Le terme de crédibilité renvoie à la situation où un individu s'interroge sur la véracité d'un document, d'une donnée ou d'une affirmation auquel il a ou non accès.
Une information, une donnée, un « dire », un document, une statistique, une expertise, etc. sera jugé plus ou moins crédible selon l'idée que le récepteur se fait du niveau de véracité et/ou de vérifiabilité, de preuves de sa source et de son vecteur, et par extension, du niveau général de confiance qu'il place dans la personne, l'institution ou l'entité source ou vecteur de l'information.
La crédibilité d'un acteur, d'un certificat ou d'un label, d'une évaluation ou de toute assertion dépend de la valeur de ses informations, affirmations, avis et conseils qui y sont associés. Elle est en partie le résultat d'une perception et dans certains cas d'incertitudes inévitables (dans le domaine de la prospective par exemple).
La crédibilité en relations internationales est la probabilité perçue qu'un dirigeant ou un État donne suite aux menaces et aux promesses qui ont été faites. La crédibilité est un élément clé de la coercition (c'est-à-dire la contrainte et la dissuasion), ainsi que du fonctionnement des alliances militaires. La crédibilité est liée à des concepts tels que la réputation (comment le comportement passé façonne les perceptions des tendances d'un acteur) et la résolution (la volonté de rester ferme tout en encourant des coûts). La réputation de détermination peut être un élément clef de la crédibilité, mais la crédibilité dépend également fortement du contexte.
Les champs de la crédibilité
Crédibilité des évaluations et assertions L'émergence du besoin de qualification de systèmes complexes (dont récemment pour l'évaluation environnementale, du climat ou concernant la biodiversité) a induit une demande de critères rigoureux, qui respectent les normes traditionnelles de la recherche, tout en admettant des marges d'incertitudes importantes (nul ne peut prétendre pouvoir mesurer ou connaitre toute la biodiversité dans les délais nécessaires aux prises de décisions la concernant). Outre les classiques critères de fiabilité, apparaissent des critères plus complexes d'« authenticité » relatifs aux hypothèses posées par les nouveaux paradigmes de biosphère, interactions Homme-Climat, etcYvonna S. Lincoln, Egon G. Guba ; "But is it rigorous? Trustworthiness and authenticity in naturalistic evaluation " ; Special Issue: Naturalistic Evaluation ; résumé ; New Directions for Program Evaluation ; Volume 1986 Issue 30, Pages 73 - 84 ; Online: 4 novembre 2004. S'y ajoutent des critères sociaux et éthiques, particulièrement importants dans le champ de la gouvernance (locale à mondiale) et de la moralisation du commerce et des échanges. Dans ce contexte, la transparence apparait importante, et l'Open data, l'open source et les approches collaboratives permettent d'améliorer la qualité et la rapidité des vérifications ou corrections indépendantes.
Cependant, si les calculs de marges d'incertitudes peuvent a priori être réduites par des systèmes statistiques affinées, ces derniers doivent être crédibles, notamment quand ils émanent des collectivités et autorités administratives. À titre d'exemple, dès les années 1990, l'ONU alertait sur le fait que dans le domaine des métaux et que de plus, ONU Examen de l'exactitude et de l'exhaustivité des statistiques disponibles sur la bauxite, l'alumine et l'aluminium, et éventuelles mesures à prendre en la matière, Rapport du secrétariat de la CNUCED (Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement), 1994-02-04, PDF, 17 pages.
Crédibilité relative à la nature des assertions La crédibilité concerne tant des affirmations et preuves quantitatives, que qualitatives, juridiques, sanitaires, sociales, et plus récemment, avec le développement du commerce éthique et de la responsabilité sociale et environnementale, environnementale et éthique.
Elle porte de plus en plus sur tout ou partie d'aspects juridiques (commerce équitable), économiques et sociaux (responsabilité sociale, socio-certification) ou environnementale (écocertification).
Crédibilité et certification La crédibilité est essentielle à tout système de certification volontaire, car celui-ci repose toujours sur la confiance entre les acteurs (acheteurs, vendeurs, donneurs d'ordre, etc.).
Dans les systèmes complexes ou mondialisés où les acteurs situés aux extrémités des chaines commerciales (producteurs, consommateur final) ne se connaissent pas et se rencontrent jamais ou très peu souvent, ou lorsque le client ne peut juger le système et tous ses enjeux et conséquences, la crédibilité repose sur un « système de preuves » et sur la validation et le contrôle de ce système tout au long de la chaine par un tiers « certificateur » indépendant. Ce certificateur doit vérifier - pour le compte du client - que les acteurs d'une chaine (producteur, vendeur, transformateurs et autres intermédiaires) font ce qui est dit (dans un référentiel, qui doit donc être clair et disponible) et disent ce qu'ils font (dans ce même référentiel, ou dans d'autres documents contractuels tels que le cahier des charges de la certification ou du produit ou service. Un ou plusieurs indicateurs d'évaluation doivent être associés à chaque item, pour permettre au certificateur d'évaluer si chaque cible et atteinte. Dans les domaines techniques et environnementaux, des « critères de scientificité » apparaissent aussi, ainsi que des critères éthiques par exemple validés par des comités éthiques consultatifs ou des éthiciens sollicités pour la circonstance, en particulier dans les domaines de la santé, de l'environnement, du commerce et de la commande publique éthique.
Dans certains domaines (la certification forestière par exemple), l'industrie, de grandes ONG et/ou certains gouvernements ont défini les bases minimales de la crédibilité d'une certification. . L'IPF ECOSOC. 2004. United Nations Forum on Forests. Report on the fourth session. New York, États-Unis, 6 juin 2003 et 3-14 mai 2004. E/2004/42, E/CN.18/2004/17. télécharger le document) distingue nettement les critères et indicateurs destinés à aider les États à suivre la gestion des forêts, et ceux qui peuvent être utilisés pour la certification des forêts. Pour l'IPF les critères et indicateurs visaient initialement à promouvoir et de suivre la gestion forestière durable et non pas à imposer des systèmes de certification des produits forestiers. Ce n'étaient pas des normes de performance, telles qu'il en faut pour certifier la gestion à un niveau quelconqueConseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC). 1997. Report of the Ad Hoc Intergovernmental Panel on Forests on its fourth session. Document pour la cinquième session de la Commission du développement durable, New York, États-Unis, 7-25 avril 1997. E/CN.17/1997/12. (Télécharger). Le Comité des forêts de la FAOFAO. 2001. Critères et indicateurs de gestion forestière durable pour tous les types de forêts et incidence sur la certification et le commerce. Note du Secrétariat. du Comité des forêts, 12-16 mars 2001. Rome., l’Union européenneUnion européenne. 2001. Déclaration concernant le point 6 de l’ordre du jour de la du Comité des forets de la Fao, 12-16 mars 2001: critères et indicateurs de gestion forestière durable pour tous les types de forêts et incidence sur la certification. 7 mars. et la Banque mondiale Banque mondiale ; 2002. The World Bank Operational Manual. Operational Policies. Forests. OP 4.36.Washington, États-Unis, Banque mondiale. Disponible à l’adresse suivante: wbln0018.worldbank.org/Institutional/Manuals/OpManual.nsf/tocall/C972D5438F4D1FB78525672C007D077A?OpenDocument ou encore le réseau d'ONG FERNForests and the European Union Resource Network (FERN). 2001. Why the PEFC, SFI and CSA are not credible forest certification schemes. Joint NGO statement. Voir se sont fait l'écho de cette déclaration, estimant tous que de nombreux critères et indicateurs peuvent faciliter le suivi d'aspects pertinents de la gestion forestière, mais que les normes de certification pour être crédibles doivent toujours être fondées sur les performances.
La crédibilité : critère interdisciplinaire
Dans le domaine de la psychologie sociale Le terme "crédibilité" vient des pays anglo-saxons et du domaine de la psychologie sociale.
En 1951 il a été défini par Hovland et Weiss comme d'une "dissociation opérée par les récepteurs d'un message entre contenu et source". Leurs travaux ont relevé l'influence des caractéristiques de la source plus que du contenu.
Cette définition canonique a servi de référence pour tous les travaux ultérieurs sur le sujet. Elle n'est pas discutée mais remise en question aujourd'hui quant à son utilisation dans le contexte de la communication dans les médias numériques. Le critère de crédibilité y est privilégié car les sources sont difficilement identifiables.
Dans le domaine de l'interaction humains-machines B.J. Fogg et son équipeont établi deux typologies de crédibilité : celle qui concerne les objets (source, auteur, support et document) et celle qui se décompose en différents types (crédibilité présumée, réputée, de surface ou d'expérience). Psychologue expérimental, il a été le premier à parler de "crédibilité web" en 1999. Il parle de conceptions de technologies capables d'influer sur les attitudes et comportements de leurs usagers. Il a dressé cette liste de critères (cf. plus haut) mais l'expérience lui a montré que les critères de crédibilité déterminants n'étaient pas ceux qui avaient attrait au contenu informationnel ou à la source mais bien ceux relatifs aux aspects visuels du site.
L'équipe du Credibility Lab de l'Université de Stanford a recueilli des données de plusieurs milliers d'utilisateurs et constatent que le grand public emploie des critères très peu fiables pour juger les sites web. Ainsi les internautes accordent plus facilement leur confiance aux aspects visuels comme l'apparence du site, sa mise en page, sa typographie, ses images, les espaces blancs...
Dans le domaine de la recherche L'efficacité, la signifiance et la pertinence de la Recherche fondamentale, interprétative et appliquée passent par la rigueur et la crédibilité des sources et des résultats, ce qui n'exclut pas une approche éthique et de vulgarisationDe la démarcation entre critères d'ordre scientifique et d'ordre éthique en recherche interprétative ; Recherches qualitatives, vol 24, 2004, . On parle notamment de transférabilité, constante interne et fiabilité; Pour cela de nombreux dispositifs d'évaluation et de certification des chercheurs et enseignants-chercheurs, des laboratoires, des protocoles expérimentaux ou des systèmes de saisie ou de mesure existent. La triangulation des sources, la relecture et la critique par des pairs est un des moyens d'améliorer la fiabilité d'un travail. L'énonciation du contexte, des présupposés facilite la détection d'éventuels biais dans les résultats.
Dans le domaine des sciences de la communication En 2003, Metzer et une équipe de chercheurs en science de la communication recensent les travaux sur la crédibilité web dans ce domaine pour la première fois. Ils y constatent que les consommateurs ne distinguent pas la source du message (l'émetteur) du canal de diffusion du message. Le médium est important dans ce domaine dans un contexte d'avénement de la télévision.
Metzger et Flanagin synthétise ensuite les deux types de stratégies d'évaluation prenant en compte le critère de crédibilité web. Ils distinguent la stratégie analytique qui traite les informations en profondeur (vérification des faits, crédibilité de l'auteur...) à la stratégie heuristique rapide et superficielle (éléments formels ou visuels du site, intuitions...).
Dans le domaine des sciences de l'information