L’anarchisme au Mexique concerne l'histoire du mouvement libertaire mexicain.
Historiquement, les anarchistes mexicains sont influencés par le christianisme, le fouriérisme, le proudhonisme, le bakouninisme ou le positivisme. Radicalement anti-cléricaux, ils développent des réalisations concrètes dans les zones qu’ils réussissent à contrôler durant un certain temps.
Aspects libertaires des amérindiens
Pour certains anarchistes et .
Les origines du mouvement vignette|Photo d'anarchiste mexicain prise en 2014 Entre 1861 et 1864, les différents courants de l’anarchisme social émergent comme force d’opposition prépondérante dans la vie politique, syndicale et socialeJosé Rosas Ribeyro, Anarchismes et mouvements sociaux au Mexique (1861-1929), doctorat de , Histoire, EHESS, 1988, notice..
Le mouvement libertaire mexicain naissant se manifeste, dans des révoltes paysannes, par une « indigénisation des théories socialistes utopiques », notamment par les liens entre « le calpulli précolombien et la commune sociétaire de demain »Pierre-Luc Abramson, Les utopies sociales en Amérique latine au , Lille, 2 vol., 1993, cité par Fernando Matamoros Ponce, Mémoire et utopie au Mexique : mythes, traditions et imaginaire indigène dans la genèse du néozapatisme, Paris, Syllepse, 1998, page 47..
En 1874, La Comuna, sans doute le premier journal réellement anarchiste, est un hommage posthume à la Commune de Paris (1871)..
La révolte de Chalco
À son arrivée en au port de Veracruz, c'est le militant grec Plotino Rhodakanaty qui introduit l'anarchisme.. En 1877, il traduit le premier ouvrage anarchiste au Mexique, Idea General de la Revolución de Pierre-Joseph Proudhon.
En 1865, après avoir étudié la région et conclu qu’elle était idoine pour l’implantation de son projet de communes socialistes, Rhodakanaty s’installe dans le village de Chalco. En répétant la méthode qu’il a déjà utilisée dans la ville de Mexico, il implante d’abord un centre de formation paysanne qu’il appelle l’Escuela de rayo y del socialismo. L'instruction donnée commence par l'alphabétisation, continue avec l'étude des idéaux libertaires et de certaines méthodes d'organisation. Il se renforce par l'apprentissage de l'art oratoire et par la pratique de la rédactionJosé Rosas Ribeyro, Anarchismes et mouvements sociaux au Mexique (1861-1929), doctorat de , Histoire, École des hautes études en sciences sociales, 1988, extraits en ligne..
Un des élèves les plus remarqués est un paysan originaire d'une hacienda proche de Texcoco, nommé Julio López Chávez. Il entame un processus très actif d'organisation paysanne dans le but d'appliquer le programme agraire qu'il ébauche peu à peu : « Je suis socialiste parce que je suis ennemi de tous les gouvernements et communiste parce que mes frères veulent travailler les terres en commun ». Et, appliquant le principe de l'action directe, il se lance avec un petit groupe de partisans prendre les terres des haciendas de Chalco et Texcoco. Le mouvement prend rapidement de l'ampleur. Le gouvernement de Benito Juárez envoie des forces pour les combattre.
Manifeste à tous les opprimés et pauvres du Mexique et de l'univers Le , lance son Manifeste à tous les opprimés et pauvres du Mexique et de l'univers (« ».) qui démontre un souci de s’extraire du localisme et que la presse ouvrière de la capitale reproduit. Le manifeste dénonce le dépouillement séculaire et le semi-servage dont souffrent les paysans. Mais aussi, l'Église accusée d'être aussi responsable de la situation du paysannat, en même temps qu'il revendique les principes de base d'un christianisme en rupture avec l'appareil oppresseur de l'institution-église : « Qui a collaboré pour nous maintenir dans le silence, dans l'humiliation, dans l'ignorance et dans l'esclavage ? L'Église et seulement l'Église qui par le moyen de ses missions hypocrites a tissé le mensonge du salut spirituel dans un lieu qui n'est pas la terre ».
Il faut mentionner que ce texte est sujet a de nombreuses controverses quant à sa date réelle de rédaction et à savoir qui est son auteur véritable, d'autres portent sur sa publication qui serait postérieure de trente ans à sa rédaction ; son authenticité même est mise en doute par certains anarchistes mexicains.
Le texte formule également un projet, une utopie : « Nous voulons le socialisme [...] la forme la plus parfaite de convivialité sociale. [...] Nous voulons la terre pour y semer pacifiquement et récolter tranquillement en abolissant dès maintenant le système d'exploitation, en donnant la liberté à tous pour qu'ils sèment dans le lieu qui leur convient le mieux sans avoir à payer aucun tribut, en leur donnant la liberté de se réunir dans la forme qu'ils croiront la plus adéquate, en formant de grandes ou de petites sociétés agricoles qui se surveillent pour se défendre mutuellement sans avoir besoin d'un groupe d'hommes qui leur donne des ordres et les châtie. Nous voulons abolir toute marque de tyrannie parmi les hommes mêmes vivants dans des sociétés de fraternité et de mutualisme et établissant la République universelle de l'harmonie. [...] Il est indispensable de sauver le moment présent et d'élever nos efforts autour du sacra-saint drapeau de la Révolution socialiste qui dit du haut de la République : Abolition du gouvernement et de l'exploitation. »
Julio López Chávez est finalement capturé, fusillé à Chalco, le , il meurt en criant « Vive le socialisme ! ».
Selon l'anthropologue Eric Wolf : « L'utopie des paysans est le village libre, qui n'est pas touché par les collecteurs d'impôts, les recruteurs de travailleurs, les grands propriétaires terriens et les fonctionnaires [...] Pour le paysans, l'État est quelque chose de négatif, un mal qui doit être remplacé le plus vite possible par leur propre ordre social de caractère domestique. Cet ordre, croient-ils, peut exister sans un État, par conséquent les paysans rebelles sont des anarchistes naturels »Eric Wolf, Las Luchas Campesinas del Siglo XX, Mexico, Éditions Siglo XXI, 1972, page 400.
Selon l'historien José Rosas Ribeyro : « Le mouvement paysan anarchiste de López Chávez revêt une importance très singulière qui marquera dans le futur le processus des luttes paysannes jusqu'à la Révolution zapatiste. En effet, avec lui sont laissés en arrière les jacqueries et les pillages et on passe à une remise en cause idéologique de l'État mexicain, avec lui le mouvement agraire acquiert une idélogisation dans laquelle on introduit le concept de lutte de classes et, finalement, c'est avec lui qu'est obtenue la première ébauche plus ou moins claire de la revendication ancestrale de gouvernements autonomes, c'est-à-dire les communes libres et fédérées entre elles. Également, pour la première fois, les aspirations millénaristes chrétiennes fusionnent avec un élément ideologique extérieur - anarchiste - ce qui lui permet d'élaborer un projet alternatif de société qui, bien qu'il soit superficiel et simplificateur, signifie un pas en avant dans le développement de la conscience paysanne ».
La révolution mexicaine 290px|thumb|right|Ricardo et Enrique Flores Magón. thumb|290px|right|Regeneración du 23 septembre 1911.
Les frères Flores Magón, créent le à Mexico, le journal RegeneraciónEncyclopedia of Mexico, éd. Werner S. Michael, Dearborn, Chicago, 1997, .
Ricardo Flores Magón qui se réclame de l'anarchisme, fonde en 1906, le Parti libéral mexicain (Partido Liberal Mexicano - PLM).
Avant la Révolution mexicaine, le PLM est le premier et le plus puissant mouvement d’opposition au gouvernement de Porfirio Díaz, et ce, malgré les difficultés de l’exil. Tant par la propagande de Regeneración, hebdomadaire dont la parution atteint, à certaines époques, les vingt et un mille exemplaires, que par l’agitation provoquée par les soulèvements armés et les grèves, il participe à l’affaiblissement du régime en créant un climat d’instabilité, propice à l’émergence d’autres mouvements contestatairesDavid Doillon, Ricardo Flores Magón et le magonisme : itinéraire et trajectoire, À contretemps, , janvier 2006, texte intégral..
Adoptant une perspective historique différente de la version officielle, qui présente le , date du soulèvement de Francisco I. Madero, comme le début de la révolution, certains historiens proposent l’année 1906, époque de la grève réprimée de Cananea.
En , a lieu la première grève réellement importante dans l’histoire du mouvement ouvrier mexicain, à la société Cananea Copper Company à Cananea. Les ouvriers de Camanea sont les premiers Mexicains à se battre pour la journée de huit heures et des salaires décents. La grève, qui tourne à l’émeute, est écrasée par les autorités locales et 275 soldats nord-américains viennent défendre les intérêts de la Camanea Consolidated Copper Company. Les leaders sont arrêtés, Manuel M. Diguez et Esteban B. Calderon, tous deux membres du Parti libéral mexicain et condamnés à 15 ans de forteresse à San Juan..
À partir des grandes grèves ou révoltes de 1906, le Parti libéral mexicain, penche de plus en plus vers l’anarcho-syndicalisme.
Commune de Basse-Californie thumb|right|Le drapeau Tierra y Libertad flotte sur Tijuana, (100 habitants) prise par les combattants du Parti libéral mexicain, le 8 mai 1911.
Le , le Parti libéral mexicain planifie l'invasion du territoire de Basse-Californie du Nord, () pour en faire une base opérationnelle du PLM dans la guerre révolutionnaire.
thumb|left|290px|Combattants du Parti libéral mexicain à Tijuana en mai 1911.
Conduits par Simon Berthold et Jose Maria Leyva, les guérilleros (au nombre de 30) du PLM prennent Mexicali (300 habitants)Chronologie et cartographie de la campagne de Basse-Californie, Alternative libertaire, , décembre 2010, texte intégral., en comptant sur la force de seulement 18 hommes, qui se retrouvent rapidement 500. Parmi eux, une centaine d'internationalistes armés sont membres de l'Industrial Workers of the World (Travailleurs Industriels du monde, syndicat révolutionnaire américain fondé en 1905) dont Frank Little (1879-1917) et Joe Hill (1879-1915), chanteur engagé. Jack London écrit une affiche en faveur de ces révolutionnaires, dans laquelle il garantit l’appui du cœur et de l’âme des « socialistes, anarchistes, vagabonds, voleurs de poules, proscrits et citadins indésirables des États-Unis d’Amérique ». Les tentatives des troupes fédérales pour reconquérir Mexicali échouent.
Le , Tijuana (100 habitants) est prise par les combattants du Parti libéral mexicain. Le district nord de la Basse Californie est maintenant presque entièrement entre leurs mains. Les magonistes incitent le peuple à prendre possession collectivement de la terre, à créer des coopératives et à refuser l'établissement d'un nouveau gouvernementL'Éphéméride anarchiste : 8 mai 1911.. Durant cinq mois, ils vont faire vivre la Commune de Basse-Californie, expérience de communisme libertaire : abolition de la propriété, travail collectif de la terre, formation de groupes de producteurs, etc.
« Tierra y Libertad »