La Collectio Hispana (dite parfois aussi Collectio Isidoriana) est la collection de canons ecclésiastiques la plus complète qui ait existé dans l'Église latine au cours du premier millénaire de l'ère chrétienne.
Elle fut constituée à l'origine dans l'Espagne wisigothique au . La première version (non conservée comme telle) est datée d'un peu avant la mort d'Isodore de Séville (636) qui présida le IV concile de Tolède (633). D'autres versions sont venues l'enrichir notamment la version dite Juliana (d'après le nom de l'archevêque Julien de Tolède) après le XII concile de Tolède (681). La version définitive, dite Vulgata, est établie après le XVII concile de Tolède (694).
Il s'agissait jusqu'au concile de 694 d'une collection chronologique, présentant les textes intégralement source par source puis entre les conciles de Tolède de 675 et de 681, elle fut organisée par thème en deux parties, d'une part les canons conciliaires, et d'autre part les décrétales des papes, à partir d'un résumé du texte initial, les Excepta. La version de la fin du inclut les canons de soixante-sept conciles : les conciles grecs et ceux de la province d'Afrique des , les vingt-sept conciles espagnols depuis le concile d'Elvire (305) jusqu'au XVII concile de Tolède (694), et les dix conciles gaulois depuis le concile d'Arles de 314 au concile d'Orléans de 511. Quant aux décrétales pontificales, elles sont au nombre de cent cinq, allant du pape Damase I (366-384) au pape Grégoire I (590-604). La collection réunit en tout canons.
Versions dérivées Cette collection connut une importante diffusion dans le royaume franc dès la fin du , mais dans une forme quelque peu abrégée et corrompue (même linguistiquement) appelée l'Hispana Gallica. Selon le témoignage d'Hincmar de Reims, c'est particulièrement Richulf, évêque de Mayence de 787 à 813, qui travailla à sa diffusion. Rachion, évêque de Strasbourg, s'en fit établir une copie en 788 (détruite lors de l'incendie de la bibliothèque de Strasbourg en 1870Ce codex était, avec l'Hortus deliciarum, le joyau de la bibliothèque de Strasbourg. Des illustrations de ces deux manuscrits ont été conservées dans le fameux ouvrage d'Auguste de Bastard d'Estang Peintures et ornements des manuscrits classés dans un ordre chronologique pour servir à l'histoire des arts du dessin (Paris, Imprimerie royale puis impériale, 1835-1869).). On ne conserve aujourd'hui de cette version que le Cod. Vindob. 411 (dite « Hispana de Vienne »), manuscrit copié vers l'an 800 dans la même région rhénaneD'autres variantes un peu plus tardives de l' Hispana Gallica sont représentées par le Cod. Vatic. Palat. 575 () et le Cod. Vallicell. D 18 (de la Bibliothèque Vallicelliane, )..
Il y eut d'autre part une Collectio Hispana systematica, c'est-à-dire une réorganisation thématique de lHispana chronologica, en dix livres subdivisés en 227 titres. Cette forme a été bien moins diffusée, car on n'en conserve que trois manuscrits, dont un seul complet : le Cod. BnF latin 1 565, qui date du . Les deux exemplaires incomplets sont beaucoup plus anciens : le Cod. BnF latin 11 709 porte l' ex libris de Leidrade, évêque de Lyon au début du , et le Cod. Lyon BM 336 est un abrégé réalisé à partir du précédent. En fait, il est certain que l' Hispana systematica a été produite, comme l'autre, en Espagne : on en conserve même dans deux manuscritsCod. Escurial arabe 1 623, et Cod. Lisbonne, Torre do Tombo, Sé de Coimbra, 2a. incorporaçao 45, Doc. 1 806. et une traduction arabe. Ses sources s'étendent, pour les conciles espagnols, jusqu'au XI concile de Tolède (675), ce qui donne un terminus post quem pour sa réalisation. Leidrade mena deux missions en Septimanie et en Catalogne en 798/99, et c'est peut-être dans cette période qu'il rapporta l' Hispana systematica à LyonVoir Pierre Chambert-Protat, « Collectio Hispana systematica - l'abrégé lyonnais », OpenEdition, Hypotheses.org., 16 janvier 2013..
Importante dans l'histoire du droit canon est la Collectio Hispana Gallica Augustodunensis (« l' Hispana Gallica (dite) d'Autun »), représentée par un seul manuscrit complet, le Cod. Vatic. lat. 1 341. Cette collection, qui date des années 845/50, doit son nom au fait qu'au vu de quelques documents relatifs à Autun qui y sont insérés, on pensait autrefois qu'elle avait été réalisée dans cette ville ; Bernhard Bischoff a montré qu'elle sortait bien plutôt de l'abbaye de Corbie. Le texte primitif de l'''Hispana Gallica rhénane du temps de Charlemagne y est quelque peu amélioré (y compris la grammaire), quelques compléments sont apportés à partir de deux autres collections authentiques (la Dionysio-HadrianaCollection fondée sur celle de Denys le Petit, mais complétée postérieurement, remise à Charlemagne par le pape Adrien I en 774 et adoptée officiellement par un concile franc à Aix-la-Chapelle en 802., notamment pour les canons dits des Apôtres, et l' Hibernensis), mais, surtout, de nombreux faux documents forgés à l'occasion même de la copie y sont insérés dans la masse des vrais : des décrétales et correspondances de papes allant de Sylvestre I à Grégoire II. Cette collection est l'une des principales productions de l'atelier de faussaires qui donna peu après, sous le nom fictif d'« Isidore Mercator »Nom sans doute forgé à partir de ceux d'Isidore de Séville et de Marius Mercator., un recueil de décrétales commençant prétendument à Clément I, et sous celui de « Benoît le Lévite », un recueil de faux capitulaires impériauxSelon Klaus Zechiel-Eckes, l'instigateur de ces falsifications serait nommément Paschase Radbert, abbé de Corbie de 844 à 851..
Éditions Francisco Antonio González, Collectio canonum Ecclesiæ Hispanæ, 2 vol., Madrid, Typographia Regia, 1808-1921 (édition reproduite dans la Patrologia Latina, vol. 84, col. 93-848). Gonzalo Martínez Díez et Félix Rodríguez (éd.), La Colección canónica hispana, 6 vol., Monumenta Hispaniæ Sacra, serie canonica, Madrid, Consejo Superior de Investigaciones Cientificas, 1966-2002.
Bibliographie Bernard Franck, « Recherches sur le manuscrit de lHispana de l'évêque Rachio », Archives de l'Église d'Alsace, n. s. 7, 1956, 67-82. Jehan Dahyot-Dolivet, Précis d'histoire du droit canonique : fondement et évolution, Rome, Libreria Editrice della Pontificia Università Lateranense, 1984. Lotte Kéry, Canonical Collections of the Early Middle Ages (c. 400-1140). A Bibliographical Guide to the Manuscripts and Literature, Washington DC, Catholic University of America Press, 1999. Nicolás Alvarez de las Asturias, « On the so-called second version of the Hispana Gallica Augustodunensis », Zeitschrift für Rechtsgeschichte. Kanonistische Abteilung, vol. 93, 2007, 34-44. Eric Knibbs, « The Interpolated Hispana and the Origins of Pseudo-Isidore », Zeitschrift für Rechtsgeschichte. Kanonistische Abteilung'', vol. 99, 2013, 1-71.
Notes et références
Articles connexes Droit du haut Moyen Âge
Liens externes La Collectio Hispana Gallica Augustodunensis : http://www.benedictus.mgh.de/quellen/chga/
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