thumb|upright=1.2|Vaisseau français engagé dans la bataille de Minorque de 1756, peut-être le navire amiral le Foudroyant de 80 canons.

La France fut l’une des principales belligérantes de la guerre de Sept Ans qui prit place de 1756 à 1763. Elle entra en guerre, mue par l’objectif de s’assurer une victoire finale et définitive sur la Prusse et ses alliés allemands en Europe, et la Grande-Bretagne et ses colonies (notamment nord-américaines) dans le reste du monde et sur les mers.

Tandis que les premières années du conflit s’annonçaient encourageantes du point de vue militaire, en particulier ponctuées de quelques succès en Amérique du Nord et en Allemagne, la situation se retourna de façon dramatique en 1759, la suite de la guerre ayant surtout consisté en revers sur tous les continents. Afin de redresser la situation, le pays (alors sous le règne de Louis XV) conclut une alliance avec sa voisine, l’Espagne, au travers du Pacte de famille signé en 1761. En dépit de ce dernier effort, les Français continuèrent à subir défaite sur défaite durant l’année suivante, les forçant à demander la paix. Le traité de Paris de février 1763 confirma la défaite française en enlevant au pays ses possessions coloniales d’Amérique du Nord (Nouvelle-France et Est de la Louisiane) et d’Asie (si ce ne sont cinq comptoirs indiens) au profit des Britanniques. La France conclut également la guerre avec de lourdes pertes et d’importantes dettes financières qui n’allaient être complètement repayées qu’à la fin du siècle.

En 1763, la perte presque entière de son premier empire colonial et ses défaites sur le Vieux continent allaient faire décliner pour un long temps l’influence aussi bien politique que culturelle de la France en Europe et dans le reste du monde (spécialement en Amérique du Nord). Laissant la maîtrise des océans et le rayonnement culturel sur le continent à sa grande rivale britannique, elle dut en outre devoir trouver le moyen de combler les dettes accumulées, qui allaient encore s'accroître à la suite de son intervention vengeresse lors de la révolution américaine en faveur des colons révoltés.

Contexte thumb|Louis en armure, roi de France lors des évènements relatifs à la guerre de Sept Ans. Carle van Loo (1750), Musée des beaux-arts de Dijon

En 1756, le dernier conflit majeur ayant ébranlé l'Europe était la guerre de Succession d'Autriche, qui s'était étalée de 1740 à 1748, année de la signature du traité d'Aix-la-Chapelle ayant mis fin à ces évènements. Ce traité de paix avait cependant été mal accepté par une frange de la population française, l'ayant considéré comme trop à l'avantage des rivaux du Royaume, en particulier des Britanniques et des Hollandais.

Surtout, le fait était que la France et la Grande-Bretagne étaient toutes deux engagées dans une rivalité géopolitique importante, faisant figures des deux grandes puissances européennes, mondiales et coloniales de l'époque, du fait du déclassement progressif de l'Espagne depuis la fin du . Dans le but de s'assurer la suprématie dans le domaine colonial, les deux empires britannique et français s'étaient, depuis 1689, livrés une série de conflits parallèles aux guerres qui secouaient alors le continent européen. Les territoires que possédait la France au Québec actuel (Nouvelle-France) et en Louisiane, le long du fleuve Mississippi, encerclaient les Treize colonies britanniques, confinées sur l'étroite bande côtière est-américaine (s’étendant du nord de la Floride espagnole au sud de l'Acadie). En outre, depuis le début des années 1740, les marchands et militaires français avaient intensifié leur présence dans la vallée de l'Ohio (entre les Grands Lacs et l'État actuel de New York), tandis que les colonies de Virginie et de Pennsylvanie désiraient en parallèle y étendre leur contrôle. La rivalité coloniale franco-anglaise s'était donc trouvée ravivée par cette volonté, de chacun des camps, d'assurer sa domination sur ce territoire, clé des Grands Lacs et des plaines de l'Illinois, faiblement occupé par les Français. Au cours de la guerre de Succession d'Autriche (ou troisième guerre intercoloniale en Amérique du Nord), ceux-ci n'avaient cessé d'accroître leur présence en Ohio au détriment des marchands et colons anglo-américains, au travers d'un réseau d'alliances avec les Amérindiens locaux et d'une chaîne de forts devant verrouiller les vallées à toute infiltration britannique. Cette attitude et la peur, de la part des colons américains, d'un voisinage avec un empire français trop puissant et trop étendu, allaient précipiter le conflit entre les deux mondes franco et anglo-américains.

Cependant, la France, lorsque les premières escarmouches se déclenchent dans les colonies nord-américaines, se trouvait plutôt dans une situation intérieure, autant en Nouvelle-France qu'en métropole, assez dérangeante.

Situation en métropole et sur le continent européen

En métropole, la France est sortie de la guerre de Succession d'Autriche sans compensation en échange de son alliance à la Prusse, le Traité d'Aix-la-Chapelle ne consacrait qu'un retour au statu quo de 1744. En outre, la guerre ne put qu'être mauvaise pour les finances du Royaume, dont les caisses se retrouvèrent mises durement à contribution en raison des dépenses militaires. Les Prussiens, par leur rapprochement avec la Grande-Bretagne, se plaçant ainsi dans l'orbite de la rivale du pays, n'ont pas été les alliés attendus, et ont plus contribué à faire soutenir à la France un effort de guerre coûteux et inutile qu'à lui procurer un avantage territorial ou politique quelconque.

Le roi, Louis XV, malgré son surnom de "Bien-Aimé", n'avait ni la force politique, ni le tempérament de son arrière-grand-père Louis XIV. Grandement influencé par une partie de sa cour, dont sa favorite la Marquise de Pompadour, il se décida, par le traité de Versailles, en 1756, à s'allier avec l'Autriche, tandis que la Prusse se tournait officiellement vers la Grande-Bretagne, entérinant un système d'alliances opposées qui ne pouvait que mener à la guerre à tout moment. En 1757, la France trouvait une alliée de plus en la Suède, au travers d'une convention signée le .

Situation dans les colonies et sur les mers

Hors Europe, les faiblesses françaises apparaissaient, au milieu du , encore plus clairement. Si, depuis Henri IV et Richelieu, la France s'était bâtie un empire colonial en Amérique du Nord, aux Antilles et en Inde, celui-ci restait, en 1754, dans un état précaire : alors que les Treize colonies franchissaient le cap du million de colons, la Nouvelle France plafonnait à quelque , du fait d'une relative faiblesse de l'immigration. En outre, les colonies d'Amérique du Nord souffraient d'une activité économique bien moins rentable que celle de l'Empire britannique ou des "îles à sucre" antillaises, ses seules denrées d'exportation ne consistant essentiellement qu'en produits de la pêche, de la chasse (fourrures) et de l'agriculture (encore la Louisiane n'était-elle tournée vers l'agriculture que par subsistance). L'empire (tout du moins en Amérique du Nord), dont se désintéressait de plus en plus la monarchie, se trouvait ainsi dans une situation compliquée, les revers français de la troisième guerre intercoloniale ne faisant que la rendre plus difficile encore.

Sur mer, la France souffrait d'une véritable carence maritime. Si, sous l'impulsion de Colbert et Louis XIV, le pays s'était doté d'une véritable force maritime jusqu'à le rendre maître de la Méditerranée occidentale et le faire rivaliser avec les puissances océaniques qu'étaient la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies, le milieu du sonnait un certain déclin de la marine française. Après quelques beaux succès lors de la guerre de Succession d'Autriche, notamment face aux Britanniques, et malgré plusieurs avancées technologiques significatives au niveau de l'armement des vaisseaux, la marine de Louis XV ne semblait plus apte, en 1756, à réellement rivaliser avec sa concurrente britannique, l'ayant définitivement surclassée. Cette négligence des affaires maritimes, due au manque de motivation à leur égard par le roi et beaucoup de ses proches, allait rendre impossible à la France la domination des mers, et ne faisait qu'accroître les difficiles connexions entre la métropole et ses colonies, donc, à plus long terme, leur défense et leur soutien.

Guerre en Amérique

Succès français Par suite des velléités coloniales de la France dans la vallée de l'Ohio entre 1749 et 1754, un nouveau conflit avec les colons anglo-américains n'allait pas tarder à éclater en Amérique du Nord. Lorsque les Français, par une série d'expéditions marchandes et militaires, commencèrent en 1753 la construction d'un vaste réseau de forts dans la région, la colonie de Virginie répliqua en faisant valoir ses droits sur celle-ci. Voyant que les Français semblaient déterminés à s'emparer de la vallée, les autorités coloniales virginiennes envoyèrent le célèbre George Washington, alors colonel dans la milice, à la tête d'une expédition dans les territoires contestés chasser les Français. Les choses tournèrent rapidement à l'affrontement lorsque l'expédition détruisit une colonne d'éclaireurs français près de l'actuel Pittsburgh, en Pennsylvanie puis fut capturé. La nouvelle ne tarda pas à arriver à Québec, capitale de la Nouvelle France, et, quand elles apprirent que les Britanniques avaient décidé d'envoyer occuper la vallée de l'Ohio par une troupe d'armée plus importante et régulière, les autorités métropolitaines françaises ripostèrent immédiatement par l'envoi d'un contingent vers la Nouvelle France avant que les ports ne puissent être bloqués par la flotte ennemie.

Le début de la guerre dans les colonies allait être marqué par une suite de victoires du côté français, obtenues à l'aide, non seulement de ces nouvelles forces envoyées de Paris, mais aussi et surtout de la force militaire amérindienne et franco-canadienne, rompue à la guérilla qui allait décimer les troupes britanniques moins bien commandées et n'ayant pas les méthodes de combat plus efficaces utilisées par leurs ennemis. Jusqu'en 1757, seule l'Acadie encore française allait tomber aux mains des Britanniques, à la suite de la bataille de Fort Beauséjour en 1755. Cette perte désormais complète de l'Acadie s'effectua en parallèle de la déportation des Acadiens d'origine française, connue sous le nom de Grand dérangement, et décidée par les autorités britanniques de la région afin d'éliminer toute tentative potentielle de retournement anti-anglais des Acadiens, jugés trop peu fiables malgré leurs garanties de rester neutres lors du conflit. Le Grand dérangement allait, pour longtemps, marquer la mémoire acadienne et provoquer la dissémination durable de ces populations francophones entre les Treize Colonies, la Louisiane, le Québec et l'Europe occidentale.

Malgré toutes les mesures britanniques, aussi sévères que celle-ci, les Français, de par leurs succès militaires, réussirent à garder le contrôle de la vallée de l'Ohio ainsi que les points d'accès clés aux Grands Lacs. Menés par le chevalier de Montcalm, ils maîtrisèrent et battirent coup sur coup des Britanniques pourtant supérieurs en nombre aux principales batailles que furent celles de Fort Oswego (1756), de Fort William Henry (1757), et de Fort Carillon (1758).

Revers et défaite finale

vignette|Le marquis de Montcalm lors de la bataille des plaines d'Abraham, par Charles William Jefferys.