L'Antiphonale missarum sextuplex (Antiphonale Missarum Sextuplex, selon l'auteur) est une publication de six manuscrits du chant grégorien, sortie en 1935 par Dom René-Jean Hesbert auprès de l'abbaye Saint-Pierre de Solesmes. Il s'agit des chants de livre les plus anciens de ce chant, sans notation grégorienne.

Motif de publication Inspiré de la publication de l'Antiphonaire du Mont-Blandin par Jacob van Pamele en 1571, l'auteur souhaitait sortir une œuvre plus scientifique et critique. Dom Hesbert avait consulté également les œuvres de Giuseppe Maria Tomasi et des Mauristes.

Lors de la publication, l'œuvre était dédiée à Dom Paul-Grégoire Cagin de Solesmes. Dom Taillefer, Dom Eugène Cardine et Dom Marcel Blazy. avaient soutenu sa rédaction.

Six manuscrits Il s'agit d'un livre composé de six manuscrits, un cantatorium et cinq graduels, les plus anciens du chant grégorien. En raison de leur ancienneté, tous les manuscrits manquent de notation, c'est-à-dire de neume, car celle-ci n'apparut que dans la deuxième moitié du , selon les documents restants.

Ces sources sont :

M : Graduel de Monza (deuxième tiers du ) ; Trésor de la cathèdrale de Monza ; R : Antiphonaire de Rheinau, manuscrit Rh. 30 (vers 800) ; Zentralbibliotek de Zurich ; B : Antiphonaire du Mont-Blandin, manuscrit 10127 - 10144 (vers 800) ; C : Antiphonaire de Compiègne, manuscrit latin 17436 (deuxième moitié du ) ; Bibliothèque nationale de France ; K : Antiphonaire de Corbie, manuscrit latin 12050 (après 853) ; Bibliothèque nationale de France ; S : Antiphonaire de Senlis, manuscrit 111 (quatrième quart du ) ; Bibliothèque Sainte-Geneviève En dépit des dénominations de l'auteur, ils sont des graduels d'après la définition stricte de nos jours.

Les premières pages se consacrent aux commentaires détaillés de ces manuscrits et quelques photos aussi s'y trouvent - xxiv. L'auteur y ajoutait des renseignements concernant les fragments de Lucques : M : p. ix - xi R : p. xii - xiv B : p. xv - xviii C : p. xix - xx K : p. xxi - xxii S : p. xxiii - xxiv Les fragments du manuscrit 490 de la Bibliothèque capitulaire de Lucques, p. xv - xvi

Avant les tableaux en synopsis, l'auteur donnait encore ses commentaires en détail sur ces manuscrits, d'une part selon le calendrier liturgique (p. xxxv - lxxxiii), d'autre part d'après le sanctoral (p. lxxxiii - cxviii).

Les dernières pages sont réservées aux tables afin de faciliter l'usage : Table général (alphabétique) : p. 225 - 230 Table par genre : p. 231 - 254 Table des saints : p. 254 - 255 Table des matières (index) : p. 256

Sources supplémentaires Afin de vérifier l'authenticité des textes, Dom Hesbert avait consulté également plusieurs documents liturgiques - xxxii : Sacramentaire gélasien Vaticanus Regimensis 316 Sacramentaire de Gellone Sacramentaire d'Angoulême Sacramentaire de Saint-Gall Sacramentaire de Rheinau Sacramentaire grégorien Sacramentaire de Padoue Sacramentaire d'Hadrien (édition de Henry Austin Wilson, à la base des manuscrit Cambrai 164, Vaticanus Regimensis 337 et Ottobonianus 313) Lectionnaire Comes de Wurzbourg Comes de Murbach Comes emendatus d'Alcuin Valeur Alors que la création du chant grégorien se continua durant tout le Moyen Âge, par exemple les hymnes de saint Thomas d'Aquin († 1274), la composition du répertoire grégorien avait été close à la fin du environ - 421 : « Dès l'arrivée du précieux manuscrit, Alcuin s'est mis au travail. Empruntant au nouveau Sacramentaire gélasien et aux usages des églises franques pour compléter les rites romains du Sacramentaire Hadrien, corrigeant en outre les fautes de grammaire, il y travaillera presque vingt ans et mènera la réforme à son terme. L'ouvrage est déjà assez avancé pour qu'en 794 au concile de Francfort — celui où l'on prend précisément position sur les images — le roi puisse faire admettre deux usages romains : le baiser de paix est, dans les messes solennelles, étendu à tous le peuple, et la lecture des listes de saints spécialement invoqués — les diptyques — est reportée après l'Offertoire.La réforme sera complétée, pour d'autres raisons, par la généralisation en 809 de la formule Filioque dans le Credo, généralisation qui ne devra rien, bien au contraire, à l'usage romain.Le sacramentaire ne suffit pas. Entreprise dès le temps de Pépin, une collection des règles liturgiques — les ordines applicables à toutes sortes de cérémonies, sacramentelles ou non, est achevée vers 780. Elle procure aux églises franques un cérémonial où se mêlent habilement les rites romains et ce que l'on a cru devoir conserver des rites gallicans. En 800, plusieurs emprunts à l'ordo romain sont adoptés et imposés : on fêtera à la manière romaine les quatre fêtes de la Vierge que sont la Nativité le 8 septembre, la Purification le 2 février, l'Annonciation et la Conception du Christ le 25 mars, l'Assomption le 15 août. On fera de même pour les grandes célébrations de l'entrée en carême qu'est le mercredi des Cendres et de la marche vers Pâques que sont les offices de la Semaine sainte. Parfois, on additionne. En 813, au concile de Mayence, l'empereur impose l'usage romain de la procession des Litanies majeures de la Saint-Marc (25 avril), celle qui, on y reviendra, a été en 799 l'occasion de l'attentat contre Léon III. Mais il en profite pour entériner le maintien des grandes processions champêtres des litanies mineures gallicanes. ». Si bien que le texte de celui-ci, issu du document original selon le rite romain « vieux-fond », était effectivement fixé dans ces manuscrits. C'est pourquoi ces documents sont importants, notamment afin de vérifier l'authenticité : « Les premiers recueils manuscrits des chants de la messe, que nous possédons, remontent à la fin du . Cependant les plus aniens ne contiennent que le texte et parfois même seulement les incipit. Dom Hesbert a édité sous forme de synopse ces anciens mauscrits dans l'Antiphonale missarum sextuplex. Ainsi une pièce de chant est dite « authentique », c'est-à-dire qu'elle fait partie du « vieux-fond » grégorien, lorsque son texte figure dans les meilleurs manuscrits du Sextuplex.

Par ailleurs, l'auteur ne publia pas ce document, jusqu'à ce que soient complètement analysés les six manuscrits si précieux. Avec une immense prudence, ce musicologue avait sélectionné enfin la forme de synopse, afin de satisfaire ceux dont a besoin la particularité des matériaux :

Qualité de l'édition Dans son compte rendu au-dessus et publié en 1936, Michel Andrieu appréciait ces travaux. :

Publications publication originale : 1935 : Vromant, Bruxelles. réimpression : 1967 : Herder, Rome, 256 p

Postérité

Par ailleurs, les chercheurs découvrirent encore la qualité du graduel de Monza, manuscrit attribué vers 820. Comme le cantatorium de Monza ne compose que des chants pour les solistes, cette découverte était précieuse. Avec l'abréviation M' pour celui-ci, on emploie dorénavant les MM'RBCKS.

Voir aussi Chant grégorien, Notation musicale grégorienne Antiphonaire du Mont-Blandin, Cantatorium de Monza

Références bibliographiques Luigi Agustoni et Johannes Berchmans Göschl, Introduction à l'interprétation du chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2001 288 p.

Daniel Saulnier, Le chant grégorien, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 2003 131 p.

Marie-Emmanuel Pierre, Abbaye Saint-Michel de Kergonan, Plouharmel 2005 343 p.

Jean Favier, Charlemagne, Tallandier, , Paris 2013 769 p.

Graduale Triplex, Abbaye Saint-Pierre, Solesmes 1979 918 p.

Notes et références

Bibliographie Compte rendu de Michel Andrieu (1936) dans la Revue des Sciences Religieuses, volume 16, 4, p. 545 - 547 : Antiphonale Missarum Sextuplex

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