Les fées des houles sont des fées propres à la côte de la Manche qui s'étend de Cancale à Tréveneuc en Haute-Bretagne, aux Îles Anglo-Normandes, et connues par quelques fragments de récits dans le Cotentin. Elles vivraient dans les grottes et cavernes côtières nommées houles. Réputées magnifiques, immortelles et très puissantes, elles sont sensibles au sel. Plutôt bienveillantes, les fées des houles décrites par les récits locaux vivent en communauté, s'occupent à leur lessive, à cuire leur pain ou à garder leur troupeau, se marient avec des féetauds et sont servies par des lutins guerriers nommés les Fions. Elles viennent en aide de multiples façons aux humains qui le leur demandent, fournissant de la nourriture et des objets enchantés, mais se fâchent si l'un d'eux leur manque de respect ou acquiert le pouvoir de voir leurs déguisements sans leur accord.
Les collectes de Paul Sébillot, en langue française et en gallo, ont permis de rassembler une cinquantaine de contes et de fragments de légendes évoquant ces créatures. Les fées des houles, considérées comme des « semi-divinités », ont probablement été vénérées localement par les Hauts-Bretons. La croyance a beaucoup reculé au , sous l'influence religieuse du christianisme et celle des instituteurs. Les récits collectés évoquent eux-mêmes la disparition de ces fées, souvent en conséquence de la perte de leur immortalité et de leurs pouvoirs.
Étymologie et terminologie
La totalité ou presque des collectages concernant les fées des houles a été effectuée par Paul Sébillot. Contrairement à ce que leur nom laisse à penser, elles ne doivent pas celui-ci à un lien avec les vagues de la mer, mais plutôt au nom donné aux cavernes et grottes maritimes sur les falaises de la côte nord de Haute-Bretagne et du Cotentin, « houles » ou plus rarement « goules ». Paul Sébillot dit que ce nom est de langue française, mais il précise aussi une origine « du pays gallot (sic) ». Il est pour lui assez difficile de déterminer l’étymologie du mot « houle », qui vraisemblablement ne vient pas du breton. Selon lui et Françoise Morvan, c'est le mot anglais « » (trou) qui s’en rapproche le plus, puisqu'il a la même signification. Des recherches étymologiques ultérieures indiquent que le mot « houle » viendrait plutôt du dialecte normand.
Caractéristiques vignette|gauche|Illustration du conte « La houle du châtelet », 1883. Publiée dans les Contes de terre et de mer de Paul Sébillot.|alt=Femme portant un chapeau pointu et une baguette parlant à un berger Les contes et fragments de légendes comportent de nombreux traits communs qui permettent de reconstituer l'idée que les habitants des côtes nord de Haute-Bretagne se font des fées des houles au . Ils les considèrent, selon Sébillot, comme des . Cependant, certaines informations sont irrémédiablement perdues. Les fées des houles sont assez nombreuses. Elles agissent le plus souvent sur la terre ferme et n'ont pratiquement aucun lien avec l'eau en dépit de leur habitat. Elles avaient peut-être originellement le pouvoir de marcher sur l'eau, comme le suggèrent deux récits. Elles sont plutôt adeptes de la contemplation et foncièrement bénéfiques. Réputées immortelles, très puissantes et insensibles aux maladies, elles craignent le sel qui les rend mortelles. Elles vivent dans les grottes et les cavernes (les houles) situées dans des falaises côtières entourées de récifs. Ces houles peuvent être très grandes et meublées avec luxe, comportant de quoi boulanger, enseigner, faire de la musique et dîner, à la manière d'un Autre Monde. Dans celle de Saint-Briac, des navires en or sont construits. Elles sont respectueusement nommées « bonnes dames » ou « nos bonnes dames les fées ». Les noms de quelques-unes de ces fées sont connus : la Truitonne, la Merlitonne, Gladieuse et Fleur du rocher. Certaines sont de descendance royale et enfants de magiciens, capables en particulier de métamorphoses monstrueuses. Les fées de la houle du Grouin forment une exception, car ces mauvaises fées sont décrites comme maudites et causent beaucoup de tort. Sébillot note également un rapprochement avec les Laminak basques, qui ont des affinités avec les fées des houles.
Apparence Elles sont le plus souvent décrites comme de grandes et belles dames blondes. La plupart des fées des houles sont vêtues de toile grise. Quelques-unes s'apparentent à de vieilles fées de type , adeptes des métamorphoses et dont le rôle est plus obscur. Devenues vieilles, elles sont plus rabougries et se couvrent de goémon. Tant qu'elles ne sont pas baptisées (et donc immortelles), ces fées ont des vers dans la bouche.
Selon Françoise Morvan, une autre créature des contes bretons, l'« homme de mer », est intermédiaire entre les fées des houles et les sirènes mâles. Elle note une certaine assimilation entre les korrigans femelles et les fées des houles dans quelques récits, bien que par leurs descriptions respectives, ces créatures soient complètement opposées. Les fées des houles sont assez proches des sirènes, par leur beauté et leur voix qui enjôle les jeunes pêcheurs.
Occupations et vie sociale vignette|Les fées des houles ont souvent des poules noires.|alt=poulet noir vu de profil Les fées des houles sont peu différentes des humains en matière d'occupations et de sociabilité, leur mode de vie étant comparable à celui de seigneurs ou de propriétaires aisés. Elles tiennent leurs lieux de vie dans une éclatante propreté, s'occupent à cuire leur pain, à filer la laine et le tissu, à pêcher, elles étalent leur lessive de linge blanc au soleil. Le soir, elles bercent leurs enfants, chantent ou vont danser dehors sous la lumière de la lune. Leurs enfants reçoivent une instruction incluant la musique (les fées jouent du violon et chantent sous terre un chant ), la métamorphose et la clairvoyance. Elles possèdent aussi une grande variété d'objets magiques, dont un navire en or et un cordon qui permet de se déplacer sur terre comme sur mer en se le passant autour du corps.
Ces fées rendent parfois visite à leurs semblables. L'une de leurs particularités est de vivre en communauté matriarcale avec d'autres fées du même type. Elles peuvent se marier, leurs époux sont des « fétauds » ou « féetauds ». Elles mettent au monde des enfants joufflus. Les lutins guerriers nommés les « Fions » sont leurs serviteurs. Elles possèdent également une grande variété d'animaux domestiques, le plus souvent des poules noires, des coqs et des chats, mais aussi toutes sortes de troupeaux de bovins, d'ovins et de caprins qui ont pour particularité de se rendre invisibles pour pâturer sur les terres des paysans alentour. Plus rarement, elles ont des oies et exceptionnellement, des chevaux.
Interactions avec les humains Les interactions entre ces fées et les humains sont nombreuses. Les fées des houles sont facilement visibles de tous pendant la nuit, mais pendant la journée, seul un humain doué de clairvoyance (grâce à un onguent magique dont il se frotte les yeux) serait capable de les voir sous tous leurs déguisements. Les fées n'hésitent pas à répondre aux demandes ni à fournir du pain (qui a la particularité de ne jamais diminuer) et des galettes (parfois avec un pichet de cidre) ou encore des potions de soin, tant que la demande est formulée avec respect et politesse. Ces dons incluent aussi du lard, du beurre, du vin, une bourse qui ne se vide jamais, des vêtements inusables qui s'adaptent à la taille des enfants, des baguettes magiques, des navires enchantés… Certains contes mentionnent même que ces fées tiennent des écoles où les enfants humains sont admis s'ils le demandent : ils y apprennent à se métamorphoser, à voir les illusions et les choses invisibles. Sociables, les fées des houles sont facilement visibles tant qu'elles restent à terre : les pêcheurs de Fréhel assurent les avoir vues danser de nombreuses fois sur la lande. Il arrive que certaines d'entre elles commettent de menus larcins en relevant des casiers à homard ou en faisant paître leur troupeau invisible sur une pâture appartenant à quelqu'un. Cela pousse des paysans et pêcheurs à leur tendre des pièges, que ces fées déjouent avec une grande facilité. Elles n'ont cependant aucune intention malveillante. Selon Françoise Morvan, elles recueillent des enfants humains mais n'abandonnent pas de changelins. Philippe Le Stum cite cependant le conte de la Houle de Chêlin où un enfant est échangé par ces fées. Les fées des houles se portent souvent et facilement volontaires pour devenir marraines d'enfants à naître, et traitent les enfants humains adoptés avec autant d'égards que les leurs. La vie à leurs côtés serait si plaisante que sept ans y paraissent sept mois, et .
Selon les lieux, les fées des houles parleraient différentes langues. Celles des côtes nord de Haute-Bretagne et de Guernesey parleraient le gallo de la côte, tandis que les fées des houles normandes parlent le « français des villes ». Elles sont capables de lire et d'écrire, et peuvent utiliser ce mode de communication pour échanger avec les humains.
Localisation vignette|Des histoires de fées des houles se déroulent sur les falaises du cap Fréhel.|alt=Falaises en bord de mer Paul Sébillot répertorie de nombreuses houles auxquelles le folklore populaire associe deux ou trois légendes impliquant ces fées : à Cancale, Saint-Briac, Saint-Jacut (Houle Causseul), Saint-Cast, Étables (houle Notre-Dame), au cap Fréhel, et une douzaine sur la commune de Plévenon. Il en décrit une à Erquy qui, au lieu de « houle », se nomme la « Goule de Galimoux ». La grotte de Saint-Énogat, bien connue des baigneurs de Dinard à son époque, s’appelle aussi la « Goule-ès-Fées ». L'île de Guernesey a elle aussi ses houles et ses fées. Les houles ne sont pas des habitats permanents pour les fées : des récits font état de houles qui s'effondrent ou qui sont creusées par les fées elles-mêmes.
La localisation des fées des houles, depuis la côte de Cancale jusqu'à celle de Tréveneuc, est connue avec une grande précision. Paul Sébillot a chargé d'autres folkloristes de trouver des contes similaires dans les régions avoisinantes. La Basse-Bretagne ne connaît pas de fées des houles, attribuant plutôt les cavernes côtières aux korrigans. En Normandie, de très rares légendes rappellent ces créatures, une tradition attribuant des habitants féeriques aux houles, nommées les « Houles et trous des fées dans le Cotentin et les Îles anglo-normandes » in Guide Gallimard : Basse-Normandie, Calvados, Manche, Orne
Par contre, des récits très similaires ont été collectés sur l'île de Guernesey, où est répertorié un Creux-des-Fées tapissé de mica qui le fait briller comme de l'or. Edgar MacCulloch y voit l'origine de la légende selon laquelle les fées possèdent de grandes richesses et sortent danser la nuit à la pleine lune.
Contes et légendes collectés Sébillot recense une cinquantaine de contes ou fragments de légendes faisait intervenir les habitants des houles. Il parle des histoires de fées des houles comme des . Le premier conte de fées collecté dans sa carrière se trouve être celui de « La Houle Cosseu », confié en 1866 par Anselme Carré, fils d'un pêcheur de Saint-Jacut-de-la-Mer, qu'il a rencontré au collège de Dinan. Quelques années plus tard, il recueille le conte de la « Goule-ès-fées » d'Auguste Lemoine, publié dans Littérature orale de la Haute-Bretagne avec de nombreux mots de patois suivant sa version contée en « dialecte gallo de la côte ».