vignette|Le pilier d'Ashoka de Vaisali (Bihar).
Les Maurya sont une dynastie qui a régné sur une grande partie du sous-continent indien d'environ 321 à 185 Formé à partir du royaume de Magadha, et de la ville de Pataliputra dans la plaine du Gange par Chandragupta, cet État s'est par la suite étendu vers l'ouest en profitant de la retraite des troupes d'Alexandre le Grand, puis, sous les règnes des deux souverains suivants, Bindusâra et Ashoka, vers le sud et l'est du sous-continent, sans jamais pour autant dominer celui-ci dans sa totalité. Ces souverains formèrent ce qui est vu comme le premier grand empire de l'histoire indienne, succédant à une période de division du sous-continent entre plusieurs royaumes rivaux. Pour autant, cette construction politique, dont l'histoire postérieure est quasiment inconnue, ne s'avéra pas durable. L'empire se fragmenta progressivement, et son dernier souverain fut renversé par le fondateur de la dynastie Shunga vers 185
Peu mis en valeur par la tradition indienne, sans doute parce que ses souverains n'étaient pas des tenants de l'hindouisme, l'Empire maurya fut redécouvert par des historiens britanniques et indiens essentiellement à partir de trois sources écrites : l’Arthashastra, un traité politique attribué à Kautilya, qui serait le premier ministre du fondateur de la dynastie ; l’Indica, un compte-rendu du voyage dans l'Inde des débuts des Maurya laissé par un ambassadeur grec du nom de Mégasthène ; la redécouverte et la traduction des édits du roi Ashoka. Pour autant, l'Inde des Maurya demeure très mal connue, en dépit des progrès des recherches archéologiques. Son organisation administrative, sociale et économique reste encore obscure, et les témoignages architecturaux et artistiques de cette période sont peu nombreux.
On peut néanmoins déceler un des plus puissants empires de son temps, fondé par des personnalités remarquables, en premier lieu Ashoka qui joua un rôle crucial dans l'expansion du Bouddhisme et professa une idéologie politique originale fondée sur le rejet de la violence. Il est de ce fait devenu une figure importante de l'histoire indienne, le chapiteau du pilier de Sarnath portant l'inscription d'un de ses édits étant choisi pour devenir l'emblème national de l'Inde lors de son indépendance.
Sources
Les traditions religieuses vignette|Anneau de pierre avec motif de déesse, Empire maurya, Pakistan. British Museum. Si l'Inde ancienne ne dispose pas de tradition historiographique à proprement parler, les textes issus de ses différentes tendances religieuses comportent des éléments historiques qui, certes rédigés très postérieurement aux faits sur lesquels ils reposent, contiennent des éléments qui peuvent être utiles à la connaissance des périodes qu'ils évoquent. On trouve ainsi dans les Puranas, textes mythologiques brahmaniques qui furent compilés à partir du , des listes des souverains Mauryas qui sont la seule source permettant de nommer les souverains ayant succédé à Ashoka, ainsi qu'un récit de l'accession de Chandragupta au pouvoir. Les courants de pensée hétérodoxe, Jaïnisme et Bouddhisme, ayant chacun eu son champion parmi les rois Maurya, à savoir Chandragupta pour le premier et Ashoka pour le second, les textes issus de ces traditions sont essentiels pour connaître ces personnages, même s'ils sont à prendre avec précaution. Les textes bouddhistes relatifs à Ashoka ont été préservés là où cette religion a perduré jusqu'à nos jours, surtout au Sri Lanka et au Tibet. Ainsi, lAsokavadana (Légende d'Ashoka)J. Przyluski, La légende de l'empereur Açoka (Açoka-Avadāna) dans les textes indiens et chinois, Paris, 1923 ; J. S. Strong, The Legend of King Aśoka: A Study and Translation of the Aśokāvadāna, Princeton, 1983, rédigé vers le parmi un ensemble de biographies de personnalités éminentes de l'histoire du Bouddhisme ayant un but édificateur, contient des éléments sur la vie de ce souverain et sa participation à l'essor du Bouddhisme. Il évoque ainsi ses méfaits antérieurs à sa conversion, puis ses actes pieux, notamment la fondation de milliers de sanctuaires : il s'agit manifestement d'exagérations, mais pouvant avoir un fonds de vérité. Ce texte prétend aussi que ce souverain aurait pris le pouvoir après un conflit successoral, ce qui est discuté par les historiens.
LIndica de Mégasthène LIndica, description de l'Inde laissée par Mégasthène, ambassadeur du souverain séleucide Séleucos à la cour de Chandragupta (Sandracattos pour les Grecs) autour de 300 est une source très instructive sur l'Empire maurya. Cet ouvrage est perdu et n'a été préservé que par des citations par des auteurs plus tardifs, comme Strabon, Arrien et Diodore de Sicile. Dès l'Antiquité, la véracité du récit de Mégasthène a été remise en question (par Strabon notamment), et il est manifeste que certaines informations sont erronées. Néanmoins, d'autres passages sont jugés plus fiables par les historiens actuels comme la description de la capitale Pataliputra (en dépit d'exagérations) ou de l'organisation de la société indienne.
LArthashastra de Kautilya
Une des sources les plus importantes en rapport avec la dynastie Maurya est l’Arthashastra, attribué à un dénommé Kautilya, traité politique redécouvert au début du , traitant de l'organisation de la capitale de l'empire, de l'art du bon gouvernement, insistant notamment sur les qualités requises de la part du monarque, son comportement à adopter envers ses sujets et alliés. Son auteur a été identifié à Chanakya, principal conseiller de Chandragupta, le fondateur de la dynastie Maurya. En dépit du fait que ce dernier ne soit jamais évoqué dans l'ouvrage, lArthashastra est souvent utilisé comme une source principale pour reconstituer l'idéologie politique et l'organisation de l'Empire maurya. Cela n'est pas sans poser problème, dans la mesure où l’Arthashastra ne semble pas être la production d'un auteur unique, mais celle de plusieurs personnes, entre les débuts de l'ère des Maurya et le de notre ère pour les passages les plus tardifs. En tout état de cause, quand bien même certains passages semblent datés de l'époque des Maurya, il s'agit d'un traité théorique et non d'une description de leur État. La pertinence de l'utilisation de cet ouvrage pour décrire l'Empire maurya est donc très discutée. Position plus optimiste dans ..
Les édits d'Ashoka
La redécouverte de la dynastie Maurya a reposé en grande partie sur celle de son troisième souverain, Ashoka, grâce aux inscriptions de plusieurs de ses édits qu'il avait commémorées sur des piliers dont plusieurs trônaient dans des grandes villes indiennes au début de la colonisation britannique, sans que leur contenu ne soit connu car leur écriture ancienne, le brahmi, n'était alors pas déchiffrée. Ce sont les efforts de James Prinsep (1799-1840) qui permirent leur traduction et leur publication en 1836-38Traduction en français par J. Bloch, datée mais utile, dans Les Inscriptions d'Asoka, Paris, 2007 ( éd. 1950).
Depuis cette période de nouveaux édits ont été mis au jour, constituant un corpus d'une trentaine de textes retrouvés sur une cinquantaine de sites. Ils sont regroupés en plusieurs catégories : les édits majeurs sur rocher, inscrits sur des rochers et longs ; les édits mineurs sur rocher, également inscrits sur des rochers mais plus courts ; les sept édits majeurs rédigés sur des piliers devenus des éléments caractéristiques de l'ère Maurya, surtout ceux ayant conservé leur chapiteau en forme de lotus surmonté par des sculptures animales (d'inspiration probablement perse F. Asher, « On Maurya Art », dans R. M. Brown et D. S. Hutton, A Companion to Asian Art and Architecture, Chichester et Malden, 2011, Selon J. Irwin (notamment « 'Aśokan' Pillars: A Re-Assessment of the Evidence », dans The Burlington Magazine, Vol. 115, No. 848, 1973, ), la plupart de ces colonnes seraient antérieures à l'époque d'Ashoka, qui aurait simplement rajouté les inscriptions. Opinion peu suivie, cf. S. P. Gupta (trad. M. Pierre-Pilon), Les racines de l'art indien : Art et architecture de l'Inde maurya et post-maurya ( avant J.-C.), Paris, 1990, .) quelques édits mineurs, courts, ont aussi été inscrits sur des piliers.
La plupart de ces édits sont inscrits en langue (prakrit) du Magadha dans l'alphabet appelé brahmi, mais certains sont en alphabet kharoshthi, en araméen, et à Kandahar ont été retrouvés deux édits majeurs en grec et un édit mineur bilingue en grec et araméen. Les textes, sont datés entre la dixième année de règne du roi et la vingt-septième. Ils relatent l'idéal politique du roi Ashoka après sa conversion au bouddhisme et son désir de ne plus commettre d'acte violent à la suite de la campagne dévastatrice du Kalinga, et son désir de gouverner de façon juste son empire. Des doutes demeurent quant à savoir dans quelle mesure la localisation de ces édits permet de reconstituer la géographie de l'Empire maurya, en indiquant où situer ses frontières, ou du moins les régions sur lesquelles son contrôle était le plus fort ; .
Les découvertes archéologiques vignette|Chapiteau massif daté du , découvert dans les ruines du palais Maurya de Pataliputra (influence stylistique gréco-perse). vignette|gauche|Ruines du Bhir Mound de Taxila (Pakistan). Les fouilles archéologiques ont permis de préciser les connaissances sur l'ère des Maurya. Celle-ci correspond en gros à l'époque finale de l'expansion d'une forme de poterie fine de couleur noire, la (NBPW), qui s'était diffusée dans le milieu des élites des royaumes qui avaient précédé l'Empire maurya (les mahajanapadas). Mais peu de sites ont été mis au jour. Dans la capitale, Pataliputra, recouverte par l'actuelle Patna (Bihar), l'exploration du site de Kumrahar a abouti à la mise au jour de restes de quelques monuments officiels, surtout une salle d'audience hypostyle, mais en dépit de la découverte de sections de sa muraille en bois le plan général de la ville n'a pu être établi, ce qui empêche de savoir si les descriptions de celle-ci par les textes (notamment Mégasthène) sont fiables. Des constructions de l'époque Maurya semblent également avoir été mises au jour à Rajgir (Bihar), l'ancienne capitale du Magadha, et à Bhita (Uttar Pradesh), mais il est difficile de savoir avec certitude s'il s'agit de constructions de l'époque Maurya ou de périodes légèrement antérieures. Des niveaux attribués aux Maurya ont été repérés avec plus de convictions sur des sites périphériques du Pakistan, le Bhir Mound de Taxila et la forteresse (Bala Hisar) de Charsadda. Sur d'autres sites importants de la période, comme Sisupalgarh dans l'Odisha (l'ancien Kalinga), il est plus problématique de retrouver la marque des Maurya fournit une mise au point sur les sites sur lesquels des niveaux de l'époque Maurya semblent avoir été mis au jour.. Des études des archéologues, notamment celles liées à l'interprétation des modes de domination des empires, ont également cherché à préciser la nature de l'administration de l'empire des Maurya et mettre en cause l'idée d'un empire fortement centralisé. Cf. les travaux de Monica Smith, par exemple « Networks, Territories, and the Cartography of Ancient States », dans Annals of the Association of American Geographers, 95/4, 2005, .
Histoire
L'Inde du était dominée par plusieurs entités politiques, que la tradition bouddhiste a dénommés mahajanapadas, qui s'étaient affirmées comme de véritables royaumes de mieux en mieux structurés, à l'aboutissement d'une évolution qui avait été accompagnée par une expansion de l'agriculture, du commerce et de l'urbanisation. Parmi ces royaumes, celui de Magadha, situé dans la plaine centrale du Gange, était devenu le plus puissant sans pour autant parvenir à dominer durablement les autres. Depuis 345 , il était dominé par la dynastie des Nanda.