Les Doukkalas ou Doukkala (en arabe: دكالة, Doukkala, en tamazight: ⵉⴷⵓⴽⴰⵍⵏ, Idukalen) désignent à la fois une région historique et géographique du Maroc correspondant à l'aire d'habitation des populations éponymes, et une confédération tribal arabo-berbère. Aujourd’hui, la Doukkala est une région à dominante arabophone. La région comprend les villes d'El Jadida, Sidi Bennour et Azemmour. Aujourd'hui, la Doukkala fait partie de la région administrative de Casablanca-Settat.
Toponymie Le terme Dukkala constitue la contraction de deux termes berbères, à savoir « Adu » qui signifie « bas » ou « basse » et « Akal » qui signifie « Terre ». « Adukal », qui semble par ailleurs être le singulier de la forme berbère (Idukalen) du mot « Doukkala », signifie donc « la terre basse » ou simplement « la plaine ».
Histoire Historiquement, le nom Doukkala fait référence à une confédération tribale masmoudienne ou sanhadjienne établie sur le territoire entre les actuelles villes de Casablanca et SafiGuide bleu Hachette du Maroc, 1978 ed., J. Goulven , La région des Doukkala, Annales de Géographie, vol. 29, Numéro 158, 1920, .
Dans l'Antiquité, des populations phéniciennes puis puniques y établirent quelques comptoirs commerciaux, tels Rusibis (El Jadida), Azama (Azemmour) et Tit (Moulay Abdellah Amghar), à partir desquels ils commerçaient avec les populations autochtones.
Révoltés contre les Almohades au , les Doukkalas furent soumis par le calife Abd al-Mumin vers 1160 qui décida d'installer et de sédentariser, au sein de leur territoire, des tribus hilaliennes qu'il avait auparavant soumises dans l'Ifriqiya, et ce dans la perspective d'en finir avec les révoltes Imazighen telles que celle des Berghouatas au cours du siècle précédent.
À la suite de l'installation des Arabes hilaliens, « Doukkala » fait depuis référence aux tribus arabisées ou aux descendants arabes habitant une partie du territoire de l'ancienne population des DoukkalaAhmed ben Mohamed el-khayyat ed-doukkali el-mouchtaraie((Salsalat ed-dahab el-manqoud)).
Traditions
Les Doukkalas, habitants de la région historique du Doukkala au Maroc, préservent une riche et diversifiée tradition, fortement influencée par l’agriculture, pilier de leur économie et de leur mode de vie. Nombre de ces traditions, dont certaines remontent à l’Antiquité, sont toujours pratiquées, bien que leur forme et leur symbolisme aient évolué au fil du temps. Parmi ces coutumes figure le rituel de la pluie, qui trouve son origine dans des pratiques ancestrales partagées avec plusieurs tribus arabo-amazigh du Maghreb, notamment les Chiadma, qui pratiquent ce rite sous la dénomination de « Laârossa Chta ». Ce dernier est similaire au célèbre rituel d’Anzar, connu sous le nom de Tislit n’ Anzar. Bien que cette tradition soit enracinée dans un culte ancien dédié à Anzar, le dieu de la pluie, aujourd’hui, le rite est largement islamisé, avec les Doukkalas le consacrant à Dieu.
Tislit n’ Anzar et la variante Doukkala « Taghenja »
Dans le cadre de ce rituel, similaire à « Tislit n’ Anzar », les participants invoquent la pluie en répétant des phrases incantatoires, dont la plus notable est « Taghenja Taghenja, mon Seigneur fait tomber la pluie » (en arabe: تاغنجا تاغنجاياربي تصب الشتا), qui reflète un lien spirituel avec le divin pour le rétablissement de l’équilibre naturel. Bien que le nom varie d’une région à l’autre, la pratique générale de cette invocation est observée dans toute la région du Doukkala, avec une version locale appelée « Taghenja » (en arabe: تاغنجا). La communauté associe désormais cette prière à la miséricorde d’Allah, non plus à Anzar, à la suite de leur islamisation progressive. Ce rite reflète non seulement l’adaptation des pratiques animistes aux croyances islamiques mais aussi la profonde connexion de la communauté avec la nature et les cycles agricoles.
La tradition de la fauconnerie
En plus des rituels liés à l’agriculture, le Doukkala est également reconnu pour sa tradition ancestrale de la fauconnerie , surtout au sein de la sous-tribu des Ouled Frej. Ces derniers ont transmis de génération en génération leur expertise dans la capture et l’entraînement des faucons. Cette forme de fauconnerie n’est pas seulement un art de chasse mais aussi un moyen de maintenir un équilibre avec la nature, où le faucon joue un rôle fondamental dans la régulation des populations d’animaux nuisibles.
Le tatouage berbère dans le Doukkala
Un autre aspect fascinant de la culture doukkala est l’ancienne tradition des tatouages (Oucham). Jusqu’au début du , les tatouages étaient largement pratiqués par les femmes de la région.
Ainsi, à travers ces pratiques, les Doukkalas perpétuent un héritage unique qui mêle influences arabo-amazigh, croyances pré-islamiques et coutumes liées à la terre. Même si de nombreuses de ces traditions ont subi les transformations liées à l’islamisation et à la modernité, elles continuent de constituer un pivot central de l’identité culturelle de la région.
Démographie À la fin du protectorat français, dans les Doukkala vivaient , et Guide bleu Hachette du Maroc, ed., 1950, ..
Au recensement officiel de 2004, la population de la région dans ses frontières actuelles était de 2 984 039 personnes..
Composition ethnique La confédération tribale des Doukkala, établie sur le territoire des provinces d'El Jadida et de Sidi Bennour, est constituée de sept tribus : les El Aounate ; les El Haouzia ; les Oulad Amar ; les Oulad Amrane ; les Oulad Bouaziz ; les Oulad Bouzerrara ; les Oulad Frej. À ces sept tribus s'ajoutent deux fractions des Chiadma et Chtouka, établies dans la région et étroitement liées, historiquement et culturellement, aux Doukkalas.
Azemmour, ville d'origine phénicienne située au nord de la région, a une population de souche constituée de citadins, musulmans et juifs, sans lien avec les tribus des alentours et dont les parlers, pré-hilaliens, se distinguaient des parlers hilaliens des Doukkala. Cette population a quitté la médina d'Azemmour et le parler local a disparu au .
Répartition ethnique Au début du XX siècle, la confédération des Doukkala est constituée de 55001 , réparties comme suitVilles et tribus du maroc, Vol. X. Région des Doukkala. Tome I, Les Doukkala. 1932. :
Ouled Bouaziz : 10690 tentes, réparties comme suit : Ouled Hassin : 2732 tentes Ouled douib : 2540 tentes Ouled Aissa : 1382 tentes Ouled ghanem : 1688 tentes Hyayna : 901 tentes Ouled Messoud : 1447 tentes
Ouled Frej : 10996 tentes, réparties comme suit : Chiheb : 437 tentes Ouled Hamdan : 110 tentes Kouamia : 31 tentes Ouled Sidi Ali ben Abdellah : 54 tentes Jaouibet : 240 tentes Abbara : 134 tentes Ouled khadir : 112 tentes Frarza : 434 tentes Ouled Mhammed : 434 tentes Mhrir Qouacem : 329 tentes Ouled Abdelghni : 441 tentes Ouahla : 1074 tentes Hlaf : 445 tentes Ouled Hassin : 290 tentes Ouled Ali : 142 tentes Ouled Boulaouan : 69 tentes Ouled Si Amafa : 714 tentes Ouled Amara : 146 tentes Ouled Hamdan : 115 tentes Ouled Zid : 446 tentes Ouled Naser : 50 tentes Ouled Chikh : 827 tentes Ouled Dzalim : 1087 tentes ouled Hassin : 790 tentes Qouacem (premier groupement) : 1140 tentes Qouacem (second groupement) : 715 tentes
Ouled Bouzrara : 9173 tentes, réparties comme suit : Ouled Tounsi : 708 tentes Fatnassa : 832 tentes Ouled Jaber : 1821 tentes Ouled Msellem : 695 tentes Ouled Rahal : 584 tentes Ouled Helal : 1969 tentes Ouled Sidi bou Yahia : 1138 tentes Beni Amer : 631 tentes Ouled Hmed : 525 tentes Ouled Taleb : 270 tentes
Ouled Amran : 5521 tentes, réparties comme suit : Zkakra : 380 tentes Ouled cheban : 290 tentes Ghouanem : 608 tentes Ouled Said : 868 tentes Rmamha : 485 tentes Beni Dghough : 398 tentes Ouled Hammou : 207 tentes Ouled Jerrar : 420 tentes Khtatba : 395 tentes Ouddat : 173 tentes Ouled Mira : 55 tentes Ouled Boubker : 1242 tentes
Aounat : 4961 tentes, réparties comme suit : Ouled Ali : 553 tentes Ghouatsa : 165 tentes Ouled Bou saker : 195 tentes Ouled Harrat : 665 tentes Merhane et Ghozia : 377 tentes Ouled Youssef : 670 tentes Beni Tsiris : 854 tentes Azzaza : 247 tentes Ouled Sidi Mohammed l’aouni lmekrane : 742 tentes Ouled Hamed : 273 tentes Ouled Ftaiss : 220 tentes
Ouled Amar : 7226 tentes, réparties comme suit : Oualidia : 396 tentes Gharbia : 1462 tentes Oulad Sbeita : 1159 tentes Beni Ikhlef : 1604 tentes Ghenadra : 921 tentes Zemamra : 736 tentes Ouled Rbia : 344 tentes Ouled Bou Zid : 514 tentes
Chiadma : 1440 tentes, réparties comme suit : Hielma : 260 tentes Mkhaira : 600 tentes Mherza : 200 tentes Soualeh : 380 tentes
Chtouka : 2704 tentes, réparties comme suit : Ouldja : 400 tentes Moualin Khemis : 315 tentes Aït Briem : 450 tentes Mzaouir et Oulad Ali : 375 tentes Gherbia : 504 tentes Oulad Amar : 330 tentes Aït Boutatem : 330 tentes
Haouzia: 2290 tentes, réparties comme suit : Triat : 224 tentes Beni Tameur : 300 tentes Chorfa Jarnyine : 155 tentes Oulad Salem : 205 tentes Oulad Amira (premier groupe) : 267 tentes Gharbia d'Azemmour : 140 tentes Chorfa Kremcha : 484 tentes Oulad Rahmoun : 259 tentes Oulad Amira (second groupe) : 256 tentes
Géographie thumb|Une « tazota », ancienne architecture typique de la région de Doukkala. La région est divisée en trois sous-régions parallèles à la côte : le « Oulja » le long de la côte ; le « Sahel » à environ à l'intérieur, une région de pierre, autrefois boisée, convenant à l'élevage ovin ; la plaine riche, où sont cultivés blé et betterave à sucre et où est pratiqué l'élevage intensif de bétail.
Personnalités liées La Fouine, rappeur français né à Trappes, originaire de Doukkala. Badr Hari, boxeur néerlandais né à Amsterdam, originaire de Doukkala. Abderrazak Hamdallah joueur de football et numéro 9 de l’équipe nationale marocaine, il est issu de la tribu des Ahmar. Nabil Dirar joueur de football de l’équipe nationale marocaine Sheykh Muhammad Dhiya al-Din al-Dukkali, savant marocain du XXIe siècle. Abu Shua'ib al-Dukkali, savant marocain issue de la tribu des Awlad Amour, et résistant à la colonisation avec Moha Ou Hammou Zayani. Sabri (Samit) Naïma, chanteuse marocaine, originaire de Doukkala.
Voir aussi Bibliographie Joseph Goulven, « La région des Doukkala », dans les Annales de géographie, 1920, , , Édouard Michaux-Bellaire, Région des Doukkala, : Les Doukkala, dans Villes et tribus du Maroc, , Résidence générale de la République française au Maroc, Paris : H. Champion, 1932, 178 p. Édouard Michaux-Bellaire, Région des Doukkala, : Azemmour et sa banlieue, dans Villes et tribus du Maroc, , Résidence générale de la République française au Maroc, Paris : H. Champion, 1932, 178 p.
Notes et références
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