Gustav Mevissen, appelé à partir de 1884 Gustav von Mevissen (né le à Dülken et décédé le à Bad Godesberg), est un industriel et homme politique prussien. Après des débuts dans le textile, il investit dans les chemins de fer et dans l'industrie lourde. Pionnier, il fonde également plusieurs banques dont la ainsi que des sociétés d'assurance. Sur le plan politique, il est un des meneurs des libéraux rhénans. Il entre au parlement provincial de Rhénanie, puis au parlement uni prussien et enfin au parlement de Francfort durant la révolution de mars 1848. En 1866, il intègre la chambre des seigneurs de Prusse, la chambre haute du parlement prussien.
Famille et études Gustav Mevissen est issu d'une famille de commerçants établis dans les alentours de Krefeld qui compte déjà aux débuts de la révolution industrielle comme un centre textile d'importance. Sa famille est de confession catholique. Il est le fils de Gerhard Mevissen (1776–1843), qui partit du bas de l'échelle était devenu un expert du fil retors. En 1798, il acquit un moulin équipé d'une machine à filer auquel il ajoute une mercerie. Il est donc à la fois commerçant et industriel. Cela lui permit de tisser de nombreuses relations commerciales dans la région. En 1834, Gerhard achète également une huilerie. La mère de Gustav se nomme Catharina Elisabeth, née Gierlings. Son père n'est pas seulement un homme d'affaires, c'est également un homme éclairé, qui suit avec attention les développements sociétaux de son époque. Il éduque ses enfants dans l'esprit de Johann Heinrich Pestalozzi. À partir de 1828, Gustav Mevissen va au lycée protestant de Cologne, puis au lycée catholique , il fréquente ensuite une . Bien qu'il se montre intéressé par les sciences, il commence à travailler chez son père dès 1830 et y suit une formation de commerçant. Il toutefois beaucoup et se forme en parallèle de cette façon. Il voyage également de 1836 à 1838 et se rend en Belgique, en France et en Angleterre.
Mevissen épouse en 1846 Elise Leiden. Ensemble, ils ont cinq filles, parmi lesquelles la juriste . Elise meurt en 1857. En 1860, Mevissen se remarie à Therese Leiden, la sœur de sa première femme.
Homme d'affaires thumb|Le d'octobre 1842 En 1834, Mevissen prend la direction de l'huilerie familiale et est la même année un des cofondateurs de l'Organisme général pour le commerce et l'industrie de Cologne. Quatre ans plus tard, il est associé dans la création de la Société germano-anglaise de navires à vapeur. Il reprend et dirige, au côté de sa sœur Wilhelmina, l'usine textile de son père l'année suivante. En 1839, il cofonde le journal , littéralement .
Il déménage à Cologne en 1841. Avec un associé, il crée un commerce de gros pour le textile. Après le mariage de sa sœur, son beau-frère s'occupe de la direction des affaires à Dülken, pendant que Gustav concentre toujours plus ses activités à Cologne. En 1842, il y est cofondateur avec notamment Ludolf Camphausen du journal , littéralement . Cette nouvelle parution a des opinions marquées aussi bien dans le domaine politique qu'économique. Le rédacteur en chef est Karl Marx et Mevissen y écrit lui-même quelques articles. Cependant, le journal doit cesser son impression dès 1843 à cause de la censure prussienne.
Même si le textile reste le cœur de son activité, il se diversifie dans de nombreuses branches, en particulier dans le transport, l'industrie lourde, l'assurance et la banque. Dès les années 1830, il s'exprime pour la création de sociétés anonymes, dans le but notamment d'aider au financement des filatures équipées de machines. Dans les années 1840, il plaide pour cette forme de sociétés à l'usage des mines et des banques. La bureaucratie prussienne se montre toutefois réticente.
En 1843, Mevissen entre à la direction de la Compagnie des chemins de fer rhénans. Il en est le président de 1844 jusqu'à sa nationalisation en 1880. Entre 1846 et 1847, l'Union des administrations ferroviaires allemandes est créée. Elle est chargée de l'harmonisation des normes techniques et des procédures de fonctionnement des nombreuses sociétés, privées ou publiques, d'exploitation des chemins de fer et sert en même temps de groupe de pression auprès du gouvernement. Mevissen joue un rôle important dans la direction de cet organisme.
Mevissen participe à la fondation de la société d'assurance en 1845. En , il devient directeur de la filiale à Cologne de la caisse de crédit. En septembre de la même année, le nouveau gouvernement prussien Camphausen-Hansemann le nomme commissaire pour le sauvetage de la banque et sa transformation en une société anonyme. Il devient par la suite le premier directeur de cette société. En 1857, il devient membre de son conseil de surveillance où il reste jusqu'en 1875. Sous sa direction, la banque continue d'être impliquée dans le financement de l'industrie naissante. Par exemple, il participe dès 1856 au financement de l'exploitation des ressources en minerai dans la région de Siegen.
Homme politique Libéralisme et paternalisme Politiquement, Gustav Mevissen est tout d'abord fortement influencé par le libéralisme sud-allemand mené par Karl von Rotteck notamment. En 1835, il écrit même une ode à Rotteck. Deux ans plus tard, après la lecture du Prusse et France de David Hansemann, il ébauche une lettre aux présidents de districts pour protester contre le taux élevé de l'impôt. Entré en contact avec Ludolf Camphausen et Hermann von Beckerath, Mevissen devient progressivement un des meneurs des libéraux rhénans. Cette famille politique est particulièrement influencée par le développement de l'industrie, ses membres étant souvent eux-mêmes commerçants ou entrepreneurs. Mevissen déclare ainsi en 1840 : . En Allemagne, , .
En 1844, Mevissen devient membre de la chambre de commerce de Cologne ; de 1856 à 1860, il en est le président. Ses déclarations en matière économique ne reflètent pas toujours l'avis de la majorité des membres, qui sont partisans du libre-échange, mais sont plutôt inspirées par Friedrich List. Il accueille certes positivement la création du , l'union douanière allemande, mais il est avant tout favorable à la mise en place de barrières douanières élevées et aux interventions étatiques. En parallèle, il demande une politique sociale plus ambitieuse. Durant la crise bancaire de mai 1873, causée en partie par des surcapacités de production, il demande de nouveau un politique d'intervention publique en matière économique.
Le sentiment de la nécessité d'une libéralisation du système politique va de pair avec la peur d'une révolution des couches sociales les plus défavorisées. En 1845, il écrit : . Mevissen ne craint pas tant les ouvriers, qui sont encore en nombre très limité, que les paysans menacés par l'appauvrissement. Il considère en conséquence, que la société a besoin de réformes en profondeur. Il croit qu'une industrie en expansion, soutenue activement par l'État, peut apporter sur le long terme la prospérité et lutter contre la pauvreté. Ses opinions en matière de politique sociale se manifestent par sa participation active entre 1844 et 1845 à l'. Il considère par ailleurs qu'une constitution est un prérequis à la mise en place de ces politiques. Elle est donc au centre de ses préoccupations dans les années 1840.
Tandis que d'autres libéraux rhénans souhaitent se protéger de la pression venant des classes sociales défavorisées au moyen d'un suffrage censitaire, Mevissen s'exprime pour l'égalité en matière de droits politiques. . Hans-Ulrich Wehler désigne ainsi Mevissen de fer de lance du libéralisme social éclairé, qui avec ses requêtes va plus loin que ses contemporains libéraux. À partir des années 1840, Mevissen est membre et fondateur de plusieurs associations à buts sociaux ou caritatifs. Pour ses employés, il met en place une caisse d'assurance maladie, une caisse d'invalidité, une protection pour les veuves et les orphelins, enfin il fait construire un hôpital. En 1879, il joue également le mécène pour l'historien Karl Lamprecht. Ensemble, ils fondent en 1881 la Société d'histoire rhénane. La fondation de la en 1901 est aussi due à son initiative : il avait en effet mis en place une fondation pour financement dès 1879. À sa mort, il lègue à la ville de Cologne sa bibliothèque personnelle contenant près de livres. Ils sont aujourd'hui conservés dans la bibliothèque de l'université de Cologne.
Activités politiques durant le Mevissen devient très actif politiquement à partir du milieu des années 1840. Ainsi, en 1845, il participe à la préparation de deux pétitions demandant la création d'une assemblée nationale, la liberté de la presse, des séances publiques au parlement provincial et favorable l'émancipation des juifs. Avec d'autres, et de manière illégale, il rassemble et diffuse les comptes-rendus des séances du parlement provincial de l'année 1845. Il écrit à son beau frère à propos du succès de cette opération :
En 1846, il entre au parlement provincial rhénan et siège dans l'opposition. En conséquence, un poste d'adjoint en mairie lui est refusé en 1847 par l'administration prussienne. La même année, il est élu par la circonscription de Gladbach, dans laquelle se trouve sa ville natale Dülken, au parlement uni prussien. Malgré une nouvelle tentative de l'administration prussienne de rejeter sa candidature, il parvient à occuper son siège. La loi sur la dette publique du a rendu nécessaire la convocation du parlement afin de permettre la contraction d'un prêt pour financer la construction d'une ligne de chemin de fer dite de l'« est » qui devait relier Berlin à Königsberg. Bien que cette assemblée soit constituée de représentant des différents ordres de la société au lieu d'être élue de manière libre, les hommes politiques libéraux et démocrates de toute l'Allemagne attendent beaucoup de son ouverture. Mevissen et Hansemann y mènent les débats pour les libertés des citoyens, de la presse et l'indépendance de la justice. Mevissen joue les médiateurs et permet aux libéraux de l'Ouest du Rhin de trouver un compromis avec les nobles libéraux de l'Est du pays. Ces derniers souhaitent, en effet, ne pas répondre à leur convocation tandis que ceux de l'Ouest veulent siéger pour permettre l'ouverture de négociations. Finalement, les représentants libéraux répondent à leur convocation, mais refuse d'approuver l'emprunt, qui pourtant leur auraient été favorable d'un point de vue financier. Mevissen formule à sa femme ses objectifs :
Comme dans le parlement provincial, les séances ne sont pas ouvertes au public. Mevissen fait toutefois en sorte, que la presse, et en particulier le , soit informée en leur rapportant les discussions. Les libéraux rhénans jouent un rôle important dans les débats. Un député écrit ainsi à Johann Jacoby : Avec Rudolf von Auerswald et Georg von Vincke, Mevissen rédige un article qui affirme qu'à cause des lois en vigueur, le parlement uni doit être convoqué de manière régulière. Ce texte est signé par 138 députés. Camphausen refuse toutefois. Dans la suite des négociations, Mevissen est poussé sur la défensive : Le parlement uni prussien a permis à Mevissen de ses faire un nom comme meneur des libéraux en Allemagne. Il est ainsi invité par Hansemann pour l'assemblée d'Heppenheim. Il se trompe toutefois dans la date et vient à la rencontre avec un jour de retard.
Action politique au début de la révolution de mars thumb|Réouverture du parlement uni prussien en 1848