Le mélisme du chant grégorien est l'une de principales caractéristiques qui qualifie ce chant liturgique et artistique

Caractéristique Fonction Le mélisme est l'un des éléments les plus importants de la composition du chant grégorien. Il contribue considérablement à réaliser cette caractéristique artistique du chant :

En bref, si le texte se modifie, la composition dont le mélisme aussi se change. Les hymnes ambrosiennes, par exemple, sont au contraire des « texte mesuré, musique mesurée », comme la musique contemporaine. D'ailleurs, c'est le texte sacré qu'orne mélisme du chant grégorien, et non la mélodie telle la musique que décore le mélisme d'Antonio Vivaldi ou de Georg Friedrich Haendel. La mentalité médiévale l'explique. Ainsi vers 1147, saint Bernard de Clairvaux, cistercien, écrivit : « nous avons conservé le texte de plusieurs répons parce qu'il est saint et tiré des Évangiles, et nous les avons ornés d'un chant aussi beau que convenablehttp://scribd.com/doc/58813264/Saint-Bernard-Oeuvres-completes-Charpentier-Trad-1865-Volume2 - 544 ; par ailleurs, dans le domaine musical, la réforme cistercienne n'était pas de simplification. Il s'agissait, d'abord, du rétablissement des chants les plus anciens selon les premiers manuscrits à Metz, attribués à cette époque-là à saint Grégoire . Mais ces manuscrits étaient différents et étranges, notamment en comparaison des textes bénédictins, la deuxième réforme cistercienne fut effectuée par saint Bernard, afin de rétablir la tradition bénédictine, origine de l'ordre. Grâce à un manuscrit récemment découvert, ces réformes furent correctement confirmées, avec assez de cohérence entre les écritures de saint Bernard et ce manuscrit. Voir Chant grégorien. Si le chant grégorien possède une immense uniformité, c'était Dom René-Jean Hesbert de Solesmes qui trouva qu'il y a deux groupes de traditions, ouest et est, ou selon Dom Hesbert, latins et germaniques. La tradition cistercienne était toujours latine, à l'exception de la première réforme germanique.. »

Exemples Dans le chant grégorien, le mélisme s'attribue principalement aux : mots importants (surtout compréhension du texte, théologique) syllabe accentuée (surtout beauté de ligne mélodique, esthétique) dernière syllabe, notamment jubilus (alléluia) : conclusion

Avec la notation ancienne, il n'est pas difficile à comprendre ces trois fonctions du mélisme grégorien.

Ce chant grégorien était réservé aux solistes qui devaient donc exécuter le chant très orné lors des offices, selon la tradition. Le mélisme s'attribue à des termes importants, Deus et gentibus. Il s'agit exactement du sujet du chant : Dieu et ses peuples. Les exemples de syllabes accentuées se trouvent pour les mots facis, virtútem, notamment géntibus. Celui-ci est évident surtout pour les dernières syllabes de deux derniers mots, solus et tuam. Ce dernier se compose de deux éléments : des notes très légères et courtes, essentiellement l'unisson ou répétition (" ," ,""") imitant le battement de cœur ainsi qu'un mélisme raffiné, suivant. Ce contraste souligne effectivement le dernier terme, en tant que conclusion. (Par ailleurs, cette splendide opposition technique n'est pas visible dans la notation à gros carrés ni notation moderne.)

Toutefois, la composition du chant grégorien est plus complexe que ceux que les musicologues modernes imaginaient auparavant :

Afin de comprendre précisément la composition grégorienne, il vaut mieux consulter quelques livres accompagnés des exemples de notations. Pour les débutants : Eugène Cardine, Première année de chant grégorien, cours aux étudiants de l'Institut pontifical d musique sacrée, 1996 Eugène Cardine, Sémiologie grégorienne, 1978 Marie-Emmanuel Pierre, Cantabo Domino, Cours de chant grégorien, 2005 En faveur des chefs de chœur : Luigi Agustoni et Johannes Berchmans Göschl, Introduction à l'interprétation du chant grégorien, 2001

Jubilus

Par ailleurs, le mélisme du jubilus est une exception du chant grégorien, car la mélodie de celui-ci, attribuée à la dernière syllabe du terme hébreu alléluia, n'est contrôlée d'aucun mot. D'une part, cette syllabe ia n'est autre que le diminutif de Yahvé.. D'autre part, depuis saint Augustin d'Hippone, les Pères de l'Église ne cessaient pas de donner leurs explications théologiques à ce mélisme mystérieux. En conséquence, les mélismes les plus développés s'y trouvent très souvent.

Dans les manuscrits plus récents, le motif de l'alléluia et celui du verset sont fréquemment communs. De plus, le mélisme de l'alléluia et celui du verset sont également identiques, tout comme l'exemple du Graduale Triplex (1979, voir ci-dessous, alléluia et verset Laudate pueri Dominum). De nos jours, la plupart des exécutions sont effectuées selon cette manière : neumes alléluia A - mélisme B - verset A' - mélisme B - neumes alléluia A - mélisme B ou neumes alléluia A - mélisme B - verset C - mélisme B - neumes alléluia A - mélisme B (exemple du Graduale Triplex) Toutefois, si l'on consulte les manuscrits les plus anciens, l'alléluia est plus riche ; les deux mélismes sont totalement différents : neumes alléluia A - mélisme B - verset C - mélisme D (- neumes alléluia A - mélisme B ?) Lorsque l'alléluia est répété, celui-ci est le dernier : neumes alléluia A - mélisme B - verset C - mélisme B - neumes alléluia A - mélisme D Dans ce cas, le dernier mélisme plus développé s'appelait au Moyen Âge la sequentia, sequela ou longissima melodia.

Exemples : chant grégorien, Alléluia et verset Pascha nostrum immolatus est Christus : Georg Friedrich Haendel, Chandos Anthem, verset Your voices raise et Alleluia : (Dans cette pièce, le mélisme est encore attribué à la syllabe ia, en respectant la tradition.) Georg Friedrich Haendel, Le Messie (1741), Hallelujah : (La tradition ne reste plus dans cette célèbre œuvre qui n'est autre qu'un chant syllabique anglican. L'accent musical est attaché à la syllabe Hal, ou à la lu selon l'accent latin. C'est la musique qui dirige la mélodie, et non le mot tel le cas du chant grégorien. En comparaison de ce chant, il est évident que le chant grégorien est plus théologique.)

Suppression après la Renaissance

Il est vrai que l'invention de la notation à gros carrés au était un véritable progrès pour le solfège. Non seulement les notations anciennes disparurent mais également l'unification de la notation fut achevée dans toute l'Europe. Il n'existait que cette notation dès le .

Nonobstant, elle causa considérablement la modification de la nature du chant. Faute d'indication de raffinement, le chant grégorien devint de plus en plus plain-chant avec les notes égales. Simultanément, critiqué par le mouvement de la Renaissance et la Reforme protestante, le Vatican sortit l'Édition médicéenne entre 1614 et 1615, version plus simple, à la suite du concile de Trente. Les religieux et religieuses ne souhaitaient plus le long mélisme. En France, par exemple, Guillaume-Gabriel Nivers était chargé par les abbesses de couper les notes ornées dans les livres de chant.

Le chant grégorien n'avait subi aucune modification importante avant la Renaissance. Désormais, il ne restait que la décadence, car la transformation était habituelle.

Restauration depuis le La restauration du mélisme était principalement effectuée par les moines de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. D'abord, ils commencèrent à visiter les archives européennes qui possèdent les manuscrits anciens, dans la deuxième moitié du . Aussi y retrouvèrent-ils le mélisme authentique du chant grégorien ainsi que l'irrégularité de l'Édition de Ratisbonne, néo-médicéenne. Cette redécouverte scientifique était notamment appréciée par de nombreuses académies de musique européennes, grâce à la publication de la Paléographie musicale. Paléographie musicale, tome III (1892), - 37, tableau VIII du réponse-graduel Justus ut palma version des manuscrits : mélisme authentique et long du chant grégorien dans les archives, avec une immense uniformité version de Ratisbonne : mélismes coupés et irréguliers

Par conséquent, dans l'Édition Vaticane publié en 1908 (graduel) et 1912 (antiphonaire), le mélisme du chant grégorien était effectivement rétabli selon les manuscrits.

Encore restait-il le problème de l'interprétation. En effet, d'une part, l'abbaye de Solesmes développait une théorie fausse sous influence de la musique moderne, rythmique grégorienne. D'autre part, la notation à gros carrés n'est pas capable de représenter l'élan mélismatique du chant grégorien. Dans les années 1950, la sémiologie grégorienne bouleversa la situation. Désormais, il faut les notations anciennes pour l'interprétation correcte, car la nature de ce chant est complètement différente de celle de la musique contemporaine. Fréquemment, elle se trouve graphiquement dans les notations sans hauteur. Dom Eugène Cardine de Solesmes trouva une solution, avec la publication de la notation duplex ou triplex. En 1979, le Graduale Triplex fut sorti. Alors que la notation à carrés sert au solfège, les neumes purs contribuent à aider l'articulation.

Répertoire réservé aux solistes

Au Moyen Âge Il est vrai que de nombreux chants mélismatiques grégoriens furent composés pour les chantres, à savoir solistes, car l'Église d'Occident possède 2000 ans d'histoire de soliste. Surtout, pendant les premiers trois siècles, cela fut singulièrement le soliste qui servait aux offices. Même après la création de la schola au , l'attribution du jubilus, à savoir le chant très orné, aux chantres était mentionnée dans l'Exposition psalmorum de Cassiodore († vers 580) - 178.

Au Moyen Âge, le répertoire du chant grégorien était parfois problématique :

Aujourd'hui thumb|upright=1.3|Ad te levavi dans le Graduale cisterciense (), auprès de la Bibliothèque nationale de Pologne, rps akc. 9757 pdf p. 10. Le long mélisme y est conservé tandis que le copiste respectait la beauté des couleurs. De nos jours, il existerait une autre difficulté. Il s'agit de la qualité des musiciens professionnels. Certes, ils sont plus capables de chanter le mélisme développé. Cependant,

Il est vrai que plusieurs scholæ grégoriennes exécutent aujourd'hui également les chants tardifs. Mais c'est pour retrouver la tradition conservée dans leurs pays. L'attitude de ci-dessus est différente de celle de ces scholæ et se constitue sur la base incorrecte. D'une part, même après ses réformes, la tradition musicale cistercienne était très proche de celle de l'ordre de Saint-Benoît, son origine - 180 : Alicia Scarcez, Les sources du responsorial cistercien.Les chants courts tardifs étaient une conséquence de la difficulté selon la taille de quelques établissements manquant de personnels : « En 1951, le Père Solutor Marosszeki, cistercien hongrois de la Primitive observance, vint séjourner à Solesmes pour étudier à quelle branche de a tradition se rattachait la seconde réforme du chant cistercien. Quelques années plus tard, dom Benoît Lambres, chartreux de la Valsainte, qui tenait à rechercher dans la tradition aquitaine l'origine de la version du chant de la Grande Chartreuse, nous expliqua que la cancellation des longs mélismes dans les graduels cartusiens était due au petit nombre de religieux dans les chartreuses. ». D'autre part, le mélisme est l'un des éléments fondamentaux du chant grégorien tel le jubilus tandis que le mélisme effectivement développé se trouve même dans les manuscrits les plus anciens comme le cantatorium de Saint-Gall.

Interprétation sémiologique