vignette|Le conteur à Tétouan, Jean-François Portaels, entre 1840 et 1895. vignette|Juive de Tétouan de Jean-François Portaels, 1879. Tétouan (, tiṭwān ; , tiṭṭawin ;en espagnol:Tetuán) est une ville du Maroc, située dans le nord du pays, dans le Rif occidental, aussi appelé pays Jbala. La ville est située à environ au sud-est de la ville de Tanger et à proximité du détroit de Gibraltar, dans une vallée (la cluse de Tétouan) creusée par l'oued Mhannech dans les montagnes de la chaîne calcaire du Rif au nord et au sud.

Tétouan est considérée comme « la ville la plus andalouse du Maroc ».. De par son histoire et sa situation géographique celle-ci a toujours eu un lien très fort avec l'Espagne et l'Andalousie en particulier.

Sa médina (inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO.), dans son architecture et son art, témoigne des fortes influences andalouses qu'elle a subies, à tel point que la ville est encore surnommée de nos jours « la fille de Grenade »., « La Colombe Blanche ». (en hommage à sa couleur) ou encore « la petite Jérusalem »...

thumb|Palais royal de Tétouan.

Étymologie Le nom de Tétouan est dérivé du berbère , signifiant « yeux » et par extension « sources », du fait de ses nombreuses sources d'eau. L'utilisation du terme « Tiṭṭawin » comme pluriel du mot « Tiṭṭ » (œil, source) est une particularité des parlers berbères de la région et de ses environs, notamment chez les Ghomara (aujourd'hui majoritairement arabisés) et les populations du Rif oriental. Cette forme contraste avec l'usage du terme « Alln » (lit. « ceux qui pleurent ») utilisé dans les parlers berbères du Maroc central et du Sud du pays, régions dans lesquelles le toponyme reste très rare voir quasiment absent pour désigner des sources.

Sous le protectorat espagnol, la ville était connue sous le nom de « Tetuán ».

Histoire La présence de l'Homme dans la région de Tétouan est attestée depuis la Préhistoire, comme le prouvent les industries ibéromaurusiennes trouvées dans la grotte de Taht El Ghar au sud de la ville, et dans El Ghar Lakhal près de Ceuta..

La ville existe depuis le , des vestiges des époques carthaginoise, maurétanienne et romaine y ont été trouvés, provenant de la ville antique de Tamuda. Les Phéniciens avaient déjà établi un comptoir à l'embouchure de l'Oued Martil vers 600 av. J.-C.M. Tarradell, El poblamiento antiguo del Rio Martin, Tamuda, IV, 1957, M. R. El Azifi, « L'habitat ancien de la vallée de Martil » in Revue de la Faculté des lettres de Tétouan, 1990, , , . .

Le site de la ville est mentionné la première fois par le géographe andalou Abou Oubayd Al Bakri au . Dans son ouvrage Al Masalik wal Mamalik (« les parcours et les royaumes »), il décrit avec précision le parcours entre Sebta et Tittawane (تيطاوان) et la mentionne comme ville disposant d'une Kasbah et d'un phare (منار), et irriguée par Wadi Rassen (ou Wadi Mjeksa) et située à dix milles de l'embouchure. La montagne qui la domine est mentionnée comme Icheqqar (إيشقار). Elle est habitée par les Bni Sekkine (بني سكين). Le site est également mentionné par des sources almohades au .

Selon l'historien Ali Ibn Abi-Zar'Ali ibn-abi-Zar' (1326) - Rawd Al-Kirtas (Histoire des souverains du Maghreb et annales de la ville de Fès. Traduction française Auguste Beaumier. Éditions La Porte, Rabat, 1999, 325 p., les fondements de la ville auraient été établis vers le Muharram 708 h (21 juin 1308) sous l'ordre du sultan Abu Thabit Amir. Elle sert de base pour attaquer la ville de Ceuta alors occupée par les Nasrides du royaume de Grenade. Cependant, il s'agirait d'une reconstruction ou d'un élargissement puisque la ville existait avant.

C'est surtout la prise de Ceuta par les Portugais en 1415, alors principale ville du nord du Maroc, qui va déterminer le rôle de Tétouan en tant que base stratégique pour les campagnes militaires contre les occupants et également pour servir de port principal vers la mer Méditerranée. D'ailleurs, comme le précise le chroniqueur Gomes Eanes de ZuraraZurara, Gomes Eanes – Cronica do Conde Dom Pedro de Meneses, nota de apresentação de José Adriano de Freitas Carvalho, ed. Fac- similada da ed. do Abade Correia da Serra, de 1792, Academia das Ciências de Lisboa, Porto: Programa Nacional de Edições Come m orativas dos Descobrimentos Portugueses, 1988, la cité est détruite en 1437 par Don Duarte de Meneses, fils de Don Pedro de Meneses, premier capitaine général de Ceuta.

Selon l'historien Skirej, en 888 h (1483), 80 Andalous venus de Grenade avaient commencé à reconstruire des établissements dans la partie dénommée Al Balad, mais étaient harcelés en permanence par la tribu des Beni Hozmar qui revendiquait la propriété du site. Ayant été informé de leurs plaintes le gouverneur et fondateur de Chefchaouen, Moulay Ali Ben Moussa Ben Rachid El Alami (m. en 917 h, 1511), nommé "Berraxe" par les Portugais, leur fait envoyer un commandant compétent pour construire une muraille de protection. C'est ainsi que Abu-Hassan Ali Al-Mandri, un commandant andalou de Grenade passé au Maroc lors de la Reconquista, rejoint la ville dont il deviendra gouverneur et architecte. Il est considéré comme le fondateur de Tétouan.

Après son décès, son épouse Sayyida al-Hurra (fille du gouverneur de Chefchaouen Ali ben Rachid) lui succède et exerce un véritable pouvoir sur cette partie du Nord marocain. Animée d'une volonté de revanche suscitée par la perte du royaume de Grenade en 1492, Sayyida al-Hurra mène une lutte implacable contre les Portugais qui occupent alors Ceuta et s'allie même pour la circonstance à Arudj Barberousse, amiral des corsaires turcs d'Alger. Le sultan wattasside de Fès Abu al-Abbas Ahmad ben Muhammad l'épousera et reconnaîtra officiellement son pouvoir.

La population tétouanaise se trouve encore considérablement augmentée par l'expulsion massive des Morisques en 1609 par Philippe III d'EspagneMohamed Razouk, Les Morisques et leurs migrations au Maroc au cours des , Casablanca, Éditions Afrique Orient, 1998, 360 p. . Par la suite, Tétouan connaît aux un grand essor grâce à son statut de port méditerranéen (Martil ou Rio Martin) en contact avec Marseille, Livourne et Alexandrie, par lequel transitent les marchandises provenant de Fès ou destinées à la capitale impériale, plusieurs autres ports marocains étant sous occupation étrangère (espagnole, portugaise, anglaise) jusqu'au début du . De nombreux consulats y sont établis, attestant d'une activité diplomatique considérable.

Par la suite, la ville connaîtra un grand déclin, dont les causes sont d'ordre principalement politique. L'activité commerciale portuaire ainsi que les consulats sont finalement transférés à Tanger, port capable d'accueillir des navires de tonnage plus important. Après une grande épidémie de peste (septembre 1818 à mai 1819) qui cause 6259 décès, soit le quart de la population tétouanaiseMiège, J.L. (1994). Moulay Sliman et la révolte de Tétouan. Actes du colloque Tétouan au (1727-1822), , la ville est occupée par l'armée espagnole de 1859 à 1862 à la suite de la guerre hispano-marocaine de 1859-1860, ce qui conduit à l'arrêt des activités économiques et à la fuite d'une partie des habitants vers Tanger, Gibraltar et Oran..

La ville est visitée en juin 1883 par l'explorateur français Charles de Foucauld qui séjourna dans le mellah. Il mentionne la bonne santé économique du quartier juif « le plus propre et le mieux construit que j'ai vu au Maroc »., tandis que certains quartiers excentrés tombent en ruine.

Après l'occupation espagnole en 1913, Tétouan devient la capitale du protectorat espagnol du Maroc et le siège du khalifa (représentant du sultan de l'Empire chérifien auprès du haut-commissaire qui est l'équivalent espagnol du résident général de la zone française) jusqu'à l'indépendance en 1956. Cette période est caractérisée par la lutte principalement politique entre l'administration espagnole et les nationalistes tétouanais du Parti de la Réforme nationale (Hizb Al Islah Al Watani), dont la principale personnalité est Abdelkhalek Torrès. En 1936 la capitale du protectorat hispanique est l'une des premières villes contrôlées par les nationalistes partisans du général Francisco Franco lors du déclenchement de la guerre civile espagnole.

Tétouan réintègre le royaume du Maroc indépendant en avril 1956.

Ethnographie thumb|Centre-ville de Tétouan. gauche|vignette|Fête juive à Tétouan, A. Dehodencq, 1865. La société citadine tétouanaise est essentiellement constituée au départ d'Andalous et de Morisques musulmans (originaires d'Al-Andalus) et de juifs séfarades espagnols, auxquels s'ajoutent par la suite des familles de hauts fonctionnaires fassis du makhzen puis, à partir de 1830, une dizaine de familles en provenance de l'ancienne Algérie ottomane, fuyant la conquête française.

L'exode rural à partir de la première moitié du et l'activité commerciale ont vu l'installation de nombreuses familles, principalement des Jbalas, Ghomaras et Rifains.

Les années 1960 ont vu diminuer rapidement le nombre de juifs. partis essentiellement en France, en Amérique du Sud (Venezuela, Argentine, Brésil) et en Israël, ainsi que les familles espagnoles qui étaient restées après l'indépendance.

Comme dans le reste des villes andalouses du Maroc (Rabat, Salé, Chefchaouen et Fès), beaucoup de familles portent encore des noms morisques, correspondant en général à des surnoms de cristiano nuevo attribués par les inquisiteurs et évoquant des lieux dans la péninsule ibérique, comme Torres, Molina, Castillo, Aragon, Medina, Paez, Baeza, Morales, Murcia, Castilla, Figo, Moreno, Nuino, Dellero, Sordo, Salas, Morillo

Monuments et architecture thumb|Vue de Tétouan. thumb|La Médina. Les quartiers de Tétouan appartiennent à trois types de styles architecturaux différents : le style andalou (la Médina), le style espagnol du début et du milieu du (Ensanche) et le style d'après l'indépendance (quartiers périphériques). Chaque style comporte des variantes plus ou moins importantes en relation avec l'évolution des styles et des matériaux utilisés. Il faut ajouter le mellah de Tétouan, parmi l'un des plus importants du Maroc, qui comptait jusqu'à six mille israélites à la fin du , avec son style architectural propre. Il se caractérise par la présence de balcons aux premiers étages, de fenêtres jumelles en ogives, ou encore par des portes étroites pour entrer et sortir du quartier.

La Médina

La Médina (ancienne ville) de Tétouan est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Elle occupe aux yeux des spécialistes la première place de toutes les médinas du Maroc.

El Ensanche vignette|Église Notre-Dame-des-Victoires à la place Moulay el Mehdi à Tétouan. Situé à l'ouest de la Medina, le quartier d'El Ensanche (prononcé Chanti par la population locale) représente le style architectural typique pendant le protectorat espagnol. Il comporte essentiellement des immeubles de cinq étages avec des commerces au rez-de-chaussée. On y trouve notamment l'église Notre-Dame-des-Victoires, consacrée en 1925, qui domine la place Moulay El Mehdi. Elle est de style mudéjar. Certains bâtiments ont été réhabilités dans le cadre du programme de réhabilitation des bâtiments de Tétouan. L'intérieur est de type méditerranéen, avec un couloir sur lequel s'ouvrent les chambres, les salons et les services. Les bâtiments peuvent être construits en complexe avec un espace vert central (cas de Pabellones de Varela).

Les quartiers périphériques