Passez-moi la Joconde est un roman policier de Frédéric Dard, publié en 1954 sous le nom de plume de San-Antonio. Neuvième volume de la série San-Antonio, il voit apparaître les premières positions sexuelles à nom saugrenu propres au kamasutra san-antonien.

La route du commissaire San-Antonio croise celle de faux-monnayeurs ayant voulu attaquer un camion chargé de papier filigrané destiné à la Banque de France. Ils ont utilisé un chien dressé à courir après les camions, et muni d'un collier explosif.

L’action se déroule aux alentours de Bourgoin et de Grenoble, et à Lyon. « La Joconde » est le surnom donné par le commissaire à une inconnue brune qui orchestre l’affaire.

Publication Contexte éditorial

Les quatre premiers San-Antonio paraissent de 1949 à 1952, soit quatre livres en quatre ans. Les chiffres de vente sont décourageants, et Frédéric Dard montre beaucoup de réticence à continuer la série. Mais Armand de Caro, l'éditeur, y croit. Il insiste auprès de DardTristan Savin, « La vie trépidante de Frédéric Dard, dit San-Antonio », sur lexpress.fr, 2010.. En 1953, celui-ci accepte de produire au rythme régulier de quatre ou cinq San-Antonio par an. D'ailleurs, cette année-là, les de succès se manifestent dans les ventes du septième roman de la série, Des clientes pour la morgueFrançois Rivière, « Sur la route de San-Antonio », in San-Antonio, coll. « Bouquins », Laffont, 2010, I, .. En fin d'année, paraît le , Descendez-le à la prochaine. Puis vient Passez-moi la Joconde, au début de l'année 1954.

Numérotation

Passez-moi la Joconde est le neuvième roman de la série San-Antonio. Dans la collection « Spécial Police » (1950-1972), il porte le . Dans la collection «  » (1973-2002), il porte le . Enfin, dans la collection « San-Antonio » (à partir de 2003) qui respecte l’ordre de parution, il porte le Raymond Milési, « La série », in San-Antonio, Des gueules d'enterrement, Fleuve Noir, 2005, 221-223..

Il est réédité dans le des Œuvres complètes de San-Antonio ( parus de 1967 à 2000), puis dans le du San-Antonio de la collection « Bouquins » de Robert Laffont (, à partir de 2010).

Époque du récit

Bien des indices permettent de situer le récit au début des années 1950, comme on peut attendre d’un roman policier paru en 1954. San-Antonio roule en Traction et, quand il songe à une voiture de prestige, il cite une Talbot. Les « boches » et la Seconde Guerre mondiale hantent encore les mémoires. Certaines expressions méprisantes n'ont pas encore été balayées par le politiquement correct. Pour obtenir une communication téléphonique, on doit passer par une opératrice ; et Grenoble a encore des numéros à trois chiffres« Évolution de la numérotation téléphonique en France : rappel historique », sur bhpt.org, août 2010.. Les célébrités du moment s'appellent Pierre Doris, Raymond Rouleau, Greta Garbo, François Mauriac, Cecil B. DeMille, Jean Nohain…

Aussi, les quelques corrections apportées à l'occasion de rééditions sonnent-elles comme des anachronismes. La brune roule en DS (commercialisée à partir de 1955). L'imprimeur conduit une 604 (sortie en 1975). La secrétaire possède une chaîne hi-fi. Les personnages comptent parfois en nouveaux francs. San-Antonio sort un , sur lequel figure San-Antonio, Passez-moi la Joconde, Fleuve Noir, 1988, 127 . (billet de Racine émis en 1963). Il brandit aussi un à l'effigie de Claude Debussy (billet de Debussy émis en 1981)…

Lieux du récit thumb|alt=Panneau d'entrée du lieu-dit sur la D 312, précisant que la Grive se partage entre les deux communes. Vitesse limitée à 70 km/h.|right|upright=1|La Grive, où débute le récit. La Grive, où San-Antonio trouve un chien écrasé, est un lieu-dit situé à quatre kilomètres à l'ouest de Bourgoin (ville qui a fusionné en 1967 avec Jallieu, la ville natale de Frédéric Dard). Le lieu-dit est coupé administrativement par l'ancienne Nationale 6 qui menait de Lyon à Grenoble : d'un côté de la route, la Grive relève de la commune de Bourgoin-Jallieu ; de l'autre, de Saint-Alban-de-Roche« La Grive prend de l’envergure », sur lessor.fr, 5 mars 2013., commune dont San-Antonio utilise le bureau de poste (et séduit la guichetière). Four, où les malfaiteurs ont loué une maison, est une commune voisine de Saint-Alban-de-Roche. L'hôtel de Duboin se trouve dans les Alpes, , avec vue sur la Barre des Écrins, sans autre précision. La Croix-Rousse, où vit et travaille André Compère, est une colline sur laquelle s'étend un quartier de Lyon. Frédéric Dard a vécu à La Croix-Rousse de 1944 à 1949« Rue Calas », sur ruesdelyon.wysiup.net.. Le Pont-de-Claix, où se trouve la papeterie Baulois, est une ville à vocation industrielle dans la banlieue sud de Grenoble.

Résumé

Le commissaire San-Antonio se rend en vacances dans les Alpes. À la sortie de la Grive, il aperçoit sur la route un chien qui vient de se faire écraser. Intrigué par le collier de l'animal, le commissaire s'empare de l'objet, et poursuit sa route.

Il s'installe dans l'hôtel de son ami Duboin, aux alentours de Grenoble. Il séduit Sonia, une cliente rousse. Dix jours plus tard, Sonia découvre le collier dans la boîte à gants. San-Antonio s'est éloigné. Il a été bien inspiré de le faire, car une explosion transforme sa berline en décapotable. Ce qu'il reste de Sonia n'est . Le collier insolite était un engin explosif. En l'examinant, la jeune femme a sans doute actionné le détonateur.

San-Antonio décide d'aller enquêter à la Grive. Mais il doit d'abord se remettre de ses émotions. Duboin et lui dînent d'un poulet au curry qu'ils arrosent de quatre bouteilles de pommard. San-Antonio emprunte alors la jeep de son ami et dévale à toute allure les lacets de la route de montagne. Il veut sauter sur les de la Grive en pleine nuit, estimant que, Car le mot police en impose aux : Il réveille tout d'abord une bistrotière malodorante. Elle lui apprend que le corps du chien a été ramassé par Dédé le boueux.

San-Antonio se rend à la de Dédé, qui est : Ivre-mort, le maître des lieux n'est pas facile à réveiller. La pièce unique est meublée avec une extrême sobriété : elle contient en tout et pour tout un pétrin garni de paille, qui sert de lit. Quand Dédé remet le couvercle, il a une table. Dédé refusant de témoigner de bon gré, San-Antonio a recours aux coups. Puis il menace de brûler les qu’il vient de découvrir dans une boîte à biscuits rouillée. Dédé parle enfin, mais l’interrogatoire est laborieux, . Une femme, une brune, est venue lui réclamer le collier. Vêtue d’un imperméable bleu, elle portait au doigt une bague sertie d’une pierre bleue. Elle a donné les billets à Dédé pour acheter son silence.

Le lendemain, San-Antonio poursuit son enquête, et finit par savoir que la brune roule en DS noire. Il découvre qu'elle a loué une maison dans un hameau proche. La maison est vide, mais dans le jardin l'épouvantail se révèle être un cadavre, celui du complice de la brune. Le commissaire apprend par ailleurs que Fifi, le chien blanc de la maison, était dressé à courir après les camions.

Au bureau de poste de Saint-Alban-de-Roche, le commissaire apprend encore que, le jour où Fifi s'est fait écraser, la brune a reçu un télégramme annonçant le passage d'un camion. San-Antonio donne rendez-vous à la postière. Il boit six martinis, et rejoint sa conquête. Dans la chambre, une photo attire l’attention du commissaire : derrière un groupe de facteurs, on aperçoit une DS dans laquelle apparaît le museau d’un chien blanc. À l’aide d’une loupe, le commissaire peut lire le numéro de la plaque minéralogique.

À la préfecture de Lyon, il obtient le nom du propriétaire : André Compère, habitant à La Croix-Rousse. Celui-ci avait déclaré le vol de sa voiture, et ne semble pas impliqué. Mais San-Antonio téléphone à la postière de Saint-Alban, dont la mémoire s'éveille soudain au nom de Compère. C’est lui qui avait signé le télégramme adressé à la brune.

San-Antonio se rend La Croix-Rousse, à l’entrepôt de Compère. Il s'y introduit. Il découvre un gros rouleau de papier filigrané, du papier servant à imprimer des billets de banque.

Il apprend ensuite qu’un camion — correspondant au signalement donné dans le télégramme — a emprunté dans la nuit du 8 la route Grenoble-Lyon, chargé de papier destiné à la Banque de France. Seul incident à signaler, le chauffeur a écrasé un chien.

Revenu dans l’entrepôt, le commissaire y découvre le cadavre tout chaud de Compère, . Dans la maison voisine, San-Antonio retrouve une vieille connaissance : Trois-Sous, petit trafiquant minable de Montmartre. Il le secoue un peu pour le faire parler. Mais soudain le commissaire se jette à terre, la tête dans les bras : une main de femme à bague bleue vient de lancer une grenade, qui explose. Trois-Sous est mort. La brune s’est enfuie, abandonnant à l’étage une valise contenant quelque de francs anciens en faux billets.

San-Antonio se rend à la manufacture du Pont-de-Claix, où le camion a chargé son papier. Seuls le directeur et sa secrétaire Rose ont accès au dossier d’expédition. San-Antonio s'introduit chez Rose. Il l'interroge. Puis il lie plus ample connaissance. Un bizarre appel téléphonique de madame Baulois, l’épouse du papetier, fixe à Rose un rendez-vous le soir même.

Le soir, Rose se dirige vers la villa des Baulois. Une voiture tente de l'écraser. Rose entre chez les Baulois. San-Antonio patiente devant la maison. Dans le jardin, il voit un chien blanc ressemblant à celui de la Grive. San-Antonio interroge Rose à sa sortie : madame Baulois n'est-elle pas brune ? n'est-elle pas volontiers vêtue de bleu ? ne porte-t-elle pas une bague à grosse pierre bleue ? n'avait-elle pas un autre chien blanc, courant après les camions ? ne s'est-elle pas absentée récemment ? À toutes ces questions, Rose répond par l'affirmative.

Le commissaire entre à son tour dans la villa. Madame Baulois téléphone précisément à son complice qui n'a pas réussi à écraser Rose. Quand San-Antonio lui détaille tout ce qu'il sait, madame Baulois se suicide.

San-Antonio obtient par la des PTT le numéro que la défunte vient de demander : il s'agit d'une imprimerie désaffectée, à Grenoble. San-Antonio s'y rend. Mais le faux-monnayeur le prend par surprise, et s'apprête à l'achever. Surgi de nulle part, Duboin assène au malfaiteur un coup de forme qui lui fend le crâne.

Furieux d'apprendre que San-Antonio comptait abandonner la partie, Duboin avait repris l'enquête à son compte. Il avait su par la postière de Saint-Alban que le complice de la brune (celui transformé en épouvantail, pour avoir saboté le détonateur) avait demandé un jour le numéro de cette imprimerie. Duboin était venu voir.

Personnages Personnages récurrents de la série Commissaire San-Antonio, le narrateur. Séducteur toujours sur la brèche. Boit sec. Porté sur les plaisirs de la table. Enquêteur aux méthodes expéditives, il cogne même sur les témoins. Mais sa vraie nature, selon lui, c’est la poésie : « Le Vieux », supérieur hiérarchique de San-Antonio, présent depuis le de la série. Le commissaire peut l'appeler à toute heure du jour ou de la nuit : le Vieux est toujours dans son bureau. Il n'a jamais pris de vacances. Il déteste l'humour. Félicie, de San-Antonio, présente depuis le . Elle n'apparaît pas dans le roman. Le commissaire cite simplement une de ses expressions toutes faites : San-Antonio, Passez-moi la Joconde, , 21.. (Le commissaire, qui met un point d'honneur à forger lui-même ses expressions et ses images, souligne dans Les Anges se font plumer : ) L'inspecteur Bérurier, intervenu brièvement dans le , Des clientes pour la morgue. Il n'apparaît pas dans Passez-moi la Joconde. San-Antonio cite un de ses jeux de mots approximatifsSan-Antonio, Passez-moi la Joconde, , 43..

Autres personnages Fifi, chien blanc, .