L'histoire économique du Japon est surtout étudiée pour la spectaculaire croissance sociale et économique des années 1800 après la restauration de Meiji, quand ce pays est devenu la première puissance non européenne, et pour son expansion après la Seconde Guerre mondiale, lorsque le Japon a récupéré de la dévastation pour devenir la troisième puissance économique mondiale derrière les États-Unis et la Chine. Les économistes ont analysé la situation économique unique de cette nation au cours de la guerre froide, avec des exportations en direction à la fois des États-Unis et des pays alignés sur l'Union soviétique et portent un intérêt particulier à la situation de la période de l'après-guerre froide appelée la « décennie perdue » du Japon.
Premiers contacts avec l'Europe ()
vignette|gauche|upright|Le samourai Hasekura Tsunenaga à Rome en 1615, Coll. Borghese, Rome. Les Européens de la Renaissance sont très admiratifs du Japon lorsqu'ils atteignent le pays au . Le Japon est considéré comme un pays immensément riche en métaux précieux, principalement en raison des descriptions de Marco Polo relatives aux temples et aux palais dorés, mais aussi en raison de l'abondance relative des minerais de surface caractéristiques d'un pays volcanique, avant que l'exploitation minière en profondeur et à grande échelle soit rendue possible à l'époque industrielle. Le Japon va devenir un grand exportateur de cuivre et d'argent au cours de la période.
Le Japon est également perçu comme une société féodale sophistiquée avec une haute culture et une technologie pré-industrielle avancée. Il est densément peuplé et urbanisé. Les observateurs européens de premier plan de l'époque s'accordent à dire que les Japonais « excellent non seulement par rapport à tous les autres peuples orientaux, ils surpassent également les Européens » (Alessandro Valignano, 1584, Historia del Principo y Progresso de la Compania de Jesus en las Indias Orientales).
Les premiers visiteurs européens sont surpris par la qualité de l'artisanat japonais et de son orfèvrerie. Cela provient du fait que le Japon lui-même est plutôt pauvre en ressources naturelles qui se trouvent souvent en Europe, en particulier le fer. Ainsi, les Japonais sont notoirement économes avec leurs ressources consommables; le peu qu'ils ont, ils l'utilisent avec une habileté experte.
Commerce avec l'Europe Les cargaisons des premiers navires portugais (environ quatre petits navires chaque année) qui arrivent au Japon se composent presque entièrement de produits chinois (soie, porcelaine). Les Japonais sont très désireux d'acquérir ces biens, mais sont interdits de tout contact avec l'empereur de Chine en punition des incursions de leurs pirates wakō. Les Portugais (qui sont appelés « Nanban », littéralement « Barbares du Sud »), saisissent la possibilité d'agir comme intermédiaires dans le commerce asiatique.
vignette|Caraque portugaise à Nagasaki, . À partir de son acquisition de Macao en 1557 et de sa reconnaissance formelle comme partenaire commercial par les Chinois, la Couronne portugaise commence à réglementer le commerce au Japon en vendant au plus offrant la « capitaintie » au Japon, ce qui confère de fait des droits commerciaux exclusifs pour une seule caraque à destination du Japon chaque année. Les caraques sont de très grands navires, habituellement entre et , d'environ le double ou le triple de la taille d'un grand galion ou d'une jonque.
Ce commerce se poursuit avec quelques interruptions jusqu'en 1638 quand il est interdit au motif que les navires transportent en contrebande des prêtres au Japon.
Le commerce portugais est de plus en plus contesté par des contrebandiers chinois sur des jonques, des Japonais à bord de shuinsens à partir d'environ 1592 (une dizaine de navires chaque année), des navires espagnols de Manille vers 1600 (un navire d'un an), les Hollandais en 1609 et les Anglais en 1613 (un navire par an).
Les Hollandais qui, plutôt que Nanban sont appelés Kōmō (Jp:紅毛, lit. « Cheveux rouges ») par les Japonais, arrivent au Japon pour la première fois en 1600 à bord du Liefde. Leur pilote est William Adams, premier Anglais à atteindre le Japon. En 1605, deux des membres de l'équipage du Liefde sont envoyés à Patani par Tokugawa Ieyasu, pour inviter les Hollandais à commercer avec le Japon. Victor Sprinckel, chef du comptoir hollandais de Patani, refuse au motif qu'il est trop occupé avec l'opposition portugaise en Asie du Sud-Est. En 1609 cependant, le Hollandais Jacques Specx arrive avec deux navires à Hirado, et par l'intermédiaire d'Adams, obtient des privilèges commerciaux de Ieyasu.
Les Hollandais se livrent au piratage et au combat naval afin d'affaiblir la navigation portugaise et espagnole dans le Pacifique, et, finalement, deviennent les seuls Occidentaux à avoir accès au Japon à partir de la petite enclave de Dejima après 1638 et pour les deux siècles suivants.
Époque d'Edo vignette|upright|Horloge de fabrication japonaise du , ou wadokei. Deux foliots séparés permettent à cette horloge de fonctionner à deux vitesses différentes pour indiquer des heures différentes.
Le début de l'époque d'Edo coïncide avec les dernières décennies de l'époque du commerce Nanban au cours de laquelle ont lieu d'intenses interactions avec les puissances européennes, sur le plan économique et religieux. C'est au début de l'époque d'Edo que le Japon construit ses premiers navires de guerre océaniques à l'occidentale, tels que le San Juan Bautista, navire de type galion de qui transporte une ambassade japonaise dirigée par Hasekura Tsunenaga pour les Amériques et qui ensuite continue vers l'Europe. Également au cours de cette période, le bakufu commande environ 350 shuinsens, navires de commerce armés à trois-mâts pour le commerce intra-asiatique. Des aventuriers japonais, tels que Yamada Nagamasa, sont actifs dans toute l'Asie.
Afin d'éradiquer l'influence de la christianisation, le Japon entre dans une période d'isolement appelée sakoku, au cours de laquelle son économie connaît la stabilité et un léger progrès.
Le développement économique au cours de l'époque d'Edo se traduit par l'urbanisation, l'augmentation du trafic maritime de marchandises, une expansion importante des produits nationaux et, d'abord, du commerce extérieur, et une diffusion des industries du commerce et de l'artisanat. Les métiers de la construction prospèrent, avec des facilités bancaires et des associations de commerçants. De plus en plus, les autorités des han supervisent une production agricole en hausse et la propagation de l'artisanat rural.
Au milieu du , la population d'Edo est de plus d'un million d'habitants et Osaka et Kyoto en comptent chacun plus de . De nombreuses autres jōkamachi (villes-château) se développent également. Osaka et Kyoto deviennent des centres de production en pointe pour les négociations et l'artisanat, alors que Edo est le centre de la fourniture de nourriture et de biens de consommation urbains essentiels.
Le riz est la base de l'économie, comme les daimyo perçoivent les impôts des paysans sous la forme de riz. Les impôts sont élevés, environ 40 % de la récolte. Le riz est vendu au marché fudasashi à Edo. Pour lever des fonds, les daimyo utilisent des contrats forward afin de vendre le riz qui n'est même pas encore récolté. Ces contrats sont similaires aux modernes contrats à terme.
Au cours de la période, le Japon étudie progressivement les sciences et les techniques occidentales (appelées « rangaku », littéralement « études hollandaises ») au moyen des informations et des livres reçus des commerçants néerlandais installés à Dejima. Les principaux domaines étudiés comprennent la géographie, la médecine, les sciences naturelles, l'astronomie, l'art, les langues, les sciences physiques telles que l'étude des phénomènes électriques, mécaniques et les sciences comme en témoigne le développement des horloges japonaises, ou wadokei, inspirées des techniques occidentales.
Sous l'empire du Japon (1868-1945) Premières initiatives étatiques au début de l'ère Meiji
L'industrie est modernisée en ayant recours au modèle des manufactures d'État. Des usines sont créées ex nihilo grâce à du matériel acheté à crédit à l'étranger, et des usines plus anciennes — créées par des daimyō ou l'administration shogunale — sont reprises par l’État. Le développement de Hokkaidō est aussi décidé. Les évolutions sociales rapides sont cependant à l'origine de révoltes parmi les samouraïs — comme en 1874 à Saga, et en 1877 à Satsuma — qui font peser de nouvelles charges sur l'État. Pour faire face aux déficits budgétaires causés par les dépenses, le gouvernement et les banques ont recours à de nombreuses émissions de monnaie, ce qui fait plonger la valeur des billets en circulation, face aux pièces d'argent. En 1880 un cours forcé des billets est imposé et la même année, un coup de frein est donné aux dépenses visant au développement industriel.. Cette crise monétaire entraîne une dépression de 1881 à 1886, que le ministre des finances Matsukata Masayoshi doit affronter. Les dépenses de l'État sont réduites, et plusieurs impôts, instaurés — dont l'impôt sur le revenu, en 1887. Créée en 1882, la Banque du Japon assure la conversion des billets émis auparavant en pièces d'argent, et permet ainsi d'assainir la situation financière.
Les entreprises créées par l'État au début de l'ère Meiji sont privatisées dix ans après leur création, ce qui permet au gouvernement de dégager des liquidités. Des conglomérats, comme Mitsubishi ou Mitsui, se renforcent par ce biais, le plus souvent à très bon compte. Ces entreprises nationales créées dans les années 1870 concentrent leurs activités dans le domaine de la construction navale, des arsenaux et des mines. L’État prend aussi des initiatives pour construire des usines produisant du ciment, du verre et des lainages.
La production agricole connaît quelques progrès entre les années 1860 et les années 1890. Bien que la population augmente de près d'un tiers au cours de cette période, le pays reste exportateur de produits agricoles. La surface cultivée augmente de près de cent mille hectares de rizières, et de de terres agricoles sèches, la moitié de cette dernière surface étant obtenue grâce à la mise en valeur de Hokkaidō. L'amélioration des transports et le déploiement d'entrepôts plus modernes permet aussi de réduire les pertes alimentaires.
La production minière est rapidement considérée comme une priorité, permettant d'alimenter de nouvelles usines. Sous l'impulsion de personnalités comme Inoue Kaoru, l'État acquiert des mines, de manière à les moderniser, puis ouvre des écoles dans lesquelles des conseillers étrangers sont employés pour former les mineurs. L'usage d'outils modernes, comme des pompes à vapeur ou des explosifs, se développe. La production de charbon passe ainsi de dans les années 1860 à en 1890. Entre 1860 et 1900, la production de cuivre passe quant à elle de à ..
Des infrastructures modernes commencent à être déployées à l'échelle du pays. En 1895, sont construites plus de trois mille kilomètres de lignes de chemin de fer, la plupart à l'initiative d'investisseurs privés. À la même date, six mille kilomètres de lignes télégraphiques parcourent le pays. À partir des années 1870, le Japon développe aussi une marine marchande, laquelle lui permet de contrôler 14 % des flux rentrants dans les ports du pays.
Le Japon continue de dépendre de l'Occident pour plusieurs de ses importations, comme les machines-outils, l'acier, les équipements militaires. Le pays importe aussi de grandes quantités de balles de coton pour ses usines de tissu. Le Japon exporte ensuite ses cotonnades, qui au début des années 1890, représentent 42 % de toutes ses exportations..
Forte croissance dans la seconde moitié de l'ère Meiji