Raymonde Guyon-Belot, née Raymonde Vallat, est une résistante française, déportée puis médecin, née le à Givors (Rhône) et morte le à Aix-les-Bains. Avec son premier époux, Fernand Belot, elle participe notamment à l'impression clandestine des « Cahiers du Témoignage chrétien ».

Biographie

En 1940, elle est étudiante en histoire-géographie à Lyon. Elle s'engage dès la rentrée universitaire à la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC). C'est là qu'elle rencontre Fernand Belot, étudiant en médecine déjà mobilisé et capturé par les Allemands mais évadé. Là se retrouvent des étudiants d’origines diverses : ils viennent de l’Est, de Besançon, Belfort, Strasbourg. On compte parmi eux les amis du Père Jean Flory, Pierre Bockel et un séminariste, André Mandouze. Tous souhaitent, encouragés par le Cardinal Gerlier, créer un nouveau journal d’inspiration chrétienne, en remplacement du « Temps présent » qui ne paraît plus depuis le mois de juin. Ce sont les prémices de la Résistance spirituelle.

Les « Cahiers du témoignage chrétien » 130px|vignette|gauche|Le Cahier « Alsace et Lorraine terres françaises », rédigé clandestinement par l’abbé Pierre Bockel en 1943. vignette|150px|L’abbé Bockel en 1944.

Très vite Raymonde va aider Fernand à rédiger, imprimer, diffuser. Ils font maintenant partie des principaux responsables de l’organisation des « Cahiers du Témoignage chrétien », le journal créé en 1941 par le Père Jésuite Pierre Chaillet. L’appartement des parents de Raymonde va servir de « point de chute ».

Raymonde aide alors son mari à trouver une nouvelle imprimerie clandestine. Celles de la région parisienne et de Lyon ont été neutralisées par les nazis. Ce sera Antoine Vernier un imprimeur de Pont-de-Roide-Vermondans qui va prendre la relève. Au total Cahiers et Courriers sont imprimés, dont plus de dans cette imprimerie.

Durant des mois, Fernand et Raymonde ont transporté dans leurs valises ces fameux Cahiers clandestins, qu’ils apportaient aux distributeurs. Ils diffuseront les Cahiers dans un réseau qui s’étendra de Lyon à Limoges, Brive, Avignon, Toulouse, puis dès 1942 en zone occupée.

Dans le certificat de Résistance qu’il délivrera à Raymonde Belot, le Père Pierre Chaillet écrit : .

En 1942, Fernand est lieutenant dans l’armée secrète. Il met sur pied des filières d’évasion. Aidé de Raymonde, il fait passer des Juifs en Suisse.

150px|vignette|droite|Le mariage de Fernand et Raymonde Belot en juillet 1943. Le , Fernand Belot soutient sa thèse de doctorat en médecine quelques jours avant son mariage civil.

Le , Fernand et Raymonde se marient civilement puis religieusement le . Les parents de Fernand ne souhaitaient pas que ce mariage se fasse si tôt. Les jeunes mariés décident alors de prendre un repos sabbatique en Franche-Comté. Raymonde veut connaître sa belle-famille. Ils seront ainsi plus proches de l’imprimerie de Pont-de-Roide-Vermondans.

L’abbé Pierre Bockel. . rendra hommage au couple dans l’envoi de la réédition du Cahier « Alsace et Lorraine, terres françaises » ainsi que dans sa préface : .

Dénonciation, arrestations, assassinats et déportations

Après trois années d’activité dans la Résistance, Fernand Belot est dénoncé par un traître, un italien nommé Ferrarèse, membre de la Gestapo, qui s’est infiltré dans le groupe. A Lyon, le , on arrête Raymonde et ses parents, ainsi que Fernand et son père, le Colonel Belot. Malgré les tortures et les sévices de Klaus Barbie à la prison Montluc à Lyon, aucun des deux ne dévoile les secrets du réseau « Témoignage Chrétien ».

Apprenant que son mari a quitté sa cellule le , Raymonde pense qu’il a été déporté et qu’il s’évadera comme il en avait pris l’habitude, alors qu'il a été fusillé. Le , Raymonde est envoyée à Romainville. Le , c’est le départ en train vers l’Allemagne. Après un arrêt à Neue Bremm, elle est envoyée au camp de concentration de Ravensbrück. vignette|gauche|Femmes de Ravensbrück attendant d'être évacués par la Croix-Rouge suédoise. La croix blanche indique qu'elles sont des prisonniersMargarete Buber-Neumann écrit dans son livre Under Two Dictators. Prisoner of Stalin and Hitler (Prisonnière de Staline et d'Hitler - Volume 2. Déportée à Ravensbrück): (translated from the Swedish edition : Margarete Buber-Neumann Fånge hos Hitler och Stalin, Stockholm, Natur & kultur, 1948. Page 176).

Elle aura cinq amies : Lucienne, Michelle, Agnès, Geneviève, Simone. Dans ses mémoires, Le sel de la mine., elle se fait appeler Jacqueline. écrit-elle. Elles restèrent d’ailleurs soudées jusqu’à la fin de leurs jours.

Raymonde raconte l’horreur concentrationnaire, ce qu’on leur propose aussi pour y échapper : accepter de partir sur le front russe dans les bordels pour soldats. Elles mangeraient à leur faim, auraient de jolies robes, coucheraient dans un lit. écrit-elle. Le chef de camp avait dit : Les six amies se séparent alors pour se fondre au maximum dans les rangs.

Le , elles arrivent au camp de travail de Beendorf près de Magdebourg. Durant huit mois, elles travaillent dans une usine souterraine creusée dans une immense mine de sel jusqu’à 800 mètres sous terre : douze heures par jour, une semaine de jour, une semaine de nuit, six jours sur sept, tel est le rythme de travail des déportées. Trois kilomètres les séparent du camp.

Un jour, on lui annonce qu’elle a saboté son travail. sont fausses. On va la fusiller. Elle n’avait plus assez de force pour tourner le volant du tour, si bien que le pas de vis qu’elle fabriquait était trop grand pour la vis. Finalement « l’ingénieur » lui dit : , écrit-elle.

Elles avaient, certes, toutes perdu au moins vingt kilos, leurs ongles et leurs cheveux ne poussaient plus, mais les Françaises gardaient toujours la tête haute, ce qui énervait les surveillantes.

Enfin ce fut Hambourg en . Elles creusent des tranchées antichars. Pour la première fois, Raymonde avoue qu’elle a bien failli flancher. Elle pèse trente-cinq kilos. Les forces lui manquent, elle n’en peut plus. C’est alors que le , on les fait monter dans un train qui les emmène dans une petite gare. Là des camions blancs de la Croix-Rouge Danoise les attendent. Elles sont conduites en Suède, car le Danemark est occupé. Elles sont accueillies par le Comte Bernadotte qui les fera soigner et retrouver figure humaine. Elles rentrent à Paris le .

Raymonde Belot apprend alors l’assassinat de son mari. En fait, ses amies connaissaient la vérité, mais elles ne l’ont jamais dévoilée à Raymonde qui a toujours gardé espoir de retrouver Fernand vivant. Pendant onze mois elle a recherché vainement sa trace. Finalement il a été reconnu sur une photo de fusillés non identifiés.

À son retour à Lyon par fidélité à la mémoire de son mari, Raymonde entreprend des études de médecine et se spécialise en radiologie. Elle ouvre un cabinet à Aix-les-Bains.

26 mai 1987, au procès de Klaus Barbie

Jusqu’en 1987, Raymonde Belot qui a pris sa retraite de médecin n’évoque jamais son passé. Elle s‘est remariée après-guerre et s’appelle désormais Raymonde Guyon. C'est le procès de Klaus Barbie qui la remet en contact avec cette époque.

Raymonde Belot fait partie avec Lucien Margaine, Mario Blardone, Robert Clor, Vincent Planque, Charles Fralent, des témoins appelés à identifier le bourreau des « Enfants d’Izieu ».

Le Procès de Klaus Barbie, Lyon 1987. Enregistrement audiovisuel et transcriptions des audiences. Archives nationales, Paris BB301891-1987, Klaus Barbie, qui se soustrait à son procès depuis deux semaines, est contraint de comparaître à la demande du Président de la Cour d’assises, lors de la douzième audience. Il est jugé pour crimes contre l’humanité, arrestations de Résistants et déportation de Juifs : , déportés, et déportations. Près de de la prison Montluc ont disparu sans laisser de traces.

Lors de son arrestation, quand Barbie annonce à Raymonde qu’il allait faire fusiller son mari qui refusait de parler, elle rit en répondant : , Ce à quoi il lui a répliqué : .

Après Lucien Margaine, Mario Blardonne reconnaît à son tour formellement Klaus Barbie : . Comme Robert Clor : , Vincent Planque : , et Raymonde Bellot : puis elle témoigne à son tour de la déportation, du manque d'hygiène, surtout pour les femmes, de la déshumanisation. Elle ne cache aucun détail. Elle explique à la Cour et au public nombreux qui se trouve dans la salle d’audience, que jusqu’alors les anciens déportés avaient honte de parler de ce qu’ils avaient vécu dans les camps. Quarante-quatre ans après, elle a décidé de rompre le silence.

À aucun moment, Barbie ne regardera ses accusateurs dans les yeux, et au bout de quelques minutes, il quitte une nouvelle fois l’audience.

Fernand et Raymonde Belot reposent au cimetière de Saint-Ferjeux.

Décoration (décret du )

Notes et références

Voir aussi Articles connexes Cahiers du Témoignage chrétien Fernand Belot Pierre Chaillet Pierre Bockel Résistance spirituelle au nazisme en France

Liens externes

Bibliographie

Ouvrages ayant servi à la rédaction de cette notice

INIST-CNRS, Cote INIST : 24437, 35400008857519.0070.

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