La bataille de Kobané ou bataille d'Aïn al-Arab se déroule lors de la guerre civile syrienne. Elle débute le , par une offensive des forces djihadistes de l'État islamique sur la ville de Kobané (Ayn al-Arab en arabe, aussi appelée Ayn al-Islam par les djihadistes), défendue par les troupes kurdes des YPG et des groupes alliés. Malgré l'intervention de la coalition menée par les États-Unis qui effectue plusieurs bombardements à partir du , les djihadistes progressent et atteignent Kobané le . Après plusieurs jours de combats aux abords de la ville, les djihadistes y entrent le et dès le , ils en contrôlent la moitié. À partir de cette date cependant, le front se stabilise et les YPG parviennent à contenir les assauts des djihadistes. Progressivement, les Kurdes regagnent du terrain grâce au soutien des forces aériennes de la coalition et repoussent les troupes de l'État islamique hors de la ville le . Finalement le , après plusieurs mois de combats dans les villages, les forces kurdes du et celles du , venues de l'est, font leur jonction près de Tall Abyad.

La ville de Kobané et son canton sont stratégiques pour les Kurdes des YPG, branche armée du PYD, car sa perte ruinerait le projet d'un Kurdistan autonome en Syrie et rendrait impossible la création d'un Rojava uni reliant les trois cantons kurdes. Pour les djihadistes de l'État islamique, l'enjeu est moins stratégique que symbolique, ces derniers cherchent à remporter une victoire contre les YPG, qui jusqu'alors les avaient presque toujours vaincus, et à défier la coalition en affirmant que cette dernière est incapable de freiner leur progression, malgré des moyens techniques supérieurs. Enfin la Turquie déploie son armée sur sa frontière sans la franchir, accueille des réfugiés kurdes mais empêche les assiégés de recevoir des secours. Le pays est alors en négociations avec le PKK après plus de trente ans de guerre, et bien qu'ayant rallié la coalition contre l'État islamique, ses principaux objectifs sont avant tout la chute du régime de Bachar el-Assad et d'enrayer la création d'un Rojava autonome qui pourrait servir de base arrière au PKK et relancer le conflit sur le sol turc.

La bataille a été comparée à la bataille de Stalingrad par la presse internationale.

Cette bataille a fait l'objet du film Kobanê produit en 2022 par la Rojava Film Commune.

Forces en présence thumb|left|upright=1.4|Une combattante des YPG en 2014.

Le , les djihadistes de l'État islamique lancent une offensive contre la ville de Kobané défendue par les forces kurdes des YPG qui avaient repoussé une première attaque contre la ville en juillet.

La ville de Kobané (d'après le kurde), était peuplée avant la guerre de habitants et, au moment de l'offensive djihadiste, la ville accueillait déjà déplacés qui avaient fui de précédents combats. La ville et ses environs sont défendus par plusieurs milliers d'hommes et de femmes des YPG, renforcés pendant les combats par des forces du PKK. Dès le début des combats, des hommes de l'armée syrienne libre prennent également part à la bataille aux côtés des forces kurdes, ainsi que des forces du Jabhat al-Akrad. Les groupes présents liés à l'ASL sont : la Brigade des révolutionnaires de Raqqa, la , l', les , les bataillons Chams al-Chamal et Osod al-Sferah. Le même mois ces brigades avaient fondé avec les YPG un centre d'opérations conjoint appelé « Bourkan al-Firat » (Euphrate). Le , Nizar al-Khatib, un officier de rebelle, affirme que 400 hommes de l'ASL combattent à Kobané, dont 200 engagés dès le début des combats. Le , sont également envoyés en renfort par le Gouvernement régional du Kurdistan, ils sont relevés par un autre détachement du même nombre le .

L'État islamique engage cependant cette fois des forces plus importantes qu'en ; se lancent à l'assaut de la villeRFI : Kurdistan syrien: le groupe État islamique au plus près de Kobane soutenus par 30 à , principalement des T-55 et des T-72 mais aussi au moins un char M1 Abrams capturé en Irak. En cours de la bataille, le nombre des hommes de l'EI augmente à , voire . De plus, les djihadistes disposent également de pièces d'artillerie lourde et de lance-roquettes multiples de , tandis que les YPG, moins bien équipés, ne disposent que d'armes légères, de lance-roquettes RPG-7, de mitrailleuses lourdes DShK et de blindés artisanaux.

Le , l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) estime que le nombre de combattants présents sur place est alors de à pour les YPG et de à pour les djihadistes de l'État islamique. Mi-novembre, le journal La Croix évoque Kurdes et djihadistes engagés dans la bataille.

Plusieurs noms ont été donnés à propos des commandants des forces kurdes à Kobané. Selon Reuters, ces forces sont dirigées par Esmat al Cheikh, chef du conseil de défense de la ville et le numéro deux est Öcalan Iso. D'après l'OSDH, les YPG sont commandés par , dite Narine Afrine et Mahmoud Barkhodan. Et pour Pierre Barbancey, envoyé spécial de L'Humanité, le commandant des forces kurdes à Kobané est le général Jamil Mazloum. Concernant les djihadistes, selon Romain Caillet, chercheur à l'institut français du Proche-Orient, le chef des opérations de l'État islamique à Kobané est Abou Khattab al-Kurdi.

Déroulement Conquête des villages par l'État islamique thumb|left|upright=1.4|Situation du front le , peu avant l'offensive de l'État islamique sur Kobané.

Lors des deux premiers jours d'affrontements, les forces de l'État islamique s'emparent de 16 villages aux abords de la ville et exécutent sommairement au moins trois personnes. Au moins huit combattants kurdes des YPG et six djihadistes sont tués dans les combats des 16 et selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). La ville de Kobané commence alors à être prise en tenaille. Depuis plusieurs mois, l'approvisionnement de la ville en eau et en électricité a été coupé par les djihadistes.

Le , les YPG demandent le soutien du PKK et des autres groupes armés kurdes. En Turquie, le PKK appelle à la mobilisation de volontaires. Le soir du , l'EI occupe 21 villages à l'est et à l'ouest de la ville de Kobané qui se retrouve encerclée, sauf au nord, sur sa zone frontalière avec la Turquie. Cinq djihadistes et six YPG sont tués selon l'OSDH. Le lendemain, l'EI s'empare de 40 villages et progresse à 20 kilomètres de Kobané. Les villageois prennent la fuite, mais 800 d'entre eux restent à la merci de l'État Islamique et leur sort est inconnu selon l'OSDH. Des témoignages de réfugiés kurdes font cependant état de meurtres, de viols, de pillages et de décapitations.

La Turquie ouvre sa frontière aux réfugiés kurdes, en majorité des femmes, des enfants et des personnes âgées qui s'étaient massés la veille en face du village turc de Dikmetas. Par la suite, les réfugiés affluent ; au matin du Kurdes ont franchi la frontière selon les autorités turques. Le même jour, Massoud Barzani, président du Kurdistan irakien, demande à la coalition internationale d'intervenir et d'« utiliser tous les moyens » pour secourir la ville de Kobané assiégée par l'État islamique.

Selon l'OSDH, au moins 18 djihadistes de l'EI, dont un Chinois, sont tués, ainsi que quatre YPG dans les combats livrés la nuit du 19 au . Les deux camps reçoivent des renforts. Pendant la nuit, un groupe de 300 à 500 combattants kurdes venus de Turquie vient soutenir les YPG. Le jour suivant, 600 autres combattants auraient également afflué du reste du Kurdistan syrien. De leur côté les djihadistes de l'EI engagent désormais hommes dans la bataille.

Le , les djihadistes progressent à l'est de Kobané et arrivent à une dizaine de kilomètres de la ville sur certaines parties de la ligne de front. Dans la soirée, le nombre de personnes réfugiées en Turquie est de plus de . Selon l'OSDH, les combats livrés du 16 au ont fait au moins 27 morts chez les YPG et 37 du côté de l'EI, tandis qu'au moins 11 civils ont été exécutés par les djihadistes.

Le , la Turquie ferme sa frontière dans le sens des départs vers la Syrie, afin d'empêcher d'autres combattants kurdes de Turquie de partir se battre à Kobané. Afin de mieux contrôler les flots de réfugiés, les Turcs ferment d'autres postes-frontières et ne gardent ouvert que . Le matin du , le nombre des réfugiés kurdes est de plus de . Selon l'OSDH, deux combattants kurdes et 10 djihadistes sont tués le dans les combats de Kobané. Des heurts ont lieu avec les forces turques, certains kurdes voulant retraverser la frontière pour combattre l'EI.

Le matin du , le YPG déclare dans un premier bilan que les combats livrés à Kobané depuis le ont fait 32 morts dans leurs rangs contre plus de 230 du côté des djihadistes qui selon eux auraient également perdu quatre chars et 20 véhicules détruits, par Maxime Azadi.. Le , selon l'OSDH, les YPG parviennent à contenir l'offensive de l'EI au sud et l'ouest, les Kurdes affirment que les djihadistes auraient même reculé à l'est. Cinq Kurdes des YPG et 24 combattants de l'EI sont tués selon d'OSDH. En revanche selon RFI, les forces de l'EI sont à six kilomètres de la ville. En Turquie le flot des réfugiés ralentit, personnes passent la frontière le 23.

La nuit du 23 au , aux environs de minuit, l'aviation américaine intervient pour la première fois à Kobané et bombarde les positions djihadistes à près de 35 kilomètres à l'ouest et au sud de la villeAFP : Syrie: la coalition frappe des positions jihadistes près d'Aïn al-Arab. Le 24, les combats se poursuivent à l'ouest et au sud et malgré les frappes aériennes américaines, les djihadistes progressent au sud et sont à sept kilomètres de la ville. Douze djihadistes et huit YPG sont tués selon l'OSDHSyrian Observatory for Human Rights : Final death toll for Wednesday 24/09/2014OSDH : 156 قضوا أمس، بينهم 46 من قوات النظام والمسلحين الموالين لها.

thumb|left|upright=1.4|État des lignes de front près de Kobané, du 16 septembre au .

Le , en Turquie, plusieurs centaines de Kurdes turcs et syriens parviennent à faire une brèche dans les barbelés et à passer en Syrie pour renforcer les défenseurs de KobanéLe Figaro : De nouveaux renforts kurdes arrivent en Syrie. Ce jour-là, les affrontements se poursuivent dans le village de Ali Shar, à l'est de la ville. Les djihadistes prennent l'avantage et parviennent à s'emparer du villageSyrian Observatory for Human Rights : Aleppo Province. Selon l'OSDH, les combats ont fait au moins sept morts dans les rangs de l'État islamiqueOSDH : 139 قضوا أمس، بينهم 47 من قوات النظام والمسلحين الموالين لها. Le même jour, des échanges de tirs ont également lieu entre des gardes-frontières turcs et des djihadistesSyrian Observatory for Human Rights : Aleppo Province.

Le , la coalition effectue de nouvelles frappes aériennes contre deux véhicules et un bâtiment de l'État islamique, dans le village de Ali Shar ou Eleshar, à l'est de Kobané. Selon l'OSDH, ces bombardements tuent 3 djihadistes et 15 au total ont été tués par les frappes de la coalition effectuées le 24 et le 27AFP : Nouvelles frappes aériennes contre l'État islamiqueOSDH : coalition warplanes strike Ein Al-Arab”Kobané ” countryside and kill 3 ISIS. De son côté, l'État islamique commence pour la première fois depuis le début de l'offensive, à effectuer des tirs d'artillerie sur Kobané depuis une colline située à huit kilomètres à l'est de la ville. Ces tirs de roquettes font au moins 12 blessés civils, et provoquent la fuite de plusieurs centaines d'habitants supplémentaires vers la TurquieAFP : Syrie: première attaque à la roquette de l'EI contre une ville kurde clé. Le même jour, selon l'OSDH, les combats entre YPG et l'EI font cinq morts chez les premiers contre neuf tués pour les secondsOSDH : Final death toll for Saturday 27/09/2014, approximately 181 people killed in Syria. et les Kurdes parviennent à reprendre le village d'Ali Shar.