Robert Whitaker McAll, né le et mort le , est un pasteur anglo-écossais, fondateur à Belleville en 1871 de la Mission populaire évangélique de France, un mouvement toujours en activité actuellementVoir le site de la Mission populaire évangélique .
Biographie Jeunesse et formation Fils et petit-fils de pasteurs, Robert Whitaker McAll est le fils de Robert Stephens McAll, pasteur méthodiste, et de Sarah Whitaker. Il est né le à St Ives (Cornouailles). À partir de l’âge de 6 ans, il grandit à Macclesfield dans le Cheshire, près de Manchester. Lorsque son père, un pasteur reconnu comme très charismatique, meurt à Manchester en 1838, Robert McAll n’a que 17 ans. Passionné d’architecture religieuse, il se forme d’abord en architecture de 1839 à 1843, mais il se réoriente ensuite vers la théologie protestante, qu’il étudie de 1844 à 1848 au Le Collège indépendant du Lancashire était une université fondée par les églises congrégationalistes pour former leurs pasteurs, sachant que l'accès aux facultés de théologie d'Oxford et de Cambridge était alors réservée aux seuls Anglicans, et le resta jusqu’en 1871. Le bâtiment a été racheté pour devenir un musée consacré aux musulmans britanniques. (Source: wikipedia anglais) dans le quartier de , à Manchester.
Carrière pastorale au Royaume-Uni (1848-1871) Avant même la fin de ses études, il est appelé comme pasteur de la chapelle congrégationaliste de Bethel à SunderlandParoisse non-conformiste établie en 1817 au 12-14, Villiers Street, dans le quartier de Sunniside. Voir l’article de l’association historique de Sunderland, consulté le 29 août 2014 .La chapelle a été détruite en 1978 et en 2010 on a accidentellement mis au jour des tombes sous un garage qui avait été construit sur ce terrain. Voir article du 22 janvier 2010 sur le site du Sunderland Echo, consulté le 29 août 2014 . Il accepte le avec le plein accord de ses professeurs. C’est là qu’il épouse Elizabeth Siddall Hayward en 1847, fille unique de l’un de ses professeurs d’université. Il se dépense sans compter pour sa paroisse, prêchant, animant des réunions de groupes de jeunes, écrivant des textes de cantiques et en publiant un recueil bientôt mis en service dans sa paroisse. Sa santé s’en ressent. En 1855, il compte avec une certaine satisfaction qu’il y a eu pendant son ministère 310 nouvelles adhésions à la paroisse, soit près d’une par dimanche…
En 1855, il répond à l’appel de la paroisse non-conformiste de Bond Street à LeicesterEglise non-conformiste construite en 1708, devenue église unitarienne aujourd’hui . Sa prédication et son action rencontrent également le succès. Cependant au bout de deux ans, il démissionne pour ouvrir une nouvelle église à Leicester, sur London Road. Il y impose ses conditions : que la nouvelle église soit largement ouverte sur l’extérieur, et que l’on y abandonne la pratique ancienne consistant à louer à l’année les meilleures places pour y substituer un système de financement entièrement fondé sur des dons volontaires, cela afin de débarrasser l’église de son image de mercenaire et d'y inviter plus largement les classes populaires. Pendant les neuf années de son ministère à London Road Chapel, il recourt à des prédications en plein air, il lance un établissement missionnaire dans le village de Rearsby, mène des actions philanthropique, développe le travail de lutte contre l’alcoolisme et voit sa paroisse croître de 120 à 450 membres. Sa mère meurt en 1858. En 1866, il répond à l’appel de la paroisse de Grosvenor street, dans le quartier de Picadilly à Manchester. En 1867, il intervient en faveur des Féniens condamnés à mort après un coup de main contre un panier à salade qui fait évader deux prisonniers mais laisse un policier mort. Un meeting est organisé avec la participation de la veuve de la victime qui exprime son pardon aux meurtriers.
Entre 1867 et 1871, il sera encore pasteur à Birmingham et à Hadleigh dans le Suffolk.
Le travail de Robert McAll dans ses paroisses anglaises le prépare bien à sa future mission en France : il a été confronté à la misère matérielle et morale des ouvriers, il a expérimenté diverses méthodes d'évangélisation, y compris la prédication en plein-air, il a affiné son talent d'orateur qui sait gagner l'adhésion de ses auditeurs avec un mélange de charme, d'humour et de conviction.
Appel à créer une mission évangélique en France En , ému par les souffrances du peuple parisien dues au siège de Paris et à la Commune, Robert McAll décide de faire un voyage à Paris. Dûment équipés de tracts et de nouveaux Testaments en français à distribuer, Robert et Elizabeth McAll traversent la Manche le . Ils visitent différentes quartiers de la banlieue parisienne : Saint-Ouen, le champ de Mars, Versailles, les Tuileries, Ménilmontant,… Le dernier jour ils sont à Belleville s’efforçant de rencontrer tard le soir les ouvriers qui rentrent de leur travail. Ce sera la meilleure journée de leur séjour. Dans ce quartier populaire « chaud » de la capitale dont on leur a déconseillé la fréquentation et où l’on peut encore voir les traces des barricades élevées par les Communards, les gens semblent sensibles au geste de solidarité de ces visiteurs étrangers, alors que certains Français n’osent pas pénétrer dans le quartier. Robert McAll manque de tracts et de nouveaux Testaments. À un moment donné, il est interpellé par un habitant de Belleville qui restera anonyme :
Cet appel, très souvent cité, réveille en lui la vocation missionnaire. Le , Robert McAll et sa femme quittent la Grande-Bretagne définitivement, armés d’une centaine de livres sterling, produit de la vente de leurs biens, et de leurs bagages - qu’ils récupéreront à grand peine à Paris. Ils s’installent dans un appartement rue des Mignottes aux Buttes-Chaumont, un de points culminants de Paris. Ils font connaissance avec le monde protestant parisien, dont les pasteurs Georges Fisch, Eugène Bersier, Théodore Monod, … Le , après de difficiles recherches, ils louent dans le quartier de Belleville un local sis au 103, rue Julien-Lacroix, ils trouvent des chaises, un harmonium, des livres, s’assurent des autorisations nécessaires. Dès le à 19 heures, ils ouvrent « d’une main tremblante » leur « bibliothèque gratuite » pour une soirée au cours de laquelle, d’après l’invitation, « on chantera des cantiques et on lira des morceaux choisis », sachant que « des amis anglais feront bon accueil à tous. » Finalement, il y aura 40 personnes à cette première soirée. Dès le dimanche suivant, où Robert McAll prononce, avec quelques difficultés, son premier sermon en français, la salle accueille plus de 100 personnes. En , ils ouvrent une deuxième salle à Ménilmontant. Au bout d’un mois les réunions dépassent les 100 personnes. Devant le succès, une nouvelle salle est encore ouverte en avril à Charonne, puis ce seront les ouvertures de salles boulevard Ornano, boulevard Saint-Antoine, rue de la Chapelle, Bercy, Grenelle, Auteuil…
Développement de la Mission aux Ouvriers de Paris
Dans ses mémoires, Madame Elizabeth McAll examine une à une les couvertures des dix premiers rapports annuels rédigés par Robert McAll. Les deux premiers rapports montrent Robert McAll seul, la cinquième année, c’est une équipe de six personnes dont le responsable, McAll, deux autres pasteurs, Théodore Monod et M. Naef, et trois évangélistes ; la sixième année, on est passé à neuf personnes – et la mission reçoit la médaille de la Société nationale d’encouragement au bien. La septième année, on trouve deux responsables : Robert McAll, avec une équipe de dix personnes à Paris et le pasteur Bernard de Watteville à Lyon, et c’est cette fois la médaille de la Société libre d’Instruction et d'Éducation Populaires qui est attribué au travail du révérend McAll. La huitième année, la mission a été lancée dans deux autres villes : Bordeaux et Boulogne-sur-Mer (dans deux salles) et 15 personnes collaborent à la mission à Paris. La neuvième année, la mission a été lancée à Arcachon, la Rochelle, Rochefort et dans la petite couronne parisienne. La dixième année, des conférences sont organisées à l'Élysée-Montmartre à Paris tandis qu’on lance la mission à Roubaix, Croix, Dunkerque, Saint-Étienne, Saintes, Cognac, Clermont-Ferrand, Montauban et Toulouse.
Il faut trouver de l’aide. Celle des pasteurs et évangélistes parisiens et, bientôt, des provinciaux, est acquise, mais n’est pas suffisante. C’est d’abord le ménage Dodds, venu d’Angleterre, qui épaule Robert McAll de 1877 à 1882, puis, à partir de 1882, Ruben Saillens, pasteur évangélique et auteur-compositeur.
L’apogée de la Mission McAll
En 1879, le nom initialement choisi de « Mission aux Ouvriers de Paris » est remplacé par le nom définitif de « Mission populaire évangélique de France », tandis que dans la vie de tous les jours, on parle depuis longtemps de « Mission Mac All »L'orthographe du nom McAll a été délibérément francisée en MacAll selon le souhait de l'intéressé lui-même.
La Mission est passée d’une seule salle en à quatre à la fin 1872, à 136 salles (et une péniche) d'évangélisation dans 57 villes et 37 départements, y compris la Corse, l'Algérie et la Tunisie, en 1893, année de la mort de Robert McAll.
En 1892, pour les 20 ans de la mission McAll, Robert McAll, qui a 70 ans, est décoré de la Légion d’honneur. Une cérémonie solennelle a lieu en son honneur au temple protestant de l'Oratoire du Louvre Mais Robert McAll est épuisé. Il part se reposer en Angleterre, mais il transforme ce séjour en tournée de levée de fonds car les besoins financiers de la mission sont loin d’être couverts.
Robert McAll meurt à Paris le , le jour de l'Ascension (note Elizabeth McAll), peu après son retour d’Angleterre. Ses obsèques sont célébrées à l'Oratoire du Louvre et il est enterré au cimetière du Père-Lachaise ( division).
La méthode McAll
Un projet missionnaire
Le projet de Robert McAll est clairement missionnaire et ne s’en cache pas. Il ne souhaite pas transformer la société, mais amener les ouvriers à se convertir. C’est ce type d’action que ses anciens paroissiens congrégationalistes souhaitent financer et que le milieu du « Réveil » protestant parisien entend appuyer. La prédication de Robert McAll est de type évangélique, centrée sur l’importance de l'Écriture, du péché et de la grâce, de la foi, de la sanctification et du changement de comportement. Une règle de conduite respectueuse du milieu ouvrier Fort de son expérience en Angleterre, et désireux de pénétrer le milieu ouvrier, McAll a compris, depuis la fameuse interpellation de 1871, qu’il doit présenter la religion protestante comme une religion de liberté et ne jamais heurter les convictions politiques de ses auditeurs. Il fixe donc une règle de conduite stricte à ses prédicateurs dont voici les points essentiels :
Ne jamais toucher, de près ou de loin à un sujet politique Ne pas parler des cabarets, marchands de vin, théâtres, bals, salles de danse ou de concert, Ne pas morigéner les gens, dire « nous » au lieu de « vous » autant que possible Ne pas attaquer quelque église que ce soit, ne pas aborder les divisions des chrétiens, Ne pas aborder de question théologique ou trop complexe comme l’interprétation des prophéties, Ne jamais présenter Dieu comme un souverain vengeur mais toujours comme un père aimant et compatissant, Éviter tout langage dur ou amer, même contre le péché. Omettre les strophes de cantique qui peuvent évoquer des menaces ou des vengeances.
Ce faisant, Mc All évite tout risque de sectarisme. Il empêche provisoirement sa Mission de devenir une église car il n’administre aucun sacrement et ne prend aucune position dogmatique. Il empêche aussi les pasteurs et évangélistes de la mission McAll d’entrer dans le champ politique, ce qui lui permet d’ouvrir la porte à tous les ouvriers quel que soit leur point de vue politique, et d'éviter tout conflit avec la police ou les autorités françaises, très vigilantes sur ce plan à cette époque.