Le monument aux morts de la Grande Guerre de Tulle (Corrèze) est édifié au sommet du Rocher des Malades.

Il possède trois caractéristiques :

il est départemental (et non communal) ; à la différence des autres monuments aux morts, aucun nom de défunt n'y est inscrit (contrairement à ce qui était prévu au départ) ; sa statue a la particularité d'être restée sur son lieu d'origine, ce qui est rare à Tulle où toutes les statues ont changé d'emplacement.

Le premier monument aux morts : l’obélisque du carré militaire du Puy-Saint-Clair

Le , le général commandant la d’infanterie s’émeut de l’état d’abandon des tombes des militaires décédés à Tulle. Il invite le colonel Caron, commandant le d'infanterie de Tulle, à effectuer des démarches auprès de la municipalité afin d’obtenir « la concession d’un terrain affecté à la sépulture des hommes de son régimentArchives communales de Tulle. ». Le , ce dernier écrit au maire pour lui demander les mesures qu’il compte prendre pour permettre au « d’assurer le culte de ses morts », à l’instar de ce qui a été fait à BriveCes deux courriers sont reproduits dans la délibération du conseil municipal en date du (Archives départementales de la Corrèze 1 E dépôt 272/119)..

Le , le conseil municipal adopte le principe d’une affectation à l’armée, à titre gracieux et perpétuel, d’une partie du terrain du cimetière du Puy-Saint-Clair pour l’inhumation des soldats décédés dans la garnison de Tulle durant l’accomplissement de leur service militaire « et dont les corps ne seront pas réclamés par les famillesLe Messager de la Corrèze, . ». L’assemblée vote même une modeste somme de , le suivant, destinée à la mise en état du terrain et à l’établissement des murs. Mais la municipalité laisse « à l’initiative privée le soin de clore et d’orner la concession et les tombes ».

vignette|Obélisque du carré militaire du Puy-Saint-Clair ayant servi de monument aux morts.|gauche

En 1891, La Tulliste., société de gymnastique et de tir, présidée par le colonel Drappeau, décide d’y faire ériger un « modeste monument ». Pour couvrir les frais d’aménagement, elle organise des souscriptions à domicile ainsi qu’un spectacle qui se tient au théâtre de la ville dans la soirée du de ladite année (prix des places : cinq francs). Ce dernier est monté en partenariat avec les autres associations de la ville (Les Enfants de Tulle. et La Tulloise) et la musique du de LigneLe programme est publié dans Le Corrézien du .. Ces initiatives rencontrent un écho éminemment favorable chez le colonel Caron :

« L’érection d’un modeste monument, élevé sur le terrain que vous voulez bien nous concéder et qui était ardemment désiré par tous, consacrera pour toujours, à l’avenir d’une façon impérissable, le précieux souvenir de nos dévoués soldats tombés en servant notre cher pays. »

Comme le confirme le journal Le Corrézien, cette fête patriotique donnée au profit de l’Œuvre du cimetière militaire est bénéficiaire car elle a rapporté, toutes dépenses déduites, une somme de Le Corrézien, . qui s’élève à après une souscription tardive reçue par le comité d’organisationLe Messager de la Corrèze, ..

L’inauguration du cimetière militaire et du monument en présence des autorités civiles et militaires, est prévue pour le dimanche , à Le Corrézien, .. Elle est reportée au dimanche suivant (), « en vue d’obtenir l’autorisation ministérielle en pareille circonstanceLe Messager de la Corrèze, . ».

Ce monument en forme d’obélisque porte à sa base une plaque refaite récemment et qui porte l’inscription suivante : « À L’ARMÉE / LE D’INFIE EN GARNISON À TULLE / SUR LE TERRAIN CONCÉDÉ PAR LA VILLE / CE MONUMENT A ÉTÉ OFFERT / PAR SOUSCRIPTIONS / SUR L’INITIATIVE DE LA SOCIÉTÉ / DE GYMNASTIQUE / « LA TULLISTE » / 1892 ».

À la fin de la Première Guerre mondiale, ce monument commémoratif remplira le rôle de monument aux morts comme en témoigne cet extrait d’article, publié dans Le Corrézien du :

vignette|Plaque en l'honneur du d'infanterie refaite à l'identique, apposée sur l'obélisque du carré militaire du Puy-Saint-Clair de Tulle.

L’année suivante, les propos deviennent ambigus puisqu’on pourrait croire qu’un monument aux morts existait dans l’enceinte du cimetière. Ainsi, le jour de la Fête des morts de 1920, les pupilles de la nation, accompagnés du drapeau de la Société et des membres du conseil d’administration déposent une couronne « sur le monument élevé à la mémoire des soldats morts pour la France » puis sont allés déposer des gerbes sur les tombes des morts pour la patrie. Ce geste, devenu rituel, a été repris, quelques jours plus tard, à l’occasion des fêtes du célébrant le cinquantenaire de la République.

La cérémonie à l’occasion de la Fête des morts de 1921 est encore plus explicite :

Il faut attendre Le Corrézien du pour comprendre qu’il y a eu assimilation :

Le cénotaphe provisoire de la place de la Poste

À Tulle, le premier monument aux morts conçu en tant que tel se trouve être un cénotaphe conçu par l’architecte de la ville, Joseph AubertyFils de Jean Auberty, tailleur de pierre, et de Marie Teilhet, Joseph Auberty est né le à Tulle. Il est toujours architecte en 1931. Il habite alors 16, rue Félix-Vidalin (Arch. dép. de la Corrèze, recensement de population de la ville de Tulle de 1931).. Il a été érigé, en vue de la « fête de retour du Régiment d’Infanterie » qui s’est déroulée les 20 et . Il se situait à côté d’un bâtiment de l’Ancien Collège, sur la place du même nom appelée aussi « place de la Poste »

Le pharmacien René Fourgeaud (1866-1927) l’a photographiéArch. dép. de la Corrèze 22 Fi 242. René Fourgeaud est auteur de nombreux clichés déposés, à l’heure actuelle, aux Archives départementales de la Corrèze (sous-série 22 Fi).. Il ne porte aucun nom de militaire décédé. Il sera démonté pour permettre l’extension du bâtiment de la posteLa partie principale de l’hôtel de la poste a été construite entre 1895 et 1901 (Arch. dép. de la Corrèze 1 E Dépôt 272/592).. Il est démonté lorsque la place de la Victoire (nouvelle dénomination donnée le à la place de l’Ancien Collège) est débaptisée en place Jean-Tavé le « La place de la Victoire (entre la Poste et le Théâtre) se dénommera désormais « place Jean Tavé » et la place du Champ-de-Mars, précédemment nommée « place du » en souvenir de notre beau régiment d’avant-guerre, s’appellera désormais « place de la Victoire » (Le Corrézien, )..

De ce cénotaphe, ne reste qu’une plaque (peut-être deux ?), scellée(s) aujourd’hui sur le monument commémoratif en forme d’obélisque (dont il a été parlé précédemment) qui se dresse dans le carré militaire du cimetière du Puy-Saint-Clair : celle dont on est sûr, porte la légende suivante en lettres capitales : « 1914-1918 / AUX / MORTS POUR LA PATRIE / LA VILLE DE TULLE / RECONNAISSANTE »). Elle est d’ailleurs visible sur la photo de René Fourgeaud conservée aux Archives départementales de la Coirrèze ; l’autre plaque, en écriture cursive, non visible sur le cliché Fourgeaud, est légendée : « Le Gouvernement de la République / aux / Morts de la Grande Guerre ».

Les projets se succèdent, les polémiques également Cette unanimité festive ne doit pas faire oublier la réalité. Les dissensions politiques entre anciens combattants font traîner le projet d’emplacement du futur monument aux morts. Lors de la réunion du conseil municipal tenue le , le conseiller Delbary lit un rapport sur le sujet :

Trois projets sont ou seront successivement abandonnés : le premier, « appliqué contre une maison située à côté des Cloîtres dont on envisageait la réfection », est jugé « trop grand », inesthétique (il aurait produit « l’effet d’un bec de gaz ») ; le deuxième, qui consiste à élever le monument sur une hauteur, « dans une atmosphère pure », sur le Rocher des Malades, est estimé trop colossal donc trop coûteux ; le troisième, sur la place Émile-Zola, est écarté par le conseil municipal.

Au début de , se tient à la préfecture une réunion spéciale de la commission chargée d’étudier le futur emplacement du monument aux morts. Elle comprend des représentants du conseil général et du conseil municipal, des architectes et des membres de l’Association des anciens combattants et mutilés de guerre.

Le , le conseil d’administration de l’Association des combattants de la ville et des cantons de Tulle, réuni salle du Foyer du soldat, informe de l’entrevue qui vient d’avoir lieu. Le conseil d’administration réitère la décision de l’assemblée générale à savoir l’érection du monument sur la place de la Victoire, entre la poste et le théâtreL’Action républicaine de la Corrèze.. Il semble que le conseil général, sur avis de la commission départementale, fixe un choix de principe sur ledit emplacementL’Action républicaine de la Corrèze, .. Mais ce choix ne plaît pas à tout le monde car d’autres associations continuent à soutenir l’idée de le voir érigé place Émile-Zola.

Là-dessus, surgit une nouvelle controverse. Ce monument sera-t-il nominatif ou non ? Des dissensions surgissent régulièrement entre la ville de Tulle et la Commission spéciale du Conseil général à ce sujet. La première déclare n’apporter sa contribution que si l’on inscrit les noms des morts de la commune ; la seconde maintient une position intransigeante sur le caractère départemental du futur monument. La presse locale s’en fait l’écho. C’est le cas de L’Effort républicain le :

Finalement, aucun nom ne sera gravé. Aussi, pour contenter tout le monde, le journal La Croix de la Corrèze réclame l’érection de deux monuments dans son édition du :

Le monument aux morts édifié sur le Rocher des Malades vignette|Le monument aux morts de la Grande Guerre vu de la route. Carte postale des années 1920. Inscription(s) : au recto : « 17 » « LL » [Louis ou Lucien Lévy] ; au verso : « Lévy et Neurdein réunis, 44, rue Letellier, Paris, imp. » Très vite, les autorités municipales avaient privilégié un partenariat financier avec le Conseil général de la Corrèze en vue de n’édifier qu’un seul monument commun au Département et à la Ville de Tulle. Le docteur Gustave Maschat, maire de Tulle, était l’initiateur du projet :

L’accord étant difficile à trouver entre les deux projets (place de la Victoire ou place Émile-Zola), un nouvel emplacement est désigné, comme l’indique cet article de L’Action républicaine de la Corrèze :

Notons que ces trois lieux d'implantation avaient été déjà évoqués en 1920 (voir précédemment).

La ville de Tulle s’engage à fournir une somme d’argent en rapport avec ses disponibilités et il est fait appel à la générosité des Tullistes. Une souscription publique est ouverte auprès de la population. Des listes de quêteurs sont constituées ; ils se partagent les divers quartiers et villages de la commune afin de recueillir les souscriptions.

De son côté, le conseil général prend à sa charge les deux-tiers de la dépense totale, conformément à une décision prise par l’assemblée départementale le . La commission constituée pour l’occasionSéance du . décide de laisser au conseil municipal de Tulle la direction du projet conçu par les architectes Saule et MerpillatIl avait été envoyé aux Corréziens de Paris et soumis par Joseph Noailhac à des personnalités compétentes de la capitale qui ont donné leur assentiment (Séance du Conseil général du ). et de l’emplacement sur lequel il va se dresser. Cet accord comporte la clause suivante :

Cet accord a été rappelé dans la délibération du Conseil général en date du . Les conseillers généraux votèrent une somme de à titre de contribution à l’érection du monument.