Marie Laberge, née à Québec le , est une écrivaine canadienne. Elle amorce sa carrière comme comédienne, mais, écrivant depuis l’enfance, elle se consacre rapidement à l’écriture. Elle obtient un premier grand succès au théâtre en 1981 avec C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles. Ses pièces contribuent ensuite à établir sa renommée tant au Québec qu'en Europe, notamment avec L’Homme gris, qui est traduite en plusieurs langues
Elle publie son premier roman, Juillet, en 1989. Elle connaît ensuite un vif succès avec Quelques adieux (1992) et Annabelle (1996). De 2000 à 2001, elle fait paraître Le Goût du bonheur, une saga historique en trois tomes largement saluée par le public. Puis, de 2009 à 2011, elle publie une suite épistolaire, Des nouvelles de Martha, qui sera éditée en roman en 2025.
Engagée dans le milieu des arts, Marie Laberge a siégé sur de nombreux jurys et comités. Elle a notamment fait partie du comité organisateur des États généraux du théâtre professionnel au Québec et du Conseil des arts et des lettres du Québec. Elle a aussi occupé les fonctions de vice-présidente du Conseil québécois du théâtre et de présidente du Centre d’essai des auteurs dramatiques. Elle a de plus été présidente d'honneur de plusieurs salons du livre, au Québec comme à l’étranger.
Écrivaine prolifique, explorant notamment le théâtre et le roman, Marie Laberge figure parmi les personnalités littéraires les plus populaires du Québec. Ses œuvres et son engagement dans la vie culturelle lui ont valu de nombreux prix et distinctions. Elle a entre autres reçu le Prix du Gouverneur général en 1981, l’Ordre des Arts et des Lettres de France en 1988, la médaille Raymond-Blais de l’Université Laval en 1989, le Prix Ludger-Duvernay de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1997, l’Ordre de la Pléiade de la Francophonie en 2002, l’Ordre national du Québec en 2004 ainsi que la médaille d’honneur de l’Assemblée nationale du Québec en 2016. En 2025, elle a souligné ses cinquante ans de carrière.
Biographie Jeunesse et formation vignette|Marie Laberge grandit à L'Ancienne-Lorette. Marie Laberge est la fille de Paul-André Laberge, professeur de grec et secrétaire général de l’Université Laval de 1952 à 1975, et de Rita Ménard. La famille compte sept enfants (six filles et un garçon). À sa naissance, ses parents s’installent à L'Ancienne-Lorette, alors encore une zone rurale située près de QuébecPaul-André Laberge, L'Université Laval, 1952-1977 : vers l'autonomie, Presses de l'Université Laval, 1978, 92 p..
Se décrivant comme une « petite enfant très sage, extrêmement coulante », Marie Laberge était aussi une grande lectrice. Elle se souvient : « J'aimais lire. Je me souviens quand j'ai réussi à déchiffrer des mots dans le journal, c'était de la magie. Avant, je pensais qu'on absorbait la page imprimée. On regarde et on se dit qu'on va l'absorber, c'est comme les images des "comics". Quand j'ai pu défaire le mot, comprendre qu'on se parlait à l'intérieur des mots, c'était magique. Ça a été mon grand contact… c'est ça qui me sauve dans la vie, lireGilbert David et Pierre Lavoie, « Marie Laberge », Jeu. Revue de théâtre, 1981, no 21, p. 53. Consulté le 7 janvier 2026. ».
Le premier rêve artistique de Marie Laberge est de faire carrière dans la danse. Dotée d’une imagination fertile, elle commence par ailleurs à écrire ses premières histoires à l’âge de onze ans, dans le sous-sol de la maison familiale. Sa sœur aînée, Francine, est alors la seule à être dans la confidence et devient sa première lectriceLa Presse canadienne, « L'autobiographie n'a aucun intérêt pour Marie Laberge », La Tribune, 11 juin 1990, cahier 4, p. 6. Consulté le 12 janvier 2026..
Élevée dans un milieu majoritairement féminin, elle souhaite, à l’adolescence, découvrir les hommes. À seize ans, elle parvient à convaincre ses parents de l’inscrire au Collège des Jésuites de Québec. Elle raconte : vignette|Elle fréquente le Collège des Jésuites de Québec. C'est au collège qu'elle s'initie au théâtre : « parce que la gang le fun était en théâtre […]. C'est un milieu permissif où on a le droit d'avoir des émotions, alors qu'ailleurs, non. On a le droit de s'aimer et presque de se le dire. C'est comme ça que je voulais vivre ». De tempérament timide, Marie Laberge se classe souvent deuxième lors des auditions. Elle prend néanmoins part aux productions en assumant des responsabilités plus techniques, notamment la conception des décors, des costumes, des maquillages et des affichesGilbert David et Pierre Lavoie, « Marie Laberge », Jeu. Revue de théâtre, 1981, no 21, p. 54..
Marie Laberge poursuit ensuite des études en journalisme et information à l’Université Laval, où elle avait déjà rejoint la troupe étudiante Les TreizeMartine Corrivault, « Marie Laberge : privilège de faire du théâtre », Le Soleil, 7 mai 1977, cahier E, p. 3. Consulté le 4 décembre 2025.. Un jour, le doyen de la Faculté des arts l’encourage à s’inscrire au Conservatoire, idée à laquelle, de son propre aveu, elle n’avait jamais penséPaule des Rivières, « À l'école de la passion », Le Devoir, 24 octobre 1992, cahier D, p. 3. Consulté le 14 janvier 2026.. Après deux ans d'études, elle décide de quitter l’université pour se consacrer à l'interprétation et s’inscrit à la section jeu du Conservatoire d'art dramatique de Québec. Elle en sort en 1975Martine Corrivault, « Marie Laberge : privilège de faire du théâtre », Le Soleil, 7 mai 1977, cahier E, p. 3..
Débuts au théâtre Marie Laberge commence sa carrière sur la scène en interprétant plusieurs rôles, notamment Macha dans La Mouette de Tchekhov, le Meneur de jeu dans L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht, Pauline dans Quatre à quatre de Michel Garneau, ainsi que Petra dans Les Larmes amères de Petra von Kant de FassbinderNouvelle Compagnie théâtrale, L'atelier N.C.T., programme de spectacles, 1981, p. 3. Consulté le 7 janvier 2026..
Du jeu à l'écriture Marie Laberge poursuit parallèlement son travail d’écriture. À l’été 1976, elle crée Profession je l’aime, cinq courtes pièces explorant les contradictions et les situations absurdes, cocasses ou éprouvantes vécues par des femmes au quotidien. Celles-ci se distinguent par la mise en scène épurée, leur simplicité et leur ton feutré d’« inspiration tchékhovienneMartial Dassylva, « Le charme discret de Marie Laberge », La Presse, 24 janvier 1980, cahier A, p. 17. Consulté le 7 janvier 2026. ».
La première représentation de Profession je l’aime, dont elle assure également la mise en scène, a lieu en au Théâtre du Vieux-Québec, avec une distribution comprenant Ginette Guay, Pierrette Robitaille et Manon ValléeMartine Corrivault, « Marie Laberge, la comédienne devenue auteur », Le Soleil, 20 janvier 1979, cahier D, p. 4. Consulté le 5 janvier 2026..
En , elle met elle-même en scène sa deuxième pièce, Avec l’hiver qui s’en vient, présentée également au Théâtre du Vieux-QuébecIrène Roy, « Avec l'hiver qui s'en vient » dans Gilles Dorion (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Fides, 1994, t. 6 : 1976-1980, p. 64-65..
C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles En , Marie Laberge propose, à la salle Fred-Barry de la Nouvelle Compagnie Théâtrale dans une mise en scène de Lorraine PintalLeonard E. Doucette, « Marie Laberge », L'Encyclopédie canadienne, 9 avril 2008. Consulté le 7 janvier 2026.Serge Drouin, « Marie Laberge », Télé-radiomonde, 14 septembre 1980, p. 24. Consulté le 7 janvier 2026., une œuvre qui marquera un tournant dans sa carrière : C'était avant la guerre à l'Anse-à-GillesMartial Dassylva, « Qualité et travail en profondeur », La Presse, 20 septembre 1980, cahier C, p. 6. Consulté le 5 janvier 2026..
En 1936, dans un village au bord du fleuve, Marianna, une jeune veuve de 29 ans reçoit la visite de ses voisins Honoré (un jardinier amoureux d'elle) et Rosalie (une jeune orpheline, servante placée dans une famille bourgeoise) ainsi que de tante Mina. Réunis dans la cuisine de Marianna, les personnages discutent de l'actualité de l'époque: des problèmes de pauvreté liés à la Grande Dépression, de l'élection de Maurice Duplessis, des nouveautés, comme l'automobile et la radio, et du vote des femmes.
Ces conversations tournent surtout autour des dangers de la grande ville pour les femmes seules. Elles révèlent les injustices vécues par les personnages, en même temps que leur désir de s'émanciper. Marianna doit gagner sa vie en faisant des lavages pour des familles aisées de son village. Bien qu'elle soit encore jeune et que son voisin Honoré lui fasse ouvertement la cour, elle hésite à se remarier ou à avoir des enfants. Elle rêve plutôt à l'Empress of Britain qu'elle a vu passer sur le Saint-LaurentLouise H. Forsyth, « C'était avant la guerre à l'Anse à Gilles » dans Aurélien Boivin (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Fides, 2003, t. 7 : 1981 à 1985, p. 121-122.. vignette|La Compagnie Jean-Duceppe accueille C'était avant la guerre à l'Anse-à-Gilles. La pièce offre une réflexion sur la condition des femmes dans le Québec d'autrefois, illustrant le cul-de-sac féminin tel qu'incarné notamment par le personnage romanesque de Maria ChapdelaineGilbert David et Pierre Lavoie, « Marie Laberge », Jeu. Revue de théâtre, 1981, no 21, p. 61.. Elle peut également être vue comme une réflexion de l'auteure sur les contradictions internes qui poussent les êtres à cultiver leurs rêves, mais aussi sur les peurs qui les amènent à repousser tout ce qui leur permettrait de les réaliserLouise H. Forsyth, « C'était avant la guerre à l'Anse à Gilles » dans Aurélien Boivin (dir.), Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Fides, 2003, t. 7 : 1981 à 1985, p. 122..
Accueillie chaleureusement par le public et la critique, la pièce est reprise par le Théâtre de la Commune à Québec, puis par la Compagnie Jean-Duceppe du au . La distribution comprend Béatrice Picard, Christiane Raymond, Luce Guilbault, Michel Daigle et Monique Spaziani. Duceppe la présente ensuite en tournéehttps://duceppe.com/cetait-avant-la-guerre-a-lanse-a-gilles/..
Grâce à cette pièce, Marie Laberge remporte le tout premier Prix littéraire du Gouverneur général en art dramatique, en 1982. Cette récompense prestigieuse permet d'établir sa réputation comme auteure dramatique au Québec« Marie Laberge prix du gouverneur général », Le Soleil, 23 avril 1982, cahier A, p. 2. Consulté le 8 janvier 2026..
D'autres pièces à succès Marie Laberge poursuit son travail d'écriture. Elle signe Le Banc, produite en 1983, pièce qui raconte une journée du point de vue d'un banc public situé dans un petit parc de quartier. Dans ce lieu, toute une galerie de personnages (deux vieilles amies qui évoquent leurs maux, un jeune couple en chicane, un homme esseulé aimant observer les oiseaux, un orphelin qui suit les convois funéraires, deux secrétaires venues manger leur repas, en mère en plein postpartum, etc.) se croisentMartine R.-Corrivault, « En attendant de jouer, Marie Laberge continue d'écrire et fait créer "Le Banc" », Le Soleil, 26 février 1983, cahier D, p. 3. Consulté le 8 janvier 2026.Martine R.-Corrivault, « Les mots d'images de Marie Laberge », Le Soleil, 2 mars 1983, cahier C, p. 6. Consulté le 8 janvier 2026..