Le barrage de Sivens est un projet abandonné de barrage sur le cours du Tescou, un affluent du Tarn dans le bassin de la Garonne (France). Le projet initial est abandonné le par arrêté préfectoral.
Ce projet aurait créé un lac de barrage permettant la constitution d'une réserve d'eau d'un volume de de utilisable notamment pour l'irrigation de terres agricoles et le contrôle de l'étiage du Tescou. L'impact du projet de retenue aurait résidé dans la destruction de d'une zone humide (18,1 hectares en prenant en compte les destructions indirectes causées par la perte de fonctionnalités d'autres zones humides). Les mesures compensatoires auraient prévu d'en restaurer une superficie totale de .
Le ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie demande un rapport d'évaluation du projet en .
Au cours de la manifestation du 26 octobre 2014, des affrontements entre les forces antiémeutes et un groupe de manifestants conduisent à la mort de l'un d'entre eux, après laquelle le projet est suspendu et des manifestations se déroulent en hommage à l'opposant décédé, Rémi Fraisse, et contre les violences policières. Une nouvelle mission de médiation est alors lancée par le ministère de l’Écologie et du développement durable le et rend ses conclusions en .
En , le tribunal administratif de Toulouse annule les trois arrêtés fondateurs du projet de barrage, en particulier la déclaration d'utilité publique.
Situation du projet Le Tescou est une rivière qui coule dans les départements du Tarn, du Tarn-et-Garonne et de la Haute-Garonne. C'est un affluent direct du Tarn en rive droite qu'il rejoint à Montauban, et donc un sous-affluent de la Garonne. Le bassin-versant du trescou, situé à l'extrémité ouest du bassin-versant du Tarn, représente une superficie de qui se répartit entre les départements du Tarn (55 %), de Tarn-et-Garonne (43 %) et de la Haute-Garonne (2 %). Il s'agit d'un territoire rural occupé majoritairement par l'agriculture et la forêt. Il est traversé par deux vallées, celles du Tescou et du Tescounet (un affluent rive droite du Tescou qu'il rejoint à Saint-Nauphary). Bassin d'ampleur assez limitée, il s'étage entre 10 et d'altitude ; y coexistent grandes cultures, prairies et quelques peupleraies. Les zones humides sont peu marquées. L'irrigation y est fréquente, mais loin d'être généralisée, .
Le projet de barrage se situe dans un secteur de la vallée du Tescou largement dominé par les formations boisées (sur les versants) et par les formations prairiales (en fond de vallée) s’étendant sur une longueur totale de l’ordre de dans l’axe de la vallée, .. Il se situe au nord-ouest du département du Tarn, à à l'ouest de Gaillac et à à l’est de Montauban, dans la petite région des « coteaux de Monclar »., ..
Contexte hydrologique et économique Prospectives sur les besoins en eau dans le bassin Adour-Garonne Différentes études sur le réchauffement climatique, comme celles du Giec, mais surtout le rapport d’étude « Garonne 2050 » réalisé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne en 2012, prédisent une diminution importante de la ressource en eau sur le bassin Adour-Garonne dans les prochaines années (jusqu’à 40 %), , ainsi qu'une modification du mode des précipitations par des pluies plus marquées en période hivernale et des sécheresses plus marquées en période estivale. Selon ce rapport, une augmentation de la température moyenne annuelle comprise entre et entraînerait à l’échéance 2050 de fortes modifications sur l’hydrologie, en particulier des baisses annuelles de débits de toutes les grandes rivières du sud-ouest, comprises entre 20 et 40 %. Sans modification des usages, les étiages seront plus précoces, plus sévères et plus longs. Face à l’ampleur des problèmes futurs, la réduction de la demande ne suffira pas à répondre à l’enjeu. Parmi les solutions retenues figure la création d’ouvrages de stockage hivernal, en complément d’autres leviers, dans tous les scénarios mais avec une ampleur très variable (de 75 à de mètres cubes), , . Dans le scénario a minima, il conviendrait de créer de mètres cubes de réserves pour un coût de d’euros. Pour compenser la baisse des débits d’étiage, il faudrait augmenter le stockage de de mètres cubes et diminuer les surfaces irriguées de 15 %, ce qui est déjà un peu le cas puisque la culture du maïs a reculé de 20 % de 1990 à 2010, et les surfaces irriguées ont diminué de 18 % de 2000 à 2010 dans le bassin. L’Agence de l'eau a ainsi inscrit la construction d’une trentaine de barrages totalisant de mètres cubes d’ici à 2021 dans le bassin Adour-Garonne.. Le barrage de Sivens s'inscrit dans cette liste.
Le collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet, opposé à la construction du barrage de Sivens, ne conteste pas les éléments du rapport Garonne 2050 et en particulier que la ressource en eau disponible devrait baisser de plus en plus. Ce qu'ils remettent en cause , ..
Besoins en eau pour l'irrigation dans le bassin du Tescou Le plan de gestion des étiages Le développement très important de l’irrigation dans le bassin Adour-Garonne dans les années 1980 et 1990 s'est traduit par une dégradation quantitative de l'eau et le mauvais fonctionnement biologique des cours d’eau en période sèche. Pour y remédier des plans de gestion des étiages (PGE) ont été élaborés par sous-bassin à partir de 1999, . En théorie, une évaluation de ces plans est prévue tous les cinq ans, pouvant conduire à leur modification ou à leur révision. Il est préconisé, après d'existence, de le remplacer par un schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE).. Le plan de gestion des étiages (PGE) du Tescou est approuvé par la commission de planification de l’Agence de l’eau Adour-Garonne le et par le préfet de Tarn-et-Garonne coordonnateur de bassin le , diapo . sur la base des données du recensement agricole de 2000.. Il n’a fait l'objet d'aucune révision depuis sa création.
La mission d'expertise nommée le par la ministre de l'Écologie Ségolène Royal, note au sujet de ce plan : « Le PGE du Tescou a été élaboré sous maîtrise d'ouvrage du conseil général de Tarn-et-Garonne, avec une prestation de la CACG sur le volet hydraulique dès 2002 (...). Pour la préparation du dossier de la retenue de Sivens, une actualisation du volet a été réalisée en 2009 par la CACG, sur une base méthodologique inchangée. Sa démonstration d'une stabilité du besoin est peu convaincante (…) et les données de prélèvement disponibles à l'Agence de l'eau avec un recul de quatre ans à l'époque ne sont pas mobilisées ».
Pour atteindre le retour à l'équilibre de la ressource en eau, le protocole du PGE du Tescou s'articule en deux phases, . : phase 1 : la création de la retenue du Thérondel (située dans le département de Tarn-et-Garonne) d'une capacité de . Située à cheval entre les communes de Monclar et de la Salvetat, la construction du Thérondel est achevée en 2009 et la première campagne de soutien d'étiage a eu lieu la même année. Le volume alloué à l'irrigation est de , celui affecté au soutien d'étiage de . phase 2 : la création du barrage de Sivens (situé dans le département du Tarn) pour un volume . Il fixe en outre des objectifs quantifiés concernant l'irrigation et le secours à l'étiage.
Organisation de la régulation des prélèvements pour l'irrigation Pour répondre à l'objectif d'une gestion équilibrée et durable de la ressource en eau et faire face aux déficits quantitatifs structurels constatés dans les bassins classés en zones de répartition des eaux (ZRE), la loi sur l'eau et les milieux aquatiques de 2006 et ses textes d'application ont défini pour les sous-bassins déficitaires les principes de détermination de volumes prélevables, et instauré la mise en place d'un organisme unique chargé de la gestion collective des prélèvements d'irrigation.. Pour le sous-bassin du Tarn qui concerne des irrigants dans les départements de l'Aude, de l'Aveyron, de la Haute-Garonne, de l'Hérault, du Tarn et de Tarn-et-Garonne, la chambre d’agriculture du Tarn a été désignée en 2013 comme étant l'organisme unique de gestion collective des prélèvements en eau pour l'irrigation agricole..
Le Tescou est chaque année concerné par des situations de quasi assecs et par des arrêtés préfectoraux de limitation et d’interdiction de prélever. À partir de 2014, le volume prélevable dans le sous-bassin du Tescou (qui comprend les cours d'eau du Tescou et du Tescounet) est limité à d'eau..
Mode de calcul du volume du barrage de Sivens (estimation projet de 2011) Par une lettre de mission en date du , une mission commune du Conseil général de l'alimentation, de l'agriculture et des espaces ruraux et du Conseil général de l'environnement et du développement durable est chargée d'identifier, dans le bassin Adour-Garonne, les projets de retenues d'irrigation « envisageables d'un point de vue environnemental et économique », . Parmi les étudiés figure le barrage de Sivens sur le Tescou. Les objectifs quantifiés concernant l'irrigation figurant dans ce rapport sont issus du PGE du Tescou, : irrigation de (avec quota de ) sur les deux axes réalimentés, l'axe Tescou situé à l'aval du réservoir projeté de Sivens et l'axe Tescounet à l'aval du réservoir existant de Thérondel ; irrigation de à l'amont de Thérondel (avec quota de ).
Le besoin d'irrigation validé par le PGE s'élèverait ainsi à . Pour satisfaire l'ensemble de ces besoins quatre années sur cinq, il faut disposer d'un volume stocké de . Sachant que le volume utile de la retenue de Thérondel est de , sans la retenue de Sivens il manquerait : le bassin est considéré comme étant déficitaire. Selon le rapport de 2011, la retenue de Sivens avec un volume utile de permettrait ainsi de résorber largement ce déficit. Le volume contractualisable avec les agriculteurs pour l'irrigation, retenu pour le projet de retenue de Sivens, est ainsi de , valeur obtenue en divisant le volume stocké () par le coefficient forfaitaire de 1,25.
Estimations des volumes d'eau nécessaires Les deux missions successives nommées par Ségolène Royal (expertise du projet le - Nicolas Forray et Pierre Rathouis, puis médiation pour un projet de territoire du Tescou - Nicolas Forray et Pierre-Alain Roche le ) aboutissent à des évaluations d'un montant inférieur.
Les experts constatent que, malgré un déclin marqué depuis les années 2000, l'agriculture est l'activité économique principale de la zone, occupant encore 88 % de ce territoire. En 2010, la nature des cultures a toutefois changé, se traduisant par une prédominance des exploitations en grande culture qui représentent 40 % du total et dont le nombre est stable. Les cultures sèches ou faiblement irriguées (céréales à paille, sorgho, tournesol) ont progressé, du moins en valeur relative, les productions liées à l'élevage (prairies, maïs fourrage), demandant beaucoup d'eau d'irrigation, ont diminué. Le maïs est en particulier en nette régression ( en 2000, en 2010). Il en est de même pour les cultures spécialisées (vergers, légumes). Les surfaces irriguées ont ainsi diminué d’un tiers entre 2000 et 2010, passant de à et ne représentent plus que 12,5 % de la surface agricole utile au lieu de 18,5 % en 2000, .