Le jubilus est le terme employé dans le domaine liturgique, afin de signifier et surtout de distinguer le long mélisme dans le chant alléluia en grégorien.

Terme Le mot signifiant le mélisme distingué de l'alléluia s'appelle « jubilus (pluriel : jubili) » ou « jubilatio », issu du verbe latin « jubilare ».

Ce verbe jubilare exprime initialement « pousser des cris », à savoir « jubiler »Dictionnaire historique de la langue française, , Le Robert, Paris 1998. Le premier emploi dans l'écriture française, c'était le mot jubilacium (vers 1150), qui signifiait « sons d'instruments de musique exprimant la joie, l'allégresse », toujours dans le domaine musical et liturgique.

Pourtant, l'origine du mot était vraiment ancienne. En fait, ce terme se trouve dans des œuvres de saint Augustin d'Hippone († 430) :

Avec ce commentaire, saint Augustin expliquait la raison mystique du jubilus : « « Psaume 99 : La jubilation dans l'Église » Que la terre entière soit dans la jubilation et confesse le Seigneur. Cette jubilation est l'expression inarticulée d'une joie excessive, à la vue des grandeurs de la création ; » Encore la précisait-il dans la note : « Vous savez ce que je vais dire. Jubiler, ce n'est point parler, c'est exhaler sans paroles un cri de joie : c'est la voix d'une âme dont la joie est au comble, qui exhale autant que possible ce qu'elle ressent, mais ne comprenant point ce qu'elle dit dans les transports de son allégresse, l'homme après des paroles indicibles et inintelligibles exhale sa joie en cris inarticulés : ... }. »

Le docteur de l'Église faisait allusion au chant des moissonneurs et des vendangeurs, en répétant ce mot-clé :

Enfin, saint Augustin conclut : « Chantez harmonieusement, chantez dans votre jubilationCommentaire du psaume 32, note .. »

Histoire et fonction liturgique Mélisme éminent avant l'Évangile Historiquement, la liturgie hispanique admettait certes l'exécution de l'alléluia, après l'Évangile. Toutefois, la distribution traditionnelle de l'Église se distingue du jubilus de la messe après quelque lecture ainsi que juste avant l'Évangile.

Ce positionnement est expliqué par l'importance du terme hébreu alléluia qui signifie « louez le Seigneur ». Car, la dernière syllabe de celui-ci n'est autre que le diminutif de Yahweh.. C'est précisément la raison pour laquelle le mélisme très développé est attribué à cette syllabe.

Et, c'était saint Grégoire qui fit chanter celui-ci tous les dimanches et les fêtes de l'année, à l'exclusion du carême. Dorénavant, le jubilus est toujours exécuté toute l'année, sauf cette exception.

Le jubilus est toujours principal lors de l'exécution de l'alléluia, parce que les Pères de l'Église donnaient le sens théologique à ce mélisme extraordinaire, tout comme saint Augustin. En bref, il s'agit d'une musique céleste, et non humaine.

Dans les manuscrits anciens D'ailleurs, la musicologie adopte la même conclusion. Il existe des alléluias sans verset dans des manuscrits anciens. Ainsi, celui de la bibliothèque de Chartre, codex 47, contient quelques alléluias ordinaires, suivis d'un certain nombre d'alléluias sans verset mais avec ses jubilus effectivement développés. Un autre exemple manquant de verset se trouve dans le manuscrit de Saint-Gall codex 484, plus ancien. Il s'agit d'un recueil de jubili alléluiatiques sur les seules voyelles du terme alléluiahttps://www.jstor.org/discover/10.2307/947011?uid=21104154998271.

Charge des chantres Par ailleurs, le jubilus s'illustre dans la liturgie d'une autre particularité. Celui-ci était depuis si longtemps destiné singulièrement aux meilleurs chantres, et non à la schola. À vrai dire, cette attribution était déjà mentionnée dans l'Exposition psalmorum de Cassiodore († vers 580) :

Ainsi le chant grégorien respectait-il également cette longue tradition. Le meilleur manuscrit de celui-ci, cantatorium de Saint-Gall (vers 922 - 926), était uniquement réservé aux chantres. Ses notations de l'alléluia se trouvent à partir de la page 145, avec ses jubilus vraiment développés .

Caractéristique musicale

Le jubilus est essentiellement une musique possédant une certaine ampleur. Au contraire, avant celui-ci, la mélodie du terme alléluia, pour les premières syllabes, ne contient ni fioritures ni mélismes, mais seulement quelques groupes neumatiques en petit nombre.

Il existe des jubilus desquels le mélisme est plutôt court. Même dans ces cas, la mélodie est toujours évoluée. a - b (alléluias avec versets Surrexit Dnus vere ou Jubilate Deo) a1 - a2 (notation du graduale triplex au-dessous) Toutefois, parfois, la musique du jubilus est effectivement enrichie et se compose de plusieurs morceaux - 183 : a1 - a2 - b1 - b2 - c (alléluia avec verset Oportebat) a1 - b1 - a2 - b2 - c (alléluia avec verset O quam pulchra) a1 - coda b - a2 - coda c (alléluia avec verset Quinque prudentes)

La composition modeste du jubilus utilise le même mélisme pour le verset ainsi que le deuxième alléluia (voir le Graduale Triplex au-dessous). Parfois, le compositeur préférait un nouveau jubilus plus développé, après le verset. Ce deuxième jubilus s'appelait la sequentia, sequela ou longissima melodia.

Au regard des modes, tous les huit modes grégoriens s'emploient. Mais ceux de ré et de sol sont plus nombreux.

La variété du jubilus était également amplifiée de l'abondance de composition. Dans de nombreux manuscrits grégoriens, plusieurs alléluias se trouvent pour une même fête, avec la mention Alleluia quales volueris. À savoir, le chantre pouvait choisir celui qu'il voulait ; également, « Alleluia Dominicis diebus vel nataliciis sanctorum per circulum anni », « Incipiunt Alleluia per circulum anni ». C'est également pourquoi dans les manuscrits les plus anciens, les alléluias y compris les jubilus se trouvent, bien groupés, à la fin des livres de chant, tel le cantatorium de Saint-Gall .

Cette richesse trouvée dans le répertoire du chant grégorien est remarquable. Contrairement, le chant de Bénéventin de l'Italie du sud ne connaissait qu'une seule mélodie pour tous les alléluiasMichel Huglo, Dictionnaire de la science de la Musique, Édition Bordes, 1976 (dans les archives numériques de l'université Nancy 2). Cela serait une raison pour laquelle ce chant monodique disparut au , après être remplacé par le chant grégorien.

Disparition

Dès sa création, le chant grégorien ne subit aucune modification importante, jusqu'à ce que la Renaissance arrive - 12. Cependant, après l'invention de la notation à gros carrés au , la caractéristique mélodique et rythmique de ce chant commença à s'affaiblir.

Puis, le mouvement de la Renaissance et la Réforme protestante attaquèrent considérablement le chant grégorien.

Le résultat était vraiment lourd. Dans l'Édition médicéenne, publiée par le Saint-Siège entre 1614 et 1615, l'alléluia de la messe de Pâques, qui doit être le plus cérémonieux, ne compte que 15 notes. De plus, perdant le mélisme, celui-ci était chanté lentement l'une note après l'autre. À partir de cette publication, les religieux et religieuses, surtout les moniales françaises, n'hésitaient pas à demander aux musiciens de modifier donc de supprimer le mélisme des livres de chant ; un jeune organiste, Guillaume-Gabriel Nivers était également un des compositeurs qui effectuèrent cette modification, avant de commencer à restituer la mélodie en consultant les archives.. La doctrine des notes égales était maintenue jusqu'en 1860, lors du premier congrès, à Paris, afin de restaurer le chant grégorien. La pratique du jubilus fut quasiment perdue pendant cette période désastreuse.

Par ailleurs, non seulement la modification mais aussi la composition de nouveaux chants, imitant le chant grégorien, étaient désormais habituelles. Ainsi, ceux que les Mauristes effectuèrent sont de nos jours bien connus. Comme ces néo-grégoriens ne respectaient pas les lois de composition grégorienne, aujourd'hui les excluent les éditions critiques tel l'Antiphonale monasticum - 171 : « Les antiennes tardives ou « néo-grégoriennes » : Ces antiennes, qui souffrent de profondes irrégularités dans leur composition (essentiellement des incohérences entre texte et mélodie ou dans le vocabulaire modal), ou dans lesquelles se rencontrent des passages d'intonation difficile ou disgracieuse, ont été corrigées, voire partiellement recomposées, pour entrer, sinon dans le style exact des compositions de « Hartker », au moins dans le vocabulaire des antiennes de l'AM (Antiphonaire monasticum) 1934, bien connu des chanteurs de la tradition vivante. ». Il faut la même attention pour les mélismes qui ne se trouvent pas dans les manuscrits ancienshttp://media.musicasacra.com/publications/sacredmusic/133/1/1_1.html.

Rétablissement du jubilus

Si le jubilus fut effectivement rétabli, c'était principalement grâce aux moines de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes qui luttait contre l'édition néo-médicéenne, presque officielle du VaticanCette édition de Ratisbonne ne fut jamais officielle. Néanmoins, elle obtint 30 ans de privilège, soit de 1871 à 1901, et son usage au sein du Vatican était assuré sous haute protection des papes.. Pour la restauration vers la version authentique, ils visitaient les archives européennes possédant de précieux manuscrits, en retrouvant les mélismes authentiques. Néanmoins, au regard de l'interprétation, ils développèrent, sous influence de la musique contemporaine, une théorie fausse, rythmique grégorienneCette théorie fut développée notamment par Dom André Mocquereau de Solesmes, ancien violoncelliste. Les deux tomes intitulés Le nombre musical grégorien ou rythmique grégorienne, théorie et pratique furent sortis en 1908 et 1927..

Dans les années 1950, avec ses études approfondies des neumes anciens, Dom Eugène Cardine de Solesmes réussit à retrouver la nature du chant grégorien, qui est complètement différente de celle de la musique moderne. Comme cette nature n'est trouvée que, souvent, dans les neumes purs ainsi que graphiquementPar exemple, la coupure neumatique, découverte en 1957 : http://gregofacsimil.free.fr/02-ARTICLES/Article-pdf/Dom_Jacques-Marie_Guilmard/JG-Cardine-Bibliographie-Studi-Gregoriani(2004).pdf ; c'était exactement la raison pour laquelle les compositeurs du chant grégorien sélectionnèrent ce type de notation., il trouva une solution pour l'interprétation correcte. Après la publication du Graduel neumé en notation duplexe en 1966, il fit sortir en 1979 le Graduale triplex.

Dans ce graduel, la notation à gros carrés, celle du Graduale romanum publié en 1974 à la suite du concile Vatican II, demeure servir au solfège. Les notations anciennes, préparées par deux disciples de Dom Cardine, y contribuent à présenter l'articulation, notamment celle du jubilus. Soigneusement choisis, les neumes sont précisés de manière critique. L111 signifie le manuscrit du graduel de Laon 239 (à la fin du ou au début du ), illustré de sa qualité rythmique. De même, C111 indique les neumes issus du chant du cantatorium de Saint-Gall (vers 922 - 926), un manuscrit parfait, surtout pour la finesse d'expression. En raison d'une immense uniformité du chant grégorien, la mélodie des deux manuscrits est identique. En profitant de ces neumes purs dans les meilleurs manuscrits du chant grégorien, on peut exécuter dorénavant correctement les jubilus que les chantres de Laon et de Saint-Gall chantaient certainement il y a .

Cette façon de publication est suivie du Graduale novum du Vatican, sorti depuis 2011. Grâce à la rédaction sémiologique, sa notation à gros carrés est plus correcte que l'Édition Vaticane sortie en 1908, base du Graduel romanum 1974.

Valeur du jubilus, de nos jours