Le gang du Petit Bar est un groupe du crime organisé corse.. Il doit son nom au « Petit Bar », établissement d'Ajaccio (sur le cours Napoléon), propriété d'Ange-Marie Michelosi, lieutenant de Jean-Jérôme Colonna., de la bande duquel il serait l'émanation ..

Pratiquant l'extorsion de fonds aux dépens des commerçants, actif dans la région du Grand Ajaccio mais aussi sur le continent et à l'étranger, il est présenté en 2022 comme le plus puissant groupe criminel de Corse, le seul ayant réussi à créer un réseau d'influence politique et économique digne d'une véritable mafia.

Activités du gang Extorsion de fonds Trafic de stupéfiants Suspicions de tentatives d'assassinat Blanchiment d'argent : Une enquête pour blanchiment et d’euros d’investissements suspects est en cours.

Histoire

Origines

La bande du Petit Bar émerge au tournant des années 2000 dans un contexte de recomposition du banditisme corse. Depuis les années 1980, Ajaccio est déjà marquée par la présence de figures du grand banditisme et de nationalistes reconvertis dans les affaires, qui se disputent le contrôle économique et criminel de la ville.. Dans ce paysage dominé au sud de l’île par le clan de Jean-Jérôme Colonna, la bande du Petit Bar s’inscrit dans une nouvelle génération de groupes criminels, que les services de renseignement et de police judiciaire identifient progressivement comme l’un des pôles structurants du crime organisé corse, alors que décline le gang de la Brise de mer..

Le groupe tire son nom d’un établissement du cours Napoléon, à Ajaccio, la brasserie du Petit salon de thé, qui sert de point de ralliement à une petite dizaine de jeunes hommes au début des années 2000. Selon plusieurs enquêtes de presse, ce bar appartient alors à Ange-Marie Michelosi, lui-même proche de Jean-Jérôme Colonna, ce qui ancre d’emblée le noyau du Petit Bar dans l’orbite du grand banditisme sud-corse.. Les premiers membres sont décrits comme des fils de commerçants, de fonctionnaires ou de policiers, issus de familles considérées comme « respectables », ce qui contraste avec l’image traditionnelle du banditisme rural. À cette période, le groupe se constitue autour d’une sociabilité de bar typique du centre-ville ajaccien : les futurs membres se retrouvent quotidiennement au Petit Bar, y tiennent progressivement un rôle d’« habitués » dominants et y tissent des liens de loyauté et de dépendance. Des reportages de presse décrivent cette génération comme fascinée par l’imaginaire des films de gangsters, notamment , et portée par une ambition de promotion sociale rapide par les activités illégales..

Les premières activités imputées au groupe relèvent principalement de l’extorsion de fonds et du racket, parfois en lien avec le trafic de stupéfiants. Dès le début des années 2000, des habitués du Petit Bar sont mis en cause dans des affaires d’extorsion visant des établissements de restauration ajacciens, et certains sont condamnés à la fin de 2004 pour ce type de faits. Les services de police judiciaire relèvent alors l’apparition récurrente de l’expression « bande du Petit Bar » dans leurs rapports, ce qui atteste la consolidation d’un groupe identifié comme tel par les autorités..

Sous la houlette de Jean-Jérôme Colonna, qui domine alors la Corse-du-Sud, le noyau du Petit Bar fait ses « classes » en s’insérant dans les réseaux déjà en place, tout en développant ses propres circuits d’extorsion et de trafic. Les enquêteurs décrivent le groupe comme une équipe « sans foi ni loi » qui ambitionne rapidement de contrôler l’activité criminelle à Ajaccio, en concurrence avec d’autres clans locaux, notamment celui d’Alain Orsoni et de ses proches.

La mort de Jean-Jérôme Colonna en 2006 constitue un moment charnière dans cette trajectoire. Selon plusieurs analyses journalistiques et notes de renseignement évoquées par la presse, le vide laissé par la disparition de ce « parrain » historique favorise l’ascension de la bande du Petit Bar, qui apparaît alors comme l’une des principales prétendantes au contrôle du milieu ajaccien. Les obsèques de Jean-Jérôme Colonna voient d'ailleurs des échanges intervenir entre des membres reconnus du Petit Bar, notamment Ange-Marie Michelosi et d'autres figures plus ou moins rattachés au milieu du banditisme corse.. La figure d’Ange-Marie Michelosi, mentor et propriétaire de l’établissement éponyme, contribue à cette montée en puissance jusqu’à son assassinat en 2008, événement qui ouvre une nouvelle phase de conflits et de recompositions au sein du banditisme local.. Par ailleurs, trois ans plus tard, le , (ex-maire de Grosseto-Prugna), sœur d'Ange-Marie Michelosi, est assassinée..

Dès le milieu des années 2000, la bande du Petit Bar est ainsi perçue par la police, la gendarmerie et la presse nationale comme une équipe structurée, en voie de professionnalisation et dotée d’une forte capacité de nuisance à Ajaccio et dans sa périphérie. L’Express décrit en 2013 une « secrète ascension » ayant fait du groupe, aux yeux des enquêteurs, la première puissance criminelle de la ville, tandis que d’autres enquêtes du Monde situent alors la bande au cœur des recompositions du crime organisé corse.

Chronologie : Quatre membres présumés sont arrêtés ; âgés d'une trentaine d'années, enfants de commerçants ou de fonctionnaires, ils n'ont pas de liens connus avec les indépendantistes corses.. : Ange-Marie Michelosi est assassiné à Grosseto-Prugna (Porticcio). : Marie-Jeanne Bozzi (ex-maire de Grosseto-Prugna), sœur d'Ange-Marie Michelosi, est assassinée. : Jacques Santoni, présenté comme le chef de la bande, est arrêté. Soupçonné d'avoir commandité l'assassinat d'Antoine Nivaggioni en 2010 et d'Antoine Sollacaro en 2012, ainsi qu'une tentative de meurtre contre Charles Cervoni, il est en jugement en 2018. Jacques Santoni est de nouveau évoqué en 2019 comme complice possible lors du procès de deux hommes accusés du meurtre d'Antoine Nivaggioni ; ils sont condamnés respectivement à 25 et de prison sans que la responsabilité de Jacques Santoni ait été établie.. : Tentative d'assassinat de Guy Orsoni, fils d'Alain Orsoni et neveu de Guy Orsoni, à Ajaccio. : Jacques Pastini, Philippe Porri et Jean-Laurent Salasca sont condamnés à deux ans de prison pour « complicité de dégradation ou détérioration du bien d’autrui par un moyen dangereux pour les personnes » pour l'incendie du restaurant Le Globo le à AjaccioTrois hommes condamnés à deux ans de prison pour l’incendie d’un restaurant d’Ajaccio, Ouest France, 23 octobre 2020. : Une opération de police est organisée contre l’équipe du Petit Bar dans le cadre de l'enquête sur la tentative d’assassinat de Guy Orsoni. Trois membres informés parviennent à prendre la fuite : Pascal Porri, Mickaël Ettori et André Bacchiolelli. Joseph Menconi, suspecté d’avoir fourni une aide logistique lors d'une tentative d’assassinat de Guy Orsoni, a été autorisé à passer un appel téléphonique depuis le portable d’un enquêteur. Jacques Santoni a été mis en examen le pour « complicité d’homicide en bande organisée » et « association de malfaiteurs »Affaire Orsoni : la police multiplie les ratés. En Corse et ailleurs., France 3, France 3.. : Une vingtaine de personnes sont interpellées dans le cadre d'une enquête du JIRS de Marseille sur un blanchiment de d’euros. Jacques Santoni est mis en examen et incarcéré.. : Un policier est mis en garde à vue. Il est soupçonné d'être la « taupe » qui a informé les membres du gang de l'opération de police du . Le fonctionnaire de police est finalement relâché, « sans qu'aucune charge n’ait été retenue à son encontre » .

Assassinat d'Antoine Sollacaro Des membres de la bande sont suspectés dans l'assassinat de l'avocat Antoine Sollacaro, , ancien bâtonnier du barreau d’Ajaccio, défenseur du nationaliste Yvan Colonna et d’Alain Orsoni. En , André Bacchiolelli et Mickaël Ettori sont mis en examen pour cet assassinat et Pascal Porri pour « association de malfaiteurs et recel de vols de moto ». Ces poursuites sont annulées en 2014 par la chambre de l’instruction d’Aix-en-Provence, après la rétractation d’un témoin, le garagiste qui avait identifié les trois hommes et la moto ayant servi au meurtre..

En 2015, Patrick Giovannoni, ancien proche de la bande, a déclaré au juge que Jacques Santoni lui avait affirmé qu’ils étaient bien les auteurs du crime. Jacques Santoni et André Bacchiolelli sont à nouveau mis en examen. L’affaire est encore à l’instruction et les mis en examen bénéficient de la présomption d’innocence.

Tentative d'assassinat d'Alain Orsoni (2008) proches de la bande du Petit Bar, dont Stéphane Raybier, ont été condamnés en 2011 par le tribunal de Marseille à de la prison ferme pour avoir voulu assassiner l’ancien leader nationaliste Alain Orsoni (MPA) en 2008 à Ajaccio.

Tentative d'assassinat de Guy Orsoni (2018) Cette bande est suspectée d'une tentative d’assassinat en de Guy Orsoni, fils d'Alain Orsoni, ancien dirigeant du Mouvement pour l'autodétermination (MPA), et neveu de Guy Orsoni (assassiné le )...

Le a lieu une vague d'arrestations en Corse dans le cadre de cette affaire. Jacques Santoni est mis en examen le pour « association de malfaiteurs en vue de commettre un crime ». Philippe Porri est également mis en examen. Deux autres gardés à vue, François Kay et Ange-Marie Gaffory, étaient déjà en détention..

Des fuites provenant de la police permettent à Pascal Porri, Mickaël Ettori et André Bacchiolelli de s'enfuir. Les magistrats de la JIRS de Marseille ont découvert que des membres de la police judiciaire de Corse et de l'office de lutte contre le grand banditisme avaient laissé Joseph Menconi (dit « José »), membre du banditisme corse placé en garde à vue, téléphoner depuis le commissariat à sa compagne. Sa ligne téléphonique avait été placée sur écoute par la JIRS pour un autre dossier. Cet incident a conduit au dessaisissement de la police judiciaire corse au profit de la gendarmerie dans ce dossier et au départ de plusieurs cadres policiers de la police judiciaire corse..

Membres présumés

Après la mort d'Ange-Marie Michelosi en 2008, le groupe se structure autour d’un chef de clan officiellement identifié : Jacques Santoni, né en 1978. Il quitte l’école à et travaille un temps avec son père dans la restauration. Marié et père de deux enfants, il est tétraplégique depuis un accident de moto survenu en 2003 et perçoit en 2013 une allocation adulte handicapé de par mois. Il a été placé en garde à vue le alors qu'il était assigné à résidence à Paris.. Jacques Santoni a été mis en examen et placé en détention pour blanchiment aggravé, association de malfaiteurs et non-justification de ressources. Il aurait blanchi d’euros par un gain au Loto de d’euros de son beau-frère Jean-Laurent Susini.

Autour de Jacques Santoni, plusieurs personnalités importantes gravitent, notamment André Bacchiolelli (dit « Dédé » ou « Tête tordue »). Arrêté le à Ajaccio et mis en examen des chefs de tentative d’homicide volontaire en bande organisée, d’association de malfaiteurs et de recel en bande organisée et écroué. Mickaël Ettori, dit « Micka », également condamné pour extorsion et trafic international de stupéfiants, est en fuite depuis . Interpellé le par les membres du GIGN et placé en garde à vue dans le cadre d’une affaire de tentative d'extorsion et association de malfaiteurs suivie par la JIRS MARSEILLE. Pascal Porri (dit « l'ampoule »). Condamné en 2011 à six ans de prison pour « participation à une association de malfaiteursJustice : le procès en appel d’Antony Perrino et Pascal Porri renvoyé au 27 janvier, France 3, 3 juin 2020. Condamné en 2019 à seize mois ferme, pour recel d'abus de biens sociaux et blanchiment de fraude fiscale avec son épouse Valérie Mouren et l'entrepreneur Antony Perrino. Il est arrêté le à Porto Vecchio.