L’avalanche de WellingtonVoir : Wellington, Washington . du a eu lieu aux États-Unis, au nord de l'État de Washington, près de la frontière avec le Canada, dans les montagnes de la chaine des Cascades, sur la ligne de chemin de fer transcontinentale ouverte vers Seattle par la compagnie du Great Northern Railway. Elle tua une centaine de voyageurs et de cheminots.thumb|Page de une du journal The Seattle Star du .

Les lieux

Dans la traversée de la chaine des Cascades, dernier obstacle avant l'océan Pacifique, la ligne de chemin de fer du Great Northern Railway vers Seattle avait été, lors de sa construction en 1892, provisoirement tracée par un col situé à , appelé Stevens PassDu nom de l'ingénieur de la compagnie qui l'avait découvert; voir Stevens Pass , et Joann Roe :Stevens Pass: The Story of Railroading and Recreation in the North Cascades. Caxton Press, 1995, ., auquel elle accédait sur chaque versant par des rampes en zigzag imposant huit rebroussements successifs.

En 1900, ce parcours particulièrement tourmenté et exposé aux intempéries avait été raccourci avec l'ouverture, plus bas que le col, d'un tunnel de faite appelé tunnel des CascadesVoir : Cascade tunnel .. L'évacuation des fumées s'avérant difficile dans cette galerie de en pente de 17 ‰ vers l'est, neuf ans plus tard, la traction à vapeur y avait été remplacée par la traction électrique.

À la sortie ouest du tunnel, au pied d'une barre rocheuse de appelée Windy MountainVoir :Windy Mountain, se trouvait une petite agglomération formée d'une douzaine de maisons, de quelques baraquements et hangars, initialement construite pour les besoins des manœuvres nécessitées par le passage du col et de son déneigement. Elle comprenait des voies de garage, un dépôt de locomotives, un réservoir d'eau, un parc à charbon, des dortoirs et une cantine pour le personnel, ainsi qu'un petit hôtel géré par la famille BailettVoir : The Leavenworth echo, 4 mars 1910, .. En période d'hiver, elle pouvait compter jusqu'à 600 occupants, dont de nombreux manœuvres chargés de finir à la pelle le travail des chasse-neige. En 1909, s'y étaient ajoutées une remise pour les quatre locomotives électriques assurant désormais la traction dans le tunnel, et la centrale produisant le courant triphasé nécessaire à leur fonctionnement.

La compagnie l'avait d'abord appelée Stevens City, avant de changer son nom en Wellington en hommage à l'un de ses gros actionnairesJoan Roe, op. cit. ..

Les circonstances de la catastrophe

Lors de l'hiver 1909-1910, les intempéries, comme à l'accoutumée, affectaient fortement tout le nord-ouest du continent américain. Dans les montagnes Rocheuses, le , les villes minières de Mace et BurkeVoir : Burke avaient été balayées par des avalanches faisant une soixantaine de mortsVoir: The Spokane press du 28 février 1910, ..

Dans la traversée de la chaine des Cascades, à la fin du mois de février, les chutes de neige, ininterrompues durant deux semaines, avaient même créé une situation de crise exceptionnelle. Aux États-Unis, les deux lignes transcontinentales du Northern Pacific Railway et du Great Northern Railway étaient coupées en de nombreux endroitsVoir : The Wenatchee daily world du 2 mars 1910, et 5. Un peu plus au nord, dans la province canadienne de Colombie-Britannique, sur le réseau du Canadian Pacific Railway, deux chasse-neige et leurs équipes avaient été emportés dans un ravin au Col Rogers, accident faisant Voir : The Spokane Press du 5 mars 1910, et 2 et Rogers Pass avalanche ..

Sur la ligne du col Stevens, la situation était si critique qu'un cadre du GNR, le surintendant O'Neil, chargé de la division ouest, avait été détaché à Wellington dans un train spécial, pour coordonner les opérations de dégagement des accès au tunnel des Cascades, coupés en de nombreux points par les congères et les avalanchesVoir : New York Tribune du 2 mars 1910, ..

Après de longues heures de travail des chasse-neige à turbine, cinq trains bloqués sur les deux versants avaient pu être dégagés et renvoyés à leurs points de départ, Everett à l'ouest et Spokane à l'est. Il en restait cependant deux, allant vers l'ouest, qui, arrivés à proximité du portail est du tunnel des Cascades, bouché par une avalanche, ne pouvaient ni le franchir ni redescendre vers LeavenworthVoir : Leavenworth, Washington une cinquantaine de kilomètres plus bas, d'autres avalanches ayant coupé la voie derrière eux, notamment à Drury, à de Leavenworth Voir : The Wenatchee daily world du 2 mars 1910, .

Le train , appelé « Spokane-Seattle express », transportait . Le train était un train postal transcontinental rapide. Il était vide de voyageurs, mais occupé par 18 postiers assurant la manutention et le tri du courrier.

Après être passés à Leavenworth le mardi , ces deux trains, arrêtés à Berne, une ancienne base de travaux pour la construction de la ligne, avaient attendu jusqu'au jeudi le dégagement de l'entrée est du tunnel. Ils avaient alors franchi celui-ci, tirés par les machines électriques, et avaient été garés à Wellington avec le train spécial du surintendant O'Neil. En effet, la voie dans la descente vers SkykomishVoir : Skykomish, Washington avait été coupée par de nombreuses avalanches, et les chasse-neige envoyés pour la dégager, après avoir en vain tenté d'attaquer les amoncellements de neige mêlée d'arbres et de rochers, étaient eux-mêmes restés bloqués, en panne de charbon.

L'attente dans la petite ville se prolongea, alors que la neige continuait à tomber en une couche dépassant par endroits quatre mètres. Les réserves de charbon étaient tout juste suffisantes pour assurer un minimum de chauffage, et la nourriture était rationnée à deux repas de pommes de terre et de porc salé par jour. Le vendredi , le télégraphe, seul lien avec l'extérieur, fut coupé. Le lendemain, avec l'espoir de hâter les secours et de ramener du ravitaillement, le surintendant O'Neil prit la tête d'un petit groupe de cheminots tentant de gagner à pied Scenic Hot SpringsVoir : Scenic Hot Springs , une gare située plus bas et desservant un luxueux hôtel-établissement thermal ouvert en 1904.

Le dimanche , alors que pluie et vent chaud succédant à la tempête de neige faisaient redouter le déclenchement de nouvelles avalanches, une vingtaine de personnes bloquées à Wellington, dont des voyageurs du train , estimèrent que le site était trop exposé et décidèrent de l'évacuer, en formant deux groupes pour partir à leur tour vers ScenicVoir : Joann Roe, op. cit. et 84..

Dans la nuit du au , après un violent orage, sur la Windy Mountain une corniche de neige s'effondra, provoquant une avalanche qui dévala la pente dans un énorme grondement en la dénudant entièrement sur près d'un kilomètreVoir: The Seattle star du 2 mars 1910, . avant de dévaster la petite ville à Les montres retrouvées sur les victimes étaient pour la plupart arrêtées à cette heure.. Cette masse s'étalant sur une largeur de quatre cents mètres, d'un poids estimé à plus de Voir : The Washington times du 4 mars 1910, . épargna une partie des constructions, dont l'hôtel Bailett. En revanche, la centrale électrique et le dortoir de son personnel, un chasse-neige rotatifVoir l'image., les quatre machines assurant la traction dans le tunnel, les trois trains, leurs locomotives et tous leurs occupants furent balayés et précipités plus bas dans les gorges de la rivière TyeVoir : Tye river , ensevelis sous une couche de plusieurs mètres d'une neige lourde et collante mêlée d'arbres, de terre et de rochers, d'une densité analogue à celle du bétonVoir : The Sun du 3 mars 1910, , et l'image..

Les secours

Les rescapés de la catastrophe étaient totalement démunis pour faire face à son ampleur. Aussi, le télégraphe ne fonctionnant toujours pas, immédiatement, deux d'entre eux partirent vers l'ouest dans la nuit par deux chemins différents pour alerter les secours. L'un, John Wentzel, client de l'hôtel Bailett, marcha huit heures dans le blizzard avant d'arriver à SkykomishVoir : Skykomish Washington ., plus bas, où il s'effondra épuisé et demeura longtemps incapable de tenir des propos cohérentsVoir : New-York tribune du 3 mars 1910, . et The Seattle star du 2 mars 1910, .. L'autre, le mécanicien A.J. Mackey, mit moins de temps pour gagner Scenic, mais comme le télégraphe y était coupé, c'est le surintendant O'Neil qui le relaya pour descendre jusqu'à l'ancien camp de travailleurs japonais de Nippon (devenu Alpine en 1903), où la ligne fonctionnait encoreVoir : The Spokane press du 5 mars 1910, ..

À la nouvelle du désastre, deux trains furent envoyés d'Everett. L'un emmenait des médecins et des infirmières, l'autre des entrepreneurs de pompes funèbres et leurs assistantsVoir : The Press du 3 mars 1910, . ainsi que des ouvriers et leurs équipements de secours. Toutefois, ils furent bloqués par des congères à de Wellington. Les premiers sauveteurs venus de l'extérieur mirent donc plus d'une journée pour gagner le lieu de la tragédie à pied par les pistes de montagne. Par la suite, des chasse-neige purent dégager la voie jusqu'à Scenic, mais trois nouvelles avalanches accumulant des hauteurs de neige compacte allant jusqu'à leur interdirent d'aller au-delàvoir : The Spokane Press du 3 mars 1910, et The Seattle star du 3 mars 1910, .. Dans les premières heures suivant la catastrophe, ceux qu'elle avait épargnés étaient descendus dans le ravin pour sonder l'amas des débris à la recherche d'éventuels rescapés. Ainsi fut retrouvé quasi-miraculeusement F.A. Bates, chauffeur du train postal coincé cinq heures sous sa locomotive dont la vapeur avait creusé une cavité le protégeant à la fois de l'écrasement et du froidVoir : The Evening statesman du 3 mars 1910, .. Au total, les sauveteurs dégagèrent vingt-trois survivants, dont vingt blessés qui furent transportés dans une maison transformée en infirmerie de fortune. Durant trois jours, jusqu'à ce que les médecins et infirmières du train de secours parviennent enfin à pied à Wellington, Madame Sherlock, épouse de l'opérateur du télégraphe, s'illustra en dispensant seule réconfort et soins aux plus gravement atteintsVoir : The Seattle star du 3 mars 1910, .. C'est seulement le que ceux-ci purent être évacués par le tunnel, après que des chasse-neige et 400 ouvriers partis de Leavenworth en eurent dégagé l'accès estVoir : The Spokane Press du 8 mars 1910, et The Leaverworth echo du 11 mars 1910, ...

Au fur et à mesure de leur découverte, les cadavres, souvent fortement mutilés, furent provisoirement conservés dans des cavités creusées dans la neige après avoir été extraits du ravin Voir : The Evening statesman du 5 mars 1910, .. Avant que les sept entrepreneurs de pompes funèbres arrivés avec les secours puissent les prendre en charge, il fallut trouver en urgence un arrangement amiable à la délicate question de leur compétence territoriale, car le représentant du coroner du comté de King dont relevait Wellington refusait l'intervention de ceux venant d'Everett, ville située dans le comté de SnohomishVoir : The Wenatchee daily world du 4 mars 1910, .

Dans l'attente du rétablissement de la voie, plusieurs dizaines de corps, une fois identifiés, embaumés et enveloppés dans des couvertures, furent chargés sur des traineaux, et descendus à bras d'homme dans des conditions périlleuses jusqu'à Scenic, d'où des trains assuraient le relai pour les restituer aux famillesvoir une photo des traineaux..