé au libre choix des maires. Le critère apparemment objectif fut un forfait de par commune auquel on ajoutait une variable de par habitant. Il en résulte que les aides reversées sont directement fonction de la taille de la commune, sans considération du nombre de sinistrés. La carte des dons est donc un calque de la carte de la hiérarchie urbaine.

En revanche un groupe de communes au sud-est du département a reçu des aides de l’AMS sans avoir été déclarées inondées en . Il s’agit de communes victimes d’inondations orageuses le . Logiquement les dons ne les concernaient pas. Mais si on ajoute à cette carte les limites de la circonscription du député Alain Gest, président du Conseil général, dont le vice-président est Pierre Martin, président des maires de la Somme, on peut suggérer des explications. La circonscription d’Alain Gest était concernée par 18 % des communes sinistrées, soit 2,8 % des habitations sinistrées ou encore 4 personnes évacuées sur les du département, mais elle a reçu 30,6 % des versements aux communes ().

Polémique

La « rumeur d'Abbeville »

À partir de la fin du mois de mars, la montée inexorable des eaux, suivie d'une décrue particulièrement lente, provoquent incompréhension, peur et colère parmi les habitants de la vallée de la Somme. Dès le , la rumeur selon laquelle la vallée de la Somme aurait été volontairement inondée commence à se répandre. Lors d'une réunion d'information organisée à la préfecture, le , avec les services techniques de l'État, un maire s'alarme que , donnant du poids à la rumeur. Le , celle-ci prenant de l'ampleur, le préfet de la Somme menace les élus locaux de les poursuivre en justice s'ils continuent de propager la rumeur, en vain. Le , Maxime Gremetz, député, écrit une lettre ouverte à Lionel Jospin dans laquelle il affirme que le fleuve Somme reçoit de l'eau du canal du Nord.. Le même jour, le Premier ministre Lionel Jospin est vivement interpelé lors de sa visite dans la Somme, les habitants affirmant que les inondations sont causées par le déversement du surplus des eaux du bassin parisien. Si le Premier ministre réfute cette rumeur., elle continue toutefois de prendre de l'ampleur.