L'église Sainte-Félicité est une église catholique paroissiale située à Montagny-Sainte-Félicité, dans l'Oise, en France.
Elle a été donnée à l'abbaye Saint-Vincent de Senlis en 1154, qui établit un prieuré au nord de l'église, et reste le collateur de la cure jusqu'à la Révolution française.
Les éléments les plus anciens de l'église actuelle remontent au ; ce sont les supports des voûtes des deux travées droites du chœur.
L'église a été entièrement reconstruite entre 1510 et 1525 environ, dans le style gothique flamboyant. La façade et le clocher sont un peu plus récents, et appartiennent déjà à la Renaissance.
C'est surtout pour sa haute et gracieuse flèche en pierre que l'église Sainte-Félicité est connue : elle culmine à de hauteur, et n'est dépassée, dans le département, que par la cathédrale de Senlis.
Si l'architecture du reste de l'église ne montre que peu de particularités et reste presque austère, sauf à la façade et au chevet, elle peut s'enorgueillir d'un beau et vaste retable de pierre, installé en 1568 et relatant le martyre de sainte Félicité de Rome, patronne de l'église.
Le clocher et le retable ont été classés aux monuments historiques par liste de 1862.. L'église est aujourd'hui affiliée à la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, mais n'est pratiquement plus utilisée pour le culte.
Localisation
L'église Sainte-Félicité est située dans la plaine du Multien et dans le Parc naturel régional Oise-Pays de France, sur la commune de Montagny-Sainte-Félicité, au sud-ouest du village, en plein champ, rue Moutier. Elle est entourée du cimetière de la commune, qui est clos par des murs. Au nord, l'église est bordée par un terrain vague, où se situait jadis une ferme issue de la transformation de l'ancien prieuré. L'édifice est entièrement dégagé d'autres constructions, et l'on peut en faire le tour.
La position à l'écart du village n'a pas encore trouvé d'explication. Les cartes du . montrent déjà l'église à l'extrémité sud de la petite agglomération, mais deux bâtisses lui font face à l'ouest, et la première maison à l'entrée du village est bien plus proche de l'église qu'aujourd'hui. Encore présents sur le cadastre napoléonien de 1822, les bâtisses en face ne figurent plus sur la carte d'État-Major de 1889.
Dans le Val-d'Oise, un autre cas d'une église de plaine totalement isolée du village existe à Nucourt. Souvent les églises excentrées sont bâties sur une proéminence ou une butte, comme à Brenouille, Laigneville et Saint-Sulpice, mais ce n'est pas le cas à Montagny.
Rien n'indique que l'église a changé de position. Puisqu'elle était accompagnée du prieuré, dont les contours apparaissent encore sur la carte IGN de 1941, le changement de position paraît improbable pour des raisons foncières. Le logis était perpendiculaire à l'église, et mitoyen de sa troisième et quatrième travée. Il barrait la grande cour de ferme à l'est. Au nord et à l'ouest, elle état bordée des bâtiments d'exploitation. L'aile occidentale touchait à la rue.
Historique thumb|upright|left|Approche depuis le village. thumb|upright|Façade occidentale. thumb|upright|Bannière de procession - sainte Félicité.
La date de fondation de la paroisse n'est pas connue. Sa sainte patronne est Félicité de Rome, veuve martyrisée à Rome vers 161 / 166 avec ses sept fils Janvier, Félix, Philippe, Silvain, Alexandre, Vital et Martial, sous Antonin le Pieux ou Marc Aurèle. En 1154, Thibaut, évêque de Senlis, donne l'église à l'abbaye Saint-Vincent de Senlis, qui fonde un prieuré à Montagny.. Ses bâtiments étaient attenants à l'église au nord. L'abbaye Saint-Vincent est donc collateur de la cure, et l'un des chanoines résidant sur place assure le service paroissial. Vers la fin du , tous les religieux sauf un quittent Montagny, qui devient donc un simple prieuré-cure. Sous tout l'Ancien Régime, la paroisse dépend du doyenné et du diocèse de Senlis.. À la Révolution française, le siège épiscopal de Senlis est supprimé. L'ensemble des paroisses du département de l'Oise est regroupé dans le diocèse de Beauvais. Sous le Concordat de 1801, ce dernier est annexé au diocèse d'Amiens, et ne recouvre son indépendance qu'en 1822. Depuis cette date, Montagny-Sainte-Félicité dépend du diocèse de Beauvais sur le plan ecclésiastique. Le village n'a plus de prêtre résident depuis de longue date. Il est affilié à la paroisse d'Ermenonville, avant que celle-ci n'intègre la nouvelle paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin en 1996, quand quarante-cinq nouvelles paroisses sont définies à l'échelle du diocèse.. La paroisse du Haudouin s'étend sur quinze communes. Dans un premier temps, des messes dominicales anticipées sont encore célébrées en l'église Sainte-Félicité une fois par mois. En raison de la retraite du curé d'Ermenonville, les célébrations se limitent à une messe annuelle depuis 2013, le dimanche précédant le , pour la fête patronale du village.
Les éléments les plus anciens de l'église actuelle sont les piliers isolés des deux travées droites du chœur, et notamment la frise de crochets sur le pilier octogonal au sud ; les faisceaux de colonnettes engagées dans les murs au-dessus des piliers ; et les dernières grandes arcades au nord et au sud, retaillées à la période gothique flamboyante. Par la frise du dernier pilier isolé du nord, Dominique Vermand date la précédente église du . Les faisceaux de colonnettes, dont l'auteur ne tient pas compte, évoquent la période gothique rayonnante.
Le chœur actuel conserve donc son plan du . Il a été largement remanié et pourvu de nouveaux collatéraux à la période flamboyante., et plus précisément entre 1510 et 1515 selon une monographie manuscrite des années 1930 conservée en mairie. Selon la même source, le portail aurait été réalisé vers 1540Résumé de la monographie consultable sur place. Cf. aussi .. On ne peut prêter foi au renseignement fourni par Louis Graves (1829), selon lequel l'église aurait été reconstruite en 1600 : le style ne concorde pas avec cette date tardive, et il s'agit probablement d'une conclusion tirée de la date de consécration le par Nicolas Sanguin, évêque de Senlis. Indépendamment des considérations stylistiques, l'installation du retable majeur en 1568 motive le bouchage de la baie d'axe du chevet, auparavant munie d'un remplage flamboyant. Sur les fonts baptismaux, se lit la date de 1572. La nef et les bas-côtés doivent donc être terminées jusqu'au mur occidental à cette date. Ceci n'empêche pas que le clocher et la flèche pourraient être plus récents. D'après le chanoine Pihan (1889), .. Selon le chanoine Müller (1894), il . Ce dernier terme fait référence à son style quelque peu éclectique, qui n'est purement gothique qu'à la première vue. Les deux auteurs sont fortement influencés par les écrits de Louis Graves. Eugène Lefèvre-Pontalis (1906) peine à croire que le clocher date réellement du début du , car son style dominant est le gothique flamboyant, et sa tourelle d'escalier est analogue à Baron et Venette.. Le clocher seul est classé aux monuments historiques par liste de 1862.
Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.
Régulièrement orientée, l'église se compose d'un vaisseau central aveugle de six travées, qui est accompagné de deux bas-côtés, et se termine par une abside à cinq pans. Les quatre premières travées correspondent à la nef des fidèles, et les travées orientales forment le chœur liturgique, dont les quatre piliers (trois cylindriques, un octogonal) subsistent de la précédente église. La première travée du bas-côté sud est la base du clocher, dont les deux contreforts de l'angle nord-est font saillie à l'intérieur. La sacristie se situe à gauche de la façade, devant le bas-côté nord. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Comme particularité, la cinquième travée du vaisseau central possède une voûte à six branches d'ogives, mais il n'y a qu'une seule grande arcade au nord et au sud. Le portail occidental de la nef constitue l'unique accès à l'église. Vaisseau central et bas-côtés sont recouverts ensemble par une vaste toiture à deux rampants. Le clocher, coiffé d'une flèche de pierre, culmine à de hauteur.
Intérieur Nef thumb|upright|Vue vers l'est.
Uniquement éclairée par un oculus en haut du mur occidental, et sinon indirectement par les bas-côtés, la nef est bien sombre, ce qui n'est que partiellement compensé par le badigeon blanc qui recouvre les murs solidement appareillés en pierre de taille.
Le nombre de quatre travées représente le cas le plus fréquent pour les églises rurales d'une importance moyenne ; beaucoup n'ont que trois travées, comme Ermenonville, Ève et Versigny.
Les élévations latérales à deux niveaux sont la règle après la guerre de Cent Ans, quand les triforiums ou galeries deviennent l'exception. Le premier étage est celui des grandes arcades, et le deuxième se limite à des murs aveugles au-dessus des grandes arcades. Des fenêtres hautes ne sont plus prévues que dans les édifices d'une certaine importance, comme Pont-Sainte-Maxence, siège d'un doyenné, ou Saint-Étienne de Beauvais. Sinon, les églises flamboyantes à fenêtres hautes sont souvent issues de la transformation d'églises gothiques, comme à Bessancourt, Saint-Antoine de Compiègne, La Roche-Guyon, Précy-sur-Oise, Serans et Vétheuil. Des exceptions existent toutefois à Chaumont-en-Vexin et L'Isle-Adam. En l'occurrence, il est acquis que le chœur conserve son plan du , mais aucune certitude n'existe pour la nef, et les murs ne montrent pas de traces de reprises. L'on ne voit pas de fenêtres bouchées, et l'appareil est homogène.
Les grandes arcades et les arcs-doubleaux des hautes-voûtes sont encore en tiers-point, tandis que les formerets latéraux des trois premières travées sont déjà en plein plein cintre, ce qui indique en principe une période de construction proche du milieu du , avec la transition du gothique flamboyant vers la Renaissance. Les piliers ondulés à quatre renflements sont proprement flamboyants. On les trouve également à Baron, Borest, Ève, Saint-Sauveur et Versigny. Le nombre d'ondulations est de huit dans les églises plus importantes. Une seule ondulation monte les murs jusqu'à la retombée des hautes-voûtes, dont les nervures pénètrent directement dans les piliers, sans interposition de chapiteaux. Le profil des grandes arcades est d'un boudin en forme de double doucine entre deux larges et deux étroites moulures concaves, ce qui évoque Armancourt, Cléry-en-Vexin, Serans, Survilliers, Vauréal, Versigny, etc.
Les ogives affichent un profil prismatique. Les trois premières clés de voûte ne sont pas décorées, et se résument à un disque percé d'un trou. L'on peut supposer que des clés pendantes y étaient suspendues. La quatrième clé est un écusson vierge. — La première travée du sud présente une élévation différente, car les deux contreforts septentrionaux y font saillie, comme à Baron, Feigneux et Versigny, où l'intégration du clocher dans l'architecture de la nef laisse également à désirer. Les voûtes retombent ici sur des culots engagés dans les angles, et l'arcade est plus petite. Une autre irrégularité est la retombée du troisième doubleau, où les ondulations sont presque cylindriques en hauteur.
Chœur thumb|upright|Entrée du chœur. thumb|upright|Vue vers l'ouest.