Léglise Saint-Gervais de Courteuil est une église catholique paroissiale située à Courteuil, en France. Sa partie la plus ancienne, le chœur au chevet plat, date du début du . Au , il a été agrandi en deux phases par l'adjonction de collatéraux au nord et au sud. Ils sont tous les deux différents, et la courte nef avec son unique bas-côté au nord affiche encore un style différent. En dépit de cette diversité stylistique, avec la cohabitation du gothique primitif, du gothique flamboyant et de la Renaissance, sans oublier les traces des remaniements successifs, les parties orientales présentent une unité spatiale remarquable. La silhouette ramassée et les petites dimensions ne font pas oublier qu'il s'agit d'une petite église rurale sans importance, mais ceci n'empêche pas une architecture à la hauteur des différentes époques de construction. Le retable du chevet provient probablement de l'église du prieuré de Saint-Nicolas-d'Acy, qui se situait sur la même commune. On trouve également deux gisants, ce qui est rare dans la région. L'église Saint-Gervais ne manque donc pas d'intérêt, et elle a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du .. Elle est affiliée à la paroisse Saint-Rieul de Senlis.
Localisation thumb|left|Vue générale depuis le sud-est.
L'église Saint-Gervais est située en France, en région Hauts-de-France et au sud du département de l'Oise, dans le Parc naturel régional Oise-Pays de France, sur la commune de Courteuil, à l'angle entre la rue de l'Église et la rue du Calvaire, au milieu du village. La rue du Calvaire débouche sur la croix qui commémore la mort de l'abbé Prévost, qui serait survenue à cet endroit. L'élévation méridionale, bien exposée, donne sur une petite place engazonnée, où se trouve également le monument aux morts de la commune. Un petit parvis se situe devant le portail occidental, mais le mur de clôture d'une propriété privée divise la façade occidentale en deux parties, et la partie correspondant au bas-côté nord est ainsi invisible depuis le domaine public. La rue du Calvaire longe le chevet, qui fait face à la mairie. Quant à l'élévation septentrionale, elle donne sur une courte impasse desservant une propriété privée, et n'est pas bien visible.
Histoire Les origines
Courteuil existe déjà à l'époque carolingienne : Charles II le Chauve en fait don à l'abbaye de Saint-Denis par lettres patentes datées d'Attigny le . La seigneurie appartient toujours aux mêmes seigneurs que le domaine de Chantilly. Jusqu'en 1346, ce sont les Bouteiller de Senlis ; à la fin de l'Ancien Régime, ce sont les princes de Condé. La collation de la cure appartient au prieuré clunisien de Saint-Nicolas-d'Acy, qui se situait au milieu du hameau du même nom, sur la commune de Courteuil, et dépendait du prieuré Saint-Martin-des-Champs de Paris. La paroisse de Courteuil relève du diocèse de Senlis jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Elle a pour saint patron saint Gervais, martyr. En 1416 et jusqu'au , elle est réunie aux paroisses de Fontaine-Saint-Firmin, Saint-Nicolas-d'Acy et Valprofond (aujourd'hui commune d'Saint-Léonard), en raison de la chute de la population consécutive à la guerre de Cent Ans. L'histoire de la paroisse est mal connue. Au début des années 1870, l'abbé Amédée Vattier, curé de Saint-Léonard et membre du Comité archéologique de Senlis, a effectué des recherches sur l'histoire de Courteuil, mais il a presque uniquement trouvé des documents relatifs au prieuré de Saint-Nicolas-d'Acy. La seule source directe pour la paroisse de Courteuil sont les registres paroissiaux, qui ne subsistent qu'à compter de 1692. Des renseignements peuvent également être tirés des pierres tombales de certains curés...
Les curés de Courteuil
Le premier curé de Courteuil dont le nom soit connu est Michel Pelins, mort vers 1416. Lui succède Jean le Charon. Les deux prêtres sont curés des quatre paroisses réunies. Un autre curé du est Jean Matlyn, mort en 1480, dont le monument funéraire s'est conservé (voir dans Mobilier). Un fragment de pierre tombale permet de savoir que messire Salomon, mort le 16.., a été curé pendant tant d'années (le chiffre est illisible). Messire Gilles Noury, mort en septembre 1650, a été inhumé dans le chœur, et sa tombe a été cruellement martelée sous la Révolution française. Messire Jean-Louis Godard est installé comme curé vers 1689. Quand il s'occupe de ses parents malades, entre 1692 et leur décès en 1694, il doit souvent s'absenter et est remplacé par divers prêtres du voisinage : le prêtre du couvent des Cordeliers de Senlis, le curé de Saint-Léonard et le curé de Survilliers. Godard démissionne à la fin de l'année 1731 en raison de son grand âge, et il meurt le à l'âge de quatre-vingt-deux ans. Il est l'une des dernières personnes à être inhumées dans l'église. On en compte sept pendant la première moitié du , la dernière en 1752. L'abbé Jean Cadot prend possession de la paroisse en 1732, mais environ un an après, il est nommé curé Saint-Denis de Crépy-en-Valois : la façon dont il tient les registres indique un homme intelligent et instruit, qui mérite mieux que la petite paroisse de Courteuil. Arrive ensuite messire Pierre Cléry, qui fournit des comptes-rendus assez précis de la vie paroissiale. C'est lui qui bénit le calvaire près de la route de Senlis, en 1743, où l'abbé Prévost subit une crise d'apoplexie vingt ans après, et c'est lui aussi qui bénit le calvaire de la place, en 1749. Il vit jusqu'en 1760. Ensuite l'abbé Nicolas de Saint-Leu, gradué de la Sorbonne, devient curé de Courteuil ; c'est probablement un neveu ou petit-neveu de Pierre de Saint-Leu, qui administre pendant de longues années le diocèse de Senlis comme vicaire général. Il aurait recueilli l'abbé Prévost dans son presbytère, et remis son cadavre aux religieux de Saint-Nicolas-d'Acy. La tombe de l'abbé Prévost se trouvait près du portail de l'église du prieuré, en entrant à gauche. Elle a été retrouvée en 1874, et contenait encore des restes des vêtements et des sandales du romancier. En 1781, un vicaire est nommé pour seconder l'abbé Nicolas de Saint-Leu. Son nom est Athanase Vallerand. Deux ans plus tard, lui succède Hyacinthe Loyez, qui devient curé en 1784. Mais il ne reste que pour une année..
La vie de la paroisse au et sous la Révolution thumb|Calvaire dit de l'abbé Prévost.
Le premier événement relaté dans les registres paroissiaux est la bénédiction de deux nouvelles cloches, le , par Messire Poictevin, prêtre du séminaire de Senlis, chanoine de la cathédrale Notre-Dame de Senlis et grand official. La grosse et la petite cloche s'étaient fendues au cours de l'année. Les nouvelles cloches, nommées « Christine » et « Marie », sont offertes par les familles Roberge, Pétrus et Gaillard, et Jean Cailleux, maître charpentier, a offert le beffroi en bois pour les accueillir. Il paie également le salaire de tous les ouvriers, et pour témoigner de sa gratitude, la paroisse promet de célébrer une messe annuelle pour le repos des âmes de ses parents, ainsi qu'une messe pour son propre salut après sa mort. L'acte est daté du . — La petite cloche ne tient que sept ans. Le , une nouvelle cloche baptisée « Marguerite Christophle » est bénite solennellement par l'abbé Jean-Louis Godard et l'abbé Jean-Pierre Estancelin, curé de Saint-Pierre de Senlis. Cette nouvelle cloche dure encore moins longtemps que la précédente, cinq ans. Le parrain de la nouvelle cloche est Louis IV Henri de Bourbon-Condé. « Louise-Charlotte » est bénite par le vicaire général et doyen de la cathédrale de Senlis, messire Pierre de Saint-Leu. Après la Révolution, elle est remplacée par une cloche provenant du prieuré. Le , la sacristie construite dans « la cour basse du presbytère » est inaugurée..
Le dernier curé de Courteuil avant la Révolution est Joseph-Antoine Legat, qui prend possession de la paroisse en 1785 et prête sermon à la Constitution civile du clergé au début de 1791. Legat signe son dernier acte le , quand le registre paroissial est clos et remplacé par le nouveau registre d'état civil. Le , à la période qui voit l'interdiction du culte catholique partout en France, il renie son sacerdoce et épouse une jeune fille de quinze ans, alors qu'il en a quarante-et-un. En l'an IV, Legat devient adjoint municipal, c'est-à-dire officier d'état civil. Les actes qu'il rédige dans le cadre de ses nouvelles responsabilités sont enveloppés dans des feuilles de parchemin arrachées à un missel gothique, ou à un livre manuscrit de Richard de Saint-Victor. Maître Louis Vatin, notaire à Senlis, est chargé de la vente des biens de la cure, qui sont adjugés à Louis Gombart pour la somme de . Les biens de la fabrique sont divisés en neuf lots, et produisent la somme de . Les actes notariés correspondants sont conservés aux Archives départementales. Le rétablissement du culte à Courteuil ne se fait apparemment pas avant le Concordat de 1801, car l'abbé Vattier ne mentionne pas ce fait dans son article, qui couvre la période jusqu'à 1800. Le diocèse de Senlis est définitivement supprimé, et le territoire correspondant au département de l'Oise est rattaché au diocèse d'Amiens. Le diocèse de Beauvais, rétabli en 1822, couvre l'ensemble du territoire de l'Oise depuis cette date.
L'histoire de l'église thumb|Inscription sur le contrefort sud de la nef, entre les deux travées.
Les documents font défaut, mais les différentes campagnes de construction de l'église peuvent être distinguées grâce à l'analyse archéologique. Le chœur au chevet plat constitue la partie la plus ancienne de l'église. Son style gothique primitif correspond au début du . Initialement le chœur est dépourvu de bas-côtés. Un collatéral nord est ajouté au premier quart du , et un collatéral sud est édifié pendant la seconde moitié du . Le premier est de style gothique flamboyant ; le second est influencé par la Renaissance. La construction de la nef et du bas-côté est datée du début du par Dominique Vermand : en effet, une inscription sur un contrefort au sud porte la date de 1603. Or, le style gothique flamboyant tardif des parties occidentales parle plutôt en faveur d'une date autour du milieu du , entre la construction du premier et du second collatéral. Dans cette hypothèse, ce ne serait que le contrefort qui daterait de 1603, ainsi que peut-être les deux fenêtres du sud. Comme déjà signalé, une sacristie a été inaugurée en 1755 ; étant donné sa situation dans la cour basse du presbytère, ce n'est peut-être pas la même que l'on voit aujourd'hui, d'autant plus que la porte n'a été percée qu'au troisième quart du (voir ci-dessus). L'église Saint-Gervais a été inscrite aux monuments historiques par arrêté du . Grâce à l'action efficace de l'Association pour la sauvegarde de l'église et la défense du patrimoine culturel de Courteuil, elle a été remarquablement bien restaurée.. Courteuil fait aujourd'hui partie de la paroisse Saint-Rieul de Senlis. Des messes dominicales y sont célébrées le samedi précédant le premier dimanche des mois pairs, à 18 h 30..
Description thumb|Plan de l'église. thumb|Nef, vue vers l'est. thumb|upright|Bas-côté, vue vers l'est.
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