Le temple de Diane d'Aix-les-Bains est un monument romain situé en France dans la commune d'Aix-les-Bains et le département de la Savoie, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Dans la géographie administrative romaine, (Aix-les-Bains) se trouve dans la cité de Vienne, en territoire allobroge.
Sans doute construit dans la première moitié du , le monument, traditionnellement considéré comme un temple romain, est remanié à plusieurs reprises, intégré à des constructions plus récentes, dont le château féodal devenu plus tard l'hôtel de ville, ce qui lui vaut certainement d'échapper à la destruction totale. Son identification comme édifice cultuel consacré à Diane a depuis longtemps suscité des réserves chez les historiens ; il semble en effet que cette hypothèse doive être abandonnée au profit de celle d'un tombeau-temple ou d'un mausolée-temple formant un ensemble cohérent avec l'arc de Campanus, lui aussi finalement interprété comme un monument funéraire. Cette proposition est la conséquence d'une remise en question globale du statut et de la localisation précise de l'agglomération antique d'.
Le temple de Diane, dont trois murs extérieurs sont intégralement conservés, est classé au titre des monuments historiques depuis 1875 ; il abrite depuis 1948 le musée archéologique d'Aix-les-Bains.
Contexte historique et topographique
vignette|gauche|alt=Plan en couleurs d'une place de ville avec ses principaux bâtiments.|Plan schématique de la place Maurice-Mollard en 2015. Les premières occupations romaines à Aix-les-Bains () semblent remonter à la seconde moitié du , avec un aménagement sommaire de deux sources thermales chaudes. La ville est rattachée administrativement à la cité de Vienne. Le site antique, implanté à une altitude d'environ sur le flanc ouest du mont Revard, bénéficie d'un microclimat clément favorable à une implantation humaine durable grâce à la proximité du lac du Bourget.
Plusieurs documents épigraphiques mentionnent les (habitants du ) d' ; la réalité géographique et administrative que recouvre ce terme est difficile à appréhender. À la lumière des plus récents travaux, il apparaît douteux de voir dans une agglomération antique urbaine, pourvue d'un centre monumental comprenant les thermes, le temple de Diane et l'arc de Campanus. La topographie du site qui présente un important dénivelé (près de dix mètres entre la base du podium du temple et le niveau de circulation autour des bassins des thermes antiques partiellement intégrés aux bâtiments des thermes nationaux modernes) s'y prête mal et, si l'arc de Campanus est bien un monument funéraire, il n'a pas sa place dans le cœur d'une ville, ce type de monument devant être relégué hors des limites des cités..
vignette|alt=Photographie en couleurs de vestiges de constructions romaines sous lumière artificielle.|Vestiges des thermes.
Plus vraisemblablement, et à l'image d'Aix-en-Provence, le site d'Aix-les-Bains se compose dans un premier temps d'une agglomération rurale qui semble assez peu structurée géographiquement, habitée par des paysans-propriétaires () élisant un conseil de chargé d'administrer la ville. L'épigraphie suggère que l'activité de ces paysans est essentiellement tournée vers l'agropastoralisme.
vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs de la façade composite d'un bâtiment.|Hôtel de ville.
À côté de ce bourg agricole, dont l'implantation demeure encore inconnue, s'est développé un ensemble composé de thermes fréquentés par l'aristocratie locale qui y vient en cure et dont certaines familles investissent dans la construction et le financement des travaux d'entretien et qui, en retour, perçoivent peut-être des revenus sur l'exploitation . Ce sont également ces familles qui font construire à proximité des thermes des monuments funéraires, le mausolée-temple de Diane et l'arc de Campanus.
Situé dans le centre historique de la ville moderne, dans la partie occidentale de la place Maurice-Mollard, le temple est accolé à l'hôtel de ville d'Aix-les-Bains qui se développe le long de son mur méridional, ce dernier étant visible depuis l'intérieur de l'hôtel de ville.
Chronologie et études Multiples affectations successives La date d'édification du temple se situe probablement dans la première moitié du de notre ère, sur un sol remblayé en terrasses après qu'un premier monument de forme polygonale, cultuel ou funéraire, a été implanté sur le site. C'est peut-être au même moment que les thermes sont agrandis et l'arc de Campanus construit. Les travaux les plus récents semblent montrer que d'autres édifices, dont peut-être un portique, existent à proximité du temple.
Au , un mur semble construit autour du temple sur un sol surélevé de plus de à cet effet, ce qui correspond à la hauteur du podium du temple. Le seuil de cette enceinte, retrouvé à une vingtaine de mètres à l'est de ce temple et dans son axe, paraît fait de blocs de remploi prélevés sur des édifices avoisinants ; il est large de . Le remblai et le réaménagement du site sont sans doute les conséquences d'un glissement de terrain qui affecte les structures précédentes. Le temple pourrait être abandonné vers la fin du . Au , cette enceinte est agrandie vers l'est, ce qui correspond peut-être à un changement d'affectation de l'espace enclos accueillant une église chrétienne, peut-être le temple lui-même reconverti à cet effet.. De fait, du , cette zone est le siège de sépultures.
Au , la construction du château du marquis de Seyssel intègre le temple alors aménagé en cellier, mais dont les pierres sont aussi certainement réutilisées dans le nouveau bâtiment ; le fossé creusé autour du château détruit une grande partie de l'enceinte.
En 1824, le château devient un casino et le temple une salle de spectacle qui, trop petite, est abandonnée dès 1850 lorsque le casino Grand-Cercle entre en service. En 1868, la ville rachète le temple de Diane à la famille de Seyssel. Le musée Lepic, fondé en 1874 dans le château de l'hôtel de ville, est transféré en 1882 dans le temple qui avait été classé au titre des monuments historiques en 1875... Les nouvelles affections du s'accompagnent de modifications architecturales.
L'église paroissiale Notre-Dame, accolée au temple vers le nord, est démolie en 1909, ce qui dégage les abords du monument antique. Le musée Lepic est supprimé en 1939 et remplacé après la Seconde Guerre mondiale par le musée archéologique, qui ouvre en 1948. ; depuis 2008, il n'est plus accessible en permanence.
Mentions bibliographiques courantes mais travaux archéologiques rares D'une manière générale et jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale, l'histoire antique d'Aix-les-Bains, excepté au travers des mentions pourtant précoces du temple et des autres monuments dans les récits de voyage, ne suscite que peu d'intérêt.
En 1623, Jean-Baptiste de Cabias indique l'existence du temple construit par les Romains et inclus dans le château du marquis d'Aix..
En 1802 Jean-François Albanis Beaumont, auteur de la Description des Alpes grecques et cotiennes, décrit le temple, dont il reconnaît la fonction cultuelle et l'antiquité romaine. Dans son Voyage statistique et pittoresque à Aix-les-Bains ou Journal d'Amélie, François-Marie de Fortis évoque en 1830 une construction .. En 1899, François de Mouxy de Loche livre une description détaillée du monument, établit son historique et énumère les divinités auxquelles il a pu être consacré, sujet déjà discuté à cette époque..
Dans les années 1920 et surtout 1930, les thermes et leurs abords sont fouillés dans le cadre de l'agrandissement du complexe thermal. Bien que n'intéressant pas directement le temple, ces opérations permettent, notamment grâce au mobilier archéologique retrouvé, de bâtir des scénarios sur l'histoire antique d'Aix-les-bains et de ses monuments, dont le temple de Diane.
Les fouilles conduites en 1988 et 1989 à l'occasion de l'aménagement du parking de l'hôtel de ville sont les premières réalisées à proximité du temple. Elles mettent au jour les vestiges des constructions ayant précédé le temple ainsi que les premiers états du monument.
Au début des années 2000, Philippe Leveau confronte les données archéologiques, bibliographiques, épigraphiques et topographiques ; il revoit le statut de la ville antique d'Aix-les-Bains (un bourg rural selon lui) et de ses monuments (temple de Diane et arc de Campanus, qui seraient des monuments funéraires).
Description Architecture vignette|alt=Dessin en couleurs restituant l'emprise d'un bâtiment antique sur un plan moderne.|Proposition de restitution du temple. Le temple mesure de longueur, de largeur et de haut à partir du sol antique, sans compter les tympans des frontons hauts de en façade comme à l'arrière. Il est porté par un podium haut de . Son entrée se trouve vers l'est et le secteur identifié comme celui de l'ensemble thermal antique. Un mur transversal, épais de , sépare le bâtiment en deux : à l'arrière (ouest) la () et à l'avant (est) le pronaos (). Sur le podium, l'entrée du pronaos est probablement marquée par deux colonnes supportant le fronton. Compte tenu de la hauteur du podium, le temple est sans doute accessible par un escalier de façade (disparu) débouchant sur le pronaos et comptant onze degrés pour une longueur d'environ .
Le massif de fondations, haut de , est construit en petits moellons liés au mortier. Le reste du monument (podium et élévation des murs) est édifié à l'aide de blocs (grand appareil) assemblés à joints vifs sans mortier, à raison de cinq assises pour le podium et treize pour les murs gouttereaux. La pierre utilisée pour sa construction semble provenir de carrières situées à Franclens et à Surjoux ; dite « pierre de Seyssel », elle est blanche, fine et réservée à des utilisations nobles..
Décor vignette|gauche|alt=Dessin en couleurs figurant la coupe d'un décor architectural.|Coupe de l'entablement du temple. Les décors architectoniques ont souffert de l'intégration du monument dans l'ancien château ; ils paraissent pour autant être assez peu nombreux, cette sobriété rappelant celle des temples édifiés au sur le Forum romain.
Un entablement couronne le sommet des murs du temple ; il reste très visible sur les parties conservées, bien que dégradé à l'ouest et au nord. Il se compose, de bas en haut, d'une architrave à trois bandeaux de hauteur croissante, d'une mouluration, d'une frise non décorée puis d'une corniche moulurée à doucines, talons et filets. Le style de ce décor divise les historiens de l'art, puisque les ordres ionique, corinthien ou toscan sont tour à tour évoqués.
Un chapiteau d'ordre toscan et deux tambours de colonnes retrouvés à proximité pourraient faire partie de la colonnade de façade du temple, mais l'archéologue italien Fabrizio Slavazzi, se basant sur des critères stylistiques, conteste ce rapprochement.
Vestiges conservés vignette|alt=Photographie en couleurs d'un mur largement recouvert de végétation.|Mur septentrional. Les murs ouest et nord sont visibles de l'extérieur du monument ; ils sont préservés jusqu'à la hauteur de la corniche, même si cette dernière est fortement dégradée. Quand le temple est transformé en théâtre, l'épaisseur du mur nord de la est réduite de moitié par l'intérieur pour accueillir les gradins. Deux contreforts datant de la création du musée Lepic sont apposés contre le mur septentrional ; c'est la construction d'une mezzanine intérieure qui impose leur construction.
Le fronton occidental est conservé et son grand appareil se distingue nettement des maçonneries plus récentes en qui le surmontent.
Le mur méridional apparaît à l'intérieur de la mairie, sur les trois premiers niveaux du bâtiment. De même, les arrachements du mur séparant la du pronaos sont conservés.