Louis-François-Sébastien Fauvel, né le à Clermont-en-Beauvaisis et mort le à Smyrne, est un peintre, diplomate et archéologue français qui fut longtemps en poste à Athènes.
Louis-François-Sébastien Fauvel fit un premier séjour en Grèce en 1780-1782 au service du comte de Choiseul-Gouffier. Son travail archéologique était destiné à compléter le Voyage pittoresque de la Grèce de son patron. Lorsque le comte fut nommé ambassadeur de France auprès de la Sublime Porte en 1784, il engagea à nouveau Fauvel. Ce dernier supporta mal la vie de l'ambassade dans la capitale ottomane et effectua nombre de voyages archéologiques destinés à récolter le matériau pour les futures publications et la collection d'antiquités de son patron, à travers la Grèce ou à l' en Égypte. Ce fut alors qu'il exprima sa lassitude de travailler pour quelqu'un qui reconnaissait mal ses qualités.
Fauvel s'installa définitivement à Athènes à l', après l'émigration de Choiseul-Gouffier en Russie. En , il finit par être reconnu pour son travail archéologique et nommé « associé non résidant » de l'Institut de France. Cela lui assurait un financement pour la poursuite de ses recherches. Il réussit par exemple à faire parvenir au musée du Louvre une métope et une plaque de la frise du Parthénon.
La campagne d'Égypte entraîna son incarcération puis son expulsion de l'Empire ottoman. Il arriva dans le dénuement le plus complet à Paris en , seize ans après avoir quitté la France. Il participa alors aux travaux de l'Institut. Cherchant à retourner en Grèce, il obtint le poste de vice-consul de France à Athènes. Il y était de retour en . Il s'y trouva en concurrence avec les agents de Lord Elgin, dont Giovanni Battista Lusieri, pour les marbres du Parthénon. Profitant du renversement des alliances, le vice-consul français réussit à les faire chasser. Cependant, il ne put réaliser les travaux archéologiques qu'il envisageait : il ne pouvait s'éloigner d'Athènes où ses activités consulaires, rares pourtant, le retenaient. Surtout, il ne disposait pas des moyens financiers pour ouvrir de grands chantiers.
Il se contenta alors de recherches limitées qu'il ne publia jamais. De même, il vendait les objets qu'il découvrait, laissant donc les voyageurs qui en devenaient les propriétaires publier leurs travaux sur ses découvertes. Il joua cependant un rôle essentiel dans le développement de la connaissance archéologique d'Athènes et de l'Attique en faisant le « cicérone » (guide) auprès des « touristes » qui lui rendaient visite.
Durant la guerre d'indépendance grecque, Fauvel se montra très mishellène. Il fuit les combats et se réfugia à Smyrne où il mourut.
Famille et jeunesse
Louis-François-Sébastien Fauvel était le petit-fils d'un marchand de blé de Soissons, Sébastien Fauvel, ruiné en 1740. Il était le fils de Jacques-Sébastien Fauvel, receveur des domaines du roi et contrôleur des notaires de Clermont (où il s'était installé en 1746), et de Charlotte-Catherine de Sain (ou Desains), dont le père était originaire de Paris. Il naquit à Clermont-en-Beauvaisis le , troisième des sept ou huit enfants de sa famille. Seuls une sœur cadette née vers 1756-1757 et un frère cadet, Achille, né vers 1762 ont vécu jusqu'à l'âge adulte, en plus de Louis-François-Sébastien. Sa sœur épousa un dénommé Hébert, qui fut directeur des impositions à Fontenay-le-Comte (renommé Fontenay-le-Peuple pendant la Révolution) et dont un frère, émigré en Amérique, est parfois pris par les sources pour un des frères de Louis-François-Sébastien Fauvel. La famille Fauvel était relativement pauvre et le resta.
Louis-François-Sébastien Fauvel fit cependant de bonnes études. Sa connaissance du latin tend à prouver qu'il aurait pu fréquenter un établissement d'enseignement jésuite, ou d'un autre ordre religieux. Il a probablement ensuite travaillé comme apprenti dans l'atelier d'un artiste. Il fut reçu à l'académie royale de peinture et de sculpture en , en tant que « protégé » de Gabriel-François Doyen. Parmi ses condisciples et amis d'enfance, on trouve Louis Morel d'Arleux, plus tard conservateur au Louvre ou Charles-Louis Bernier, ultérieurement inspecteur des travaux des bâtiments du Louvre. Durant ses études, Fauvel habita d'abord dans le Quartier latin, avec Bernier, puis sur l'île Saint-Louis. À l'académie, où il ne se distingua pas, il suivit des cours pratiques de dessin et peinture et des cours théoriques de géométrie, anatomie, perspective, architecture et théorie de l'art. À la fin de ses études, il reçut, comme tous les diplômés, le titre de « peintre du roi ». Il semble s'être spécialisé dans la peinture d'histoire, genre dans lequel il acquit une petite réputationCinq gravures sont reliées à des tableaux de Fauvel : une Mort de Toiras et un épisode de la vie de Philippe V datant toutes deux de 1777 ; une Sarragota, datant de 1784 ; deux gravures sur le triomphe de Voltaire (vers 1780). .. Il fut alors recruté par le comte de Choiseul-Gouffier qui mettait en forme son Voyage pittoresque de la Grèce. Pour compléter ce récit de voyage, fait dans le cadre de son « Grand Tour », le comte renvoya en Grèce l'un des ingénieurs qui l'avaient accompagné, Jacques Foucherot. Celui-ci choisit Fauvel pour l'accompagner : ils avaient dû faire connaissance grâce à Bernier, un ami commun.
En Grèce au service de Choiseul-Gouffier thumb|alt=carte ancienne du Péloponnèse, en noir et blanc|left|Carte du Péloponnèse, par le géographe autrichien Franz Johann Joseph von Reilly (1791).
Le premier tome du Voyage pittoresque de la Grèce, qui venait de paraître, était consacré à Constantinople et au Bosphore. Le deuxième tome, en préparation, devait évoquer la Grèce elle-même (Attique, Béotie, Phocide, Étolie, Péloponnèse, Thessalie, Épire et Macédoine). Les deux employés de Choiseul-Gouffier avaient pour instructions de parcourir toutes ces régions, d'y dresser des plans, d'y dessiner des vues et d'en décrire les antiquités (principalement à Athènes). Leur programme était très ambitieux, mais ils réussirent à le réaliser. L'itinéraire qu'ils devaient emprunter était celui de deux voyageurs qui les avaient précédés : Jacob Spon et George Wheler ; ils devaient aussi s'aider de Pausanias, indispensable alors. Fauvel était sous les ordres directs de Foucherot. L'ingénieur et architecte, qui avait de plus déjà parcouru la région, joua un rôle formateur essentiel auprès de son compagnon. Le travail était réparti entre les deux hommes, en fonction de leurs compétences respectives : Foucherot levait les cartes et les plans et mesurait les monuments ; Fauvel les dessinait. Il réalisait aussi des vues « pittoresques » : les mêmes monuments dans leur décor naturel. On lui doit aussi des personnages en costume local.
L'itinéraire de Foucherot et Fauvel est connu, grâce au journal de Foucherot et aux souvenirs de Fauvel. Cependant, le premier, écrit sur le moment, est plus fiable ; les seconds ont été écrits à vingt ans de distance et sont parfois moins précis ; d'où un certain nombre de dates contradictoires. Les deux hommes passèrent en Italie par le Simplon. Par Milan et Padoue, ils arrivèrent à Venise en où ils embarquèrent pour les îles Ioniennes, qui appartenaient alors à la république de Venise. Ils en explorèrent les ruines antiques. Après un incident avec des pirates, ils abordèrent à Prévéza et entrèrent donc dans l'Empire ottoman. Ils visitèrent les ruines de NicopolisOnt été retrouvés au département des Arts graphiques du musée du Louvre quatre plans du théâtre et de monuments antiques attribuables à Foucherot et quinze vues « pittoresques » (les mêmes monuments dans leur décor naturel) réalisées par Fauvel. . avant de gagner le golfe de Corinthe par Arta. Le long du golfe, ils passèrent par Missolonghi, Lépante, Patras, Corinthe, Galaxidi et Delphes. Ils ne purent explorer le sanctuaireLe sanctuaire était alors enfoui sous le village, déplacé par les archéologues français à la fin du . à cause de difficultés avec les autorités : ils auraient été emprisonnés temporairement.
Ils regagnèrent le Péloponnèse par Corinthe, atteint le , puis Nauplie. Dans le nord de la péninsule, ils travaillèrent sur les ruines mycéniennes et sont considérés comme les premiers à avoir dessiné Mycènes, Tyrinthe ou Argos, mais aussi le temple de Némée. Ils parcoururent le sud du Péloponnèse et sa côte, par Tripolizza, Mistra, Sparte, Modon, Coron et Navarin. Ils ne purent trouver le temple d'Apollon à Bassae et ne relevèrent rien à Olympie alors très enfouie. Puis ils remontèrent la côte ouest jusqu'à Patras et ils longèrent à nouveau le golfe vers l'est. Les dates diffèrent alors dans les sources. Selon le journal de Foucherot, ils étaient à Némée le et à Athènes le lendemain. Une lettre du consul français de Nauplie les fait passer par cette ville à la fin du mois de , en route pour Corinthe. Selon Legrand, biographe de Fauvel à la fin du , ils n'atteignirent Athènes que le , Fauvel souffrant alors d'une fièvre. Si on s'en tient à la chronologie évoquée par Foucherot, les deux explorateurs ne passèrent qu'une journée dans chaque site, à quelques exceptions près (Coron : cinq nuits ; Nauplie : quatre nuits à l'aller et quatre nuits au retour ; Corinthe : six nuits, le village étant utilisé comme camp de base). Au total, ils auraient parcouru , soit une moyenne de . Aucun des voyageurs ne mentionne de monture dans leurs récits : il est donc probable qu'ils ont parcouru le Péloponnèse à pied, accompagnés, comme c'était l'usage alors, d'un guide ottoman et d'un interprète, l'un ou l'autre faisant office de drogman.
À Athènes, Foucherot et Fauvel furent autorisés à pénétrer sur l'Acropole, alors forteresse militaire ottomane. Propylées, Parthénon et Érechthéion furent explorés pour vérifier ou corriger les travaux des voyageurs précédents. Ils poursuivirent leur œuvre à travers l'Attique, en relevant par exemple le plan d'Éleusis. Le , ils annoncèrent que leur travail était achevé et qu'ils repartaient en France. Ils s'embarquèrent bien au Pirée, mais visitèrent les îles Saroniques, l'isthme de Corinthe où ils repérèrent l'amorce du canal antique. Ils allèrent jusqu'à Épidaure. Ils remontèrent ensuite vers le nord lors d'une nouvelle excursion : Béotie et Thermopyles, jusqu'à Salonique puisque Fauvel a réalisé trois dessins de l'Arc de Galère. Finalement, le , Foucherot et Fauvel embarquèrent à Nauplie sur la frégate royale La Sultane. Ce privilège leur avait été accordé en raison de leur « précieux travail » archéologique. Ils arrivèrent en France fin .
Bref retour en France
Le « précieux » travail ne servit à rien : notes, cartes, dessins et plans ne furent jamais publiés, ni par Choiseul-Gouffier (alors que c'était dans ce but qu'il avait envoyé les deux hommes en Grèce) ni même par Foucherot ou Fauvel. Cependant, l'abbé Barthélemy les utilisa un peu pour son Voyage du jeune Anacharsis en Grèce, de même François Pouqueville. Philippe-Ernest Legrand n'avait retrouvé à la fin du au cabinet des estampes que quelques paysages réalisés à l'encre de Chine par FauvelCorfou, Nicopolis, Cléones, Trézène, Poros, Argos, Marathon, Kéa, Égine, Chéronée et les Thermopyles. Au total, onze sur au moins d'après des numéros donnés par Fauvel. . et les trois dessins de l'Arc de Galère. Dans les années 1990 et 2000, les chercheurs Luigi Beschi et Alessia Zambon ont retrouvé, entre la bibliothèque nationale de France, le département des Arts graphiques du musée du Louvre et le musée Benaki à Athènes, autour de deux-cent-cinquante documents : dessins originaux ou calques de dessins disparus.