Dans les sciences sociales françaises, l’insécurité culturelle est un concept décrivant le sentiment d'insécurité que peut éprouver un groupe social autochtone confronté dans son espace culturel historique à une présence ou à une influence extérieure. Ce groupe social autochtone peut alors se sentir menacé dans la pérennité de sa culture, de ses valeurs, de ses normes et de son mode de vie.

Il faut noter que si ce concept français décrit le sentiment d'insécurité qui est alors éprouvé, il le distingue de la concrétisation de la menace et n'a pas vocation à analyser le bien-fondé de celle-ci. Le concept a été formulé en particulier par le spécialiste de science politique Laurent Bouvet (qui le considère davantage comme une notion que comme un concept) à partir des travaux du sociologue Alain Mergier et du géographe Christophe Guilluy.. Il est popularisé à partir de 2012, lorsque, à la suite d'élections majeures en France, les chercheurs analysent les mutations de l'électorat du Front national et souhaitent lui trouver une explicationLors de l'élection présidentielle et les élections législatives de 2012, le parti frontiste a réalisé les meilleurs scores de son histoire..

Définition Jean-Yves Camus rapproche le concept de celui du multiculturalisme et le définit comme « l'inquiétude des milieux populaires face à la mondialisation ».. Pour Nicolas Lebourg, chercheur spécialisé dans l'extrême-droite, l'insécurité culturelle « relève d'une question socio-économique qui a une implication culturelle »Nicolas Lebourg, « Qu'est-ce que l'insécurité culturelle ? », tempspresents.com, 15 septembre 2012..

Les promoteurs du concept ajoutent l'insécurité culturelle aux deux autres formes que sont l'insécurité physique et l'insécurité sociale . Une ou plusieurs de ces trois peurs peut conduire certaines populations à fuir leur zone géographique de résidence, perçue comme source d'insécurité, pour s'installer, plus loin, dans une zone considérée comme plus sereine..

Histoire Le géographe Christophe Guilluy emploie le terme « Insécurité culturelle » au début des années 2000 .. Il est alors consultant pour des bailleurs sociaux, et il analyse un quartier . Christophe Guilluy utilise donc ce terme pour définir une nouvelle raison, la troisième, qui incite des personnes à déménager. Les deux premières raisons étant désignées par l'insécurité physique et l'insécurité sociale.

Jérôme Fourquet et Alain Mergier préfèrent utiliser le terme d'« insécurisation ». Cette « insécurisation », selon eux, ne se réduit pas à l'insécurité physique. Elle « concerne aussi le sentiment d'être dépossédé de sa culture et de ses valeurs face à la présence imposante des populations immigrées dans des zones d'habitation à forte concentration populaire. »Enquête sur les ressorts du vote FN en milieux populaires, Jérôme Fourquet et Alain Mergier, lemonde.fr, 26 octobre 2011

Laurent Bouvet, professeur de science politique à l'université de Versailles - Saint-Quentin-en-Yvelines et enseignant à Sciences Po Paris, publie deux tribunes dans Le Monde et Marianne à propos de ce terme. Il expose ainsi sa réflexion sur l'insécurité culturelle en indiquant, dans Le Monde, qu'il . Dans Marianne, il poursuit son analyse en indiquant que

Relevant notamment les échanges du comité directeur du PS du qui suivent la percée du FN aux élections européennes de 1984, l'historien Gilles Vergnon estime que , notamment de Lionel Jospin. Cité dans ..

Concepts liés : Village, Hinterland, Boboland, périurbain choisi, périurbain subi Pour se protéger, les individus ont tendance à se regrouper dans des zones où ils n'ont pas cette représentation de l'insécurité, c'est-à-dire s'installer là où ils sont dans un entre-soi majoritaire. appelé « leur village ». Si « leur village » est considéré comme menacé par une population allogène, risquant de devenir majoritaire, alors ils font le choix de fuir vers l’arrière-pays, appelé également « hinterland culturel ».

Les trois hinterlands Cet hinterland peut être le quartier voisin, c'est-à-dire le centre de la métropole ou les quartiers aisés, un « périurbain choisi ». L'une des conséquences de ces nouvelles arrivées est l'accroissement du prix de l'immobilier et par ricochet le départ des classes populaires, dont les populations d'origines immigrées. Christophe Guilluy désigne ce phénomène par le terme de « Boboland », qui est proche du phénomène de gentrification. Le géographe l'appelle « le multiculturalisme à par mois ».

Cet hinterland peut, par ailleurs, être aussi un arrière-pays plus éloigné ou « périurbain subi », selon l'expression du géographe Laurent Chalard. Le désir d'éloignement de ces zones considérées comme dangereuses combiné à un niveau de vie modeste oblige certaines populations à faire le choix d'aller s'installer plus loin des centres et notamment des zones d'emplois. Cet éloignement induirait une « insécurité sociale ». En effet, le phénomène peut entrainer la perte de l'emploi de façon définitive puisque le coût des transports et la distance peut mener à une situation économique non viable. Enfin, selon l'auteur, le smic apparait parfois moins rentable que les allocations sociales de solidarité. Ainsi aller-retour ampute parfois de 25 % le pouvoir d'achat. Christophe Guilluy l'appelle : « Le multiculturalisme à par mois ».

À l’extrême, l'hinterland peut être un autre pays. L'auteur cite ainsi le cas des populations juives de France, qui si elles ne font pas le choix de se regrouper dans des quartiers de l'est parisien, comme le , préfèrent quitter la France pour un autre pays, voire s'installer en Israël, réalisant ainsi une forme d'alya. Selon les observateurs, ce phénomène a plus-que doublé entre 2013 et 2014, pour atteindre 1 % de la communauté juive française..

Universalité du concept En France le sentiment d'insécurité culturelle n'est pas le propre des Français de souche Dans le chapitre « Le village » du livre La France périphérique. Comment on a sacrifié les classes populaires (2014), Christophe Guilluy souhaite déconstruire l'opinion que ce concept est propre à une partie des Français définis comme racistes par ceux qu'ils appellent les « bobos ».

Il présente d'abord des sondages montrant que le fait que considérer qu'il y a trop d'étrangers « dans son village » est universel. Un sondage Ipsos de à l'échelle mondiale qui pose la question « pensez-vous qu'il y a trop d'immigrés » montre qu'il n'y a pas de spécificité française ni même européenne : réponse oui : 77 % des Russes, 72 % des Belges, 71 % des Britanniques, 67 % des Italiens, 67 % des Espagnols, 61 % des Argentins, 60 % des Américains, 59 % des Indiens, 57 % des Français, 30 % des Japonais. Il note que le système « anglo-saxon communautariste » ne permet pas plus de diminuer le sentiment d’insécurité culturelle que le système « républicain français ».

Un sondage TNS sofres de 2014 en Île-de-France montre que les populations musulmanes ont une perception identique. 50 % « pensent qu'il y a trop d'étrangers » contre 45 % pour l'ensemble de la population francilienne. 52 % des musulmans pensent « qu'on ne se sent plus chez soi comme avant » contre 41 % pour l'ensemble de la population francilienne..

L’enquête « Fracture Française » d' par le CNCDH confirme une tendance mesurée depuis des années. 75 % des Français considèrent qu'il y a trop d'immigrés, ce qui démontre que cela dépasse largement les 20 % d'électeurs du Front national..

Toute arrivée récente d'une population importante de culture différente peut générer un sentiment d'insécurité culturelle chez les anciens habitants. Contrairement à ce que certains pensent, notamment à l’extrême droite, Laurent Bouvet note que « des populations  très différentes » sont touchées.. Ce n'est pas uniquement le cas lors de l'arrivée de populations musulmanes en milieu originellement chrétien. On peut citer, trois contre-exemples :

Le départ d'une partie de la communauté juive d’Algérie de Sarcelles, arrivée dans cette ville en 1962, à la suite de l'arrivée d'une « nouvelle religion » : une communauté chrétienne : des chaldéo-assyriens chassés d'IrakLa communauté est précisément Assyro-Chaldéenne venant d'Irak, Libération, publié le 25 novembre 2010.René Guitton, La France des intégristes : extrémistes juifs, chrétiens, musulmans : le refus de la République, notamment , .Corsematin 20 septembre 2014.. Le départ d'une importante communauté musulmane du quartier de Belleville à Paris à la suite de l'arrivée massive de populations chinoises : « On ne reconnaît plus notre quartier de Paris qu'on aimait ! Dans les restaurants, on ne trouve plus de couscous, plus de merguez, il n'y a plus que des nems ! ». ; Les populations musulmanes des quartiers nord du de Marseille ont violemment tenté de repousser les nouveaux arrivants Roms en 2013. Ils ont ensuite massivement voté à droite et à l’extrême-droite en 2014..

Jacques Attali généralise à toutes les cultures ce concept. Il l'analyse par la peur de l'avant-dernier arrivé vis-à-vis du dernier arrivé, le premier commençant à réussir son intégration et craignant que ce nouvel afflux, le dé-intègre à nouveau. Jacques Attali utilise la métaphore de celui qui souhaite fermer la porte juste après être le dernier entréJacques Attali, Émission « Ce soir ou jamais ». Plus le rapport minorités / majorité se réduit, plus les problèmes augmentent indépendamment de la religion. ..

Toutes les cultures ressentent ou inspirent de l'insécurité culturelle Christophe Guilluy souhaite déconstruire l'opinion que certaines cultures ne ressentiraient pas cette insécurité parce qu'eux-mêmes seraient émetteurs de flux d'immigration. Il a notamment étudié le cas de trois populations émettrices de flux d'immigration. Ces populations se plaignent souvent lorsqu'elles arrivent dans un « autre village » de la réaction d'insécurité culturelle des autochtones qu'elles assimilent à du racisme. Elles concluent « Nous, nous ne sommes pas racistes, nous n'aurions pas réagi comme cela ». En réalité, quand ces mêmes populations sont confrontées à l'arrivée de populations allogènes dans leur propre village, elles réagissent de la même façon. Christophe Guilluy étudie le cas de trois flux émetteurs : le Maroc, l'Algérie et Israël..

L'insécurité culturelle dans les faits

Théorie

Dans la vie quotidienne, l'insécurité culturelle se déroule en deux étapes. Premièrement les autochtones sont obligés sous la pression des valeurs des nouveaux arrivants de changer leurs habitudes ancestrales, d'abandonner des comportements des coutumes http://www.slate.fr/story/112727/apres-cologne-insecurite-culturelle-devenue-realite Laurent Bouvet. Deuxièmement, quand l'abandon de ses coutumes devient trop pénible, ils déménagent dans l'hinterland.

Critiques Pour le sociologue Michel Wieviorka, l'insécurité culturelle indique :