Le trésor de Saint-Jean-du-Doigt est un ensemble de pièces d'orfèvrerie fabriquées entre les et , vouées au culte catholique et affectées à l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-du-Doigt, dans le Finistère.
On trouve dans ce trésor 17 pièces, toutes protégées au titre des monuments historiques, dont : le buste-reliquaire de saint Mériadec, datant du ; le bras-reliquaire de saint Maudet, datant du , attribué à Jehan Grahant ; le reliquaire contenant le doigt de saint Jean-Baptiste, faisant l'objet d'un pèlerinage, datant du ; un calice et sa patène, réalisés par Guillaume Floch, datant du premier quart du . La qualité de ces pièces, réalisées pour la plupart à Morlaix et parmi les plus remarquables de Bretagne, a amené à de nombreuses interrogations et légendes quant à leur provenance, certaines impliquant notamment Anne de Bretagne.
Histoire du trésor L'histoire générale du trésor est détaillée dans cette section. Les éléments d'histoire concernant les différentes pièces sont repris et détaillés dans leurs sections respectives.
Origine Les 17 pièces qui constituent le trésor ne permettent pas d'en connaître l'origine. Selon Henri Bourde de La Rogerie, les comptes entre 1553 et 1790 ne permettent pas de résoudre la provenance des différentes pièces du trésor.
La relique du doigt de saint Jean-Baptiste va donner à Saint-Jean-du-Doigt son nom actuel, ainsi que son émancipation de Plougasnou. Une église y existe déjà et une relique lui est déjà rattachée, celle de saint Mériadec, depuis une date inconnue. Les dates se précisent au : Jean de Mauléon fait mention de « Saint Mériadec » pour désigner le lieu à l'occasion d'un don fait pour un reliquaire destiné à mettre en valeur un doigt de saint Jean-Baptiste. En 1636 est mentionnée « l'église Saint Jehan Traoun-Meriadec, dite communément Sant Jan ar Bis », que l'on traduit par Saint-Jean-du-Doigt en français.
L'origine des pièces du trésor s'étend sur plusieurs décennies, avec des datations plus ou moins précises. La pièce la plus ancienne est la cuve baptismale en plomb, datée de la fin du . Les reliquaires de saint Jean-Baptiste, de saint Mériadec et de saint Maudet sont tous trois du début du , le grand calice, une croix de procession et un autre calice du milieu du , puis, pour le reste des pièces, des .
La légende veut que les belles pièces aient été données par Anne de Bretagne qui fit un pèlerinage à Saint-Jean-du-Doigt : Cependant, ce pèlerinage n'est pas expressément mentionné par Alain Bouchart, chroniqueur contemporain de la reine. Pour Yves-Pascal Castel, la véracité du récit, par la suite fortement enjolivé par Albert Le Grand, est à mettre en doute.
Guerres de la Ligue
vignette|upright|Présentation des pièces du trésor, présenté lors du pardon.Lors de la seconde moitié du , les troubles entre catholiques et protestants mettent en péril le trésor, ce qui est aussi une occasion de le voir mentionné. En 1595, une cache est aménagée par le gouverneur de l'église aidé d'un maçon. La cache n'est pas suffisante et le trésor est transféré au château du Taureau en baie de Morlaix. Des frais sont engagés pour le trésor, mais également pour les soldats en garnison dans le château. Certaines pièces sont mises en gage pour subvenir aux frais, probablement à Morlaix. Quelques pièces sont cependant conservées à Saint-Jean-du-Doigt pour permettre l'exercice du culte. Elles sont parfois profanées, ce qui oblige à des voyages destinés à les emmener faire bénir à Tréguier ou Saint-Pol-de-Léon.
La paix revenue, le trésor semble revenir à Saint-Jean-du-Doigt comme le mentionne un inventaire effectué le . Il y est fait mention des trois reliquaires qui ont donc survécu aux troubles, ainsi que de sept calices. Yves-Pascal Castel se questionne sur le fait que le grand calice de Guillaume Floch, remarquable, ait à cette date réintégré le trésor car il n'en est pas fait de mention particulière. Il s'interroge également sur les autres calices, le calice de Floch étant le seul existant à cette date qui soit toujours dans le trésor. Un autre inventaire, établi le , fait mention d'un ciboire en étain doré, que Castel analyse comme étant un remplaçant à peu de frais d'un ciboire en argent disparu. Albert Le Grand et Jacques Cambry estiment tous deux que certaines pièces manquent, car vendues lors de ces guerres de religion.
Henri Bourde de La Rogerie cite quelques pièces absentes, telles qu'une image de saint-Jean en argent, deux custodes en argent, et une lampe en argent donnée vers 1640.
De la Révolution française à nos jours vignette|upright|Église Saint Jean-Baptiste de Saint-Jean-du-Doigt. Lors de la Révolution française, il est demandé dès le aux collectivités et citoyens de faire don d'objets en or et argent non indispensables. Le trésor semble échapper aux ponctions, mais les registres de la Monnaie de Nantes sont manquantes pour Saint-Jean-du-Doigt. Dans le département, les dons n'étant pas très élevés, certains citoyens pressent voire pillent les trésors religieux. En réponse, début , Jacques Cambry, membre du conseil du département du Finistère, visite la paroisse afin de voir ses ressources. Accompagné de soldats, il rapporte dans son Voyage en Finistère l'accueil qui lui est fait par les habitants : ceux-ci sont à genoux et terrorisés à l'idée qu'on leur retire leurs reliques et les belles pièces du trésor. Cambry reconnaît la valeur inestimable des pièces du trésor et ne ponctionne pas la paroisse.
Prosper Mérimée visite le trésor en 1836 et remarque plusieurs pièces, tout en faisant des suppositions quant à leur provenance, attribuant les pièces très approximativement à des maîtres italiens. À la fin du , quelques pièces du trésor attirent l'attention des services des monuments historiques. La croix de procession et deux calices ( et ) seront les premiers objets protégés du Finistère, figurant sur la liste des monuments historiques protégés en 1893, la première ouverte aux objets. Le ciboire est classé le . Les trois reliquaires sont classés le . En 1955 et 1958, Pierre-Marie Auzas fait protéger sept objets, les cinq derniers étant protégés en 1963.
Le trésor est le premier du département à être présenté de manière permanente au public. Une vitrine d'exposition est envisagée dès 1911, un devis et financement proposés en 1914, mais est annulé du fait de la survenue de la Grande guerre. À la fin du conflit, l'idée de vitrine réapparaît en 1926, mais la commune refuse de prendre en charge la construction faute de moyens. Il est alors proposéPierre-Marie Auzas indique que cette proposition est faite par Jean Verrier le 25 mars 1971. Or ce dernier est décédé en 1963. La date est plus probablement le 25 mars 1931. par Jean Verrier, alors inspecteur général des monuments historiques, que l'État prenne l'intégralité du financement du coffre à sa charge du fait de l'importance patrimoniale du trésor. Cela est fait, et le coffre est installé dans un enfeu du mur nord de l'église.
Jean Babelon dans son livre L'orfèvrerie française (1946), présente le grand calice comme une pièce célèbre de l'orfèvrerie du . vignette|Vitrine du trésor de Saint-Jean-du-Doigt. Une tentative de vol a lieu la nuit du 15 au , que la vitrine empêche. L'incendie qui ravage l'église la nuit du 5 au rend inutilisable le coffre., qui a malgré tout protégé les pièces. Cependant, le ciboire réalisé par Thomas Maillard (classé en 1911) disparaît dans l'incendie.
Une nouvelle vitrine est envisagée, mais jamais réalisée faute de crédits ; les pièces sont conservées « en divers lieux sûrs ». Le trésor n'est alors exposé que lors du pardon de la fête de la saint Jean.
Les restaurations du trésor sont confiées « traditionnellement aux maisons de la capitale ». Cependant, la dernière restauration est effectuée en par l'orfèvre Christophe Évellin, de Rennes.
Depuis , le trésor jusqu'alors conservé dans un coffre de banque à Morlaix, est de nouveau exposé dans une vitrine.
Le trésor Pierre-Marie Auzas recense 17 pièces dans le trésor.
Buste reliquaire de saint Mériadec
upright|alt=Reliquaire en forme de buste, pris de trois quarts|vignette|Buste reliquaire de saint Mériadec, avant restauration. Description Le buste reliquaire est composé de deux parties, le socle et le buste à proprement parler, contenant la relique. Il est en argent repoussé, ciselé, repercé et fondu, avec quelques traces de dorure. Il mesure 17,6 centimètre de long, 12,8 centimètres de large pour 21 centimètres de haut.
Le socle est une base rectangulaire aux angles abattus, rehaussé d'une frise de rosaces repercées surmonté d'une gorge. Il repose sur quatre lions accroupis, symbolisant la vigilance et la protection de la relique contre les voleurs.
Le buste représente un visage aux globes oculaires dilatés. Castel estime que ce « n'est pas du meilleur travail de sculpture ». La tête, imberbe, présente une ouverture avec charnière sur le crâne. Une seconde ouverture est réalisée dans la première, permettant de voir la relique ; la loupe est manquante en 1982Sur les photos prises lors de la restauration de juin 2013, une loupe est présente. Le rapport de restauration ne fait pas mention d'un manque..
Le buste du saint est réalisé « à l'économie » à l'aide d'une seule bouterolle, dont le maniement permet de créer plusieurs motifs. Les épaules étroites sont habillées d'une chape serrée, dont le centre possède un emplacement pour un motif, manquant en 1982.
Historique alt=Le dessus de la tête présente une ouverture fermée par un verre. Derrière, la relique est présente dans un sac.|vignette|Vue du dessus du buste reliquaire, avant restauration. Le buste reliquaire est réalisé durant une période estimée entre la fin du et le début du . N'ayant pas de poinçons visibles, l'orfèvre qui l'a réalisé est inconnu.
Mentionné la première fois dans l'inventaire de 1607, le buste reliquaire est classé au titre objet des monuments historiques en 1898. Il est exposé à Vannes en 1961.
La restauration effectuée en permet de constater que certains éléments du reliquaire sont dorés. Un des pieds arrière qui avait disparu, rendant le reliquaire bancal, est refait par une fonte d'argent. Le fermoir en fer de l'opercule est remplacé par une pièce en argent. Le reliquaire tient sur son socle grâce à deux goupilles, une nouvelle goupille est fabriquée pour remplacer le trombone qui maintenait la pièce en place. La relique reçoit un nouveau sac en coton, la chape sur le buste reçoit une nouvelle loupe à l’emplacement du motif manquant.
Bras reliquaire de Saint Maudet
upright|alt=Bras reliquaire en argent, vu de face. Une ouverture dans le bras permet de voir la relique.|vignette|Bras reliquaire de saint Maudez. Le reliquaire représente un bras aux doigts bénissant : index et majeur tendus bénissant, annulaire et auriculaire repliés et tenus par le pouce lui-même plié. Le pouce est tronqué : Yves-Pascal Castel s'interroge sur le pourquoi de cette amputation (hommage au doigt de saint-Jean ? accident ?) sans trouver de réponse satisfaisante.
Le reliquaire est constitué de lames d'argent clouées sur une âme en bois, la base est une plaque d'argent ; sous celle-ci sont deux poinçons, l'un pour l'orfèvre, l'autre pour la ville de Morlaix. Le poinçon de maître est identifié comme celui Jehan Grahant, orfèvre à Morlaix, permettant de dater la réalisation vers 1500.
La manche du bras représente un vêtement froissé par de petits plis, les bords de la manche sur le petit côté sont décorés d'un galon doré, à petites fleurs et pointillés. Une ouverture sur le devant, reprenant le même motif, est fermée par cinq charnières. Elle permet de voir la relique du bras de saint Maudet derrière un verreLa notice de la base Palissy fait par erreur référence au « bras-reliquaire de saint Mériadec », bien qu'il s'agisse du bras-reliquaire de saint Maudet..
Le reliquaire mesure 50 centimètres de haut, 14,7 centimètres dans sa plus grande longueur et 7,5 centimètres dans sa plus grande largeur.