vignette|277x277px|Buonaparte, 48 heures après le débarquement !, de James Gillray (1803). L'organisation défensive du Royaume-Uni pendant la guerre de la Troisième Coalition était la réponse militaire et civile du Royaume-Uni à l'invasion prévue du Royaume-Uni par Napoléon entre 1803 et 1805, dans le cadre de la guerre de la Troisième Coalition. Elle comprenait la mobilisation de la population à une échelle jamais tentée auparavant au Royaume-Uni, combinée à une force militaire de plus de en Charles John Fedorak, Henry Addington, Prime Minister, 1801-1804. Peace, War and Parliamentary Politics (Akron, Ohio: The University of Akron Press, 2002), .. Une grande partie de la côte sud de l'Angleterre fut fortifiée pour repousser un débarquement français. Cependant, Napoléon ne mit jamais en œuvre son invasion planifiée, de sorte que les préparatifs britanniques ne furent jamais soumis à l'épreuve.

Contexte Au lendemain de la Révolution française de 1789, la Grande-Bretagne et la France étaient en guerre quasi-continûment de 1793 à 1802, puis de 1803 à 1815, interrompue par la brève paix d'Amiens de 1802 à 1803 et le premier exil de Napoléon à l'île d'Elbe en 1814-1815. À la fin de 1797, Napoléon affirma au Directoire que :

thumb|left|Napoléon inspectant l'armée d’invasion à Boulogne, le 15 août 1804.

Cependant, Napoléon se prononça contre l'invasion pour le moment et en lieu et place attaqua, sans succès, les intérêts britanniques en Égypte. En , les deux pays signèrent le traité d'Amiens, qui mit fin à près de neuf ans de guerre. Néanmoins, le premier ministre britannique Henry Addington et Napoléon considéraient la paix comme temporaire, et elle le fut, la Grande-Bretagne déclarant la guerre à la France le Peter A. Lloyd, The French Are Coming! The Invasion Scare 1803–05 (Spellmount Publishers Ltd, 1992), .. William Pitt remplaça Addington au poste de Premier ministre le .

En 1803, Napoléon tourna à nouveau son attention, une fois de plus, vers l’invasion de l'Angleterre, affirmant: « Toutes mes pensées sont dirigées vers l'Angleterre. Je veux seulement un vent favorable pour planter l'aigle impériale sur la tour de Londres »Wheeler and Broadley, .. Napoléon prévoyait désormais une invasion sur une plus grande échelle qu’en 1798 et 1801, et construisit une nouvelle armada dans ce but Frank McLynn, Invasion. From the Armada to Hitler. 1588–1945 (London: Routledge, 1987), .. Il réunit la Grande Armée avec plus de à Boulogne.

Forces armées britanniques thumb|right|Le prince Frederick, duc d'York et d’Albany, commandant en chef des forces armées.

Armée de terre régulière Le gouvernement Addington avait maintenu les effectifs de l'armée régulière à pendant l'intermède d’Amiens, avec en Irlande et en Grande-Bretagne, le reste servant à l'étrangerLloyd, ..

Armée de réserve En 1803, 50 des 93 régiments de l'armée de terre gagnèrent un deuxième bataillon, qui devint connu comme l'armée de réserve. Ces seraient levés par scrutin dans l'année. Toutefois, chaque recrue ne devait servir qu’en Grande-Bretagne. Ces soldats de la réserve pouvaient se porter volontaires pour devenir soldats réguliers et par conséquent être payésLloyd, .. Après 9 mois de recrutement, moins de des avaient été choisis par tirage au sortLloyd, .. En un mois de recrutement, elle avait enrôlé réservistes, mais à la fin de 1803, il lui manquait sur les considérés comme nécessaires, de sorte que le gouvernement cessa de recruter par ce biaisLloyd, ..

La milice La milice était une force d’infanterie territoriale qui n'aurait dû être utilisée que pour la défense de la patrie et n'était pas une armée permanente. Elle devait être constituée par scrutin. Le gouvernement, en , craignant la guerre, organisa un scrutin pour constituer une milice. Cette opération fut tenue par les marguilliers et les contrôleurs des pauvres dans chaque paroisse. Une liste des hommes âgés d'entre dix-huit et quarante-cinq ans, avec de nombreuses exceptions (comme les marins et les bateliers de la Tamise), fut affichée sur les portes des églises. Toutefois, si un homme se trouvait sur la liste, il pourrait en sortir en payant une indemnité ou en convainquant quelqu'un d'autre de prendre sa placeLloyd, .. Quatre mois après ce scrutin, et une semaine après le début de la guerre, la milice avait vu ses effectifs atteindre 80 % des nécessaires.

Les volontaires

Le gouvernement britannique n'avait pas d’autre choix, au vu de la volonté exprimée par Napoléon d'envahir le Royaume-Uni, que de s'appuyer sur le patriotisme du peuple via un mouvement de volontairesLinda Colley, Britons. Forging the Nation, 1707–1837 (Yale University Press, 2005), .. La fonction des volontaires, comme prévu en par le commandant en chef des forces, le prince Frédéric, duc d'York, était de mener une guerre de guérilla contre les forces d'occupation françaises. Ils opéreraient en petits groupes pour harceler, distiller la panique et la crainte dans l'armée française. Ils ne devraient jamais être profondément engagés dans des combats avec les troupes françaises, se retirant lors d'éventuels conflits. Profitant de leur connaissance du terrain autant que possible il était également prévu qu’ils stoppent les détachements de pillage français Admiral Sir Herbert W. Richmond, The Invasion of Britain. An Account of Plans, Attempts & Counter-Measures from 1586 to 1918 (Methuen, 1941), .. En prévision de critiques que l'armement du peuple était dangereux, le secrétaire à la Guerre dans le gouvernement d’Addington (Charles Yorke) présenta, le , un projet de loi pour modifier la loi de la défense du Royaume :

William Pitt, en réponse, donna son accord :

thumb|left|William Pitt.

Même l’éminent membre du parlement anti-guerre Charles James Fox soutint le projet de loi :

Au cours de 1803, l'appel du gouvernement aux volontaires pour résister à une invasion reçut une réponse massive. Toutefois, le gouvernement n'était pas préparé au nombre de volontaires, en quelques semaines s’étaient portés volontaires. Le , Addington émit une circulaire pour décourager de nouveaux volontaires « dans chaque comté, les membres effectifs de ces corps, y compris les yeomanry, ne peuvent excéder de six fois les effectifs de la milice »Norman Longmate, Island Fortress. The Defence of Great Britain 1603–1945 (Pimlico, 2001), .. Cela eut peu d’effet, depuis la première semaine de septembre, il y avait volontairesLongmate, .. Finalement, la moitié des volontaires de l'été et l'automne de 1803 ne reçurent pas d’arme personnelle. Lorsque le gouvernement tenta de les doter de piques cela fut reçu avec mépris et attaqué par le chef de l'opposition William WindhamLongmate, ..

La deuxième moitié de 1803 marqua l'apogée de la crise de l'invasionWheeler and Broadley, .Colley, .McLynn, .Longmate, .Wendy Hinde, George Canning (Purnell Book Services, 1973), .. Lorsque le roi passa en revue volontaires à Hyde Park, à Londres, le 26 et , il fut estimé que avaient assisté à l'événement chacun des deux jours. Le chef de la police de Bramfield (John Carrington) voyagea de l’Hertfordshire pour assister à la revue, et affirma : « Je n'ai jamais vu un tel spectacle de toute ma vie ». Ce sont les revues de volontaires ayant eu le plus de spectateurs de celles qui eurent lieu, entre 1797 et 1805, qui « étaient souvent d'occurrence quotidienne »Wheeler and Broadley, ..

En 1804, le Parlement enregistra un total de bénévoles en uniforme. En outre, il y avait les forces régulières et la milice, ce qui signifie qu’un homme apte à se battre sur cinq était en uniforme Alexandra Franklin and Mark Philp, Napoleon and the Invasion of Britain (The Bodleian Library, 2003), .. Le président, s'adressant au roi lors de la prorogation du Parlement le , dit « la nation tout entière a pris les armes »The Times (13 August 1803), .. Le , Addington appela le mouvement des volontaires a une « insurrection de loyauté » Philip Ziegler, Addington. A Life of Henry Addington, First Viscount Sidmouth (Collins, 1965), .. La réponse à l'appel aux armes pour résister à l'invasion durant ces années impressionna certains historiens: « Si certaines voix dissidentes ont été entendues en 1797 et 1798 alors que les conséquences de la Révolution s'attardaient encore dans le pays, il y eut une augmentation de l’enthousiasme dans le patriotisme dans l’appel de 1801, et une ardeur brûlante couplée à une unanimité absolue dans ceux de 1803 à 1805 »Wheeler and Broadley, ..

La marine thumb|John Jervis, premier Lord de l'Amirauté, premier comte de Saint-Vincent.

La Royal Navy maintint un blocus constant des ports français de Toulon à Texel, juste en dehors de la limite de portée de l'artillerie, attendant qu'un navire français naviguât assez près pour l’attaquerLloyd, .. Le contre-amiral britannique Cornwallis disposait d’une flotte au large de Brest et le commandant en chef de la mer du Nord l'amiral Keith commandait une flotte entre les Downs et Selsey Bill. Une autre ligne de navires britanniques attendait près de la côte anglaise pour intercepter tous navires français qui briseraient le blocus. Les Français ne voulaient pas s'aventurer hors de leurs ports, et en deux années seulement neuf navires de la flottille avaient été capturés ou coulés par la Royal NavyLloyd, .. Durant la fin , une violente tempête souffla sur la flotte de Cornwallis au large de Brest, si bien qu’il dut rester à Torbay, laissant deux jours à la flotte française pour tenter une invasion. En entendant cela, Addington donna l'ordre de se préparer à une invasion imminente, mais les Français n'utilisèrent jamais cette opportunitéFedorak, ..

Le premier Lord de l'Amirauté, Lord Saint-Vincent aurait dit à la Chambre des Lords: « Je ne dis pas, Mes Lords, que les Français ne peuvent pas venir, je dis seulement qu'ils ne peuvent pas venir par la mer »Longmate, .Lloyd, ..

Une équipe de volontaires appelée Sea Fencibles avait été formée en 1793 ; ils fournissaient les équipages de petits bateaux armés, des tours de surveillance et d’alerte, et des batteries fixes et flottantes le long des côtes Sea Fencibles, 1798-1810.

Fortifications thumb|left|Le brigadier-général William Twiss.

En , le duc d'York plaida pour la construction de fortifications de campagne dès que possible parce que « l'érection de ces structures doit être faite immédiatement en vue de leur probable utilité », en les plaçant à des « points où un débarquement menace[rait] les intérêts les plus importants du pays »Fedorak, .. En août, il demanda à Addington des fonds supplémentaires pour ces fortifications, ce qui fut finalement consenti. Les priorités du duc d’York étaient la construction de considérables fortifications sur les hauteurs de l'Ouest donnant sur le port de Douvres, puis la construction de tours Martello sur les côtes du Kent et du SussexFedorak, ..

Tours Martello