Bayard est un périodique de bande dessinée français publié de 1936 à 1962 par Bayard presse, date à laquelle il devient Record.

Historique Avant la guerre Bayard était un journal hebdomadaire catholique pour la jeunesse imprimé en couleurs et publié par Bayard presse. C'était le grand rival du Cœurs Vaillants ( du ) de l' Union des œuvres catholiques de France (autre maison d'édition catholique pour la jeunesse). Lancé le dimanche 5 janvier 1936, à destination de « petits gars de France », son format était plus petit et plus maniable (approximativement 26,7 x 37,7). Il remplace le journal l'Echo du « Noël ». La guerre interrompt sa parution en 1940 : le dernier numéro date du , (toutefois, la Maison de la Bonne Presse édite un album au premier semestre 1940 qui comprend les du et du ). La revue reparaît, provisoirement, quelques mois plus tard en zone libre, à Limoges, sous le nom de Jean et Paul : la numérotation suit celle de Bayard, du , du , etc. (de ce fait, il existe deux et deux , d'une part sous le titre de Bayard, d'autre part sous le titre de Jean et Paul).

Le n° valait 0 fr. 25; l'abonnement annuel 12 fr. En , il valait ; l'abonnement annuel 15 fr. 50. En , il valait ; l'abonnement annuel 18 fr. (mêmes prix en ).

L'hebdomadaire, arborant, en première page, la devise : « Sans peur et sans reproche », était destiné à tous les jeunes garçons âgés de moins de 15 ans et, notamment, aux Scouts. « Le Chevalier » s'adressait à eux en les appelant « Petits Bayards » ou « Bayards » (après la guerre, c'est tantôt « Bayard », tantôt « Le Chevalier Noir » qui s'adresse aux lecteurs - toujours avec la silhouette du Chevalier Noir dans un angle de l'encadré - et aux courriers des lecteurs, répond « Le Chevalier Noir »).

Les jeunes lecteurs étaient encouragés à créer des « Clubs Bayard », à vivre la devise citée ci-dessus, à porter l'insigne des « Bayards » (épée blanche, formant croix, sur un écu en émail couleur bleu de roi, bordé d'or ; sur le fond bleu se détachent les lettres S P - S R qui veulent dire : Sans peur, sans reproche.) et à respecter le « Code Bayard » : Avant toutes choses, aimez, craignez et servez Dieu. Soyez doux et courtois. Soyez humbles et serviables à toutes gens. Ne soyez mal-disant ni menteur. Soyez sobre quant au boire et au manger. Fuyez l'envie car c'est un vilain vice. Ne soyez flatteur ni rapporteur. Soyez loyal dans vos actes, tenez parole. Portez secours aux faibles, aux veuves, aux orphelins. Soyez charitable aux pauvres nécessiteux.

Dans le du , « Le Chevalier » expose les grandes lignes de son projet d'« armée de Bayard ! ». « Pour en faire partie, il ne suffira pas de porter l'insigne ni de lire le journal. Il faudra en plus passer des brevets pratiques et prouver qu'on est capable de rendre service à la maison, au patronage, à l'école, à l'église. Quand un Bayard aura passé les cinq ou six premiers brevets, par exemple, il méritera le grade de page. Pour devenir écuyer, il devra passer une seconde série de brevets ; et pour être chevalier, une troisième série, plus difficile. Le chevalier sera vraiment un type. Ces grades seront inscrits sur une carte d'identité qui sera remise au titulaire en présence de ses camarades et qu'il pourra présenter partout comme la meilleure référence... »

En dernière page du du , un encart propose à la vente : les bérets Bayard, avec insigne brodé du Chevalier (deux qualités : 7 francs et 11 fr. 50 - port : 1 fr. 25 - Franco, par quatre bérets - Indiquer le tour de tête en centimètres. l'insigne brodé du Chevalier, pour béret, maillot, etc. (Franco contre 1 fr. 25 en timbres - par vingt : 20 francs franco).

« Tu es fier d'être Bayard, Montre-le en portant l'insigne » ( du ).

Dans le du , l'insigne Bayard est proposé à la vente : insigne en émail : 4 fr. franco (l'insigne était vendu 3 fr. 50 franco en ) insigne vieil argent : 2 fr. franco (l'insigne était vendu 1 fr. 75 franco en ) insigne brodé : 1 fr.25 franco

Il représente le chevalier noir avec en pourtour le texte : BAYARD SANS PEUR ET SANS REPROCHE

Dans le même numéro, la revue propose à la vente le fanion Bayard : fanion Club : 17 francs franco (le fanion était vendu 15 francs en ) fanion pour vélo : 5 francs franco (le fanion était vendu 3 fr. 50 en ) fanion Bijou : 2 fr. 50 franco

Il représente dans un cercle noir (au cœur d'une épée blanche formant croix) le Chevalier noir; le mot BAYARD est inscrit verticalement à gauche du fanion.

Cette de Bayard est très imprégnée de religion. Toutefois, beaucoup moins que Le Noël. Elle encourage bien sûr à l'apostolat mais surtout se veut le gardien de l'ordre moral de l'époque. Un ordre hérité des temps chevaleresques. Ses récits sont cependant variés, instructifs, assez pour en faire une revue ouverte sur son époque.

Les conditions de vie de l'époque donnent lieu à des saynètes décalées et volontairement ironiques.

Exemple, une saynète de René Duverne parue dans les et 96 des 24 et : les personnages sont identifiés de cette façon : Pierre (13 ans), Jean et Louis (11 et 12 ans), groupe d'élèves plus petits, l'Européen, le Chinois, le Nègre, le Peau-Rouge, le Polynésien. Les uns et les autres échangent, une véritable leçon de géographie, en temps réel. René Duverne les fait tous s'exprimer en bon français à l'exception du Nègre ! : Bondjour, mossié ! Bondjour, missié ! Et le fait chanter : Moi y en a zoli négro, Tout plein sympathique, Moi vinir vite au galop, Quand parler d'Afrique. Moi y en a laissé là-bas, Mon femme et tout' la smala ! Cit'une drôl' d'affair' mon vieux, Cit'une drôl' d'affaire !. Puis à une réflexion de Jean : Pas étonnant si les nègres sont noirs !, lui fait répondre : Voui, mon z'ami, mais ci bien commode d'être noir. Ti t'salis pas dans la poussière, au moins, et pis, si t'es en deuil, ton costume, il est tout à fait !. L'Européen refuse de s'asseoir à côté du Chinois : Hé là ! Pas à côté de moi, s'il vous plaît. Vous sentez mauvais !. L'Européen, toujours, salue d'un air condescendant le nègre : Bonjour ! Bonjour !. Le Nègre : Ji vas m'asseoir à côté de toi, ji suis un peu fatigué. L'Européen : Pas trop près, hein ! (plus bas) Il n'est peut-être guère plus propre que le Chinois !. Le Peau-Rouge avec son calumet de la paix est mieux accepté par l'Européen. Mais celui-là, comme celui-ci, regardent dédaigneusement le Polynésien.

De la même manière, il est intéressant de citer ici quelques articles parus avant guerre :

Chauffage gratuit ( du ) : « Le chauffage central gratuit, voilà certes qui ferait l'affaire d'un grand nombre de nos lecteurs, et même de votre serviteur qui seraient ainsi dispensés de la toujours désagréable besogne du charbon et de la cave, obligatoire en hiver. Les habitants de Reykjawik, qui est, comme chacun sera heureux de se le rappeler, la capitale de l'Islande, avaient sur la question une opinion identique à la nôtre. On peut même assurer que leurs convictions étaient encore plus affirmées, car le climat de Reykjawik et de ses environs est un tantinet plus frisquet que celui de la banlieue niçoise. Ces braves gens viennent donc d'inventer - si invention il y a - un système leur permettant non seulement de se chauffer, mais encore de la façon la plus moderne et la plus économique, puisque absolument gratuite. A 30 kilomètres de la ville existent, en effet, de nombreux geysers dont les sources donnent en un an des millions de litres d'eau bouillante. Les habitants de Reykjawik ont établi une canalisation en béton qui amène l'eau dans la capitale où on la débite au moyen de pompes publiques. Plusieurs embranchements permettent de conduire cette eau jusque dans les maisons et ce, à la température avoisinant 100 degrés. C'est ingénieux, mais les Islandais ont l'énorme avantage d'avoir des geysers à leur disposition. Tandis que nous... Ne les jalousons cependant pas... »

Le métro vieillit ( du ) : « Un provincial, qui vient à Paris, prend le métro et grimpe à la Tour Eiffel. Si, de retour chez lui, il n'a pas accompli ces deux exploits on lui fera comprendre qu'il n'a pas vu Paris, car métro et Tour Eiffel sont deux choses spécifiquement parisiennes, qu'on ne trouve pas ailleurs. Pour les Parisiens, le métro fait partie de la vie courante et il leur semble qu'il en a toujours été ainsi; pourtant, le métro n'a que quarante ans, il est à peu près du même âge que sa sœur aérienne, la Tour Eiffel, qui porte toujours allègrement ses 300 mètres de ferraille et de boulons. C'est le que fut donné le premier coup de pioche du métro. La première ligne allait de Vincennes à la porte Maillot. Depuis, telle une gigantesque toile d'araignée, le métro a étalé ses galeries sous Paris tout entier. Maintenant, il pousse même des pointes en banlieue. Il n'est peut-être pas merveilleux au point de vue hygiène, on y est parfois serré comme des sardines en boîtes; mais sa rapidité compense tout cela, et puis, au fond, si Paris n'avait plus son métro, ce ne serait plus tout à fait Paris. Puis, c'est le moyen le moins cher de voyager. »

Quand les mandarins viennent s'instruire à Paris ( du ) : « Dernièrement on apprenait que quatre mandarins chinois venaient faire un stage à Paris pour s'initier aux méthodes de l'administration française. C'est flatteur pour nous de voir que des étrangers viennent s'inspirer de nos façons de travailler, mais ce n'est pas d'aujourd'hui que datent ces visites d'étude et d'amitié. Louis XIV, dont on vient de célébrer à Versailles le tricentenaire, avait déjà, en 1680, invité sept mandarins de premier rang à la cour. Malheureusement ces braves dignitaires, conduits par le Père Gayme, supérieur du Séminaire du Siam, périrent tous en mer. Le vaisseau qui les transportait, le Soleil de l'Orient, se perdit corps et biens dans les parages du cap de Bonne-Espérance. On connaît la politesse raffinée et les présents somptueux dont les Chinois sont coutumiers. Les sept mandarins étaient porteurs de lames d'or massif sur lesquelles étaient gravés des compliments dithyrambiques à l'intention de Leurs Majestés Royales, de Monseigneur le Dauphin et de M. Colbert. Au bout de quatre ans d'absence, le roi Phra Naï, leur maître, ne les voyant pas revenir, envoya à Paris d'autres mandarins sous la conduite du Père Bénigne Vachet. Plus heureux que leurs prédécesseurs, ceux-ci arrivèrent à bon port. Cette époque marque le début d'un échange de grandes ambassades entre la France et l'Orient. Les artistes et imagiers de l'époque ont perpétué le souvenir de la magnifique cérémonie du , où Louis XIV recevait à Versailles toute une délégation composée de mandarins et de princes orientaux. Il est curieux de voir trois cents ans plus tard la République reprendre les usages de la Cour du Roi Soleil. »

Une probable erreur s'est glissée dans cet article. On y parle des présents somptueux dont les Chinois sont coutumiers. Or les mandarins venaient du royaume de Siam. Il ne pouvait donc s'agir de Chinois.