Le moulin du Ruisseau des Rochers, est un moulin situé à Bugeat, dans le département de la Corrèze, en France, utilisant le courant d’eau du Ruisseau des Rochers, qui se jette dans la Vézère, en amont de Bugeat ; le mécanisme de meunerie a été à l'œuvre, au cours des siècles, dans deux bâtiments, qui se sont succédé au même endroit, le bâtiment le plus récent venant prendre le relais, dans les années 1930, d'un bâtiment plus ancien ; le bâtiment du moulin « ancien » était celui d'un moulin à eau traditionnel ; l’autre bâtiment est celui d’un moulin « moderne », une minoterie de l’époque moderne ; dans celle-ci ont été conservés des équipements qui fonctionnaient encore il y a 50 ans ; de ce fait, ce monument est un témoin précieux du patrimoine industriel lié à la meunerie et à la minoterie.

Moulin "ancien", moulin "moderne" : propriétaires et exploitants Le moulin au et au : les propriétaires Le moulin figure sur un plan cadastral, datant de 1823, où on le trouve situé à son emplacement actuel, un lieu-dit dénommé « Moulin de Bugeat », au sud de l’agglomération, à la sortie du bourg, à proximité d’une voie appelée « Route de Bugeat à Broussouloux » ; pour cette époque, qui est celle du premier quart du , le nom des personnes qui possèdent, ou bien qui exploitent le moulin, n’est pas connuhttp://www.archinoe.fr/cg19/cadastre.php : le cadastre ancien (1808-1849) de toutes les communes de la Corrèze.

Nous sont connues, grâce aux documents conservés aux Archives Départementales de la Creuse. et de la Corrèze., les données d’état-civil des propriétaires du moulin, à partir de 1824.

En 1824, le moulin est la propriété de Léonard Bayle.

Léonard Bayle est né en 1758, à Saint-Merd-la-Breuille, en Creuse ; il épouse, à Bugeat, en 1788, Jeanne Marie Salviat ; celle-ci est née à Bugeat en 1770, et elle est la fille de Jean François Salviat, notaire royal ; la famille Salviat possède, dans le bourg de Bugeat, la « Maison des Bruyères » ; cette maison est la résidence, tout au long du , de personnes de la famille Bayle, propriétaires du Moulin du Ruisseau des Rochers ; Léonard Bayle est notaire royal, il est maire de Bugeat de 1804 à 1808, et il exerce également une activité d’aubergiste ; il décède, à Bugeat, en 1838.

Léonard Bayle et Jeanne Marie Salviat ont, en une vingtaine d’années, entre 1789 et 1810, treize enfants ; huit de leurs enfants sont nés en Creuse, à Saint-Merd-la-Breuille : Clément Léonard Charles Marie Bayle naît en 1789, Etienne Marie Charles Bayle en 1790, Marie Antoine Bayle en 1791, Anne Marguerite Bayle en 1793, Marie Bayle en 1795, Marie Anne Bayle en 1799, Antoine Clairi Bayle en 1800, Pierre Henri Bayle en 1801 ; leurs cinq autres enfants sont nés à Bugeat : Pierre Damien Bayle naît en 1803, Marc Antoine Vincent Bayle en 1805, Marie Marguerite Bayle en 1806, Jeanne Rose Bayle en 1807, Marie Jeanne Olimpe Bayle en 1810.

En 1867, un des fils de Léonard Bayle, Antoine Clairi Bayle, devient propriétaire du moulin.

Antoine Clairi Bayle est né en 1800, à Saint-Merd-la-Breuille, en Creuse, et il est donc le fils de Léonard Bayle et de Jeanne Marie Salviat ; il est notaire à Bugeat de 1828 à 1859 et il est maire de la commune de 1830 à 1860 ; il décède, à Bugeat, en 1884.

En 1886, un des fils d’Antoine Clairi Bayle, Antonin Jean Jacques Bayle, devient propriétaire du moulin.

Antonin Bayle est né en 1847, à Bugeat, et il est donc le fils d’Antoine Clairi Bayle et d’Eugénie Françoise Labachèlerie Fougeoles qui décède en 1887, à Bugeat ; il est maire de Bugeat de 1888 à 1892 ; il décède en 1901.

En 1893, la propriété du moulin passe ensuite dans les mains d’Antoine Duburg.

Antoine Duburg est né dans la commune de Bugeat, au village de Mouriéras, en 1836 ; il est l'époux de Charlotte Champseix, née à Bugeat, en 1835 ; il est le père de Marguerite Duburg, née dans la commune de Bugeat, au village d’Orlianges, en 1864.

En 1895, le gendre d’Antoine Duburg, François Bonneau, est le nouveau propriétaire du moulin.

François Bonneau est né à Viam, en 1853 ; il épouse en 1885 Marguerite Duburg ; il est le père de Marie Bonneau, née dans la commune de Viam, au village de La Regaudie, en 1886 ; il est décédé en 1906.

En 1935, le gendre de François Bonneau, Jean-Baptiste Gioux, prend possession du moulin.

Jean-Baptiste Gioux est né dans la commune de Millevaches, au village du Magimel, en 1878 ; il épouse en 1905 Marie Bonneau.

Le moulin au : les exploitants Le recensement de la population résidant dans la commune de Bugeat livre les noms des personnes qui, du début du jusqu’à la fin de l’activité de meunerie dans les années 1960, ont été celles qui ont exploité le moulin ; à telle ou telle époque, ce sont les propriétaires du moulin eux-mêmes qui en ont été les exploitants.

En 1906, le moulin est exploité par Marguerite Duburg, qui est née à Bugeat en 1864, et qui s’est mariée avec François Bonneau (né à Viam en 1853) ; elle est propriétaire du moulin ; elle y vit avec sa fille Amélie Bonneau qui est la sœur cadette de Marie Bonneau (née à Viam en 1886) ; cette meunière épouse Jean-Baptiste Gioux (né à Millevaches en 1878) ; Marie et Jean-Baptiste sont les parents de Rémy Gioux qui sera le dernier meunier du moulin du Ruisseau des Rochers.

En 1911, le moulin est exploité par Léonard Poulet, aidé par des membres de sa famille.

En 1921, il est exploité par Antoine Mourangeou, aidé par des membres de sa famille.

En 1936, il est exploité par Léonard Cheyppe, aidé par des membres de sa famille, tous travaillant pour un patron du nom de Gioux.

À partir des années 1940, il est exploité par Rémy Giouxhttp://www.archinoe.fr/cg19/recensement.php : les listes nominatives de recensement de population (sous-série 6M) de toutes les communes du département (1906-1936). Le dernier membre de la famille Gioux ayant exercé le métier de meunier est donc Rémy Gioux qui est décédé à l’âge de 92 ans, en ; natif de Meymac, Rémy Gioux avait exercé la profession de meunier, le dernier de la commune de Bugeat, au moulin de Bugeat, propriété de sa famille maternelle, la famille Bonneau. Rémy Gioux a exploité en même temps la ferme de la propriété ; son métier de meunier disparaît dans les années 1960 lors des changements de l’agriculture qui s’oriente désormais vers l’élevage« Le Bugeacois », Bulletin municipal, no 67, 2012, Bugeat, 2012.

Le moulin « ancien » Le moulin « ancien », dont il reste quelques-uns des éléments, semble avoir existé dans un passé assez ancien, et il a passé le relais à un moulin « moderne », qui a été mis en place dans les années 1930, tout près du moulin "ancien", lors d'une opération de réinstallation de la meunerie ; il ne semble pas que ce moulin soit parmi les plus anciens moulins de la commune de Bugeat puisqu’il ne figure pas sur la Carte de Cassini du .

Historique et fonctionnement du moulin « ancien » Seuls éléments qui subsistent du moulin « ancien » : une vieille meule qui a été placée dans le sol du bâtiment qui était celui du moulin "ancien", à proximité du moulin "moderne" ; l’axe vertical de la roue a été également gardé en souvenir et placé au niveau 0 du bâtiment du nouveau moulin. Pour se faire une idée de ce qu’était ce moulin, il existe, en Corrèze, des moulins à eau (comme celui de Niel, à Chauffour-sur-Vell) qui ont été remis en état, et qui sont aujourd’hui en mesure de transformer du grain en farine. Ils présentent les différents éléments d’un moulin à eau traditionnel : les rouets (roues crantées transmettant le mouvement), la meule tournante (la pierre supérieure qui tourne sur la pierre inférieure), la meule dormante, le boitard (boîte à travers laquelle passe l’axe vertical au centre de la roue dormante), la crapaudine (pivot de l’axe vertical entraîné par la roue), la trémie (auge où se trouve le grain à moudre déversé dans l’auget), le babillard (mécanisme secouant l’auget d’où le grain est déversé entre les meules), le blutoir (mécanisme tamisant la farine). C’est le blutoir qui permet de passer au crible la farine produite et de séparer cette farine en produits de qualités diverses : fleur de farine, farine de seconde catégorie, repasse, sonDavid Fauquemberg, « Que faire dans le Limousin », Paris, Dakota Éditions, 2005.

Exemple des moulins de Razel Il existe, dans la région de Bugeat, des moulins à eau qui, restaurés, témoignent de ce qu’était un moulin comme le moulin « ancien » du Ruisseau des Rochers. C’est le cas des trois moulins situés près des hameaux de Razel et de Chaumeil, dans la commune de Pérols-sur-Vézère. Dans cette région où se situent Bugeat et Pérols-sur-Vézère, le Plateau de Millevaches culmine à près de 1000 mètres. Le dénivelé entre les sommets et la limite basse (700 mètres) permet une certaine hauteur de chute sur le réseau hydrographique ; ce dénivelé est favorable à l’implantation de moulins. Les plus nombreux étaient utilisés pour le grain et la farine produite servait à la consommation des personnes vivant à la ferme et à nourrir le bétail ; la farine consommée dans une ferme utilisait les propres récoltes de chaque exploitation. Le faible débit des ruisseaux exclut les roues verticales sur le flanc du moulin et oblige à utiliser un système de roue horizontale. Ce système a survécu jusqu’à la Première Guerre mondiale. Il a été concurrencé par l’arrivée des moteurs qui actionnaient des broyeurs pour la farine destinée aux animaux. Il a réapparu épisodiquement durant la Seconde Guerre mondiale, le moulin central de Razel s’arrêtant vers 1970. Un système ingénieux de maîtrise de l’eau a permis de valoriser le débit irrégulier du ruisseauPanneau d’informations placé sur le site des Moulins de Razel, Conception/ Réalisation : L’association des Moulins de Razel et de Chaumeil et Pascal Yung, Saint-Rémy (19), Agence de Graphisme, sans date.

Le moulin « ancien » et la meunerie dans les années 1900-1910 Le moulin à eau du Ruisseau des Rochers, comme les autres moulins qui sont en activité, dans la commune de Bugeat, dans les années 1900-1910, œuvrent à moudre les céréales (seigle et avoine) et le sarrasin (qui n’est pas une céréale). Les produits obtenus par mouture sont destinés à nourrir hommes (pain de seigle, crêpes de sarrasin) et animaux (avoine). Dans les années 1900-1910, le seigle vient en tête dans les cultures avec, pour la commune de Bugeat, 190 hectares cultivés, avec un rendement de 10 quintaux par hectare ; le sarrasin arrive en deuxième position avec 100 hectares cultivés et un rendement de 10 quintaux par hectare ; l’avoine vient en troisième position avec 40 hectares cultivés et un rendement de 5 quintaux par hectare. En moyenne, sur une année, et pour ne tenir compte que du seigle, les moulins de la commune de Bugeat ont à moudre environ kilos de grain ; cela représente, pour une population de 1000 personnes environ, 100 kilos de farine environ, par personne et par an (le rendement, en meunerie, donne 100 kilos de farine pour 120 kilos de grain) ; cela fait, approximativement, 400 grammes de pain par personne et par jour (et cela est loin de la consommation journalière, qui est de 700 grammes environ ; le sarrasin, à travers les crêpes, est là pour compléter ce régime alimentaire). Pour moudre ce grain, il y a, dans la commune de Bugeat, dans les années 1900-1910, une dizaine de moulins, dont l’un est le moulin du Ruisseau des RochersJean-Marie Borzeix (sous la direction de), « Le Pays de Bugeat dans l’histoire. Tome 2 : le », Bugeat, Les Éditions « Les Monédières », 2002.

Transformations dans le premier tiers du