Le combat de la Rougemare et des Flamants Les Flamants (Neuf-Marché, Dieppe, Normandie) est un hameau. est un raid entrepris par un commando allemand, au début de la Première Guerre mondiale, envoyé pour faire sauter le viaduc ferroviaire d'Oissel. Les combats ont eu lieu sur les communes de Mainneville dans l'Eure, de Neuf-Marché, Tourville-la-Rivière et Sotteville-sous-le-Val en Seine-InférieureLa tragique épopée du commando Tilling, le parisien.fr, 7 août 2008.Accrochage entre le commando Tilling et gendarmes à Rouge Mare, 16 septembre 1914..Ce groupe de sapeurs allemands, montés sur des automobiles, fut employé de manière non conventionnelle et en dehors des tactiques militaires habituelles pour l'époque, bien qu'inspirée directement de ce qui se fit durant les guerres récentes précédentes. Ces sapeurs avaient pour mission de mener des opérations de sabotage.Ce combat est connu aussi sous le nom de combat de la Rougemare (ou Rouge-Mare) et parfois sous le nom de combat des Flamants voire sous le nom de fusillade de Martagny-Neufmarché et il est également appelé raid allemand sur la Seine.

Contexte historique Après la victoire de la Marne, les troupes franco-britanniques ne réussissent pas à enfoncer le front allemand et cette partie du front se stabilise, les troupes s'enterrant dans des tranchées. Chaque camp cherche alors à envelopper l'adversaire par l'Ouest : c'est la course à la merCarte du Réseau du Nord résumant les mouvements des trains militaires pendant la bataille dite de la Course à la Mer..Profitant de la discontinuité des lignes de défense franco-britanniques, le commandement allemand décide d'envoyer des expéditions militaires motorisées dans le Nord-Ouest de la France afin de couper les voies de communication pour ralentir, voire paralyser, l'envoi des renforts franco-britanniques et les empêcher de menacer leur flanc droit : le , le commandement allemand envoie un groupe à bord d'automobiles à Méru, qui détériore la voie de chemin de fer et un autre entre Us et Marines, qui endommage la ligne Paris - GisorsCombat dans le Val d'Oise sur pages14-18.; le , un commando allemand, que la population prend pour des Anglais, fait sauter le pont de chemin de fer de Canaples, au Nord d'Amiens.

Le raid Les débuts prometteurs d'une mission secrète Encouragé par les succès des 8 et , le commandement allemand lance, le , un nouveau raid avec trois véhicules montés par un groupe du Pionier-Regiment Nr. 18 sarrois commandé par le capitaine Walther Tilling70 après, ombres et lumières sur la Rouge-Mare par Jacques Heuillard sur le site de la Société historique et géographique du bassin de l'Epte, 1986. et chargé de d'explosifs.

Partant le de Leuilly-sous-Coucy à bord de trois voitures et d'un camion, le groupe se dirige vers les lignes françaises en roulant de nuit. La colonne essuie des coups de feu près de Mareuil-la-Motte puis près de Lassigny. Déviant sa route vers le Nord à Margny-sur-Matz, elle passe à Candor, Avricourt, Margny-aux-Cerises où elle se trouve au milieu des troupes de cavalerie françaises. Après avoir perdu une automobile Adler, le commando se faisant passer pour des Anglais arrive à Montdidier où il écrase une française qui leur avait intimé l'ordre de s'arrêter. Après s'être caché la journée dans le bois de Mont au sud-ouest de Saint-Just-en-Chaussée, le commando repart en soirée du en traversant Bresles, Fouquerolles, Tillé, Troissereux et Savignies.

Une partie du commando arrêté Un autre véhicule tombe en panne au hameau du Vivier-Danger à Ons-en-Bray. Le véhicule est abandonné sur place avec une dizaine d'hommes, qui doivent se débrouiller pour regagner leurs lignes par leurs propres moyens, tandis que le convoi continue sa route par Saint-Germer-de-Fly et Neuf-Marché où il est contraint de s'arrêter dans la forêt aux Flamants en raison d'une panne de l'un des deux véhicules restants.Le véhicule abandonné était une Adler de 35 chevaux, qui fut remorquée jusqu'à Gournay-en-Bray le . Les dix Allemands sont capturés au hameau du Mont-Bénard sur la commune de Savignies. Interrogés, ils se disent perdus et abandonnés par leurs chefs. thumb|250px|Adler 1909

Octavie Delacour donne l'alerte Le , vers du matin au lieu dit « la Fieffe », Octavie Delacour, âgée de 56 ans, quitte sa demeure du hameau du Bord du Bois sur la commune de Martagny et s'engage sur le chemin d'exploitation forestier afin de rejoindre Ferrières-en-Bray. Alors qu'elle a parcouru environ 1 kilomètre, un soldat vêtu d'un uniforme gris cendré sort brusquement, tenant une baïonnette à la main, et lui fait signe de s'arrêter. Après un échange avec la sentinelle, le capitaine Tilling permet à Octavie de repartir, mais celle-ci a reconnu les casques et la langue allemande. Sortant de la forêt à hauteur de la ferme de la Fieffé, elle aperçoit deux autres sentinelles cachées dans les taillis et se dirige sur Neuf-Marché.

Arrivée à Neuf-Marché, elle avertit le maire que les Prussiens sont dans le bois. Le garde champêtre, envoyé sur place par le maire, rapporte ne rien avoir vu.

Continuant son chemin, Octavie Delacour s'arrête à la de gendarmerie de Gournay-en-Bray, à midi, où elle s'attache à démontrer que c'étaient des Prussiens, et non des Anglais qui étaient dans la forêt et qui faisaient le guet, que c'étaient ces mêmes soldats qui avaient occupé la région durant la guerre de 1870La région fut occupée par les troupes prussiennes du au . alors qu'elle avait une douzaine d'années. Elle ne réussit pas à convaincre totalement le commandant de la brigade, le maréchal des logis Crosnier, mais celui-ci, soucieux du devoir, décide d'aller voir sur place en donnant rendez-vous à la brigade de Mainneville, située dans le département de l'Eure, afin de pouvoir cerner le lieu où l'on avait aperçu ces militaires.

Les gendarmes en action Après avoir réquisitionné une automobile, le maréchal des logis Crosnier (47 ans), les gendarmes Eugène Praets (61 ans) et Eugène Lebas (43 ans), tous trois armés de revolvers et de carabines, partent accompagnés d'Edmond Noiret, instituteur-adjoint et garde-civil, Fernand Blacher, qui connaissait bien la région, et Pierre Allée, chauffeur du véhicule, ces deux derniers étant sans armes. Ils arrivent à la lisière de la forêt à , aperçoivent une sentinelle allemande cachée derrière un arbre et sont accueillis quelques instants plus tard par un feu nourri. Les trois gendarmes sont tués sur le coup et Fernand Blacher est mortellement blessé. Edmond Noiret, qui a touché deux Allemands, regagne précipitamment l'auto où attendait le chauffeur, René Allée, et ils se dirigent vers Maineville où ils rencontrent, plus bas, les gendarmes de cette commune qui avaient entendu la fusillade et arrivaient à vélo. Le brigadier avertit les brigades des Andelys et d'Étrépagny qui arrivent sur place rapidement, en automobile, avec le sous-préfet des Andelys.

Après la fusillade, le commando allemand repart immédiatement, laissant un mort sur place, en direction d'Étrépagny en demandant son chemin, en passant par Mainneville et Heudicourt, et à chaque fois les Normands les prennent pour des Britanniques, malgré la marque des véhicules et les plaques minéralogiques allemandes. Au Thil, un des véhicules tombe en panne et les paysans du coin offrent leur aide aux Anglais… qui leur répondent en anglais et en mauvais français. La réparation terminée et après avoir serré les mains des paysans français, ils repartent par Écouis, Fleury-sur-Andelle, la vallée de l'Andelle, La Neuville-Chant-d'Oisel, arrivent à Pîtres et vont se cacher dans la forêt de BoosHistorique de la de gendarmerie..

La lente réaction des autorités françaises 400px|Localisation des lieux du raid

Pendant ce temps, les autorités françaises ont réagi, lentement. En milieu de soirée, vers , les gendarmeries et les postes de garde-voies et communications (GVC) de l'infanterie territoriale et la garde civile de la région sont mis en alerte. La dépêche indique que deux véhicules, le premier une forte limousineLa limousine est donnée pour arborer une plaque minéralogique du préfet de police d'Aix-la-Chapelle, ville frontalière avec la Belgique, en ligne. et le second un camion, montés par des Allemands revêtus d'uniformes français étaient en circulation dans la région de Gournay-en-Bray, que trois gendarmes avaient été tués et que les véhicules devaient se diriger vers Écouis ou Étrépagny. Toutefois, les descriptions restent vagues.

Le chef de poste GVC du groupe de la gare d'Oissel, le sergent Alphonse Leroy, accompagné du caporal Morancé, se rend au poste à Tourville-la-Rivière et au poste à Sotteville-sous-le-Val pour avertir les chefs de poste qu'ils avaient été destinataires de la dépêche par la gendarmerie d'Oissel. Vers , les deux hommes revenant à leur poste par le pont d'Oissel aperçoivent descendant la côte des Authieux et se dirigeant dans leur direction, une lumière vive qui parait être celle d'une automobile ainsi qu'une lumière à éclipse plus faible qui suit derrière. Le sergent Alphonse Leroy revient sur ses pas, s'arrête au poste des garde-voies de l'île-aux-Bœufs, prend un fusil et part avec 3 GVC armés.Dans le même temps, les garde-voies du poste à Tourville-la-Rivière ont également aperçu ces lumières. Une première auto passe devant eux à pleins gaz, suivie d'une seconde moins bien éclairée. Les sentinelles de Tourville font feu mais les véhicules continuent leur route, tous feux éteints, en direction d'Oissel. Les véhicules changent alors de direction et se dirigent par Port d'Oissel vers Saint-Aubin-lès-Elbeuf en suivant la route qui longe la Seine et passe à Cléon. Arrivés au lieu-dit Bédanne, les véhicules rallument leurs phares et lanternes.

Pendant ce temps, le sergent Leroy, accompagné du sergent Arvieux, chef du poste à Tourville-la-Rivière et de trois hommes, décide de se porter sur l'autre route de la boucle de la Seine, au Val-Renoux sur la commune de Sotteville-sous-le-Val, bientôt rejoint par le sergent Soulais, chef du poste à Sotteville-sous-le-Val. Les six hommes restent ainsi en embuscade et ayant aperçu des lumières dans la direction de Freneuse, deux d'entre eux partent en reconnaissance. Vers du matin, le , les deux lumières, une éclatante et l'autre faible, se distinguent parfaitement de loin aux garde-voies. Les automobiles arrivent rapidement et, malgré les sommations, continuent leur chemin sous les tirs des deux garde-voies. D'autres coups de feu sont tirés par deux autres garde-voies mais les véhicules passent encore une fois. Toutefois, la limousine emportée par sa vitesse, manque le virage, quitte la route, écorne la seconde pile du pont de chemin de fer Paris-Rouen et s'enlise à une trentaine de mètres de la route. La deuxième voiture passe sans encombre et disparaît.

L'arrestation du commando Les GVC progressent alors, en se cachant afin de ne pas être fusillés comme les gendarmes de Gournay, en direction de la voiture immobilisée. Une voix crie en français Officier allemand blessé… se rend… prisonniers…. Attendant des renforts, ce sont une vingtaine de garde-voies qui s'approchent, puis foncent baïonnette au canon à la voiture. Les cinq hommes et le capitaine Walther Tilling, blessé au bras et à la cuisse, sortent de la voiture sans résistance et sont amenés à la gare d'Oissel avant d'être transférés à Rouen.