Le Rallye de Grande-Bretagne 1973 (29th Daily Mirror RAC Rally), disputé du 17 au , est la douzième manche du championnat du monde des rallyes 1973 (WRC), inauguré cette même année.

Contexte avant la course Le championnat du monde

1973 est la première année du Championnat Mondial des Rallyes pour Marques, qui a succédé au 'Championnat d'Europe des Rallyes pour Marques', disputé de 1968 à 1972. Constitué de treize épreuves internationales, il est réservé aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

Le rallye RAC constitue l'avant-dernière épreuve d'une saison nettement dominée par Alpine-Renault, à qui le titre mondial ne peut plus échapper, son principal adversaire Fiat comptant plus de quarante points de retard. Officiellement, le titre n'est cependant pas acquis pour le constructeur français, les résultats de l'épreuve autrichienne étant suspendus à une décision de la FIA, à la suite d'une réclamation du constructeur allemand BMW, après disqualification l'ayant privé de la victoire dans cette manche.

L'épreuve

thumb|200 px|left|alt=Jeep|L'édition 1972 fut remportée par Roger Clark sur Ford Escort RS (ici lors d'une épreuve historique). Créé en 1932, tout d'abord épreuve de maniabilité et d'orientation, le rallye de Grande-Bretagne (communément appelé rallye RAC car organisé par le Royal Automobile Club) n'est devenu une véritable épreuve de vitesse qu'au début des années 1960. La compétition automobile étant interdite sur le réseau routier anglais, celui-ci n'est utilisé que pour le parcours de liaison, les épreuves spéciales étant disputées dans des parcs ou sur des chemins privés. Le parcours est tenu secret, les concurrents ne découvrant l'itinéraire qu'au moment du départ, et les reconnaissances sont donc impossibles. Cette spécificité avantage les concurrents disputant régulièrement les rallyes nationaux britanniques, empruntant souvent les mêmes chemins. Les favoris sont donc les pilotes locaux, ainsi que les pilotes finlandais et suédois qui courent régulièrement outre-manche. La victoire de l'Anglais Roger Clark sur Ford Escort en 1972 a mis fin à la domination exercée par les Scandinaves depuis 1960.

Le parcours thumb|upright=1.2|right|alt=York|La cité de York, point central du rallye RAC. départ : de York arrivée : à York distance : dont sur 70 épreuves spéciales (80 épreuves initialement prévues, soit 540,02 km) surface : terre Parcours divisé en trois étapes

Première étape York - York, 1710 km (Angleterre et pays de Galles), du 17 au 32 épreuves spéciales, 217,29 km (37 épreuves initialement prévues, pour un total de 230,96 km) Deuxième étape York - York, 1600 km (Angleterre et Écosse), du 19 au 30 épreuves spéciales, 201,21 km (35 épreuves initialement prévues, pour un total de 225,36 km) Troisième étape York - York, 270 km (Yorkshire), 8 épreuves spéciales, 83,7 km

Les forces en présence Près de deux-cents équipages vont participer à cette épreuve où s'affrontent un grand nombre de constructeurs :

Ford Vainqueur l'année précédente, Ford a engagé trois Escort RS1600 groupe 2 (2000 cm3, 235 ch à 8200 tr/minRevue L'Automobile n° 332 - janvier 1974, environ 800 kgRevue Moteurs-courses n°99 - 15 mars 1973) pour Roger Clark, Hannu Mikkola et Timo Mäkinen. Ces voitures sont, avec les BMW et les Datsun, les plus puissantes du plateau et données favorites de cette course. En plus des trois voitures d'usine, on compte un grand nombre d'Escort privées (les Ford représentent près de la moitié des engagés !), dont celles de Markku Alén, Andrew Cowan, Russell Brookes, Drew Gallacher ou Barry Lee, également très bien préparées et pouvant jouer les premiers rôles.

Alpine-Renault Le RAC n'était initialement pas au programme du constructeur français, virtuellement champion du monde, qui a néanmoins engagé deux berlinettes A110 groupe 4 (1800 cm3, 175 chevaux, 710 kg) pour Jean-Luc Thérier et Jean-Pierre Nicolas, quelques points supplémentaires pouvant s'avérer cruciaux dans le cas où le tribunal d'appel de la FIA annulerait le résultat de l'épreuve autrichienne. Les pilotes visent donc avant tout une place d'honneur. On note également la présence au départ de Pat Moss-Carlsson, sur une berlinette privée.

BMW thumb|200 px|left|alt=BMW 2002|La BMW 2002 groupe 2 (ici lors d'une course historique), une des principales concurrentes des Ford Escort. Les 2002 groupe 2 engagées par l'usine disposent d'un moteur deux litres seize soupapes développant plus de 220 chevaux, dont le principal atout est la souplesse. Elles sont confiées à Björn Waldegård et Achim Warmbold. Malgré leur poids relativement important (1100 kgRevue Sport Auto n°142 - novembre 1973), elles peuvent se montrer très efficaces sur les chemins forestiers. Avec les Saab, ce sont les principales concurrentes des Ford Escort dans cette épreuve.

Datsun En plus des trois puissants coupés 240Z groupe 4 (moteur 2400 cm3 à injection) pilotés par Tony Fall, Harry Källström et Chris Slater, l'usine a engagé un coupé Sunny groupe 2(1300 cm3, 125 chevaux) pour le Kényan Shekhar Mehta.

Fiat Forfait lors de l'épreuve précédente, le constructeur italien a engagé deux spiders 124 rallye groupe 4 (1750 cm3, 170 ch, 960 kg) pour Sergio Barbasio et Maurizio Verini. Ces voitures ne sont pas assez rapides pour jouer la victoire, d'autant que leurs pilotes ne sont pas spécialistes de l'épreuve britannique. Leur fiabilité peut néanmoins leur permettre d'obtenir un classement correct.

Lancia La Scuderia Lancia a engagé un seul équipage pour cette épreuve, pour Amilcare Ballestrieri. Il dispose d'une Fulvia HF(1600 cm3, 160 ch, 870 kg), une voiture qui a remporté le RAC à deux reprises en 1969 et 1970 avec Harry Källström mais qui ne peut plus espérer figurer aux avant-postes face à des concurrentes bien plus puissantes.

Opel Avec 24 voitures au départ, Opel est le constructeur le plus représenté après Ford. Parmi les équipages les plus en vue, on trouve les trois Ascona groupe 2 préparées par Irmscher (2 litres, 180 chevaux, 1050 kg) et confiées à Rauno Aaltonen, Walter Röhrl et Lars Carlsson. Opel-Suède a également engagé deux Ascona groupe 2 pour Ove Eriksson et Anders Kulläng. Parmi les privés, Gunnar Blomqvist dispose d'une voiture identique, d'un niveau de préparation égal. Opel est aussi bien représenté en groupe 1, avec notamment les deux Commodore GSE engagées par le Greder Racing, pilotées par Henry Greder et Marie-Claude Beaumont.

Saab thumb|200 px|right|alt=V4|Les Saab 96 groupe 2 disposent d'un moteur Ford V4 de 165 chevaux. Le constructeur suédois a engagé trois Saab 96 groupe 2 (moteur Ford V4 de 1850 cm3, 165 chevaux, environ 1100 kg) pour Stig Blomqvist, Per Eklund et Simo Lampinen. Ces robustes voitures se sont toujours montrées très à l'aise sur les chemins britanniques, en particulier dans les ornières. Tapio Rainio, engagé à titre privé, dispose d'un modèle identique.

Toyota Le TTE a engagé deux coupés Celica groupe 2 à moteur double arbre (1600 cm3, 160 ch, 1100 kg) pour Ove Andersson et Leif Asterhag.

Volvo Engagé à titre privé, le pilote suédois Per-Inge Walfridsson dispose d'une Volvo 142 S groupe 2 bénéficiant d'une préparation usine.

Déroulement de la course En raison de la crise pétrolière due à l'embargo de l'OPEP, les organisateurs ont, sur les conseils du gouvernement, amputé le parcours de dix épreuves spéciales, l'objectif étant de réduire les dépenses de carburant d'environ 10 %Revue Sport Auto - janvier 1974.

Première étape Les 198 équipages s'élancent de York le samedi à partir de neuf heures du matin, en direction de Northampton. Cette première étape les emmène au pays de Galles, en passant par Birmingham, avant de les ramener à York par le même chemin. Le parcours étant tenu secret jusqu'au départ, les concurrents découvrent l'itinéraire au dernier moment.

Vainqueur l'année précédente, le Britannique Roger Clark (Ford Escort) attaque dès les premières spéciales et s’empare du commandement, juste devant son coéquipier Markku Alén, mais les écarts sont très faibles en ce début de course, les dix premiers n'étant séparés que par une poignée de secondes. Le Finlandais Timo Mäkinen, également sur Escort, porte une première estocade dans le troisième tronçon chronométré et prend la première place. Clark résiste et reprend de peu l'avantage dans la spéciale de Sutton Park, où bon nombre de concurrents se font piéger dans un virage qui suit une longue ligne droite de la forêt de Leicester. C'est tout d'abord Jean-Luc Thérier qui arrive trop vite et ne peut éviter la sortie de route. L'Alpine a peu souffert et le pilote normand peut repartir avec l'aide des spectateurs, nombreux en cet endroit. Hannu Mikkola (Ford Escort) n'a pas cette chance : sorti plus violemment, il doit abandonner, un doigt cassé à cause du retour de volant. Tony Fall quitte également la piste, brisant la direction de sa Datsun 240Z. Alén, qui effectue un brillant début de course, endommage également sa voiture à cet endroit, mais peut repartir, ayant perdu plus de cinq minutes et plongé de la troisième à la cent dix-septième place du classement général. Au total vingt pilotes ne pourront éviter la sortie de route dans ce virage ! Mäkinen compte alors neuf secondes de retard sur Clark, ils sont talonnés par Stig Blomqvist (Saab 96) et Björn Waldegård (BMW 2002).

Alors que Thérier abandonne rapidement (distributeur), Mäkinen se rapproche de Clark ; le Finlandais va se montrer régulièrement le plus rapide dans les forêts galloises, repassant en tête et laissant Clark, Waldegård et Blomqvist se disputer la seconde place. Grippé, Clark va perdre du terrain sur ses adversaires au cours de la nuit. Alors qu'il s'est installé en seconde position, ayant dépassé Waldegård, Blomqvist va percuter une souche. Ayant perdu peu de temps, il peut repartir mais la suspension a souffert et le pilote Saab va devoir renoncer quelques spéciales plus tard. Waldegård ne relâche pas la pression sur Mäkinen, prenant même brièvement la tête lorsque son adversaire part à la faute dans la seizième spéciale. Le pilote Ford reprend aussitôt l'avantage, qu'il va garder jusqu'au terme de cette première étape, rejoignant York le dimanche soir avec une avance de plus de trois minutes. Après un sérieux passage à vide durant la nuit, Clark, un moment devancé par l'Opel Ascona d'un brillant Walter Röhrl, a récupéré la troisième place lorsque l'Allemand a connu quelques soucis d'accélérateur et de freins. Alén, quant à lui, a effectué une impressionnante remontée et achève cette première partie du parcours en treizième position.

+ classement à l'issue de la première étape Pilote Copilote Voiture Temps Écart Groupe 1 Timo Mäkinen Henry Liddon Ford Escort RS1600 2 h 58 min 47 s 2 2 Björn Waldegård Hans Thorszelius BMW 2002 Tii 3 h 02 min 21 s + 3 min 34 s 2 3 Roger Clark Tony Mason Ford Escort RS1600 3 h 02 min 41 s + 3 min 54 s 2 4 Walter Röhrl Jochen Berger Opel Ascona 3 h 03 min 34 s + 4 min 47 s 2 5 Simo Lampinen Sölve Andreasson Saab 96 V4 3 h 04 min 07 s + 5 min 20 s 2 6 Per Eklund Bo Reinicke Saab 96 V4 3 h 04 min 41 s + 5 min 54 s 2 7 Per-Inge Walfridsson John Jensen Volvo 142 S 3 h 05 min 02 s + 6 min 19 s 2 8 Barry Lee John Gittins Ford Escort RS1600 3 h 06 min 46 s + 7 min 59 s 2 9 Andrew Cowan Johnstone Syer Ford Escort RS1600 3 h 07 min 09 s + 8 min 22 s 2 10 Jean-Pierre Nicolas Claude Roure Alpine A110 1800 3 h 07 min 22 s + 8 min 35 s 4

Deuxième étape