Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau, né le au château de Saint-Germain-en-Laye (France) et mort le à Québec (Nouvelle-France)Registres paroissiaux (1698) de la paroisse Notre-Dame de Québec., est un militaire et administrateur français. Nommé à deux reprises gouverneur de la Nouvelle-France par le roi de France Louis XIV, il développe la colonie et la défend contre les attaques anglaises, notamment lors de la bataille de Québec en 1690.
Biographie Origine familiale L'origine de sa famille se situe très certainement dans le Sud-Ouest de la France. L'historien William John Eccles rappelle que les Buade (Froutana à Cahuzac semble-t-il, et donc pas Frontenac ni Frontenac ; Buade peut évoquer un lieu-dit de Ginestet en Périgord, au nord de Bergerac ; en tout cas, la branche aînée des Buade avait Saint-Cernin-de-la-Barde, au sud de Bergerac et au nord de Castillonnès).
Le grand-père et le père de Louis, Antoine de Buade de Frontenac († 1626 ; en) et Henri de Buade de Frontenac († 1622 à St-Antonin ; en), sont gouverneurs de l'actuel château de Saint-Germain-en-Laye (« château vieux ») et sont très proches de la famille royale (Henri IV puis Louis XIII). C'est à Saint-Germain-en-Laye que naît Louis de Frontenac le . Déjà orphelin de père, il est baptisé dans la chapelle le , Louis XIII, roi de France, devenant son prestigieux parrain, et sa marraine étant Catherine Henriette de Bourbon (1596-1663), épouse du duc d'Elbeuf et demi-sœur de Louis XIII. Sa mère Anne Phélypeaux, fille de Raymond II Phélypeaux de La Vrillière, était la nièce de Jean Phélypeaux de Villesavin et Buzançais, et de Paul Phélypeaux (qui avait acheté en 1609 le château de Pontchartrain à Henri de Buade, le père de Louis). Son grand-père Antoine de Buade avait acquis la terre de Palluau en 1606, et le château de Pontchartrain en 1598 ; les Buade de Frontenac furent titrés barons puis comtes de Palluau en 1622.
L'acte de baptême de Frontenac, conservé aux archives municipales de Saint-Germain-en-Laye, est rédigé de la façon suivante :
Deux autres exemplaires de cet acte sont conservés aux Archives départementales des Yvelines.
Jeunesse et expérience militaire thumb|Anne de La Grange-Trianon, que Frontenac épouse en secret en 1648. L'incertitude plane sur les années de formation de Frontenac. Il semble qu'il aurait fréquenté un des collèges des Jésuites, très réputés à l'époque. thumb|Le siège de Candie en 1669 au moment où Frontenac participe à l'expédition de secours. À l'âge de dix-sept ans, il se joint à l'armée française. Il participe à plusieurs campagnes lors de la guerre de Trente Ans. En , on lui décerne le brevet de maître de camp (colonel) au régiment de Normandie. Au siège d'Orbitello en 1646, il est blessé au bras droit, blessure dont il ne guérira jamais. On l'élève alors au grade maréchal de camp, correspondant à celui de général de brigade dans les armées actuelles.
Le Auguste Jal, Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, Paris, Henri Plon, 1872, 622., en l'église Saint-Pierre-aux-Bœufs à Paris, Frontenac épouse en secret Anne de La Grange-Trianon, célèbre pour sa beauté physique et dont le portrait se trouve à Versailles. Elle est l'héritière d'une immense fortune. Le père d'Anne s'oppose violemment à ce mariage et quand il apprend que les noces ont quand même eu lieu, il déshérite sa fille. Le , à Clion-sur-Indre (Indre), Anne donne naissance à François-Louis, le seul enfant du couple Frontenac.
L'aînée des sœurs de Louis de Frontenac, Anne de Buade, marie en 1643 François II d'Espinay, marquis de Saint-Luc. Une autre sœur, Geneviève de Buade, épouse Claude de Bourdeille (1606-1663), comte de Montrésor, abbé commendataire de Brantôme. Une troisième, Henriette-Marie de Buade, est l'épouse de l'érudit et homme de lettres, Henri Louis Habert de Montmor. Frontenac et la comtesse allèrent demeurer à Paris pour passer leur temps à la cour, où ils vivaient bien au-dessus de leurs moyens. La comtesse fut, avec Gilonne d'Harcourt, comtesse de Fiesque, qui demeurera sa grande amie, l'une des deux maréchales de camp de Mademoiselle de Montpensier pendant la Fronde, puis accompagna celle-ci dans son exil au château de Saint-FargeauBenedetta Craveri, L'âge de la conversation, Gallimard, 2002..
Les dettes furent une constante préoccupation de Frontenac au cours de sa vie. En 1653, pour cette raison, il vendit la charge de colonel de son régiment. En 1664, ses dettes dépassaient de beaucoup les 350 000 livres. Au cours de cette dernière année, il s’engagea à rembourser cette partie de ses dettes en quatre ans, mais il ne fit rien pour s'acquitter de cette obligation. Le moyen qu'il trouva d'échapper à ses créanciers fut plutôt d'accepter la charge de lieutenant général des troupes de Venise, en Crète, qui défendaient cette île contre les Turcs.
Le roi Louis XIV était sans doute pressé de le voir quitter la France pour une autre raison. Madame de Montespan ne laissa pas indifférent Frontenac, et il eut même une relation adultère avec elle avant qu'elle soit la favorite du Roi-Soleil. Mademoiselle de Montpensier relate avoir par inadvertance intercepté un billet doux de Frontenac à Madame de Montespan, où il dit qu'il en était W.J. Eccles, Frontenac: the courtier governor, University of Nebraska Press, 2003, page 28. W. J. Eccles, version thèse de doctorat, Frontenac: The Courtier Governor (pdf).. Le scandale éclata. Les chansonniers se moquèrent avec esprit de cette relation. On entend chanter : Cette relation de Frontenac avec Madame de Montespan scandalisa sa femme la comtesse, qui allait lui en garder rancune.
En , il part pour la Crète afin d'y prendre son commandement lors de l'expédition française pour secourir Candie, accompagné de son fils, qui serait un de ses aides de camp. Son tempérament querelleur lui attira des ennuis avec les autres officiers supérieurs de l’armée vénitienne. Le capitaine général Francesco Morosini, un militaire de grande réputation, fut excédé par son comportement. En septembre, il était limogé et recevait l’ordre de quitter l’île.
Le premier gouvernement de Frontenac Le , Louis de Frontenac obtient de Louis XIV la charge de gouverneur général de la Nouvelle-France. Les revenus qu'il tirait de cette charge étaient assez modestes. (24 000 livres). Toutefois, il améliorait sa situation car il avait réussi à obtenir une ordonnance du Conseil d’État qui levait la saisie dont ses biens avaient été frappés et lui accordait un sursis pour rembourser ses dettes.
Le , il embarque (sans sa femme) à La Rochelle à destination de sa nouvelle mission nord-américaine. Il est assermenté le . À cette époque, la Nouvelle-France est gérée comme une province métropolitaine, même si l'éloignement rend nécessaires des aménagements importants. Frontenac, en sa qualité de gouverneur, a alors pouvoir absolu sur les affaires militaires, il possède même le droit de véto à l'égard des décisions des autres dirigeants. C'est l’intendant qui a la responsabilité des questions touchant à la justice, aux finances et à l’administration en général. Mais, alors qu'arrive Frontenac en Nouvelle-France, Jean Talon vient d'en partir. Le ministre des Colonies Jean-Baptiste Colbert ne lui ayant pas donné d'instructions relativement à la délégation des pouvoirs de l’intendant, Frontenac supposait que ces pouvoirs lui revenaient. Mais la manière dont il en usa le brouilla avec le Conseil souverain, avec le gouverneur de Montréal et avec plusieurs des principales familles de la colonie. Bon nombre de ces conflits étaient en rapport avec la traite des fourrures.
Frontenac comprit très vite ce que pouvait apporter la traite des fourrures dans l’Ouest. Une des premières initiatives du nouveau gouverneur suscita du mécontentement dans la colonie. Sans en informer le ministre, il établissait, un an après son arrivée, un poste de traite sur le lac Ontario, nommé fort Frontenac (ou Cataracoui) à l’embouchure de la rivière Cataracoui, là où se trouve aujourd'hui la ville de Kingston. Les traitants de fourrures et les habitants de Montréal en furent très mécontents.
Les abus d'autorité de Frontenac se multiplièrent au cours de ce premier gouvernement et finirent par être connus de la Cour. Le gouverneur fut sévèrement blâmé. Colbert nomma un intendant de la colonie, Jacques Duchesneau, qui eut le pouvoir d’agir en qualité de président du Conseil souverain et de remplir toutes les autres fonctions d’un intendant de province. L'autorité de Frontenac était restreinte à ce qu'elle aurait dû être, à savoir les affaires militaires et la surveillance des autres fonctionnaires, mais sans intervenir dans l’exécution de leurs fonctions. Était également aboli le pouvoir du gouverneur général de désigner les membres du Conseil souverain, de concert avec l’évêque. Frontenac conçut une grande amertume de cette restriction imposée à son autorité. Bientôt, les conflits reprirent. Au cours de l'hiver 1678-1679, Mis au courant, Louis XIV et Colbert en conclurent que Frontenac avait tort. Il s'en fallut de peu qu'il ne fut rappelé.
Le Conseil souverain l'avait emporté sur Frontenac. La Cour lui avait donné raison contre le gouverneur. En position de force, il poursuivit certains associés de Frontenac à cause de violations des édits royaux régissant le commerce des fourrures.
Au terme de son premier mandat, la situation de la colonie devenait préoccupante. En s'étendant vers l’ouest, celle-ci entra en conflit avec les Iroquois qui étaient décidés à se rendre maîtres de la vallée de l’Ohio. Jusqu’en 1675, les Iroquois n’avaient pu s’opposer à l’établissement de postes français dans des territoires qu’ils convoitaient, à cause de leur guerre avec d'autres tribus amérindiennes. Mais, en 1675, la paix ayant été conclue avec celles-ci, ils se trouvaient en position de s'en prendre aux Français et à leurs alliés. Ce qu'ils firent. Pour Eccles, la faute la plus grave de Frontenac a été de ne rien faire pour écarter la menace iroquoise.
C’est dans ce contexte périlleux que, en 1682, Frontenac fut rappelé en France. Ses querelles avec l’intendant et le Conseil souverain excédaient les autorités royales. Mais Frontenac, une fois de plus, n'en tint pas compte.
Le deuxième gouvernement Après un interrègne de sept ans, le comte revient en Nouvelle-France en 1689, alors que la France et l'Angleterre sont officiellement en guerre (guerre de la Ligue d'Augsbourg). Il est désigné par le roi en , .
Il est placé à la tête d'une force militaire qui doit attaquer New York. En raison d'un retard dû aux conditions météorologiques, l'expédition n'arrive à Québec que le , ce qui est trop tard pour lancer une attaque terrestre contre Albany (Orange) et Manate. Le projet est abandonné.
Il doit défendre la Nouvelle-France contre les Iroquois qui poursuivaient leurs incursions dévastatrices contre les établissements. Quatre mois après la nomination de Frontenac, le , a lieu le tristement célèbre « massacre de Lachine », au cours duquel des Iroquois attaquent à l'improviste l'établissement français, tuant un grand nombre de personnes et semant la destruction.
Il devait aussi parer à de possibles attaques de la part des colonies anglaises, tout en fournissant une aide militaire aux alliés amérindiens de l’Ouest. Frontenac peut compter sur des troupes régulières importantes (1 400 hommes), qui sont appuyées par des milices canadiennes. Il peut s'appuyer sur trois hommes compétents en la matière : l’intendant Champigny, le gouverneur de Montréal, Louis-Hector de Callière, et Philippe de Rigaud de Vaudreuil, commandant des troupes régulières. Il décide de faire réoccuper le fort Frontenac (qui avait entretemps été pris par les Anglais) et entreprend des travaux de fortifications à Québec et à Montréal.