thumb|Plan d'Athènes au début du thumb|Vue des fortifications (côté ouest) au milieu du
La ville d'Athènes et l'Acropole subirent trois sièges au cours de la guerre d'indépendance : le premier ( - ) et le second ( - ) opposèrent la population musulmane retranchée dans la forteresse aux Grecs insurgés ; le troisième ( - ) opposa une garnison et une partie de la population civile grecques et quelques philhellènes à une armée ottomane commandée par Mehmet Rechid Pacha.
Contexte
thumb|Porte des remparts de la ville vers 1805, à proximité de l'arc d'Hadrien La ville d'Athènes comptait au début du un peu moins de , dont un cinquième de musulmans et le reste de chrétiens (grecs et arvanites). Elle était entourée, depuis les années 1770, par un mur de taille médiocre ; l'Acropole était au contraire à cette époque une solide forteresse, dont la faiblesse était l'absence de point d'eau permanent hormis un puits unique situé en contrebas et enclos dans une muraille appelée Serpentzé, s'appuyant sur l'odéon d'Hérode Atticus et le portique d'Eumène.
Insurrection du printemps 1821 et premier siège Les premiers troubles en Attique se produisirent fin avril, et la population chrétienne commença à déserter la ville. Les musulmans prirent en otage des notables et commencèrent à rassembler des provisions et des armes dans l'Acropole en prévision d'un siège. La nuit du , des insurgés grecs s'emparèrent par surprise des remparts extérieurs et entrèrent dans la ville tandis que les musulmans (environ ) se réfugiaient sur l'Acropole. Les Grecs ne possédant pas d'artillerie firent appel à leurs voisins d'Hydra.
Le , un navire des frères Coundouriotis débarqua 11 canons, permettant aux Grecs d'établir une batterie sur la colline de Philopappos. D'autres renforts arrivèrent depuis Zéa, Égine et Zante. Début juin les assiégeants commencèrent une mine, qui fut mise à feu le 21 mais s'avéra inefficace. Le lendemain une douzaine d'assiégés réussit à traverser les lignes grecques pour chercher du secours en Eubée. Dans le camp grec, des dissensions entre chefs commencèrent à envenimer la situation. Le , la garnison fit une sortie, capturant les batteries de Zéa et d'Égine mais échouant devant celle d'Hydra sur la colline de Philopappos. Les Turcs exécutèrent ensuite neuf otages, et les Grecs voulurent riposter en massacrant les prisonniers turcs réfugiés dans les consulats européens : les consuls refusèrent mais furent alors placés dans une situation difficile.
À partir de la fin juillet, devant les nouvelles de l'avancée d'Omer Vryonis et d'Omar Pacha de Karistos, les insulaires commencèrent à évacuer leur artillerie. La ville fut abandonnée par les Grecs qui se réfugièrent à Salamine et Égine, et le siège fut finalement levé le matin du .
Second siège thumb|Assaut contre le Serpentzé L'armée d'Omer Vryonis évacua l'Attique en deux phases, les 10 et . Après quelques combats entre les Turcs d'Athènes et les Grecs, la ville fut a à nouveau occupée par ces derniers dans la nuit du , et le blocus de l'Acropole reprit.
Le 24, les Grecs tentèrent un coup de main, escaladèrent le mur du Serpentze et s'emparèrent des deux portes extérieures de la citadelle, mais furent repoussés devant la porte intérieure. Cette action permit de priver les assiégés du seul point d'eau permanent, et de s'emparer d'un canon (le seul disponible à cette période). Après de nouveaux assauts et une contre-attaque infructueux en décembre, la situation s'enlisa et les opérations se résumèrent pendant deux mois à un simple blocus.
Les opérations actives reprirent en . Craignant que le retour de la belle saison permette une nouvelle levée du siège comme l'année précédente, les assiégeants firent appel au gouvernement mis en place à la suite de l'Assemblée d'Épidaure, qui siégeait alors à Corinthe. Ils en reçurent le deux mortiers et 200 obus, la direction étant confiée au philhellène Olivier Voutier. Mis en batterie sur la colline de l'Aréopage le 17, les mortiers commencèrent à tirer le 22, mais le bombardement s'avéra aussi inefficace que les précédents. Assez rapidement, en raison de l'épuisement du stock de projectiles, le feu se fit de plus en plus espacé. Après Pâques (le ), une nouvelle mine fut conduite sous les enceintes protégeant la porte de la citadelle ; mise à feu à l'aube du 30, elle permit d'ouvrir une brèche à l'un des bastions. L'assaut qui suivit, conduit par une douzaine de Philhellènes, fut cependant repoussé, faisant 4 morts. Une nouvelle mine fut commencée, mais elle ne fut pas achevée devant les signes de l'imminence de la reddition de la forteresse.
Vaincus par la soif, les assiégés demandèrent à capituler le . Leur nombre s'élevait alors à environ 1150, dont 180 hommes capables de porter les armes. La convention de reddition fut violée par les Grecs qui commencèrent un massacre des prisonniers le ; 400 furent tués, les autres ne devant leur survie qu'à la protection des consuls occidentaux et à l'intervention de l'escadre française du Levant.
Siège par les Ottomans Situation en 1826 thumb|Carte de l'Attique en 1814
Après la prise de Missolonghi en , les armées égyptienne et ottomane se séparèrent : tandis qu'Ibrahim pacha retournait en Morée, Rechid Pacha compléta la reprise de la Grèce centrale puis se dirigea vers l'Attique et Athènes, qui était alors la dernière forteresse aux mains des insurgés au nord de l'isthme de Corinthe. La citadelle était commandée depuis plusieurs années par l'ancien armatole Yánnis Goúras.
Le pacha d'Eubée Omar pénétra en Attique en juin et ravagea les environs d'Athènes. Il fut rejoint le à Kapandríti par l'avant-garde de Réchid puis s'installa le 15 à Patíssia et Sepólia, au nord d'Athènes ; il réussit à se rallier la majorité des villageois de l'Attique, opprimés sous le règne de Gouras et à qui il offrit des conditions avantageuses. Contrairement à leurs habitudes, les habitants d'Athènes ne se réfugièrent pas en masse à Salamine et Égine mais une partie d'entre eux entreprit de défendre leur ville. La garnison était alors composée des 400 armatoles de Gouras occupant l'Acropole, et de 800 Athéniens et autres volontaires grecs.
Prise de la ville et premières phases du siège Le 23, les Ottomans prirent d'assaut la colline de Philopappos, où ils installèrent une batterie qui commença à bombarder la ville le 27. La veille, 70 Athéniens avaient rejoint leur cité depuis Salamine, conduits par Kostas le Sapeur qui s'était illustré lors du siège de Missolonghi. Rechid arriva de Thèbes le 28 et s'installa à Patissia.
Le , le général turc apprit de prisonniers qu'une armée grecque s'apprêtait à attaquer et fit hâter le siège de peur d'être pris entre deux feux. Le , un assaut général emporta la ville après un intense bombardement.
Du 18 au , l'armée ottomane affronta et repoussa l'armée de secours grecque, commandée par Fabvier et Karaiskakis, à Chaïdári. Les assiégés profitèrent cependant du relâchement du blocus pour évacuer des non-combattants vers Salamine.
thumb|Épisodes du siège de l'Acropole
Tout en poursuivant le bombardement, Rechid Pacha entreprit de miner les défenses basses de l'Acropole, au niveau de l'odéon d'Hérode Atticus. Malgré une série d'attaques, de contre-attaques, de mines et de contremines, ces efforts restèrent vains et l'armée ottomane commença à manquer de ravitaillement et à murmurer devant la longueur du siège. La nuit du , le général ottoman décida alors de tenter un assaut du Serpentzé, qui dura 24 heures mais fut repoussé après un premier succès, avec de lourdes pertes de part et d'autre.
Peu avant sa mort le au cours d'une ronde, Gouras avait demandé au gouvernement des renforts afin de compenser les pertes subies. Le , la garnison fut rejointe par 450 Rouméliotes et Ioniens qui réussirent à franchir les lignes ottomanes après plusieurs échecs, grâce à des manœuvres de diversion des troupes de Fabvier et Karaïskakis. La sécurité de l'Acropole semblant provisoirement assurée, ces derniers quittèrent l'Attique, Karaïskakis se rendant en Grèce centrale tandis que Fabvier rejoignit sa base de Méthana.
Après l'échec de l'assaut du Serpentzé, Rechid Pacha décida d'attaquer de l'autre côté de la citadelle, au niveau de la source Clepsydre (redécouverte peu auparavant) protégée par le bastion dit d'« Odysséas » (Androutsos). Les deux tentatives de sape furent à nouveau contrecarrées par les contre-mines de Kostas, et les opérations actives cessèrent le .
De leur côté, les assiégés (comprenant alors environ en plus des civils) désespéraient d'être secourus ; ils possédaient des vivres pour un an mais manquaient de munitions, de combustible et de vêtements alors que l'hiver s'installait. Il résolurent d'envoyer un émissaire chargé de demander en personne des renforts au gouvernement. Makriyannis, pourtant grièvement blessé lors de l'attaque du Serpentzé, fut chargé de cette mission ; le , il réussit à franchir les lignes ennemies à cheval avec cinq compagnons et à gagner Éleusis puis Égine, où siégeait alors le gouvernement alors dirigé par Andréas Zaïmis. Ce dernier confia la tâche de ravitailler la citadelle au colonel Fabvier, qui était le plus susceptible d'obéir à ses ordres et dont le corps était le seul immédiatement disponible. Fabvier s'embarqua le depuis Méthana à la tête de 650 hommes (comprenant au moins 40 Philhellènes, dont Claude Denis Raffenel) sur un brick psariote et débarqua au Pirée dans la nuit du 13 ; chaque homme portait un sac avec plusieurs kilos de poudre. La troupe réussit à entrer dans l'Acropole en ne perdant que 15 blessés (dont un officier français qui mourut de ses blessures quelques jours plus tard) et six morts.
Tentatives de dégagement
vignette|carte des environs du Pirée et d'Athènes thumb|L'Attique au En janvier, le gouvernement d'Égine mit sur pied une nouvelle expédition en vue de faire lever le siège ; une victoire lui aurait en effet permis de prendre l'avantage sur ses opposants basés à Kastri, et d'autre part Stratford Canning, l'ambassadeur britannique à Istanbul, avait annoncé qu'en cas de chute de la forteresse la Grèce centrale serait exclue des négociations en cours. Le corps de Vassos (), basé à Éleusis et Salamine, fut rejoint par les mercenaires rouméliotes de Ioannis Notaras () et la milice corinthienne (1200 hommes) de son cousin Panayotis Notarasles deux chefs jusqu'alors impliqués dans une guerre personnelle conclurent à cette occasion une trêve., des réfugiés athéniens qui s'enrôlèrent sous la direction de Makriyannis, un corps de 800 hommes levé en décembre par Bourbaki et le reste de l'armée régulière de Fabvier resté à Méthana (un régiment de recrues, la cavalerie démontée et un détachement d'artilleurs) ; à la fin du mois ces forces représentaient plus de .
Contrairement aux avis des officiers européens consultés, le plan retenu fut de mener conjointement deux attaques : un corps composé des troupes de Vassos, Bourbaki et Panayotis Notaras devait attaquer depuis Éleusis, tandis qu'un second corps (Ioannis Notaras, Makriyannis, les réguliers et des étrangers) devait débarquer au Pirée et en prendre possession, appuyé par une division navale composée de la Kartéria de Hastings, de 2 bricks psariotes, 5 chaloupes armées et un mistick. Les préparatifs furent achevés le .