L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est une église catholique paroissiale située à Silly-le-Long, dans l'Oise, en France. Excepté son abside de la fin du et son clocher-porche du second quart du , c'est un édifice de style gothique flamboyant achevé au second quart du . Ses trois vaisseaux communiquent entre eux par des grandes arcades d'une qualité exceptionnelle, qui furent entreprises entre la fin du et le début , et constituent l'un des très rares témoignages de l'architecture de cette époque trouble dans le nord de l'Île-de-France. Elles reflètent le passage successif du style rayonnant vers le style flamboyant. Leurs piliers, à mi-chemin entre piliers fasciculés et piliers ondulés, portent des frise d'une iconographie en partie très originale, avec des personnages grotesques, une scène de chasse, des moutons et des poissons, mais aussi des pampres souvent mises à l'honneur par la suite. Le bas-côté nord est en partie contemporain des grandes arcades, mais les voûtes de la nef et des bas-côtés, et sans doute toute l'élévation méridionale, ne datent que de la période flamboyante finissante. Contrairement à l'abside, qui est d'une facture rustique, les bas-côtés sont construits avec grand soin, et sont de dimensions généreuses. La nef paraît moins réussie, car sans jours, et recouverte de deux voûtes sexpartites qui ne concordent pas avec les supports prévus plus d'un siècle plus tôt. Cependant, des voûtes sexpartites au constituent elles aussi une curiosité. Inscrite aux monuments historiques par arrêté du ., l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul a été restaurée à partir de 2009. Sa nef et son bas-côté nord attendent encore une restauration intérieure. L'église dépend aujourd'hui de la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, et des messes dominicales anticipées y sont célébrées tous les deux mois, le samedi à 18 h 30.

Localisation

L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est située en France, en région Hauts-de-France et dans le département de l'Oise, dans le Multien, aux confins de l'Île-de-France et de la Seine-et-Marne, sur la commune de Silly-le-Long, près de la limite est du village, Grande-Rue. Elle est bâtie parallèlement à la rue, du côté sud, et l'élévation septentrionale borde immédiatement la chaussée. La façade occidentale donne sur un petit parvis, qui accueille le monument aux morts, et dessert également le cimetière communal faisant face au portail, ainsi que l'ancien presbytère. L'abside donne sur une courte impasse desservant une exploitation agricole. L'élévation méridionale est enclavée dans le jardin de l'ancien presbytère, aujourd'hui propriété privée, et n'est presque pas visible depuis le domaine public.

Historique

L'église de Silly fut donnée en 1157 au prieuré de Nanteuil-le-Haudouin par Manassé II (ou Manasses), évêque de Meaux. Le prieur de Nanteuil devient ainsi le collateur de la cure. Il nomme aussi le chapelain d'une chapelle de fondation au sein de l'église. La construction de l'église actuelle est attribuée, en ce qui concerne ses parties les plus anciennes, à Jean de Silly. Elle est dédiée aux saints Pierre et Paul. Sous l'Ancien régime, la paroisse relève du doyenné de Nanteuil-le-Haudouin du diocèse de Meaux.. Les différentes campagnes de construction de l'église ne sont pas documentées par des textes. Seule l'analyse du monument peut fournir des indices. D'après Dominique Vermand, qui a étudié toutes les églises des environs, le clocher-porche date du second quart du . Selon le même auteur, les grandes arcades de la nef et les bas-côtés ont été reconstruits entièrement à la fin du ou au début du , période de répit pendant la guerre de Cent Ans. Ainsi s'explique le style transitoire entre gothique rayonnant et gothique flamboyant, qui se manifeste, notamment, à travers les grandes arcades et leurs supports. Très peu de témoignages de l'architecture de cette époque trouble restent dans la région. Les voûtes sont toutefois plus récentes. Dans la nef et le bas-côté nord, le profil prismatique aigu est caractéristique de l'architecture flamboyante à son apogée, entre 1480 et 1530 environ. Dans le bas-côté sud, le profil a coin émoussé annonce le style gothique finissant des années 1530 / 1540, et les clés de voûte se rattachent au style de la Renaissance. Dans la nef, les voûtes sexpartites ne correspondent pas à la disposition des supports, conçus pour des voûtes quadripartites ordinaires. L'on peut supposer, avec Dominique Vermand, un revoûtement de la nef., ou bien son voûtement tardif, la guerre de Cent Ans n'étant pas une période propice à un chantier de cette envergure. L'édifice est inscrit aux monuments historiques par arrêté du , et fait l'objet d'une restauration presque intégrale entre 2009 et 2016. Seul l'intérieur de la nef et du bas-côté nord sont encore en attente de travaux. L'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul est aujourd'hui affiliée à la paroisse Notre-Dame de la Visitation du Haudouin, et des messes dominicales anticipées y sont célébrées tous les deux mois, le samedi à 18 h 30.

Description Aperçu général thumb|Plan de l'église.

Orientée avec une parfaite régularité, l'église répond à un plan assez simple à trois vaisseaux, qui est presque symétrique le long de son axe. Elle se compose d'un clocher-porche accompagné d'une travée de bas-côté au nord seulement ; d'une nef aveugle de quatre travées, flanquée de deux bas-côtés ; et d'une abside à cinq pans, dont la partie droite est également munie de bas-côtés. Une tourelle d'escalier cylindrique occupe l'angle entre clocher et bas-côté sud. La sacristie se situe devant le chevet du bas-côté sud. Des sanitaires sont proposés dans un annexe au chevet du bas-côté nord. Il n'y a pas de transept, ni de déambulatoire. Si le vaisseau central comporte trois parties distinctes issues de campagnes différentes, narthex, nef et abside, les bas-côtés sont homogènes d'un bout à l'autre. La nef et la partie droite de l'abside sont à deux niveaux d'élévation, avec un important étage de murs hauts au-dessus des grandes arcades. Les autres parties de l'église sont à un seul niveau d'élévation. L'ensemble de l'église est voûté d'ogives. Deux voûtes à six branches d'ogives recouvrent les quatre travées de la nef. La dernière travée du bas-côté sud présente une voûte à liernes et tiercerons. L'on accède à l'église par le portail occidental dans la base du clocher, ou par une petite porte dans le mur occidental du bas-côté sud. Le clocher est coiffé d'une pyramide en charpente couverte d'ardoise. Nef et bas-côtés sont munis d'une toiture unique à deux rampants, avec des demi-pignons aux deux extrémités des bas-côtés.

Intérieur Narthex thumb|upright|Vue vers le nord-ouest.

Le narthex, qui correspond à la base du clocher, est une travée carrée, qui ne dépasse pas en hauteur les bas-côtés. Pourtant, l'étage n'abrite pas de tribune, dont l'église est du reste dépourvue. La travée conserve sa voûte d'origine, dont les ogives un profil en tore aminci en forme d'amande, dégagé d'un bandeau placé en arrière-plan. D'un tracé en tiers-point assez aigu, cette voûte est dépourvue de formerets. Au nord et au sud, elle est délimitée par des arcades à triple rouleau, ce qui est relativement rare. Le rang de claveaux inférieur est mouluré d'un méplat entre deux tores dégagés, et les rangs de claveaux supérieurs sont moulurés d'un tore chacun. Avec les ogives, ils sont reçus sur les tailloirs, profilés d'une plate-bande et d'un quart-de-rond, de quatre massifs de maçonnerie obliques occupant les angles. Après le milieu du , ces tailloirs et massifs ont pris le relais des piliers fasciculés d'origine. En effet, des chapiteaux de crochets et de feuilles polylobées typiquement gothiques émergent des massifs en haut des piédroits de l'arcade septentrionale, et prouvent que la disposition actuelle résulte d'un remaniement, motivé sans aucun doute par la nécessité de stabiliser le clocher. Au revers de la même arcade, vers le bas-côté, les colonnettes à chapiteaux sont encore complètes. Du côté est, elles sont relativement bien conservées. L'on voit que les tailloirs d'origine se composent d'un filet, d'une baguette et d'un cavet. L'arcade méridionale est, bien entendu, bouchée, car le bas-côté sud ne commence qu'au niveau de la première travée de la nef. Côté nef, il n'y a qu'une arcade fruste, qui retombe sur les tailloirs des deux massifs de maçonnerie nord-est et sud-est. Selon Dominique Vermand, le clocher n'aurait primitivement pas été accosté de bas-côtés, et sa base aurait été ouverte sur trois côtés. L'arcade vers la nef remplacerait ainsi l'ancien portail, et le portail actuel serait en fait une arcade bouchée.

Nef thumb|upright|Nef, vue vers l'est. thumb|upright| et , élévation nord. thumb|upright|Vue vers le sud. thumb|upright|Dernière arcade du sud (vue depuis le bas-côté). thumb|upright|Nef, vue vers l'ouest.

La nef présente les proportions habituelles pour les églises rurales à la période flamboyante, qui réserve l'élancement et la luminosité aux édifices les plus importants, et revient sinon vers une hauteur sous le sommet des voûtes plus modeste. Celle-ci est le plus souvent équivalente à une fois et demi la largeur du vaisseau, comme à Silly-le-Long. Un tiers de la hauteur correspond aux piliers des grandes arcades, un autre tiers aux arcades elles-mêmes et un dernier tiers aux voûtes. La révision à la baisse des ambitions a pour avantage de permettre le voûtement d'ogives d'une large majorité des nefs alors construites et d'aligner leur architecture sur celle, plus solennelle, du sanctuaire, ce qui était loin d'être acquis au , pourtant prospère. Le renoncement à un éclairage direct par des fenêtres hautes est également la règle à partir du , ce qui permet de réaliser des économies, avec une charpente unique recouvrant les trois vaisseaux et un recours à des murs-boutants dissimulés dans les combles, en lieu et place d'arcs-boutants exposés aux intempéries. Mais les nefs aveugles, éclairées seulement indirectement par les bas-côtés et l'abside, et plongées dans une pénombre permanente, reflètent aussi davantage l'état d'esprit des fidèles à l'époque, décimés par la guerre et les épidémies. Après ces lourdes épreuves, la lumière de Dieu n'est plus autant mise en avant que dans l'architecture religieuse du . L'heure est au recueillement et à la méditation sur l'existence, et l'incertitude pesant sur l'au-delà est symbolisée par l'espace sombre au-dessus des fidèles. À la Renaissance, les symboles de la mort sont par ailleurs omniprésents sur les calvaires, monuments funéraires, miséricordes des stalles, boiseries, etc. Cela dit, le résultat n'est pas des plus heureux à Silly-le-Long, car l'absence de fenêtre occidentale et de baies latérales dans l'abside, réduisent en deçà du raisonnable l'entrée du jour, et les voûtes se raccordent mal à leurs supports. En effet, les branches d'ogives supplémentaires des voûtes sexpartites se fondent dans les murs avant d'atteindre les tailloirs initialement réservés à des arcs-doubleaux, et les arcs formerets font défaut, si bien que deux piliers engagés de chaque côté de la nef restent sans emploi. Le parti des voûtes sexpartites est par ailleurs insolite au . En vogue à la première période gothique, elles sont déjà généralement réservées aux chœurs, avec l'exception des nefs d'Angicourt, Nesles-la-Vallée, Saint-Frambourg de Senlis et anciennement, Gouvieux (dernière travée). Les rares voûtes sexpartites du semblent résulter de la reconstitution de l'état ancien (première travée du chœur de Montagny-Sainte-Félicité et chœur de Raray). Le profil des ogives et doubleaux est analogue au bas-côté nord (voir le chapitre ci-dessous).