Au Moulin-Rouge est un tableau peint entre 1892 et 1895 par Henri de Toulouse-Lautrec. Il mesure . Il est conservé à l'Art Institute of ChicagoPrésentation (traduite par nos soins) du tableau par le musée qui le conserve et l'expose : .

Description vignette|upright=1.3|Le tableau dans son cadre à l'Art Institute of Chicago (photographie de 2016).

Historique Ce tableau représente des clients attablés au cabaret parisien du Moulin-Rouge, un des “points chauds” de la capitale très actif à l'époque, fréquenté assidûment par Toulouse-Lautrec et de nombreux autres artistes.

Henri de Toulouse-Lautrec s'est trouvé associé au Moulin-Rouge dès son ouverture en 1889 : d'ailleurs, le propriétaire de la légendaire boîte de nuit, Joseph Oller, avait acheté le tableau « Au cirque Fernando » (ou « L'Écuyère », 1888.) de l’artiste pour décorer son appartement.

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Vue d'ensemble, composition, lumière D’un format presque carré assez rare, la composition offre une vue en forte plongée sur l’intérieur du Moulin Rouge : Texte d'introduction de l'épisode de l'émission L'Art est la matière consacrée à ce tableau par .

Le premier plan, à gauche, est partiellement occulté par une large balustrade de couleur brun-jaune, qui détermine donc un avant-plan, structure la scène et positionne en surplomb le « regardeur » cher à Marcel Duchamp . Présentation (ici dans la troisième citation en exergue) : . ou à Pierre Soulages : . Autre présentation en ligne sur le site de Pierre Soulages : .. Le fait que le tableau soit .

La vivacité de l'éclairage artificiel, venant de plusieurs côtés à la fois, et rebondissant sur les visages blanchis par cette lumière, sur la rousseur des chevelures, les miroirs immenses, la blancheur de la nappe et le verre de la carafe, crée des éblouissements et des , aussi des zones d'ombre s'approfondissant, lesquels brouillent le reflet des personnages dans la glace : comme le dit le peintre Robert CombasCes remarques sont à écouter dans le podcast (de la série « les regardeurs ») de cette émission de « L'Art est la matière » de . Et ces éclats, ces éblouissements, ces illusions d'optique sont comme une métaphore de l'ivresse d'un alcool qui coule à flots dans les nuits qui suivent le spectacle du célèbre cabaret.

Premier plan thumb|left|upright=1|Détail À droite, le spectateur est d'ailleurs d'emblée frappé par l’apparition d’une figure féminine qui nous observe, dont la silhouette et même le visage sont coupés par le bord du tableau (ce qui représente encore un geste pictural audacieux à l'époque : le cadre intégré au narratif de la scène dépeinte et à la structure du tableau, comme un cache). La figure de la femme, blafarde, un peu fantomatique voire légèrement effrayante, aux ombres verdâtres, aux lèvres rouges et aux cheveux jaunes, fait effraction dans le cadre tel un masque saisissant. Sa pâleur et l'or de ses cheveux, le feu de son rouge à lèvre, contrastent avec la robe sombre qu’elle porte.

L'historienne de l’art et conservatrice Isolde Pludermacher parle de l’impression forte que créé . Selon le critique d'art et producteur de radio sur France Culture Jean de Loisy, le Moulin Rouge a en effet été le premier cabaret de Paris à utiliser la lumière électrique : cet éclairage nouveau et insolite à l'époque, mêlé au fard très chargé du visage de la femme, crée un effet de lumière, de contraste et de couleur remarquable que n'a pas manqué de souligner fortement ici Toulouse-Lautrec, marquant ainsi une sensibilité étonnamment moderne de précurseur (du fauvisme par exemple, voire du pop'art selon Robert Combas) : Cette danseuse (et chanteuse) anglaise très maquillée (au sortir de scène probablement) et à la chevelure blonde, était venue se produire sans grand succès à Paris en 1895, et l’artiste s’en était entiché, lui consacrant une affiche.

Groupe central

Derrière elle, dans le groupe central, des personnages sont assis autour d’une table : trois hommes et deux autres femmes qui attirent aussi l’attention parce qu'elles apportent encore à la scène couleur et lumière. Tous les cinq sont des amis de l'artiste : . Pour ce qui est des deux femmes l’une, représentée de dos et vêtue d’une robe à collerette fourrurée, frappe par son éclatante chevelure rousse au chignon raffiné et complexe : c’est Jane Avril, danseuse au Moulin Rouge, une grande amie de Toulouse-Lautrec dont elle est l’égérie. Sa silhouette mince et élégante, coiffée d’un grand chapeau à plumes, se retrouve dans de nombreuses œuvres du peintre, tableaux, affiches, lithographies.

L’autre femme, de face, porte une robe à carreaux. Son visage rond et pâle, fortement éclairé, est détaillé très précisément : il s'agit de la Macarrona, une célèbre danseuse de flamenco espagnole qui connaît un grand succès au Moulin Rouge, où elle fait la connaissance de Toulouse-Lautrec. Celui-ci la représentera d’ailleurs aussi en costume de jockey dans un dessin en 1893.

Arrière-plan Derrière ces six personnages principaux (May Milton et puis les cinq attablés), , par contraste avec la petite taille du célèbre “nabot génial” qui en paraît d'autant plus “nanifié”. Il se montre en cela fidèle à sa position habituelle, soit la crudité d'un réalisme sans embellissement “pictural”, qui confine parfois en effet à la caricature (limite non franchie, cependant, et sans but polémique, si ce n'est d'autodérision comme ici) ; réalisme qu'on retrouve dans la plupart de ses tableaux, mais non sans aspects hallucinatoires parfois, comme pour le “masque” du premier plan.

A l’arrière-plan aussi mais un peu plus sur la droite, on reconnaît aisément La Goulue, à sa blondeur et à son chignon haut, dans la jeune femme qui se recoiffe devant le miroir. Au début des années 1890, Louise Weber, dite La Goulue, est : elle est la grande vedette du Moulin Rouge, où sa sensualité fait merveille dans des danses débridées expressives et bruyantes comme le cancan ou le chahut. Comme Jane Avril, c’est une amie et une muse de Toulouse-Lautrec, qui la représente à de nombreuses reprises. Elle quitte le cabaret en 1895 pour entamer une carrière en solo. Une femme au lourd visage un peu caricatural l’accompagne ; il s’agit de sa maîtresse, la Môme Fromage, une autre danseuse du Moulin Rouge.

Références

Liens externes

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