Linsoumission est l'acte d'une personne ou d'un groupe de personnes qui « manque de soumission, qui décide de ne point obéir »E. Armand, Insoumis, Insoumission, Encyclopédie anarchiste, 1925-1934, , ., de celui qui n'accepte pas de se soumettre à l'autorité dont il dépend et qui refuse de la reconnaître..

L'insoumission est une forme de désobéissance militaire ou civile et ses motivations peuvent être diverses : philosophique, politique, sociale, pacifiste, antimilitariste, etc.

Dans le domaine militaire, le terme désigne spécifiquement le refus d'un citoyen appelé au service militaire de répondre à la convocation et de se rendre dans son unité.. En France, est qualifié d'insoumis celui qui n'a pas rejoint son corps trente jours après la date indiquée sur la feuille de route, dans le cas d'une affectation en métropole, et quarante-cinq jours dans celui d'une affectation à l'étranger, en Allemagne par exemple. C'est le bureau de recrutement des intéressés qui déclenche la procédure.

Définitions Selon E. Armand dans l'Encyclopédie anarchiste :

Dans l'antiquité romaine

Au avant l'ère commune, les patriciens romains, grands propriétaires fonciers, font appel à la plèbe pour mener leurs guerres incessantes. En 494‐493 av. J.-C. alors qu'une guerre contre les Volsques est imminente, la plèbe ne supporte plus l'esclavage pour dette qui lui est imposé.

Grâce à leur révolte, les plébéiens obtiennent un décret protégeant les soldats de l’emprisonnement et de la saisie de leurs biens et ils acceptent de s’enrôler.

Les refus de la plèbe se répètent plus tard.

En Allemagne Le régime nazi envoie les réfractaires dans des camps de concentration dès avant la Seconde Guerre mondiale. Pendant celle-ci, il en fusille ou en décapite des milliers.

En Belgique

En Belgique, Insoumis fait référence à un journal clandestin durant la Seconde Guerre mondiale, puis à un mouvement armé de la résistance intérieure belgeLe livre d'or de la Résistance belge, publié par le Ministère de la Défense nationale, Les éditions Leclercq, Bruxelles, 1949, .

En France thumb|290px|right|L'affiche du Groupe des conscrits de la Fédération communiste anarchiste, octobre 1912.

Avant la Première Guerre mondiale Le 20 février 1891, à Saint-Denis, Élisée Bastard participe à un refus collectif du tirage au sort pour la conscription. Une vingtaine d’anarchistes sont alors raflés par la police..

Avant la Première Guerre mondiale, les Bourses du travail et la Confédération générale du travail (CGT) pratiquent le syndicalisme révolutionnaire et antimilitariste.

Le nombre d'insoumis augmente. Ils sont en 1902, en 1907, 12 à en 1912. Mais, par ailleurs, les conscrits participent régulièrement à la répression des mouvements sociaux et brisent des grèves. Il arrive que les cheminots grévistes soient convoqués à une période militaire sur leur lieu de travail, au risque d’être jugés comme insoumis. À la déclaration de guerre, le , le Comité confédéral de la CGT se prononce à l’unanimité contre la grève générale.

En 1912, un groupe de conscrits rédige un manifeste incitant à l'insoumission et se réfugie à l’étranger. La Fédération communiste anarchiste publie et avec le manifeste. Son secrétaire national, Louis Lecoin est condamné à quatre ans de prison.

Première Guerre mondiale Le 5 août 1914, une loi accorde l'amnistie aux insoumis et déserteurs qui se présentent spontanément à l'autorité militaire pour être incorporés.

Lors de la mobilisation de 1914, les insoumis désignent les hommes qui ne rejoignent pas immédiatement leur affectation. La définition théorique est :

Au cours de la Première Guerre mondiale, les cas d'insoumission ont fréquemment entraîné la peine de mort par fusillade, ce sont les Soldats fusillés pour l'exemple et ce, dans la plupart des armées combattantes.

Seconde Guerre mondiale En 1939, Jehan Mayoux refuse la mobilisation et se voit condamné à cinq ans de prison, puis il s'évade. Il est repris par les autorités de Vichy et est déporté par les Allemands au camp de Rawa-Ruska en Ukraine. Il signera Le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie ».

Insoumis après l'entrée en guerre de la France (3 septembre 1939), l'anarchiste Maurice Joyeux est arrêté en 1940, condamné à de prison et incarcéré à Lyon à la prison Montluc, dont il s’évade après avoir fomenté une mutinerieMichel Ragon, D'une berge l'autre, page 113., mais il est repris et n'est libéré qu'en 1944. C'est le sujet de son livre Mutinerie à Montluc publié en 1971Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social : notice biographique . Il signera aussi Le Manifeste des 121.

Les habitants des départements d'Alsace et de Lorraine annexés par l'Allemagne nazie, qui refusaient de servir l'Allemagne et rejoignaient le Maquis ou qui tentaient de passer en Suisse, étaient qualifiés de « traîtres » par le pouvoir occupant, mais d'« insoumis » et de « patriotes » par la Résistance intérieure française.

Le Front de la jeunesse alsacienne incite par des tracts à ne pas se présenter aux conseils de révision. Des conscrits ne s’y rendent pas ou le font en chantant La Marseillaise. Six membres du Front de la jeunesse alsacienne sont arrêtés, condamnés à mort et exécutés : Alphonse Adam, Robert Kieffer, Robert Meyer, Joseph Seger, Charles Schneider et Pierre Tschaen. D’autres sont condamnés à des années de travaux forcés.

Des filières permettent notamment à des réfractaires de franchir les frontières. Des réfractaires sont arrêtés et leurs familles, transplantées dans le Reich (environ et ).

Après la bataille de Stalingrad et l'incorporation de nouvelles classes le 31 janvier 1943, le mouvement d'évasion s'intensifie et, le 10 février 1943, ce sont cent quatre-vingt-deux réfractaires qui arrivent à passer en Suisse. Le lendemain quatre-vingt six autres les suivent. Le surlendemain, un groupe de dix neuf jeunes gens échange des coups de feu avec les garde-frontière. Un policier allemand est tué. Un seul réfractaire réussit à passer en Suisse. Les autres sont fusillés le jour même et les suivants. Les familles sont incarcérées puis envoyées comme travailleurs forcés en Allemagne. Le massacre de Ballersdorf fera l'objet d'un roman et d'un film.

Ceux qui ont cédé à l'Occupant sous la contrainte, ont été qualifiés de « Malgré-nous ».

Guerre froide En 1957, 84 communistes, fils de morts en déportation ou de fusillés par les nazis, annoncent leur refus d'incorporation dans l'armée pour ne pas servir sous les ordres du commandant en chef des forces terrestres de l'Otan pour le « Centre Europe », Hans Speidel, ancien officier nazi. Claude Marty, le premier appelé réfractaire est arrêté, il fait quatorze mois de prison avant d'être libéré, comme tous ses camarades, le 3 mai 1958. Le Parti communiste français et le Secours populaire français mènent une campagne de soutien à ces insoumisNotamment par une pétition par cartes postales éditées par les Jeunesses communistes de France. Cf. la date du 6 février sur le site . Jacques Chaban-Delmas, ministre de la Défense, reconnaît que .. Il concède un compromis qui permet d'affecter les réfractaires dans des régiments basés en Afrique, hors des unités de l'OTAN.

Guerre d'Algérie

thumb|Place Bellecour à Lyon en 1961, six volontaires de l'Action civique non-violente se sont enchainés, et déclarent vouloir être traités chacun comme l'insoumis Michel HannietTramor Quémeneur, dans sa thèse Une guerre sans « non » ? Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie (1954–1962)Tramor Quemeneur, thèse de doctorat d’histoire Une guerre sans « non » ? Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie (1954–1962) sous la direction de Benjamin Stora, Université Paris VIII, 2007, 1396 p., dénombre insoumis qui ajoutés aux 886 déserteurs et aux 420 objecteurs de conscience représentent 1% des appelés en Algérie.

Un tract intitulé « Des Insoumis et des Déserteurs anticolonialistes en appellent à l'opinion publique » signé par une trentaine de militants est diffuséFonds Jean-Pierre Lanvin, Observatoire des armements.

Protestation à propos de Maurice Audin En juin 1960, Michel Halliez, réserviste ayant accompli une partie de son service militaire en Algérie, a renvoyé ses papiers militaires pour protester contre la Légion d'honneur et la promotion du lieutenant Charbonnier, désigné comme tortionnaire et assassin de Maurice Audin. Michel Halliez est défendu par Robert Badinter. Une première peine est aggravée en appel à six mois de prison avec sursis et d'amende. Ayant refusé de reprendre ses pièces militaires quelques mois plus tard, Michel Halliez est à nouveau condamné à six mois de prison avec sursisTract du Comité Maurice Audin, , Fonds Jean-Pierre Lanvin déposé à l'Observatoire des armements..

Action civique non-violente L'Action civique non-violente est un regroupement créé en 1958 pour s'opposer activement aux pratiques de la guerre d'Algérie, telles que les camps d'internement et la torture, et pour soutenir et organiser les réfractaires à l'armée.

Jeune Résistance

Réfractaires à la guerre d'Algérie, des appelés s'exilent, désertent ou s'insoumettent Chapitre 9. Le mouvement Jeune Résistance s'efforce à partir de 1959 de soutenir les exilés et de populariser leurs motivations malgré le désaveu de la gauche traditionnelle.

Manifeste des 121

Le Manifeste des 121, titré « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie », est signé par des intellectuels, universitaires et artistes et publié le dans le magazine Vérité-Liberté. Il dénonce le militarisme et la torture. Il déclare : .

Il se termine sur trois propositions finales : « Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien ». « Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d'apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français ». « La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres ».

Répression Considérant que François Mitterrand, ministre de l'Intérieur, à l'Assemblée nationale, 12 novembre 1954, . De ce fait les combattants algériens ne bénéficièrent pas du droit de la guerre et furent traités comme des criminels de droit commun. En revanche, les insoumis et les déserteurs risquaient des peines moindres qu'en temps de guerre.

Le gouvernement a publié plusieurs ordonnances qui aggravaient les peines frappant la provocation à l’insoumission, à la désertion et au renvoi de livret militaire, le recel d’insoumis et les entraves aux départs des soldats. Les fonctionnaires apologistes de l’insoumission et de la désertion pouvaient être plus sévèrement réprimés.

Parti communiste français Depuis le début du conflit en Algérie, le Parti communiste français soutient que la participation de ses militants au contingent de cette guerre coloniale est un gage de fonctionnement plus démocratique de l’armée. En , L'HumanitéL'Humanité reprise par cite Maurice Thorez, secrétaire général du parti, qui, le , rappelait les principes définis par Lénine : . L'Humanité ajoute :

Le parti désapprouve donc les réfractaires. Ainsi Yann Le Masson est dissuadé par les autorités du PCF de mettre à exécution son projet d'insoumission. Il reviendra traumatisé de sa participation à la guerre puis se fera « porteur de valises » dans le réseau JeansonTémoignage cité par .

Après le cessez-le-feu, le comité central du Parti communiste français dénonce « la nocivité des attitudes gauchistes de certains groupements » qui « se sont refusés à tout travail de masse au sein du contingent et ont préconisé l'insoumission et la désertion ». Jeune Résistance avait répondu à cette critique dès 1960 :

Fin de la guerre