thumb|upright=1.9|Diagramme sur le système d'intelligence compétitive et technologique. Lintelligence économique est l'ensemble des activités coordonnées de collecte, de traitement, de diffusion, de protection de l'information utile aux acteurs économiques, et d'actions d'influence et de notoriété. Elle se distingue de l'espionnage économique et/ou industriel car elle se pratique ouvertement et utilise uniquement des informations blanches ou grises obtenues par des moyens légaux. Le terme intelligence économique vient d'une traduction de l'expression anglaise .

Les spécialistes du domaine résument l'intelligence économique en un triptyque : veille (acquérir l'information stratégique pertinente), protection des informations (ne pas laisser connaître ses informations sensibles) et influence (propager une information ou des normes de comportement et d'interprétation qui favorisent sa stratégie).

Définitions La définition de l'intelligence économique a longtemps fait l’objet d’intenses débats théoriques et pratiques. La première définition de l'intelligence économique moderne date de 1967 par Harold Wilensky, dans un ouvrage intitulé L'Intelligence organisationnelle (.). Il définit l'intelligence économique comme .

Cette définition a été reprise et travaillée une première fois en France par la commission Intelligence économique et stratégie des entreprises du commissariat général du Plan en 1993, sous la présidence d'Henri Martre. Le rapport Martre, œuvre collective du commissariat du Plan intitulée « Intelligence économique et stratégie des entreprises »La Documentation française, Paris, 1994., donne la définition suivante :

Claude Revel présente l'intelligence économique sous trois volets : la gestion d'information ou des connaissances, la protection et l'influence. : Rémy Pautrat propose la définition d'une intelligence territoriale.

La remise d'une information stratégique et utile au bon moment, à la bonne personne et dans le bon contexte permet d'obtenir un avantage compétitif décisif. Certaines entreprises sensibles, notamment dans des secteurs fortement concurrentiels, comme les industries de l'armement, pharmaceutique ou automobile, sont des précurseurs dans le domaine de l'intelligence économique.

Cycle, contenu et fonctions de l’intelligence économique L’intelligence économique peut : soit rechercher des informations sur un sujet déterminé considéré comme stratégique : question posée par la direction conduisant à la recherche de renseignement ; soit recueillir des informations sur le contexte de l'organisation à partir du processus de veille, discerner celles qui sont d'un intérêt stratégique pour l'entreprise, les structurer dans la mémoire collective, et définir les plans d'action.

La première approche est l'approche classique du renseignement qui était adoptée par les services secrets. Elle est critiquée par Harold Wilensky en 1967 et Steven Dedijer en 1972.

La deuxième approche est la nouvelle approche de l'intelligence économique, dans le cadre de la mondialisation. Elle privilégie la perception de l'environnement, en utilisant les sources ouvertes, qu'elles soient obtenues par les relations humaines ou des sources écrites.

Les Américains appellent le processus de renseignement d'origine sources ouvertes open source intelligence (OSINT).

Aux États-Unis, plusieurs concepts illustrent l'interaction croissante entre les domaines d'activité (environnement, social, économique, juridique, militaire…) : le concept d'économie circulaire employé par Al Gore ; les concepts de croissance en limitation de ressource de Paul Romer ; les systèmes d'information agiles de l'architecture orientée services et réseau centré.

Dans le deuxième cas, on ne sait pas exactement ce que l'on va trouver. Par rapport à la vision technique du renseignement, l'analyse des informations, leur structuration, leur déclinaison en stratégie et la mise en œuvre des actions sont plus élaborées et beaucoup plus réparties dans l'organisation.

Les axes d'effort sont alors la recherche et recueil des informations, leur traitement, la formulation de raisonnements stratégiques, la mise en œuvre des actions et l'animation des réseaux, l'évaluation des effets et mutualisation des pratiques.

Bernard Besson et Jean-Claude Possin distinguent quatre fonctions de l'intelligence économiqueL'audit d'intelligence économique, Mettre en place et optimiser un dispositif coordonné d'intelligence économique, Dunod, . : le réseau est souvent divisé en réseau externe, constitué de personnes n'appartenant pas à l'entreprise, de provenances diverses (connaissances des employés, clients, fournisseurs, partenaires, contacts délibérés…) et en réseau interne, à savoir les employés de l'organisation qui peuvent servir d’experts sur une question, et fournir des informations ; la mémoire est le seul organe spécifique de l'intelligence économique. Elle est chargée de mémoriser les informations et connaissances explicites de l'entreprise, obtenues ou non grâce à l'intelligence économique. Elle peut être organisée dans le cadre d'un projet d'ingénierie des connaissances. Il s'agit d'un référentiel structuré dont, idéalement, les données principales (métadonnées) sont compatibles avec la structure du système d'information et répondent à des normes de mise en cohérence interne et externe ; la maîtrise. L'intelligence économique est au service de l'organisation. À ce titre, elle est pilotée par le chef d'entreprise, qui doit définir ses objectifs et les grandes questions auxquelles elle devra répondre. La qualité des questions est capitale pour obtenir des informations intéressantes. Au départ, les questions devront rester les plus ouvertes possibles pour ne pas exclure a priori des informations clés qui pourraient surgir du contexte. L'éthique et la déontologie relèvent de cette fonction ; lanalyse. Il s'agit des correspondants du réseau d'intelligence économique qui produisent des questions pertinentes et valident les réponses en offrant des choix multiples à l'entreprise. Elle est organisée transversalement, comme le réseau et la mémoire. Jean-Louis Levet et Robert Paturel identifient, de leur côté, les quatre fonctions suivantes : maîtrise du patrimoine scientifique et des savoir-faire, détection des occasions et des menaces, coordination des stratégies, mise en œuvre de pratiques d'influenceJean-Louis Levet et Robert Paturel, L'intégration de la démarche d'intelligence économique dans le management stratégique, Acte de la conférence de l'Association Internationale de Management Stratégique, Lille, 13-15 mai 1996, 20 p., pages 6-7..

On peut rapprocher ces fonctions de notions similaires quoiqu'assez différentes : les éléments clés de la stratégie donnée en réseau centré du département de la défense des États-UnisVoir Net-centric data strategy , pages 3 à 9 ; voir aussi Department of Defense Architecture Framework..

Processus d'intelligence économique dans le cycle moderne Veille Le recueil des informations est l’objet du processus de veille (passif) ou de renseignement (actif), qui est une recherche proactive d'informations. Ces informations sont, soit orales obtenues par relations humaines (renseignement humain, « HUMINT » en langage de renseignement), soit écrites recueillies par un processus d'intelligence des sources ouvertes (renseignement d'origine source ouverte, « OSINT ») et de recherche d'information sur le Web à l'aide de moteurs de recherche.

Le processus d'intelligence fait appel à des qualités de discernement ou d'intuition de la part des veilleurs et des experts, dans la perception de l'environnement.

L'intuition est une prise de conscience immédiate et individuelle. Elle peut conduire à des erreurs d'appréciation. Il faut donc vérifier les informations à partir de plusieurs sources, et discerner par perception précoce quelles sont les informations justes, utiles, dont on pourra faire le meilleur usage, en fonction de la réglementation par exemple, ou du contexte.

La veille passe par l'utilisation sur le Web de moteurs de recherche sophistiqués, dont les performances dépendent des caractéristiques techniques : recherches plein texte, ou, de plus en plus, recherches sémantiques avec utilisation de métadonnées. La veille doit dépister les stratégies de diversion de l'adversaire, qui peuvent se manifester par des rumeursStéphane Mortier, « La rumeur, outil d'intelligence économique », Revue de la gendarmerie nationale, , juin 2012., des bruits, de la désinformation.

Les différents types de veille sont : Veille acquisitions Veille boursière Veille commerciale Veille concurrentielle Veille créative Veille environnementale Veille juridique Veille médiatique Veille pédagogique Veille politique Veille propriété industrielle et intellectuelle Veille juridique et réglementaire Veille scientifique Veille signaux faibles Veille sociale Veille sociétale Veille sportive Veille stratégique Veille technologique Veille territoriale

Traitement et interprétation des informations recueillies Les informations recueillies sont analysées et structurées par la méthode Forces, faiblesses, occasions, menaces (matrice FFOM). L'équivalent en anglais est (SWOT).

L'utilisation du modèle de Learned, Christensen, Andrews et Guth (Harvard, 1962), plus connu sous le nom de SWOT, est cependant critiquée.

Formulation des raisonnements stratégiques À ce stade, l'organisation peut être amenée à définir un plan de protection du patrimoine informationnel, et une stratégie de sécurité des systèmes d'information.

Mise en œuvre des actions et animation des réseaux La blogosphère de l'intelligence économique est présente sur Internet à travers de nombreux sites généralistes ou centrés sur un thème particulier comme la veille, la géostratégie, l'e-réputation, le lobbying, la cybercriminalité ou la gestion des connaissances.

Politiques mises en place En France

1970 - 1994 : La veille avant l'intelligence économique (les prémices) Alors que les États-Unis et le Japon développent leur démarche d'intelligence économique, la France se sensibilise peu à peu à ses enjeux. Le but de l’intelligence économique en France sera de ..