Les (« Annales du royaume des Francs » ; en allemand , « Annales impériales »), appelées autrefois (Grandes Annales de Lorsch) et plus tard parfois annales nazariennes. ; du nom de l'abbaye de Lorsch où fut découvert au le premier manuscrit connu, sont un ouvrage historique rédigé dans le cadre de la monarchie carolingienne, rapportant année après année les événements survenus entre l'an 741 (mort de Charles Martel) et l'an 829 (début de la crise du règne de Louis le Pieux).

Élaboration L'élaboration de ces annales, qui ont sûrement eu plusieurs auteurs successifs, a fait l'objet depuis deux ou trois siècles de débats très nourris qui sont loin d'être clos. On dispose d'une compilation existant en versions un peu différentes, et de nombreux scénarios ont été proposés pour sa mise au point.

Il y a un petit nombre de faits sur lesquels tout le monde s'accorde à peu près : que la section 741-788 a été écrite d'un seul jet, à partir de sources en grande partie connues, par un lettré ou scribe de la cour de Charlemagne, peut-être de la chancellerie. ; la suite est faite de continuations ajoutées progressivement ; à la fin, la section 820-829 est également attribuée unanimement à une même plume, peut-être celle d'Hilduin de Saint-Denis, alors archichapelain du palais de Louis le PieuxHypothèse formulée pour la première fois par Gabriel Monod, « Hilduin et les », Mélanges Julien Havet, Paris, E. Leroux, 1895, 57-65. Hilduin fut banni momentanément et perdit ses fonctions au palais en 830.. Entre les deux, on remarque que la section 789-795 donne des informations plus maigres. Entre 796 et 820, divers découpages ont été proposés. Au-delà des noms divers avancés, l'essentiel est que l'ensemble est une production de la cour de Charlemagne et de Louis le Pieux, comme l'a fermement établi au milieu du l'historien Leopold von Ranke (qui a imposé le titre ).

Certains manuscrits donnent une version remaniée du début jusqu'en 801 : stylistiquement (l'autre version, en mauvais latin, a parfois été appelée « Annales plébéiennes »), et en enrichissant le texte de détails et d'observations. On trouve aussi des remaniements stylistiques entre 802 et 812. Cette autre version plus élaborée sur toute la première partie a longtemps été attribuée à Éginhard (), depuis André Duchesne et Jean Mabillon notamment, à cause de rapprochements avec la , et du témoignage du moine Odilon de Saint-Médard (début du ), qui parle des « Annales d'Agenhard »Odilon de Saint-Médard de Soissons († vers 920), auteur d'une Histoire de la translation des reliques de saint Sébastien dans son monastère, qui eut lieu en 826, et qui cite dans sa préface les « Annales d'Agenhard ». On trouve effectivement, dans les Annales que nous lisons, mention de cette translation, organisée par Hilduin de Saint-Denis, pour l'année 826. Mais les figurent dans presque tous les manuscrits connus à la suite de la , et c'était peut-être le cas dans le manuscrit dont disposait Odilon, ce qui ne veut pas dire que les deux textes soient du même auteur. Quant aux rapports entre les deux, on pense plutôt aujourd'hui qu'Éginhard a consulté les Annales pour écrire sa .. De nos jours, on ne croit plus guère qu'il en soit l'auteur.

Ces annales « officielles » ont eu deux prolongements : les Annales de Fulda () pour le royaume de Francie orientale, qui poursuivent la recension des événements jusqu'en l'an 902, les Annales de Saint-Bertin () pour le royaume de Francie occidentale, qui poursuivent la recension des événements jusqu'en l'an 882.

Les manuscrits et les différentes versions

Les manuscrits de la version non remaniée se divisent en quatre classes. : la classe A (un texte 741-788) n'est plus représentée que par l'édition imprimée d'Henri Canisius, car son manuscrit a disparu ; la classe B a un texte 741-813 ; la classe C a un texte 741-829, certaines informations des années 773 et 776 sont données dans un autre ordre (par intégration de notes marginales sans doute), et il est question pour 828 d'une pluie de froment dans la région d'Agen qui n'est mentionnée que là (l'archétype de cette classe C a été établi en 830, et les Annales de Saint-Bertin ont été écrites à la suite, comme continuation) ; la classe D diffère des autres en ce qu'elle mentionne en 785 la conjuration du comte Hardrade et en 792 celle de Pépin le Bossu.

La version remaniée () est connue par une dizaine de manuscrits, et figure presque toujours à la suite de la d'Éginhard.

Contenu

L'histoire des règnes concernés est rapportée de façon assez sommaire, comme c'est généralement le cas dans l'écriture annalistique. Ainsi, pour l'année 772, ces annales évoquent une assemblée tenue à Worms, puis une expédition en Saxe, la prise du fort saxon d'Eresburg et la destruction du sanctuaire d'Irminsul, puis le fait que Charlemagne fête Noël à Herstal. Les ajoutent au début la mort du pape Étienne III et l'avènement d'Adrien I.

On peut interpréter ces annales comme un instrument aux mains des souverains francs, pour justifier leurs décisions politiques et militaires. En effet, les ont servi plus d'une fois à fonder des revendications mal assurées, en fournissant un argument de .

Malgré leur fidélité douteuse aux événements, ces annales forment l'une des sources écrites majeures du Haut Moyen Âge et un objet d'étude central de l'histoire médiévale.

Les éditions et traductions Époque moderne

Les ont été publiés pour la première fois, avec la d'Éginhard, par le comte Hermann de Neuenahr, en latin , prévôt des chapitres de Cologne et d'Aix-la-Chapelle, chancelier de l'Université de Cologne (Cologne, 1521).

L'autre version (en fait le texte non remanié de la section 741-788), fournie par un manuscrit de l'abbaye de Lorsch (aujourd'hui perdu), a été éditée en 1603 à Ingolstadt par Henri Canisius, dans le tome III de ses , sous le titre d'.

Époque contemporaine Texte latin

La consultation du catalogue SUDOC. Remarque : les ISBN ne fournissent pas un volume précis, c'est pourquoi les notices SUDOC sont indiquées lorsqu'il y en a. semble indiquer que les ARF n'ont été éditées en latin que par des chercheurs allemands, à la fin du et au cours du : Friedrich Kurze et Georg Friedrich Pertz (éditeurs), : Eginhard. L'ouvrage comprend les ARF et des annales attribuées à Eginhard, , les annales qui sont dites d'Eginhard., Hahnsche Buchhandlung, coll. « », Hanovre, 1895 (réimprimé en 1950 par la même maison d'édition), + 204 p., in-octavo [SUDOC notices 17 et 10). Texte des deux annales en vis-à-vis. Reinhold Rau (éditeur), , dans (, FSGA, vol. 5), Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1955 (réimprimé en 1974, 1987), . Traduction allemande en vis-à-vis. [SUDOC notice 6] , dans , éd. Bogon Mueller Pentzel, Berlin, 1998, 1 CD-ROM. Références à préciser : il semble s'agir d'un livre avec CD-ROM ou plutôt d'un livre sur CD-ROM.

Traductions en français

Une traduction en français a été réalisée au et a été récemment rééditée (au moins partiellement). Yves Germain et Eric de Bussac (éditeurs), Annales de Pépin le Bref et Charlemagne (741-814), traduction de François Guizot, Paléo, Clermont-Ferrand, 2010, 114 pp. [].

Sur le net Texte latin () ()

Notes et références Notes

Références

Annexes Bibliographie Les éditions et traductions du texte comportent des éléments explicatifs (introduction, notes, etc.) essentiels.

. . Liens externes

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