Le château de Villacerf, longtemps appelé le château de Saint-Sépulchre ou Saint-Sépulcre, se trouvait à Villacerf dans l'Aube. Il a été détruit à la Révolution.

Localisation

La carte de Cassini (deuxième partie du ) indique une large propriété rectangulaire longue d'environ et large d'environ , orientée nord-ouest/sud-est, bordée au nord-ouest par l'actuelle D165 (rue Édouard Colbert.), au nord-est par le cours d'eau Melda et au sud-ouest par le fossé de la rivière Neuve. La carte actuelle donne à ce terrain le nom le Parc ; il est de nos jours traversé au milieu dans le sens de la longueur par une petite route bordée de parcelles dont la découpe semble reprendre en partie celle des anciens parterres et divisions du parc du château d'antan, y compris des rangs de vergers.. Les cours d'eau actuels permettent le repérage en comparant avec un plan ancien du château et de son parc (comme celui ci-dessous) : le château se trouvait vers le côté nord-est, entre la Melda et le petit fossé qui la longe au sud. Il reste un petit étang à la place de la grande pièce d'eau autrefois située dans la perspective directe du château vers le sud-ouest.

thumb|center|300px|Plan du château et du parc de Villacerf(dessin par Louis Boudan, vers 1700).N.B. : Le nord est en bas.

Toponymie

Le lieu s'appelle Samblières (ou Semblières) jusqu'à la fin , quand saint Adérald, chanoine et archidiacre de Troyes, rapporte de son voyage à Jérusalem un morceau de pierre du sépulcre de Jésus Christ. Il fait bâtir à Samblières un prieuré clunisien et y dépose cette pierre. Ce monastère est appelé Saint-Sépulcre (Saint-Sépulchre) et le village prend alors ce nom lui aussi.

Le nom de Saint-Sépulcre est aboli et remplacé par celui de Villacerf en 1673 (sous Louis XIV), en faveur d'Édouard Colbert de Villacerf.

Mais, au plus tard au , il existe déjà dans les environs un lieu appelé Villarcel, qui devient Villacerf entre 1476 et 1531. Ce Villacerf est renommé Riancé par lettres patentes de (toujours sous Louis XIV)..

Corrard de Bréban (1856) précise qu'au le nom de Villacerf ne sert « à désigner qu'une seigneurie du voisinage, celle de Riancey » ; et Courtalon-Delaistre indique que « la terre de Riancey, sur le bord de la Seine au nord-ouest […] était l'ancien Villacerf, où était une chapelle dont le titre a été transféré au nouveau Villacerf, qui n'était autrefois qu'un hameau dépendant de Saint-Lyé, mais qui depuis a été érigé en paroisse ». En 1884, Villacerf (le nouveau) est un hameau dépendant de Messon..

Autrement dit, Saint-Sépulcre devient le nouveau Villacerf (en 1673) et l'ancien Villacerf devient Riancey (en 1688).

Histoire

Selon Babeau, le château est « vraisemblablement antérieur au prieuré ».

Seigneurs de Saint-Sépulcre Une famille seigneuriale portant le nom de Saint-Sépulcre existe aux , mentionnée pour la première fois en 1114, avec Bovon de Saint-Sépulcre. : Une petite-fille de ce Bovon, Elisabeth ou Isabelle, épouse Hugues de Romilly. On trouve leur trace en 1163 : ils veulent asservir les religieux à des coutumes injustes et Henri le libéral (comte de Champagne 1152-1181) prend le prieuré sous sa protection cette année-là. En 1179, Elisabeth donne à l'église du Saint-Sépulcre son alleu de Vailly (en pénitence). En 1231, Odon (ou Eudes) Ragot, seigneur de Saint-Sépulcre, et sa femme Aelidis, donnent aux Templiers les pâtures de la Chapelle-Vallon ; Odon est qualifié de miles, homme de guerre et chevalier, connétable de Bourgogne. Jublainville mentionne aussi, sans date, Gui Ragot de Saint-Sépulcre, également seigneur de Champlost. Séier de Ganz, écuyer, est signalé par Jublainville comme seigneur de Saint-Sépulcre avec sa femme Alix, au temps du comte Thibaut IV (vers 1250).. Décembre 1348 : Gui de Saint-Sépulcre, prévôt de Troyes.. Babau signale un Guy en 1356, peut-être le même. Janne de Bricous, et Jean, qui est peut-être son fils, vers 1390. Guyot, en 1398. 1475 : Jean Juvenel des Ursins, « baron de Traînel, seigneur de Marigny et Saint-Sépulcre, vicomte de Troyes ». Il est encore signalé comme seigneur de Saint-Sépulcre en 1486, date à laquelle il est aussi seigneur de Chauchigny ; et en 1487. 1517 : Philbert de Beaujeu, « baron de Traînel, Marigny et Saint-Sépulcre ».

Puis viennent les de la Roère ou Roëre : 1529 : François () de la Roëre († entre 1545 et 1551), fils de Jacques () († avant 1528) de La Roëre et de sa femme Louise de Rossey. Il épouse Hilaire Raguier., fille de Dreux Raguier, baron de Poussey, seigneur de Thionville, Charenton, etc. Prévôt des marchands de Paris, échanson du roi, et de Martine Hennequin (fille de Pierre III Hennequin, seigneur de Mathaux, conseiller en la Chambre du Trésor). François () de la Roëre achète Saint-Sépulcre de Philbert de Beaujeu pour livres tournois et cent écus d'or d'épingles. Il est encore signalé seigneur de Saint-Sépulcre, Chamoy et Mergey en 1545 — à cette date il a aussi acquis la seigneurie de Chauchigny — et en 1549. En 1551, Hilaire Raguier est dite « veuve de François () de la Roère, en son vivant seigneur de Chamoy, ayant la garde noble de ses enfants mineurs Jacques () et N. de la Roère ». Le "N." en question est probablement une fille, car Salomon dit que François est fils unique.En 1558, Hilaire Raguier et son fils Jacques () de la Roère sont convoqués à l'appel du ban et arrière-ban par le roi Henri II (en guerre contre les anglais et les espagnols).. 1560 et 1570 : Jacques () de la Roëre est dit seigneur de Saint-Sépulcre, Chauchigny, Mergey et Froiderive (commune de Mergey) ; aussi seigneur de Chamoy en 1570. En 1558, on trouve aussi Nicolas Bizet, époux de Guillemette de Marisy tenant le fief de Saint-Sépulcre, valant 30 livres ; il est cité lors de la convocation du ban et arrière-ban. Au Moyen-Âge, il est courant que plusieurs personnes soient seigneurs de différentes parties de la même seigneurie ; c'est probablement ce qui se passe ici, car dans le même document se trouvent aussi convoqués « Damoiselle Hilaire Raguier, veuve de noble sr François de la Roère, vivant sr de Chamoy, Sommeval, Vaucemain, Pommeroy, Chamblain, le fief du Plessis, Percey, Fontaine Saint-Georges, Saint-Sépulcre, Mergey, Champigny et Feuges, tant en son nom que comme douairière sur les dites terres par indivis, pariant avec Jacques () de La Roère, son fils, valant 250 liv. ». 1597 : Olivier de la RoëreOlivier de la Roëre : vicomte de Sacconay et bailli de Troyes pour la Ligue catholique., seigneur de Chamoy et de Saint-Sépulcre. Quelques années après Olivier, Jeanne de Guédon (sa veuve, ou la terre a-t-elle été rachetée). 1602 : Jacques de Guésdon seigneur de Saint-Sépulcre, Mergey et Froiderive, vicomte de Saconnay et également seigneur de Fuligny. 1608 : selon Babau, Charles de Villemontée achète la seigneurie de Saint-Sépulcre de Jacques de Guésdon pour livres ; cependant une pièce d'archive de 1604 parle de « saisie réelle de la terre de Saint-Sépulcre et dépendances, sur Jacques de Guédon vicomte de Saconnay, seigneur des dits lieux, à la requête de Charles de Villemontée, seigneur de Montaiguillon et Villenauxe en partie, en vertu d'une obligation passée à son profit ». Villemontée est signalé seigneur de Saint-Sépulcre en 1609. Déjà à cette date, Odard Colbert de Villacerf (l'ancien Villacerf) désire acheter Saint-Sépulcre, mais il n'est pas averti à temps de l'adjudication. Charles de Villemontée est encore mentionné en 1616 et 1620. 1623 : sont signalés comme seigneurs de Saint-Sépulcre « MM. de Villemontée », ce qui signifie qu'il y a alors au moins deux hommes Villemontée, seigneurs sur cette terre. Charles de Villemontée meurt avant 1632 : sa femme Catherine de Rousseray est signalée comme sa veuve à cette date et en 1643. Villemontée (père ou fils) la revend en 1628 pour livres à Claude Bullion de Longchamp, conseiller d'État. En , Bullion obtient en sa faveur « l'érection de la terre & seigneurie de Saint-Sépulchre » en châtellenie par lettres patentes de Louis XIII faites à Metz et enregistrée au parlement en juin..

: Claude () Bullion, fils du précédent, la vend (ou l'échange) à Henry Godet ou Henry Godet-des-Marais, seigneur des Bordes, pour une rente de livres. 1654 : Godet la vend à Louis Hesselin, qui devient baron de Saint-Sépulcre. Louis Hesselin, maître de la chambre aux deniers, surintendant des plaisirs du roi et grand organisateur de fêtes, fait rebâtir le vieux manoir par Le Vau. Hesselin a déjà utilisé les services de Le Vau pour faire construire sa maison à Paris au quai des Balcons de l'île Notre-Dame. Il meurt en 1662, empoisonné par un de ses domestiques. Ses héritiers vendent le château (et la seigneurie) à la criée en .

Août 1667 : Édouard Colbert de Villacerf, fils de Jean-Baptiste Colbert de Saint-Pouange et de Claudine Letellier, achète le château de Saint-Sépulcre en 1667 pour livres (soit livres de moins que lors de la vente de Villemontée à Claude Bullion en 1628). Enfin, dans la deuxième moitié du , Pierre Pithou (1539-1596) est juge seigneurial attaché à cette terre et est qualifié de garde de la seigneurie de Saint-Sépulcre.

thumb|120px|Jean de Villacerf († 1324), pierre tombale.

Seigneurs de l'ancien Villacerf Jean († 1324 selon sa pierre tombale) ; et un autre Jean, écuyer, en 1328. Guyet en 1346. 1363 : Pierre de Villers, seigneur de Villarcel, en partie par sa femme Ysabelle de Mortery. 1380 : Ysabel de Villarcel et son mari Mathieu de Montmorency, seigneur de Goussainville, vendent au roi Charles V divers biens dont « la terre et seigneurie de Villarcel, dans la châtellenie de Payns, appartenant en propre à ladite dame, et comprenant entre autres choses ung hostel ou manoir avec les jardins et tous les édifices, pourprins d'icelluy, si comme tout se comporte et extend de toutes pari, audict Villarcel cinq ou six que hommes que femmes de corps, de mortes mains… ». : les chanoines de la chapelle du château de Vincennes achètent au seigneur de Payns la mouvance de Villacerf. Ils louent cette terre à des habitants de Villacerf pour une durée de trois vies. Le , Jean Raulet prend à bail, pour sa vie, celle de sa femme et celles de ses enfants et petits-enfants, la terre de « Villarcel » des chanoines du Bois de Vincennes. En 1531, ses héritiers s'engagent à continuer ce bail pendant leur vie. Le , le bail est pris par Jean Le Marguenat (d'après une déclaration de ces actes par les chanoines en 1584). Guillaume de Marcilly en 1442. Un Jean Truchot, habitant Troyes, est cité (sans date) comme seigneur de Villacerf.. Courtalon-Delaistre cite, lui aussi sans date ni référence, une Gauchère Truchot (vraisemblablement une descendante du précédent), dame de Villacerf, première femme de Nicolas Lefebvre qui reçoit ainsi cette terre par mariage (le .) ; après quoi il ajoute que ladite terre « a passé ensuite dans la maison de Colbert », un raccourci qui souligne son manque de précision : le premier des Colbert à Villacerf est daté aux alentours de 1600 et d'autres familles sont mentionnées entre-temps. : Jean Le Marguenat vend à Maurice de Gyé, archidiacre de Troyes, « la terre, justice et seigneurie de Villacerf, avec droits de haute, moyenne et basse justice, réservé le droit de bourgeoisie appartenant au seigneur de Payns. Cette terre, mouvante du chapitre du château de Vincennes, était chargée envers lui de 200 livres tournois de rente foncière, du samedi, veille de Pâques ».

thumb|120px|Blason d'un cadet de la famille Cochot, seigneur de Villacerf, dans l'église de Ruvigny.