Le Congrès des rois est un opéra-comique en trois actes et en prose mêlée d'ariettes dont le livret est écrit par Ève Demaillot et les airs sont confiés à douze musiciens. Il est créé le () au théâtre de l'Opéra-Comique national, rue Favart.
Il ne reste presque rien de cette œuvre de circonstance, réalisée en quarante-huit heures lors de la Terreur, à la demande du Comité de salut public. Elle est rejetée par le public. Le manque d'harmonie résulte de la diversité des compositeurs .
Les modalités de son interdiction après deux représentations font date. Par décret du , l'Assemblée nationale constituante abroge, au nom de l'égalité et de la liberté d'expression, tout obstacle aux représentations théâtrales. Bénéficiant auparavant d'un privilège royal, Les trois salles parisiennes passent au nombre de trente-six, jusqu’à ce que le régime de la Terreur impose un revirement politique.
La censure n’était pas encore officiellement rétablie, mais elle fonctionnait à peu près comme si elle l’avait été. En décrétant un régime de liberté exempt de censure, L’Assemblée Constituante, avait attribué aux municipalités la police des spectacles. Celles-xi pouvaient suspendre les pièces occasionnant du désordre, voire clore une salle. Pétion soutenait que, sans avoir légalement aucun droit de censure, la Commune pouvait donner aux directeurs de théâtres des avis officieux sur l’imprudence de jouer certaine pièce. Comme maire de Paris, il avait lui-même, plus d’une fois, fait écouter par eux de tels avis..
Les artistes ou les directeurs de théâtres ont dès lors, pris l’habitude de demander eux-mêmes à la Commune l’examen préalable des pièces qu’ils se proposaient de jouer, pour s’éviter de perdre du temps et de l’argent en montant des pièces qui pouvaient être interdites ensuite pour des tendances suspectes. Deux des administrateurs de police chargés de l’exercer donnaient leur avis par écrit, « indiquant les changements nécessaires, ou . La censure était ainsi rétablie sans aucune formule légale.
À l’occasion de la représentation du Congrès des rois, le conseil général de la Commune de Paris use de ce pouvoir de police de censurer de facto les pièces avant leur diffusion, pour interdire une œuvre ordonnée par le Comité de salut public. Le Congrès des Rois a fait les frais de l’antagonisme persistant entre la Commune et le Comité de Salut Public. Eve Demaillot, ancien soldat déserteur, n’était pas en odeur de sainteté auprès de la Commune. À l’issue de la première représentation, le citoyen Barrucaud, de la section de l’Arsenal, fait irruption à l’Hôtel de Ville pour dénoncer à la Commune le Congrès des Rois, dont plusieurs scènes ont été applaudies à outrance par les aristocrates. L’ombre de Marat a été bafouée. Plusieurs membres du Conseil général font chorus avec Barrucaud, et l’Assemblée arrête que l’administration de la police lui soumettra un rapport sur le Congrès des rois. Selon le rapport de l’administrateur, . Il aurait voulu que l’administration de la police soit déchargée de l’examen du théâtre : « c’est de la censure ». — Non pas, non pas, protestent des membres de la Commune ; « c’est de la surveillance ». Et le Conseil général décide de se conformer à l’arrêté du Comité de Salut Public, qui prescrit de surveiller l'esprit public et non de censurer les pièces de théâtre », en proscrivant une farce qui .
Le , la Convention, qui ordonnait déjà la représentation de pièces patriotiques sur divers théâtres de Paris, modifie la législation même des spectacles pour décréter que .
Circonstances vignette|Image représentant le "Comité de salut public"
Ambiance politique Depuis , le Comité de salut public possède une équipe de secrets. Ces derniers doivent lui rapporter l'état de l'opinion publique relativement aux idées et aux objectifs révolutionnaires. Le , un fonds secret est créé pour influencer la population. Celui-ci permet de financer la presse et d'encourager une certaine forme d'expression artistique . Un des objectifs de cette propagande est de présenter la coalition des souverains d'Europe, provoquée par l'exécution de et la tentative d'exportation des idées révolutionnaires, comme une ignominie.
Ainsi, le , le Comité confirme une de ses commandes en avançant mille livres à Barnabé Augustin de Mailly pour son estampe Congrès des rois coalisés, ou les Tyrans (découronnés)..
Un peu plus tard, Ainsi,
Exigence du pouvoir Dans cette ambiance, où les représentations sont de circonstance, Le Congrès des rois est porté sur scène. Grétry, l'un des compositeurs, rappelle que ce drame révolutionnaire . En effet à l’époque de la Terreur, la crainte d’être dénoncé pour ne pas s’être conformé à une commande du Comité de salut public est très présente. Chacun sait que Or, à l’issue d’un procès sommaire, celui-ci décide l’acquittement ou la peine capitale. Donc les compositeurs s’exécutent et mettent les airs et leurs noms dans deux bonnets rouges puis procèdent à un tirage au sort pour se les attribuer.
Œuvre Argument vignette|alt=Estampe d'un bâtiment à colonnades vu de trois quart avant de face|Théâtre de l’Opéra-Comique national, lieu de création de l'œuvre. Cet opéra-comique raconte une rencontre imaginaire entre des monarques, à la cour du roi de Prusse, pour partager la France.
Parmi les participants figurent l'empereur , un représentant de les rois d'Espagne, de Sardaigne, de Naples et celui d'Angleterre accompagné de son ministre William Pitt. Le pape envoie Cagliostro pour parler en son nom.
engage six femmes, ennemies de la tyrannie, pour employer leurs charmes à l'encontre des . Cagliostro, secrètement partisan de la France, manipule les autres protagonistes. Ainsi il les Ces fantômes prédisent une révolution dans laquelle la raison et la liberté triomphent sur l'erreur et la tyrannie. Les têtes couronnées sont effrayées mais l'une d'entre elles console les autres en précisant :
Au troisième acte., le Congrès a finalement lieu et la France, bien que pas encore conquise, est partagée province par province. Mais, dans un brusque bruit de canons, des patriotes français arrivent dans le palais. Les rois, fuient puis reviennent coiffés d'un bonnet rouge en criant et chantent La Carmagnole ce qui leur permet de s'échapper. Les Français plantent un arbre de la liberté puis font un feu de joie des symboles de l'ancien Régime, dansent et chantent à la gloire de l'éveil du peuple et la chute de la tyrannie.
Treize compositeurs La presse de l'époque rend compte de la date, du lieu de création et du nombre de compositeurs. À la fin du , Arthur Pougin indique avoir ce qui lui permet de donner les noms d'un librettiste et de douze musiciens soit treize compositeurs.
Le librettiste Ève Demaillot, bien qu’il soit peu connu de la scène parisienne, est probablement retenu par le Comité de salut public en raison de son passé de comédien, de quelques pièces secondaires et surtout parce qu'il se fait remarquer au club des jacobins. L’Administration de police le décrit à la Commune de Paris comme un ..
Pas moins de douze musiciens, retenus par le Comité de salut public, sont nécessaires pour composer la musique en quarante-huit heures. est constamment soulignée à propos de cette œuvre. Certains sont déjà très connus tel André Grétry avec notamment son fameux Richard Cœur de Lion, d’autres semblent anonymes tel Trial fils mais le père de ce dernier, membre de la municipalité de Paris et nommé officier d’état civil, embrasse les idées révolutionnaires.. Ces artistes sont :
Devenir du livret et de la partition Le livret et la partition n'ont pas été retrouvés. En absence de musique, texte et indications de mise en scène, l'œuvre peut être partiellement reconstituée à partir des comptes-rendus des quotidiens, des almanachs et des mémoires laissés par les compositeurs et les spectateurs contemporains.
Seul le duo « Le roi défunt s'offre à mes yeux » () d'Henri-Montan Berton a été conservé sous forme de manuscrit à la Bibliothèque nationale de France.. Par ailleurs, Grétry indique que la composition de l'ouverture, confiée à Frédéric Blasius, commence par l'air « Ô Richard, ô mon roi » extrait du premier acte de son Richard Cœur de Lion. Ceci provoque l'hostilité de l’assistance, la pièce étant proscrite pendant la Révolution, mais l'orchestre entonne ensuite le refrain de La Marseillaise...
Selon Antoine-Vincent Arnault, à un moment non précisé, le roi d'Angleterre chante en pêchant la grenouille :
I
II
III
Deux censures vignette|alt=Assemblée de révolutionnaires paraissant agitée entre deux tribunes.|Comité révolutionnaire. Barrucaud appartient à celui de l'Arsenal. 1793. La première censure vient du public. Cette satire dirigée contre les n'est jouée que deux fois car, indique Grétry, . Lors des représentations .
La seconde censure est le fait du pouvoir exécutif. L'opéra est dénoncé par le citoyen Barrucaud, membre du comité révolutionnaire de l'Arsenal, au conseil général de la Commune de Paris du au motif qu'il défend des idées contre-révolutionnaires. La représentation de Cagliostro en tant que et républicain vertueux est jugée comme scandaleuse, et la présence de dans la procession des fantômes comme irrespectueuse...
Une enquête de police est alors maintenue bien que Demaillot . Jean Baudrais confirme les faits mais justifie l’autorisation favorable de représentation car les valeurs de de Marat sont défendues par Demaillot au second acte. Par ailleurs, sur ordre de l'administration de Police, l’auteur a transformé à la seconde représentation l’aristocrate Cagliostro en un médecin du Pape, Laurenzo. Enfin, le rapporteur juge possible de mettre en scène des rois s'ils sont et il pense que la scène des cruches répond à cette exigence.
Au cours de cette séance Chaumette, procureur syndic de la commune de Paris, repousse ces arguments.. Ainsi Baudrais, administrateur de la police ., précise trois jours plus tard, le , en marge du rapport que sur décision du conseil général la représentation de l'opéra est interdite.
Censure révolutionnaire et théâtres Dans le principe l'Assemblée nationale constituante, donc .. Il s'agit d'abolir d'une part le monopole des trois théâtres privilégiés et d'autre part la censure dite d'Ancien Régime. Cependant il apparait que cette « école du peuple » doit véhiculer uniquement des idées révolutionnaires et favorables au régime. Ainsi lors de sa séance du la Convention nationale (dite montagnarde) édicte un décret dont le second article avec l’assurance que . Le troisième article Il revient donc à l’administration de Police, sans viser particulièrement les théâtres, de s’assurer qu’il n’existe pas de contre-révolutionnaire et qu’il n’y a pas d’atteinte à l’ordre public. Ceci ne provoque qu'a posteriori une éventuelle intervention sur les pièces. Néanmoins vignette|alt=Estampe. Portait en buste d’un homme.|redresse|Pierre-Gaspard Chaumette. Procureur de la Commune de Paris, qui censure l’œuvre. 1796. Ainsi Il existe bien des pièces de circonstances, mais de qualité approximative même de la part d’auteurs alors considérés. De surcroît, . La désaffection du public provoque une absence de recettes. Ainsi, pour le théâtre de l’Opéra-Comique national .
À l'occasion du rapport demandé pour Le Congrès des rois , la police après un long exposé .
Le conseil général de la Commune de Paris, sans prendre l'avis du Comité d'instruction publique ou du Comité de salut public de la Convention, répond par l'affirmative et institue non pas une censure mais une surveillance . Ainsi, il Or cette police lui est soumise puisque les décrets de la Convention des et accordent à la Commune de Paris .