Les Jochem (en arabe: Jašam), orthographié Jusham, Jochemites ou Djochem dans certains ouvrages, sont une confédération arabe constituant une tribu Hawazin. Ils ont pris part à l'invasion hilalienne de l'empire des Zirides au .

Histoire

Origines L'origine de la tribu Jochem remonte aux Hawazin, une grande tribu bédouine qui vivait entre La Mecque et Médine. Ils descendent de l'un des fils de Hawazin, Mu'awiya, qui formera le grand groupe tribal des « Jamrat al-Arab » (جمرة العرب), ainsi, du groupe des Jochem avec son fils, Jochem. À l’époque de l’arrivée de l’Islam, les Hawazin avaient remporté de grandes victoires lors de la guerre des Fijars ( arabe : حرب الفِجَار , romanisé : Ḥarb al-Fijār , littéralement  « les guerres sacrilèges »), à l’exception de la bataille de Sharab, où ils furent défaits par la tribu Kinana.

Guerre des Fijars Au cours de la guerre de Fijar, à la fin du VIe siècle, les Hawazin et une grande partie des Qays — à l’exception des Banu Ghatafan mais incluant les Banu 'Amir, les Banu Muharib et les Banu Sulaym — combattirent les tribus de Quraysh et de Kinana. La guerre éclata à la suite du meurtre de ‘Urwa al-Rahhal des Banu ‘Amir par Bala‘a ibn Qays de Kinana, alors qu’‘Urwa accompagnait une caravane de Hira à ‘Ukaz (souk historique situé à proximité de Taïf) pendant les mois sacrés. Les Arabes païens considérèrent cet acte comme une profanation, d’où le nom de « guerre de Fijar ». Cet incident se produisit dans le contexte d’une guerre commerciale entre Quraysh à La Mecque et Thaqif à Taïf, les alliés et parents des Hawazin. La guerre dura huit jours de bataille, répartis sur quatre ans.

L'Ascension des Jochem Les Jochem ont connu une ascension notable à la période préislamique grâce à leur habileté guerrière. Leur montée en puissance a été teinté par des conflits avec des tribus voisines, notamment les Banu Fazara, qui ont souvent défié leur autorité, malgré leur filiation commune aux Hawazin. Cette période de guerre a été caractérisée par des raids et des batailles, renforçant la réputation des Jochem comme une tribu redoutable dans la péninsule arabique. Dirigé par leur chef reconnu parmi les arabes, Duraid ben Al-Samah, la gloire des Jochémites va s'accroire sur le plan militaire mais également jusqu'à atteindre la poésie arabe.

Bataille de Hunayn (630) L'épopée des Jochem et de Dourayd a atteint son paroxysme lors de la bataille de Hunayn, qui a eu lieu en 630 ap. J.-C. après la conquête de La Mecque par le Prophète. Les Jochem, bien qu'alliés de certaines tribus, se sont retrouvés en opposition face à l'armée musulmane lors de ce conflit. Malgré leur nombre et leur capacité militaire, la bataille s'est soldée par une défaite décisive pour les païens arabes. Dourayd mourra dans cette bataille, il sera tué par Abdullah bin Qani' bin Ahban bin Tha'labah bin Rabi'ah. Cette défaite marquera la fin de la montée en puissance des Jochémites et de leur combat face à l'Islam avec leur conversion.

Rôle sous le Calife Al-Muqtadir (908-932) Pendant longtemps, des alliances successives ont été réalisées avec les Banu Harb par union (mariage) et quelques fractions des Sulaym. Ils ont été affectés et engagés pendant de nombreuses années pour assurer la défense de La Mecque. Ils ont défendu la Ville-Sainte face aux Banu Harith et Banu Malik des Sulaym.

Histoire des Jochem au Maghreb

Invasion hilalienne en Ifrîqiya (1050-1053)

Ils habitaient autrefois le Nejd et à l'instar des autres Hilaliens, sont déportés une première fois par le calife Nizar al-Aziz Billah (r.975–996) depuis l'Arabie vers le Saïd. En représailles aux Zirides qui venaient de se rendre indépendants en 1048, le calife Mu'ad al-Mustansir Billah expulse les Hilaliens d'Égypte et les dirige vers la Tunisie(*) In : « Histoire De L’Afrique Septentrionale » par Ernest Mercier (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu’à la conquête française (1830), Tome 2, page 188. (*) In : Ibn-Khaldoun, Berbères, t. I, p. 52 et suivi., 75, 88 et suiv. 113, 125, 132 et suiv. 159, 241 et suiv., 278 et suiv., t. II, p. 4 et suiv., 257 et suivi., 345 et suivi., t. III, p. 126 et suivi., 247 et suivi., 286, 340, et t. IV, p. 3, 8 et suivi., 28 et suivi., 262., où ils entrent en s'installent en 1051. Cette migration, incitée et facilitée par le vizir fatimide Abou Muhammad al-Yazuri, avait pour objectif d'affaiblir la dynastie berbère des Zirides, dirigée par Al-Muizz ben Badis, qui s’était rebellée contre le califat fatimide. centré|500x500px|Carte de l'invasion hilalienne.

Cette migration s’accompagna de pillages et de destructions. En 1053, les forces hilaliennes parvinrent à encercler Al-Muizz ben Badis à Kairouan, provoquant un siège qui dura plusieurs mois et contraignit les populations locales à fuir vers des villes plus sûres (Tunis et Sousse). Les régions environnantes furent également dévastées, le butin sera réparti entre les tribus arabes. bordure|centré|sans_cadre|500x500px

Opposition face aux Almohades (1140-1190) Après leur conquête de l'Ifrîqiya, les Almohades parviennent à soumettre les tribus arabes à la suite de nombreuses batailles comme la Bataille de Sétif, que ce soit par consentement ou par la force. Cependant, à la suite de la révolte d'Ali Ibn Ishaq Ibn GhaniaPascal Buresi, Hicham El Aallaoui, Governing the Empire: Provincial Administration in the Almohad Caliphate (1224-1269), (Éd. BRILL, 2012), ces tribus abandonnent leur allégeance à cette dynastie. Al-Mansour, régnant par la suite, rétablit leur soumission et décide de transférer les Beni Jochem. Il y installe notamment les branches des ‘Asim et des Muqaddim des Athbaj, ainsi que les Jochem. En 1187, les Bani Jochem se trouvent dans les terres de Biskra et de Djérid aux côtés des Hilaliens.

Dans ce cadre, les Jochem dans la région du Tamesna en grande majorité, une vaste plaine du Maghreb al-AqsaMustapha Sehimi, La Grande encyclopédie du Maroc, Volume 8, p.63 (Éd. GEM, 1987) protégée par le Mont Deren (Atlas), ce qui limite les communications avec le Sahara. Il existe néanmoins des communautés dispersé dans tous le Maghreb de Jochémites.

Depuis leur déportation, les Jochem se sédentarisent, abandonnant ainsi leur crédo nomade pour adopter des résidences fixes. Sous les Almohades, la famille Jarmûn exerce le commandement parmi les Seffiane. Dans un contexte de déclin de la dynastie almohade, les Jochem profitent de leur puissance et de leur esprit d’indépendance pour prendre une influence significative, parfois en soutenant, parfois en s’opposant au califat de Marrakech.

Entre allégeance et révolte (1190-1240) En 1225, les Seffiane et Khlot, parfois divisés de par leur allégeance (l'un révolté, l'autre loyaliste), se voit parfois unis et, sous la bannière uni des Beni Jochem, obtiendront des victoires importantes faces aux armées almohades au point même d'arriver jusqu'à Marrakech et de s'en rendre maître. Cependant, c'est vers 1240 que la conflictualité intra-tribale fractionnera les Jochem et fera apparaitre des guerres et rivalités régulières, surtout entre les Seffiane et Khlot. Les loyalistes attachés au Calife Abu al-Ala Idris al-Mamun étaient les membres des Khlot tandis que les partisans de l'opposition, le prince Yahya Ben Nasser, prétendant au trône de Marrakech. Pendant ce temps, les Banu Jabir, énième fraction des Jochem, se mariaient et arabisé les régions berbères de la Tadla, de la Chaouia et du reste de la plaine atlantique marocaine. Ils étaient également et régulièrement sollicités par le Calife almohade pour rejoindre le Djihad en Andalousie.

Conquête des Mérinides (1244-1465) Durant l'entièreté du XIIe siècle, les Jochem instaurèrent leur pouvoir sur la Tamesna jusqu'à l'arrivée des Mérinides. Lors de la conquête du Maghreb par les Mérinides, les Jochem et les Riyâh, encore marqués par leur passé nomade, opposent une résistance notable et ne se soumettent qu’après de nombreuses batailles et pertes. C'est en 1239 que la stabilité revient dans la Tamesna. À la suite de cette soumission, les Mérinides s'allient par mariage avec les Bni Muhalhal des Khlot, comme les Almohades l’avaient fait avec les Seffiane. Cependant, avec le temps, les Jochem voient leur influence diminuer, perdant jusqu'au souvenir de leur ancienne vie pastorale. Ils sont finalement réduits à un statut de contribuables, fournissant argent et hommes au sultan.

Histoire des Jochem en Arabie

Alliance tribale avec les Tayy (1494-1495) Après les conquêtes islamiques, de nombreuses tribus arabes ont migré vers le Levant et l'Afrique du Nord, ce qui a affaibli les Beni Jochem dans leurs territoires aux côtés de la tribu Tayy. Un pacte a été conclu entre les Beni Jochem de la tribu Ghazieh et la tribu Tayy entre le XIIIe et le XIVe siècle, ce qui a conduit certains historiens, tels qu'Abu al-Abbas al-Qalqashandi, à penser que la tribu Ghazieh faisait partie de Tayyكتاب عتيبة الهيلا من هوازن ((الطبعة السادسة، مزيدة ومنقحة)) تأليف مثيب محمد مثيب العتيبي ص 45 58, en mentionnant que la famille Al-Ruq de la tribu Ghazieh appartenait à la tribu Tayy, contrairement à ce qu’a écrit Al-Suwaidi dans son ouvrage Sabaik al-Dhahab. Ce pacte a perduré jusqu'en l'an 900 de l'Hégire et au-delà, jusqu'à ce que des conflits éclatent entre les Hachémites du Hedjaz et les Banu Lam de la tribu Tayy, ce qui a conduit à l'effondrement du pouvoir de Tayy, particulièrement celui des Banu Lam, dans la région du Najd. La dispersion des Banu Lam a également entraîné la désintégration de leurs alliés, les Beni Jochem de Ghazieh. Certains ont fui vers l'Irak, tandis que d'autres se sont réfugiés dans diverses tribus, comme celle des Qahtan. Ces événements ont drastiquement réduit le nombre des Beni Jochem, dont les seules branches subsistantes sont les familles Saada, Al-Dueij, Al-Massoud et Al-Humayd. Certains historiens ont suggéré que l'alliance entre Ghazieh et Tayy remonterait à l'époque préislamique, car Zayd ibn Jubayr al-Ta'i al-Jashmi était mentionné comme appartenant aux Beni Jochem de la tribu Hawazin.

Territoire La tribu des Jochem est l'une des rares à être restée sur ses terres d'origine depuis sa création jusqu'à nos jours. Ces peuples ont grandi dans les régions actuelles de Wadi Al-Aqiq et Al-Sail Al-Saghir (dans la région de la Mecque), et parmi leurs anciens territoires se trouvent ceux de Haradah, Bawatah, Adama, Hani Benjed, et Burim.

Selon l'auteur Al-Qalashandi dans son ouvrage Nihayat Al-Arb fi Ma'rifat Ansab Al-Arab, les Jochem résidaient autrefois dans les montagnes de Sarawat, situées entre le Najd et Tihama dans le Hijaz. Certains d'entre eux ont migré vers le Maghreb, notamment avec leurs cousins les Banu Hilal, tandis que d'autres se sont installés au Yémen et en Égypte durant les vagues de migrations arabes depuis la péninsule arabique.

À l'époque préislamique, les territoires des Jochem s'étendaient jusqu'à ceux des tribus Abs, Ghatfan, et Banu Asad dans le Najd, ce qui a engendré de célèbres conflits entre ces tribus.

Yaqut al-Hamawi, dans son Mu'jam al-Buldan, et Al-Yakri dans son Mu'jam mentionnent les terres de Jochem, qui allaient de Sarawat jusqu'au Najd. Leurs ressources comprenaient des endroits comme Haradah à Hudan, Al-Kahlah, Al-Yardan, et Adamah dans le Najd, ainsi que Ataid et Uqah près de Kalakh, décrits par Al-Hamdani. Ce dernier mentionne également le marché de Souq Ukaz ainsi que les lieux de Rukba, Al-Madarah, Al-Dhuwaib près de Najjud, Buqa'a, Qarash, Banat, et Al-Qalib, qui abritaient des points d'eau et des montagnes de la tribu des Jochem. L'une des montagnes notables était Harra Qatl, près du village actuel d'Ashira dans le nord.

Généalogie

Fractions descendantes de Jochem