Léon Gandillot est un auteur dramatique né le dans le de ParisArchives de Paris 9e, acte de naissance , année 1862 et mort le à Neuilly-sur-Seine.
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Léon Gandillot est issu d'une lignée de cultivateurs-vignerons de Mondon dans le Doubs. Son grand-père, Jean-Denis (1797-1863), passé par Polytechnique, était un industriel prospèreL'entreprise est spécialisée dans l'industrie des fers creux et des calorifères. Les magasins sont situés à Paris, rue de Bellefond. L'usine est installée à Épinay-sur-Seine dans le quartier de La Briche. Elle sera détruite lors du siège de Paris en 1871.. Son oncle est Hector Crémieux, librettiste et auteur dramatique qui écrivit, entre autres, le livret d'Orphée aux Enfers pour OffenbachHector Crémieux (1828-1892) a épousé Sophie Gandillot, la tante de Léon. Outre le livret d'Orphée aux Enfers, il écrit pour Offenbach (en collaboration), La Chanson de Fortunio, Le Pont des soupirs, Monsieur Choufleury restera chez lui le …, Robinson Crusoë, Geneviève de Brabant... Il travaille également pour Léon Battu, Léo Delibes, Alphonse Varney, Alfred Lange, Hervé … Au théâtre, on lui doit notamment L'Abbé Constantin, en collaboration avec Pierre Decourcelle d'après le roman de Ludovic Halévy.. Son père, Jules (1834-1880), est également polytechnicien.
Léon naît le dans le de Paris où ses parents sont domiciliés au 15, rue TurgotJules Gandillot épouse Élina Bonnet dont il aura trois enfants, René, l'aîné, Léon et Madeleine, la cadette. Élina décède en 1875, à l'âge de 44 ans ; Jules, cinq ans plus tard, à 47 ans. Ernest Gandillot, oncle de Léon, est nommé subrogé tuteur des trois orphelins.. De 1867 à 1873, il est scolarisé aux collèges de Lons-le-Saulnier puis de Salins dans le Jura. Après cinq années au Collège Sainte-Barbe, il est reçu à Centrale en 1880Reçu troisième sur 228 candidats à Centrale. Alors qu'il s'apprête à sortir « dans la botte », il renonce à présenter son travail de fin d'études et ne sera donc pas diplômé.. Jules Gandillot meurt cette même année. Léon, qui a déjà perdu sa mère, est orphelin à .
Le , Gandillot rejoint la du d'artillerie de Versailles comme seconde classe sous le matricule 3866. Il effectuera régulièrement ses périodes de réserviste jusqu'en . Et sera définitivement libéré de ses obligations militaires en 1908.
Le jeune centralien ne se sent pas une âme d'ingénieur ; il veut être auteur dramatique. En 1886, à l'âge de , il fait ses premières armes au Théâtre Déjazet avec les Femmes collantesLa première des Femmes collantes a lieu le 16 octobre 1886 sur le Boulevard du Crime au Théâtre Déjazet dirigé par Henri Boscher. Le texte est édité dans la foulée par Paul Ollendorff.. La pièce est applaudie par le critique du « Temps », Francisque Sarcey qui voit en Gandillot un possible successeur de LabicheDans « Le Temps » du 20 octobre 1886, Francisque Sarcey commence ainsi sa critique : « Mon Dieu ! Que ce vaudeville est gai ! Je serais bien surpris si nous n'avions pas cette fois mis la main sur un homme de théâtre, sur un auteur dramatique ! ». C'est un triompheLe 23 septembre 1887, le Déjazet démarre sa saison avec une 278ème représentation des Femmes collantes. À la fin de l'année 1895, une nouvelle reprise s'annonce comme la 738ème. Sur les succès de Léon Gandillot au Déjazet, Catherine Naugrette-Christophe écrit : « De 1887 à 1893, la progression [du Déjazet]est nette, on trouve régulièrement une pièce qui dépasse les cent voire les deux cents représentations : les Femmes collantes, comédie-bouffe de Léon Gandillot en 86-87 (257 représentations), la Course aux jupons, du même auteur, en 1890 (103), Ferdinand le Noceur en 1892 (101) et en 1893, (130). Cette progression est due à un auteur : Léon Gandillot, mais Gandillot s'essouffle un peu et les années suivantes présentent une nette récession. Les pièces qui sont jouées au Déjazet entre 1884 et 1897 ne dépassent pas en moyenne 30 à 40 représentations. (…) En 1900, le successeur de Boscher, Georges Rolle choisit de reprendre les Femmes collantes (109 représentations), la reprise se poursuit en 1901 tandis qu'un autre succès de Gandillot clôt l'année : la Tortue [en fait une reprise]. On dit alors que le Déjazet est " le théâtre de Gandillot " ». In : « Très riches heures du Théâtre Déjazet » (Littérature et Nation, n°5, 2ème série. « Théâtre à succès vers 1900).. La même année, Georges Feydeau, qui a le même âge à six mois près, donne Tailleur pour Dames. La pièce provoque également l'enthousiasme de Sarcey.
Toute sa vie, le critique soutiendra le travail de Gandillot. Sous cet auguste parrainage, les Femmes collantes trouveront un succès durable. La pièce donnera lieu à deux adaptations cinématographiques en 1920 et en 1938. Ce triomphe précoce fut suivi de plusieurs autres : la Mariée récalcitrante, la Course aux jupons ou Ferdinand le Noceur (adapté au cinéma en 1935 avec Fernandel dans le rôle titre.)
Mais Gandillot ne se satisfait pas de ce statut de vaudevilliste, il veut être un auteur dramatique exigeant, à l'égal de son maître Henry BecqueHenry (parfois Henri) Becque (1837-1899), auteur dramatique. On lui doit notamment les Corbeaux, inscrit au répertoire de la Comédie-Française (1882) et la Parisienne (1885).. Après quelques déceptions (Bonheur à quatre, De fil en aiguille, Le Pardon), il revient au vaudeville et renoue avec le succès (La Tournée Ernestin, Le Sous-Préfet de Château-Buzard, Associés ! La Cage aux lions, La Tortue, L'Amorceur, Zigomar, Radinol a du coton). Il s'essaie à plusieurs genres : la revue, le pantomime, la chanson.
Finalement, il atteint son but avec Vers l'Amour qui séduit André AntoineFondateur-inventeur du Théâtre Libre, André Antoine plaide pour l'ouverture de son art au courant naturaliste. Il admire les auteurs scandinaves, Ibsen, Strinberg ... Il adapte les romans de Zola, Daudet, Balzac, Renard. Il déteste les acteurs qui surjouent, le cabotinage, le « trucs » du métier. Lors de l'inauguration du buste de Léon Gandillot au Déjazet, en 1914, il déclare : « Gandillot et moi nous sommes croisés, épiés, toisés, ratés, avant de nous trouver. Pour être franc, nous n'aimions pas le vaudeville au Théâtre Libre (...) et nous n'aimions pas Gandillot qui devait ses succès et son nom au vaudeville. Je lui avais refusé des pièces très longtemps. Et un jour il me dit : « Je vous assure, Antoine, que je vaux mieux que ce que vous pensez. » Nous restâmes longtemps sans nous voir. Un jour, il vient à mon cabinet. « Je sais que vous ne m'aimez pas, me dit-il, mais on m'a refusé cette pièce partout. Vous, la lirez-vous ? » Il me tendit le manuscrit de Vers l'Amour . « Je la lirai d'autant plus certainement que nous ne sommes pas des amis. » Je lus la pièce : elle m'enchanta par son émotion. Le lendemain, il revint. « Vous n'avez pas lu ? » Si fait, j'ai lu. Et j'ai le grand bonheur de vous recevoir ». Alors Gandillot s'est mis à pleurer. Depuis ce jour-là nous avons été amis, de vrais amis ».. Cette pièce ambitieuse - quarante personnages figurent au premier acte -, au dénouement tragique, est jouée au Théâtre Libre en 1905. Elle est applaudie à la fois par la critique et le public. Elle sera reprise par Antoine à l'Odéon en 1914, deux ans après la mort de son auteur.
Gandillot ne quittait guère le de Paris, la Nouvelle Athènes et le bas de la butte Montmartre où il habita : rue Clauzel, rue des Martyrs, rue de la Tour d'Auvergne ou rue Fontaine. Très jeune, il fréquente le milieu du Chat Noir où il côtoie tout ce que la bohème montmartroise comprend d'excentriques et de provocateursParmi ses compagnons, on trouve : Alfred Capus, dramaturge et romancier, futur académicien ; Étienne Grosclaude, journaliste et humoriste ; Charles Desteuques, rubricard à Gil Blas, spécialisé dans la promotion des demi-mondaines ; Montoyeux, chroniqueur et écrivain ; Louis Vallet, dessinateur, illustrateur et publiciste; Georges Noblet et Coquelin cadet, acteurs ; Antoine Banès, compositeur de musiques d'opérette ; Gabriel Astruc, agent de Mata-Hari, Chaliapine et Rubinstein, qui fit venir les Ballets russes à Paris ; Curnonsky, le prince des gastronomes ; Albert Guillaume, caricaturiste, fondateur avec son frère Henri du Théâtre des Bonshommes Guillaume, marionnettistes satiriques ; Félix Decori, avocat, pilier du Chat Noir ; Adrien Bernheim, inspecteur des théâtres et ami intime au point que Gandillot sera son témoin de mariage.. En 1881, il rejoint la revue du Chat noir, hebdomadaire satirique fondé par Rodolphe SalisLe cabaret du Chat Noir fut situé successivement, 84, boulevard de Rochechouart, 68 boulevard de Clichy et 24 rue Victor Massé. L'écrivain Jean Lorrain décrit l'endroit comme « l'olla podrida de tous les styles et de toutes les extravagances, le « décrochez-moi-ça » de la brocante artiste, de tout un quartier de rapins et de poètes, un musée picaresque et baroque de toutes les élucubrations de bohèmes venues s'échouer toutes là depuis vingt ans, de toutes ces épaves : le mauvais goût le plus sûr à côté de trouvailles exquises ( ...) ». L'écrivain et critique Jules Lemaître décrit ainsi Gandillot : « Il est l'individu le plus gai de sa génération. Son physique marque les esprits : on dit de lui qu'il a la tête de Tibère jeune mais sans la cruauté du prince ». Le , Léon succède à son ami Alphonse Allais comme rédacteur en chef du Chat Noir. Il restera à ce poste un peu moins de deux ansLe 13 août 1887, Allais dédie un article du Chat Noir intitulé Les Templiers à Léon Gandillot. C'est le 9 juin 1888, à 25 ans, que Gandillot publie dans la revue son premier texte, Les trois filles . Et c'est le 22 août 1891 qu'il publie le dernier, Profil de vierge..
Léon quoique son origine sociale ne l'y prédestinât point était au cœur d'un maelstrom artistique dont il fut l'une des pittoresques figures. Il semblait prendre plaisir à multiplier les provocations, faisait des procès aux directeurs de théâtre, qu'il aurait pourtant eu intérêt à ménagerEn 1895, il attaque les directeurs du Palais-Royal qui ont refusé sa pièce la Cage aux lions au prétexte qu'elle a été lue par un régisseur dont il récuse la légitimité. La pièce est ensuite acceptée au Cluny de Léon Marx mais Léon juge qu'elle a été retirée trop tôt de l'affiche. Il conteste aussi le montant de ses droits d'auteur. Il perd ces procès ; il en perdra d'autres, même si ses arguments ne sont pas toujours infondés.. Il intervenait fougueusement aux Assemblées générales de la SACD, ferraillant avec Victorien Sardou ou Alexandre Dumas fils, provoquant suspensions de séance et rappels à l'ordre. Tête de file des jeunes turcs, il veut révolutionner l'institution, l'ouvrir plus largement aux auteurs débutants et améliorer les droits d'auteurLes rapports annuels de la SACD sont la plupart du temps acceptés à l'unanimité moins une voix, « celle de Léon Gandillot ». Quand il se présente à la Commission, il n'obtient jamais plus de vingt voix. En 1896, il en obtient 16 quand Georges Feydeau est élu avec 73. Pour tout ce qui concerne les interventions de Léon et les polémiques qu'il a provoquées, voir les Registres 0282.15, volumes 3 à 11 des Assemblées générales de la SACD.. Mais son but ultime, il le déclare dans la presse, c'est de supprimer la SACD, ce qui ne lui vaut pas que des amis. Feydeau trouve qu'à son goût, l'auteur des Femmes collantes, s'il n'a pas tort sur tout, est un peu trop révolutionnaire. vignette Léon Gandillot n'était pas facile à manier. Anarchiste et bourgeois, ingénieur et poète, procédurier à l'extrême, indéfectible ami, il n'a pas peur de déboulonner les idoles, de s'attaquer aux injustices et de descendre dans la rue pour défendre les plus démunis.